‹ Traité pratique de la syphilisChapitre 12 sur 38 · ARTICLE I · texte numérisé non relu

ARTICLE I

Système cutané externe, ou peau.

Les maladies syphilitiques consécutives de la peau ont reçu le nom de Syphilides.

Les syphilides ne sont jamais un symptôme primitif, mais toujours un symptôme consécutif. Quelquefois elles se manifestent pendant le cours d’une affection primitive. L’on a cru long-temps et l’on croit encore aujourd’hui que quelques maladies de la peau et surtout la syphilide tuberculeuse désignée par des écrivains sous le nom de pustules , étaient une maladie primitive , et par conséquent contagieuse. C’est une erreur qui a trouvé sa source dans deux causes : la première est le peu d attention des observateurs et leur confiance dans le rapport des malades, qui soutiennent toujours ne pas avoir eu de maladies syphilitiques antécédentes; la seconde est 1 époque de l’apparition de la syphilide pendant le cours de 1 affection primitive , et souvent peu après qu’elle s’est manifestée. J’ai pendant un temps partagé l’opinion générale, mais des laits bien observés et des recherches exactes, m’ont prouvé que je me trompais.

Sïl'HILlDKS.

Elles diffèrent entre elles relativement à leurs formes, qui sont au nombre de huit.

i° Exanthème.

20 Vésicule.

3° Pustule.

4° Tubercule.

5° Papule.

6° Squamme.

70 Macule.

8° Ulcère.

Leur siège est sur toute la surface de la peau : cependant quelques-unes se montrent de préférence sur certaines parties : j’indiquerai plus bas ces différences.

Les signes sont particuliers ou généraux. Les premiers appartiennent à chaque espèce. Les seconds sont ceux de la syphilis consécutive.

On a admis des signes communs relatifs à la forme , aux squammes , aux croûtes , et h la teinte cuivrée. Les trois pre mières classes ne sont ni constantes ni propres aux syphili des: quant à la dernière, j’en ai parlé en traitant de l’inflammation.

Les syphilides peuvent exister seules, ou être compliquées d’autres symptômes de la syphilis consécutive.

Le diagnostic demande une grande attention , parce que dans quelques cas , il y a beaucoup d’obscurité.

Le pronostic varie selon chaque espèce.

Syphilide exanthématique.

La syphilide exanthématique survient ordinairement pendant le cours des urétrites ou des vaginites. Elle a son siège

SYPHILIS CONSÉCUTIVE

1 iH

au tronc et aux membres. Elle se présente sous la forme de plaques plus ou moins grandes , de couleur rosée , de figure irrégulière, disparaissant en partie sous le doigt, mais non entièrement comme l’érysipèle, venant , dans le plus grand nombre des cas, pendant la nuit , en causant un léger trouble dans, l’économie , et ne durant qu’un ou deux jours: quelquefois se prolongeant plus long-temps. Elle n’offre pas une élevure sensible au-dessus du niveau de la peau. Une fois passée, elle ne reparaît pas. On a beaucoup insisté sur la teinte cuivrée qu’elle offre pendant son cours ou au moins à son déclin. Je ne l’ai jamais observée ; je n’ai vu que la teinte rosée disparaître graduellement en laissant à la peau une coloration un peu plus foncée , comme cela s’observe dans d’autres circonstances : j’ai souvent remarqué qu’elle s’effacait sans laisser aucune trace.

Le diagnostic est assez facile , à cause de sa coïncidence avec une inflammation syphilitique primitive.

Parmi les nombreux exemples que j’ai observés , le plus remarquable est celui d’une femme sur les jambes de laquelle il survint pendant le cours d une vaginite, des plaques absolument semblables h un érysipèle , et disparaissant sous le doigt ; mais accompagnées de douleurs très-vives. Elles ont duré- un septénaire , et ont cédé au repos , aux applications émollientes, et aux laxatifs. C’est le seul cas où j’ai vu la maladie se prolonger aussi long temps.

Svphilide vésicnleuse.

Je n’ai jamais observé cette variété dont plusieurs écrivains ont cité des exemples dans ces derniers temps. Il en est de même de la sy|>hilide bulleuse. Si les observations rap-

SVP«IÏ.I1»ES.

portées se rattachaient plus évidemment h la syphilis, je les aurais copiées : mais elles me semblent iucompiètes. J ai vu quelquefois des huiles ou les vésicules chez des individus syphilitiques; jamais je n’ai pu trouver une relation intime entre elles et la syphilis. Cependant je ne nie point leur existence.

