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F. ABCÈS FROIDS OU CHRONIQUES

La région mammaire peut, comme toutes les autres régions, être envahie par des abcès chroniques de toute espèce, qui s’établissent soit dans l’épaisseur de la glande, soit dans le tissu cellulaire sous-cutané ou postéro-mammaire. — Ils peuvent être divisés en idiopathiques et symptomatiques.

1° Abcès froids idiopathiques. — Ils peuvent résulter du ramollissement de tumeurs anciennes; d’autres fois ils succèdent à des abcès aigus. D’un volume presque toujours considérable, ces collections purulentes ne sont habituellement précédées et accompagnées d’aucune douleur. — Cette circonstance explique que quelques femmes aient pu porter pendant plusieurs semaines et plusieurs mois des abcès semblables, en se croyant simplement atteintes d’engorgements laiteux.

Quand ces abcès proéminent à la périphérie de la mamelle, le diagnostic en est facile; mais lorsqu’ils occupent soit l’épaisseur de la glande, soit la partie postérieure du sein, ils peuvent donner lieu à des méprises graves. A. Cooper et M. Velpeau ont cité des cas dans lesquels l’amputation avait été faite pour des abcès chroniques méconnus et considérés comme des tumeurs de mauvaise nature.

Le pronostic de ces dépôts n’est généralement pas grave. Il suffit de les fendre et de les vider avec soin pour en obtenir la guérison.

Lorsque ces abcès sont enkystés, lorsqu’ils se sont entourés d’une membrane muqueuse plus ou moins épaisse, la simple évacuation du foyer devient insuffisante. Des injections iodées doivent être employées alors pour obtenir l’adhésion des parois de l’abcès.

Nous rapporterons l’observation suivante comme un exemple d’abcès profond et chronique du sein traité avec succès par notre méthode habituelle.

Obs. 468. — Abcès canaliculaire chronique du sein; incision: ventouse ; injection d’eau ; réunion primitive. — Durand (Marie), âgée de 22 ans, lingère, entre à l’hôpital Saint-Antoine, salle Sainte-Marthe, n. 13, le lt juin 1851.

Cette femme, accouchée depuis dix-huit mois, a allaité son enfant jusqu’à il y a quatre

mois, époque à laquelle l’enfant a succombé. Depuis quelques mois, la malade, qui avait eu ses règles pendant une partie de l’allaitement, les a vues se supprimer. C’est ù partir du moment où l’allaitement a cessé que le sein gauche s’est engorgé et est devenu douloureux et rouge. Depuis cette époque, l’organe est resté très-douloureux. Quand la malade entre à l’hôpital, le sein gauche, examiné avec soin, présente une masse globuleuse d’une couleur un peu violacée, du volume du poing. Au centre de cette masse, on reconnaît une fluctuation assez difficile à constater à cause de l’épaisseur considérable des tissus indurés qui enveloppent la collection liquide. Ce n’est pas sans revenir à plusieurs reprises sur l’examen des symptômes que le diagnostic est enfin posé.

14 juin. — Un bistouri à lame étroite est plongé au centre de la masse, et, arrivé à une assez grande profondeur, il fait jaillir un flot de pus mélangé de lait liquide et en grumeaux. La pression en fait écouler la valeur de deux cuillerées; après quoi l’application réitérée de la ventouse à pompe et un lavage abondant font sortir le reste du pus. Pansement par occlusion.

15. — La malade n’éprouve pas la moindre douleur. On peut même exercer avec la main une pression assez forte sur le sein à travers la cuirasse, sans développer de sensibilité. Les jours précédents, le moindre attouchement était douloureux. On ne lève pas le pansement.

16. — La réunion est complète; l’insensibilité se maintient; l’engorgement a diminué. On ne trouve aucune trace de pus à la face interne de la cuirasse. La réunion primitive a été obtenue d’emblée.

1T et 19. — Le résultat se confirme. On continue de protéger le sein an moyen d’une cuirasse de sparadrap. L’engorgement a diminué.

