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D. PHLEGMONS ET ABCÈS PËRI-MAMMAIRES SOUS-CUTANÉS

1° Phlegmons et abcès sous-cutanés angioleucitiques. — Parmi toutes les variétés que présentent les phlegmons et abcès du sein, celle que nous décrivons sous le nom de phlegmons et abcès angioleucitiques est une des plus communes. On se rend aisément compte de la fréquence de cette affection, si l’on se rappelle qu’on trouve dans la mamelle plusieurs couches de vaisseaux lymphatiques.

Elle reconnaît pour cause habituelle les gerçures et excoriations, les affections eczémateuses, les écorchures, les maladies de tout genre que peuvent présenter le mamelon et l’aréole.

L’inflammation phlegmoneuse angioleucilique du tissu cellulaire souscutané s’annonce par les symptômes locaux ordinaires du phlegmon : douleur, chaleur, gonflement et rougeur plus ou moins intense.

Mais de plus la malade éprouve souvent au début des frissons irréguliers; le pouls est fréquent, la peau chaude; il y a quelquefois de l’agitation, de 1 insomnie, de l’inappétence, des nausées. La rougeur du sein, au lieu d être uniforme, est disséminée par plaques inégales correspon-

dant à des noyaux douloureux accompagnés d’un relief plus ou moins marqué à l’extérieur ; ou bien on observe des stries ou traînées rougeâtres se portant du sein vers le creux axillaire. Presque constamment il y a engorgement douloureux des ganglions de l’aisselle.

Le phlegmon angioleucitique sous-cutané du sein doit être distingué avec soin de l’érysipèle, du phlegmon diffus et des autres variétés de phlegmon du sein. Dans l’érysipèle la rougeur présente comme une bordure festonnée ; dans le phlegmon angioleuciLique, la rougeur est disposée par plaques ou en traînées, ses bords sont comme déchiquetés. En outre, le phlegmon angioleucitique présente des points d’engorgement qu’on ne rencontre pas dans l’érysipèle. Quant au phlegmon diffus, soit sous-cutané, soit profond, il ne saurait être confondu avec le premier, grâce au développement considérable qui ne s’offre jamais, au moins au même degré, dans le phlegmon angioleucitique. Les autres variétés de phlegmon du sein diffèrent du phlegmon sous-cutané angioleucitique en ce sens qu’elles ne présentent pas les rougeurs plaquées, les traînées dirigées vers le creux axillaire qu’on observe particulièrement dans celte dernière affection.

Les trois ou quatre premiers jours écoulés, les accidents généraux s’amendent, et à dater de ce moment on n’a plus affaire qu’à des phlegmons circonscrits multiples aussi nombreux qu’il y avait primitivement de noyaux d’engorgement.

Ces phlegmons peuvent se terminer soit par résolution, soit par suppuration.

Lorsqu’à un noyau phlegmoneux angioleucitique sous-cutané a succédé un abcès, voici ce qu’on observe. La base du foyer est généralement souple, régulièrement circonscrite et indépendante de la glande; la peau qui le recouvre s’est amincie et a pris une teinte livide et bleuâtre. En même temps la collection apparaît au dehors sous la forme d’une tumeur conoïde. Pour en sentir aisément la fluctuation, il faut fixer préalablement la mamelle contre la poitrine avec la paume d’une des deux mains, pendant qu’avec l’autre et quelques doigts de la première on explore la tumeur. Un bon moyen de constater la fluctuation, en pareil cas, ditM. Velpeau, c’est de saisir le sein par les extrémités d’un de ses grands diamètres comme pour rétrécir l’organe, avec les doigts et le pouce d’une des mains, pendant qu’avec l’indicateur de l’autre main on explore la bosselure phlegmoneuse.

S’il y a du pus, on trouve la tumeur dépressiblc, tandis que les noyaux d'engorgement voisins donnent la sensation d’une éponge ou d’un corps solide plus ou moins résistant.

Quand la mamelle est bien appliquée sur la partie antérieure de la poitrine, si le foyer fait relief et présente à l’extérieur une saillie conique, on peut être sûr qu’il réside sous la peau.