Syphilide pustuleuse.

Avant de décrire la syphilide pustuleuse, je ferai une remarque sur les maladies que l’on doit appeler pustuleuses , et sur celles auxquelles on a donné ce nom, et qui ne le méritent pas.

On appelle pustule une tumeur circonscrite, formée par l’épanchement à la surface du derme enflammé d’un fluide purulent qui soulève l’épiderme. Si on abandonne la pustule à elle-même , il peut arriver deux choses : i° ou l’épiderme se rompt , le pus sort , se concrète et forme une croûte qui persiste plus ou moins long-temps; 2° ou l’épiderme ne se rompt pas , le pus se concrète au-dessous de lui , et la croûte formée tombe au bout d’un temps variable. Dans l’un et l’autre cas, il y a détachement de l’épiderme autour de la croûte, et à la chute de celle-ci, il reste une rougeur plus ou moins marquée et plus ou moins persistante : dans quelques cas , il y a cicatrice.

Si on perce l’épiderme pour donner issue au pus, le phénomène est le même que dans le premier cas.

Tels sont les caractères de la pustule. On les a appliqués à deux maladies syphilitiques consécutives , qui n ont aucun rapport avec elle. L’une est la syphilide tuberculeuse plate, que l’on a nommée pustule plate , et daus laquelle il n y a ja-

l'AO

aïl-HILlS «JÜWSECUT1VÜ,.

mois formation de pus. L’autre est la syphilide ulcéreuse. 11 y a quelquefois à la surface des pustules une légère excoriation qui est le résultat du soulèvement de l’épiderme, mais il n’y a jamais un ulcère véritable , comme celui que je décrirai plus bas : et dans les cas où on croit l’avoir observé à la suite d’une pustule, on a confondu la croûte formée par le pus concreté à la surface du derme , avec l’épiderme soulevé.

La syphilide pustuleuse se présente sous deux formes : i° la syphilide pustuleuse phlyzaciée ; 2° la syphilide pustuleuse psydraciée.

i° La syphilide pustuleuse phlyzaciée a son siège dans différentes parties du corps , mais surtout dans les points où la peau est mince et fine. Je l’ai vu constamment à la face externe des grandes lèvres , et à la face interne des cuisses. On dit qu’elle peut se manifester à la face et à la poitrine. Elle coexiste toujours avec une maladie primitive. Les pustules sont plus os moins nombreuses, isolées, discrètes, quoique très-rapprochées et groupées dans quelques cas, saillantes à peu près comme celles de la variole , déprimées au centre, et parfois tout-à-fait ombiliquées. Leur base est très-rouge et peu large : elles contiennent une petite quantité de fluide blanc jaunâtre. II se forme une croûte qui tombe dans un espace de huit à dix jours, et qui, à sa chute, laisse une tâche grisâtre qui disparaît peu à peu , et h laquelle succède quelquefois une tache blanchâtre analogue à une cicatrice. Je ne l’ai jamais vue confluente, ni suivie d’ulcères : je crois que, dans les cas de cette espèce cités par les écrivains, on l’aura confondue avec la syphilide ulcéreuse. On observe quelquefois chez les individus attaqués de syphilis , de larges pustules , semblables ù celles de l’ecthyma. On a nommé cette variété, ecthyma syphilitique. Elle n’est jamais suivie d’ulcération ; mais toujours i( se forme une croûte , et à sa chute,

la peau est saine; seulement elle est d’une couleur brunâtre. Si on ôte la croûte, on voit une simple excoriation.

2° La syphilide pustuleuse psydraciée a son siège dans toutes les parties du corps , mais surtout au Iront, aux épaules et à la face. Quand elle a son siège au front , on lui donne le nom de Coronci vetieris, Llle est un symptôme consécutil , qui ne coexiste pas avec un symptôme primitif, mais qui survient plus ou moins long-temps après une infection. Llle est caractérisée par des pustules petites , groupées les unes à côté des autres, très-nombreuses , conoides , à base dure, entourées d’une auréole grisâtre. Elles ont une couleur rouge pâle dépendant du peu d’intensité de l’inflammation. Le pus se forme très- lentement*, aussi voit-on souvent des pustules naissantes à côté de celles qui sont flétries , et des traces de celles qui ont disparu. Le pus, en se desséchant , forme une croûte jaunâtre, qui laisse quelquefois à sa chute une cicatrice blanche, circulaire et enfoncée, mais toujours trèsp etite.