20. — Même état. On peut réellement dire que, dans les cas de ce genre, la guérison est en quelque sorte instantanée, puisqu’à partir du moment de l’opération, tout phénomène morbide cesse, et que la sécrétion de la lymphe plastique se substitue instantanément à la sécrétion purulente.

23. — Le succès est confirmé. La cicatrice de la plaie faite par l’incision se déprime, ce qui s’explique parla rétraction du tissu cicatriciel qui s’est formé dans toute la longueur du trajet de l’incision et à l’intérieur de l’abcès.

La malade a été suivie jour par jour jusqu’au 8 juillet. La guérison ne s’est pas un seul instant démentie. L’engorgement s’est complètement dissipé.

On a gardé cette malade beaucoup plus longtemps qu’on ne le fait dans les abcès aigus, parce que la chronicité de l’abcès pouvait laisser quelques doutes sur la solidité de la guérison .

Ce fait nous a paru remarquable sous plusieurs rapports. D’abord, quoiqu’il n’y eût pas, à proprement parler, de très-grandes difficultés de diagnostic, cependant la masse indurée qui entourait la collection étant fort épaisse, la perception d’un liquide au centre de cette masse était assez délicate pour justifier quelques hésitations. L’exploration, telle que la conseille M. Robert pour les kystes du sein, a été dans cette circonstance d’une utilité réelle. De plus, il y avait un grand intérêt à savoir comment un abcès chronique (nous croyons pouvoir qualifier ainsi une collection purulente ayant deux mois et demi d’existence, trois mois peut-être) se comporterait à l’égard du nouveau mode de traitement. Si 1 on ajoute à cela qu il s’agit d’un abcès du sein, et que ce sont précisément ceux-là qui ont donné généralement les résultats les moins favorables à la méthode de la réunion primitive, on comprendra tout l’in-

téré-t qui s’attache à un résultat aussi net et aussi décisif, d’autant plus remarqué qu’il était plus inattendu. C’est, en effet, pour les abcès chroniques à membrane kystique ou pyogénique bien constituée qu’on a élevé le plus de doutes sur la possibilité d’une guérison par première intention. Malgré les idées fort contestables qui régnent encore au sujet de la membrane pyogénique, on admet assez volontiers que dans les abcès chauds et récents où le tissu pyogénique n’a eu qu’à peine le temps de naître, et, à plus forte raison, celui de s’organiser, on puisse ramener les parois de la collection aux conditions voulues pour la réunion immédiate; mais on refuse nettement d’admettre que, quand une membrane d’enveloppe bien arrêtée, bien organisée comme celle d’un abcès enkysté, a eu le temps de s’établir, on puisse, par un simple lavage, modifier instantanément une pareille création organique, de manière à y substituer le travail de la sécrétion lympho-plastique à celui de la formation du pus, et cela sur l’heure, et sans une série de modifications intermédiaires. Mais que peuvent tous ces raisonnements contre un fait pareil à celui qui vient d’être indiqué.

Obs. 469. — Abcès interlobulaire chronique du sein gauche; ouverture, lavage, canules; guérison au bout de seize jours. — D’Heurlot (Elvine), 16 ans, blanchisseuse, entrée à l’hôpital Saint-Antoine, le 29 août 1853.

Cette malade se présenté avec une tumeur du sein gauche, paraissant siéger profondément dans le parenchyme de la glande et ne s’accompagnant d’aucune altération de la peau, telle que rougeur, amincissement, adhérences, etc. Cette tumeur, qui date de deux mois, a suivi une marche progressivement croissante. Déjà, il y a deux ans, le même sein avait été le siège d’un abcès froid, pour lequel on avait pratiqué une incision qui demeura ouverte pendant six semaines. Il n’y a à la lésion actuellement existante aucune cause connue. (Iodure de potassium, frictions toutes les deux heures sur le sein avec la pommade iodurée.)

18 septembre. — On perçoit profondément de la fluctuation. Une ouverture est pratiquée, qui livre passage à une grande quantité de pus qui ne laisse aucun doute sur l’existence d’un abcès froid. Placement de deux canules.

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