L’abcès angioleucitique s’ouvre par un travail ulcératif qui s’accomplit du dedans au dehors dans un espace de temps qui varie entre huit et i quinze jours, quelquefois seulement au bout d un mois.

Abandonné à lui-même, il peut se porter dans diverses directions, fuser vers faisselle, l’hypochondre, l'épigastre, mais surtout vers l’aisselle, sans cesser pour cela d’être sous-cutané. Il est alors le point de j départ d’un phlegmon par diffusion.

1 Traitement. — Le phlegmon angioleucitique du tissu cellulaire souscutané veut être traité assez énergiquement. Au début : les saignées générales, les applications de sangsues, les cataplasmes émollients ont quelquefois en effet le pouvoir d’arrêter les progrès de la phlegmasie. Lorsque la suppuration s’est établie, l’ouverture pratiquée, aussitôt > qu’on a pu s’assurer de l’existence de la fluctuation, est indiquée.

La ventouse aspiratrice servira, aussitôt après l’incision, à débarrasser le foyer de la totalité des produits morbides qu’il pourrait contenir. Les lavages et le pansement par occlusion compléteront le traitement. Ces manœuvres, la ventouse et les irrigations, sont souvent, il est vrai, très-douloureuses dans le premier moment de leur mise §n pratique, mais le lendemain et souvent au bout de quelques heures les malades éprouvent un mieux si notable, la douleur a si complètement disparu qu’on peut presser la mamelle dans tous les sens, sans éveiller la moindre sensibilité.

Si l’on n’a pu obtenir la réunion primitive, le drainage parles tubes ! élastiques devra être appliqué.

Les observations suivantes sont des exemples d’abcès angioleucitiques I traités avec succès par la méthode que nous employons.

Obs. 452. — Abcès angioleucitiques multiples du sein droit; lavage; occlusion ; réunion primitive avec magma lymphatique sanguin. — Prudon (Jeanne), jardinière, 25 ans, rue de Reuilly, 8, entrée le 17 février 1 85 1 , au n» 4 de la salle Saint-Paul, liôpilal Saint- Antoine.

Cette femme est accouchée il y a deux mois et nourrit son enfant. Elle porte au sein droit des abcès multiples très-douloureux et dont quelques-uns siègent à une assez grande profondeur.

21 février. — Je fais des incisions multiples qui font sortir du pus mêlé de sang, mais exempt de traces de lait. Ventouse aspiratrice. Lavage avec la sonde ,4 injection récurrente. Occlusion.

La cause de ces abcès, que je considère comme des collections purulentes angioleucitiques, parait résider dans des gerçures, au nombre de deux et fort douloureuses, placées à la base du mamelon. Depuis quatre jours, il y a impossibilité de donner le sein droit à l’enfant. La sensibilité est amoindrie aussitôt après l’opération.

22-~ La malade a continué à souffrir pendant une ou deux heures à partir de l’opération : après quoi les douleurs se sont apaisées complètement. Aujourd’hui il n’y a aucune i sensibilité, pas même sous une pression assez forte.

23. On lève la cuirasse. Au-dessous d’elle on trouve un peu de magma sanguin lymphatique, au niveau des deux petites plaies qui ne sont ni sensibles ni enflammées. On Téappliquc la cuirasse, 1 adhésion n’étant pas encore assez solide.

27. — Une des-plaies est parfaitement cicatrisée; l’autre laisse échapper quelques gouttes de pus qui ne paraissent pas venir de l’abcès dont les parois sont recollées, mais seulement des lèvres de l’incision.

M. Vernois ayant retiré par aspiration avec la ventouse un peu de lait du sein malade, pour l’analyser, a rouvert un peu les gerçures.

L’observation s’arrête là, parce que la malade, n’étant pas dans notre service, n’a pu être observée par nous ultérieurement.

Le lecteur comprendra que nous ne puissions pas attacher à cette observation la même valeur qu’à celles dans lesquelles il est rendu compte de la stabilité de la guérison contrôlée au bout de quelques septénaires. Nous avons cependant cru ne pas devoir la mettre de côté, parce qu’elle fait ressortir quelques points d’une extrême importance dans les tentatives thérapeutiques nouvelles auxquelles nous nous sommes livré ; ce sont : 1° la cessation très-prompte et complète des douleurs; 2° l’affaissement absolu du mouvement inflammatoire dès le lendemain de l’opération; 3° l’innocuité entière d’une tentative de réunion immédiate qui, alors même qu’elle ne réussit pas, laisse les malades dans des conditions éminemment favorables et abrège beaucoup la durée de la réunion secondaire.