Elle aune grande ressemblance avec l’acné, dont elle ne diffère que par la couleur, qui est plus vive dans cette dernière parce que l’inflammation a plus d’activité.

Syphilide tuberculeuse.

Dans la pathologie du système cutané, le mot tubercule a une acception différente de celle qu’on lui donne dans la pathologie des autres parties du corps. On entend ordinairement par le mot de tubercule , une altération de tissu consistant dans la formation d’une matière blanc-jaunâtre , opaque, friable, susceptible de se ramollir, et de se convertir en liquide purifornie. Dans la pathologie du système eu-

iaa SYPHILIS CONSÉCUTIVE.

tané, on donne le nom de tubercule h des tumeurs de la peau solides, persistantes , arrondies, circonscrites, ordinairement isolées, se confondant quelquefois par leur base, et formant au dessus du niveau delà peau une saillie plus ou moins grande,

Les tubercules syphilitiques présentent ces caractères , et de plus ils en offrent un particulier qu’on ne leur a pas assigné, et qui, je crois, les différencie tout-h -fait de la syphilis ulcéreuse ; c’est qu’ils ne sont jamais suivis de ces ulcérations profondes qui labourent les parties molles. On voit quelquefois à leur surface une excoriation qui jamais ne s’enfonce profondément.

La syphilide tuberculeuse se présente sous trois formes , que je distinguerai sous les noms de syphilide tuberculeuse arrondie, de syphilide tuberculeuse plate, et de syphilide tuberculeuse végétante.

i°. La syphilide tuberculeuse arrondie peut avoir son siège sur toute la surface de la peau : mais on l’observe spécialement à la face interne des cuisses , aux organes génitaux, h l’anus, au nez et aux joues. Elle se présente sous la forme de tumeurs rondes, représentant au dessus du niveau de la peau la moitié ou les deux tiers d’une sphère; ayant de la consistance, une couleur rouge violacée blafarde, ne se couvrant jamais de squammes, ne fournissant jamais de suppuration quand elles ont leur siège dans une partie où elles n’éprouvent aucun frottement : ayant quelquefois, lorsqu’elles sont exposées à des frottemens, une excoriation sur le point le plus saillant de leur circonférence qui alors est aplati. Elles ne déterminent aucune douleur , et peuvent rester stationnaires pendant plusieurs années. Le diagnostic est facile d’après ce que je viens de dire. Onia confondue avec une variété de la syphilide ulcéreuse dans

SYPH1LIDKS.

laquelle il se développe soit dans la peau, soit au dessous d’elle, des tumeurs rondes qui s’enflamment, et occasionent des ulcères profonds dont les cicatrices sont très-apparentes. Elle en diffère essentiellement, puisqu’on ne voit jamais à sa suite que des excoriations : et encore , il laut, pour qu’elles existent, des circonstances particulières tout à fait inutiles dans la syphilide ulcéreuse.

2°. La syphilide tuberculeuse plate, qui avait été désignée par Cullerier sous le nom de pustules plates, et à laquelle tous les praticiens donnent encore ce nom , est de toutes les affections syphilitiques consécutives celle qui a été le plus souvent confondue avec les symptômes primitifs. Cependant elle n’en est jamais un. Toutes les fois que je l’ai vue, mes interrogations ont été faites avec grand soin , et j’ai toujours observé qu’elle était un symptôme consécutif surtout des écoulemens avec lesquels elle coexiste souvent. Une autre remarque assez curieuse et dont les non partisans du virus syphilitique n’ont pas su faire leur profit, c’est qu’elle se manifeste principalement chez les individus malpropres, et que la propreté suffit pour la faire disparaître.

Son siège le plus ordinaire est aux parties génitales externes, h l’anus, h la face interne des cuisses surtout chez les femmes ( moins chez les hommes qui sont attaqués de préférence en cet endroit de syphilide tuberculeuse arrondie ) , aux lèvres de la bouche , h la langue et h la partie postérieure du cou.

Elle se présente sous la forme de tubercules ronds , épais, plats, ayant une épaisseur égale dans toute leur surface, et présentant un bord épais, quelquefois d’une ligne , et qui paraît plus en relief que le reste du tubercule. Sa couleur est rouge livide. La grandeur des tubercules est

SVl'HU-iS CONSECUTIVE.

très -variable. Les moins grands sont comme une lentille, et ils présentent toutes les différences intermédiaires jusqu’à celle d’une pièce d’un franc. Quoiqu’en général ils soient tout-à-làit ronds , cependant on en voit qui sont elliptiques. Ils sont isolés : rarement ils se confondent par leurs bords voisins, lis ont une apparence molle, mais sont rénitens. Leur face libre, comme fendillée, fournit une matière d’une odeur nauséabonde , très caractérisée, quand la maladie a son siège aux organes génitaux , et que l’on reconnaît sans peine. Jamais elle ne s’ulcère. Elle offre à la langue et aux lèvres de la bouche des différences que j’indiquerai en parlant des maladies syphilitiques consécutives de ces parties. Le diagnostic est très-facile : elle ne peut être confondue avec aucune autre affection.

On doit rapporter à la syphilide tuberculeuse plate la maladie que l’on a nommée poireau. 11 ne diffère que par sa couleur blanche et sa sécheresse : il offre les mêmes caractères : saillie égale dans toute son étendue, surface adhérente aussi grande que la surface libre, bord droit, milieu un peu plus enfoncé que la circonférence . Son siège ordinaire est au gland et sur la peau delà verge.

Nous devons encore rapporter à la syphilide tuberculeuse plate, les excroissances nommées condylomes , et qui ont leur siège au bord de l’anus ; elles sont semblables aux replis qu’offre la membrane muqueuse à l’orifice de l’anus , et n’en différent que par leur volume seul. Elles présentent du reste tous les caractères du tubercule aplati.

3°. La syphilide tuberculeuse végétante se présente sous la forme de tumeurs plus ou moins saillantes qui ont pour caractère spécial d’offrir à leur surface libre une multitude de cônes blanchâtres, peu saillans, isolés, et qui paraissent supportés sur des tiges, rouges, arrondies, placées perpendicu-

SYPHIMDES.

lairement au dessus du niveau de la peau, parallèlement l’une à l’autre, et réunies à leur base tantôt sur une base large, tantôt sur un pédicule.

Difi’érens noms ont été donnés à cette maladie. Le plus commun est celui de végétations que j’emploierai, parce qu’il est plus court que celui que j’ai dû lui donner pour la rapporter à mon cadre nosologique. D’autres noms mis souvent en usage, mais qui doivent être abandonnés, quoiqu’ils expriment très exactement la forme et l’aspect des tumeurs, sont ceux de eboufleur et de framboise. Il en est de même de ceux de mûres, groseilles, fraises, poireaux, fies, condylomes, crêtes de coq, etc., je les rejette tous, parce qu’ils sont tous insignifians , et quelques uns mal appliqués.

Les végétations ont leur siège le plus fréquent sur cette partie de la peau qui est le siège des chancres, et qui paraît avoir une structure intermédiaire à celle de la peau et des membranes muqueuses. On en voit aussi sur la peau quand elle est fine, ainsi qu’au périnée, aux environs de l’anus, du pénil, et du pli des cuisses. Je dois faire observer que c’est surtout chez les femmes qu on en rencontre sur ces parties, ce qui dépend, je pense, du contact de l’écoulement vaginal sur les unes, et de 1 humidité habituelle des autres; car chez 1 homme, on n en trouve presque spécialement que sur les parties de 1 organe cutané qui sont habituellement humides , comme le gland et la face interne du prépuce.

Le volume des végétations varie depuis celui de la pointe d’une très grosse épingle jusqu’il celui du poing et plus. Dans le plus grand nombre des cas, elles sont de la grosseur d’un grain de millet, d un pois, d une lentille. J’cn ai vu, qui chez 1 homme occupaient toute la circonférence de la couronne du gland, et tout le prépuce : j’ai vu, chez une femme, une vé-

SYPHILIS CONSÉCUTIVE

gélation énorme, qui surpassait le volume du poing de l’homme le plus fort, et qui avait son siège sur les Lords de 1 anus : et chez une autre femme, j’en ai trouvé quatre rangs, un dans chaque pli de la cuisse, et un sur chaque grande lèvre; ces deux derniers rangs sé réunissaient derrière l’anus : il y en avait de plus une quantité innombrable de très-petites sur le Mont-de-Vénus.

Le nombre est très variable; il y en a une, deux, quatre, et plus : on en voit jusqu'à quinze et vingt. Chez quelques individus, elles ne peuvent être comptées, comme je l’ai observé à l’anus et aux grandes lèvres. Dans ces cas elles finissent souvent par se joindre et former une masse dans laquelle il est impossible de distinguer la base de chaque végétation.