Obs. 453. — Abcès angioleucitiques sous-cutanés multiples du sein droit. Lavage, canules en Y. Guérison. — Lombard (Françoise), 24 ans, piqueuse de bottines, route deCharenton, 46, entre le 5 novembre 1850, à l’hôpital Saint-Antoine, au n. 22 de la salle Sainte- Marthe.

Cette femme est accouchée il y a deux mois. Quinze jours après l’accouchement, le sein droit s’engorgea. Le lait continuait à être sécrété. La femme ne nourrissait pas. Son enfant avait succombé.

On donna des purgatifs, des bains, des cataplasmes, mais, malgré tous ces moyens, l’écoulement du lait continua.

Le gonflement augmenta rapidement, la douleur était très-vive, enfin l’abcès s’ouvrit spontanément sous un topique composé de saindoux et d’oseille. Il y a à peu près un mois que la suppuration s’est fait jour au dehors.

6 novembre. — On trouve le sein plus volumineux que celui du côté opposé , flasque, rempli de pus. Trois à quatre petits orifices flstuleux laissent échapper la suppuration.

La malade est restée pendant un mois sans être soignée activement. Aujourd’hui on fait pénétrer dans un des orifices une canule en Y, pour assurer l’écoulement du pus. Cataplasmes. Alcoolature d’aconit.

Outre son abcès du sein, la malade se plaint de douleurs vives causées par deux petits abcès, situés l’un sur la paroi abdominale, l’autre à la région lombaire. On ouvre ces deux abcès qui laissent échapper du pus bien lié.

7 novembre. — La malade a éprouvé beaucoup de soulagement. Outre le placement de la canule, de longues bandelettes de sparadrap soutiennent le sein.

18. — La malade souffre beaucoup plus qu’à l’ordinaire, on est obligé d’enlever les bandelettes. Cataplasmes.

21. — Suppuration toujours très- abondante; un peu de soulagement.

27 . — Au moyen de l’injecteur atmosphérique et d’une canule de seringue à hydrocèle, on fait à travers tous les orifices un lavage abondant.

29. — Depuis que chaque jour on fait un lavage à l’intérieur des trajets flstuleux, on constate une amélioration marquée.

30. On remarque de la lymphe plastique en quantité notable, mais encore mélangée d’un peu de pus.

Dans les premiers jours de décembre, les orifices se sont oblitérés. On a gardé la malade jusqu’au 10 décembre, époque laquelle elle est sortie complètement guérie.

Obs. 454. Abcès engioleucitique du sein droit chez un homme ; lavage; occlusion;

réunion complète au bout de deux jours.— Guilland (François-Joseph), âgé de 31 ans, de Bercy, entré le 15 juin 1852, salle Saint-François, n. 10.

10 jUin. Le malade est sorti il y a douze jours des salles de M. Guéneau, où il a été

traité d’une pleuro-pneumonie par des ventouses et des vésicatoires. 11 y a huit jours, probablement à la suite de l’irritation déterminée par les cantharides, le sein droit a pris de la sensibilité; un abcès phiegmoneux s’y est formé, et consécutivement les ganglions axillaires se sont hypertrophiés et sont devenus douloureux. Le faciès de ce malade rappelle celui des gens qui ont été soumis à l’intoxication paludéenne. Néanmoins il ne paraît pas qu’il y ait eu chez lui d’accidents intermittents. Il faut dire à cet égard que le malade travaille dans les puits. Évacuation du foyer, lavage occlusion.

Cet abcès mérite de fixer l’attention, parce qu’il pourrait servir à expliquer comment se produisent les maladies du sein chez certaines femmes qui ont toujours sur les téguments de la base de la poitrine quelques écorchures déterminées par la pression des corsets.

17. — On fait sortir en pressant quelques gouttelettes de pus roussàtre, mais il y a une remarquable tolérance à la pression.

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