Leur forme offre une multitude de variétés : tantôt elles sont à base large, tantôt pédiculées , tantôt rondes, tantôt pointues, tantôt alongées.

Les végétations se développent de deux manières, ce qui influe sur la forme qu’elles doivent avoir plus tard. Dans l’un des modes de développement, la végétation apparaît sous la forme d’une pointe, de la grosseur de celle d’une grosse épingle : elle .est blanche le plus souvent, dans quelques cas rares elle reste rouge. Si on passe le doigt dessus on sent une pointe résistante, que je ne peux pas mieux comparer qu aux «•raines de la fraise. A mesure qu’elle accroît, un tube rouge surmonté d’une pointe blanche paraît sortir de la peau. Lorsque la végétation reste ainsi isolée, elle acquiert peu de largeur et peu de longueur; elle est rarement plus volumineuse qu’une grosse épingle ou un clou d épingle , et plus longue qu une ligne à une ligne et demie. J#en ai vu sortir de la peau les unes à côtes des autres, comme on voit les têtes d asperge sortir de la terre. Dans l’autre mode de développement, sur

SYPHI*IDES.

une partie de la peau paraît une tache rouge, qu’à l’œil nu ou armé d’une loupe 011 voit recouverte de petits points blancs. Le doigt passé sur cette tache sent que sa surface est grenue : au bout de quelques jours , il s’aperçoit que cette surface est hérissée de petites pointes : presque toujours alors elles sont visibles à l’œil nu, et leur couleur est évidemment blanche. A mesure que la végétation pousse, sa structure devient plus apparente, et elle semble composée de végétations, comme celles décrites dans le premier mode de développement, placées les unes à côté des autres. Chaque pointe blanche est supportée par une lige ronde et rouge : chacune de celles-ci est parallèle à sa voisine et lui est unie. Les végétations ainsi développées peuvent conserver leur base large, et chaque lige part directement de la peau pour monter jusqu’à la pointe correspondante : ou avoir un pédicule d’où les tiges se détachent en rayonnant. Dans l’un et l’autre cas elles peuvent acquérir un volume considérable.

Les végétations poussées isolément peuvent se réunir et se confondre : c’est ainsi qu’on les voit envahir en couronne toute la circonférence de la base du gland. Leur développement est rapide en général. Chez la femme, dont j’ai parlé, et qui en avait quatre rangs, le commencement de la maladie datait de deux mois et demi. Je les ai vues revenir chez un homme cinq lois en trois semaines : chez une femme, seize ou dix-huit fois en huit mois. Chez un outre homme le gland fut complètement couvert en moins d’un mois.

Tant que les végétations restent petites, elles sont sèches; rarement elles deviennent humides. Mais lorsqu’elles sont volumineuses, c’est le contraire : elles fournissent presque constamment une suppuration abondante : et souvent elles se fendent dans leur hauteur. C’est alors quelles causent de vives douleurs et l’insomnie : si par l’emploi des topiques on tarit

la suppuration, la douleur cesse. .J’ai vu quelquefois des végétations desséchées et comme cornées, qui persistaient pen dant des années entières sans éprouver aucune augmentation ni aucune diminution. Elles conservaient leur surface à pointes et rugueuse.

Ces différences que présentent les végétations peuvent les faire distinguer en aiguës et en chroniques : cette distinction peut avoir quelque importance pour le traitement.

Le diagnostic est facile. Dans quelques circonstances il peut offrir des difficultés : je les ferai connaître dans les descriptions particulières.

Le pronostic n’offre rien de grave. Abandonnées à elles-

mêmes , elles restent quelquefois stationnaires, comme je l’ai dit plus haut : d’autres fois elles augmentent toujours : mais alors même qu’elles sont devenues très -considérables , on peut les enlever, et l’opération n’est pas suivie d’accidens.

Sypbilide papuleuse.

La sypbilide papuleuse consiste en une éruption de petites élévations pleines, saillantes au-dessus du niveau de la peau, dures , solides , ne contenant aucun liquide, se terminant par résolution ou desquammation , et n’étant jamais suivies d’ulcérations ni de cicatrices.

Elle s’est présentée à moi sous trois formes différentes.

i°. La première variété coexiste avec les écoulemens. Elle se manifeste sur tout le corps principalement h la face ; les papules sont petites , nombreuses, coniques, peu saillantes au-dessus du niveau de la peau. Leur couleur est rouge vif; elles paraissent avoir un caractère aigu , bien différentes en cela des autres affections syphilitiques de la peau, qui ont un

SYPIIILIDES.

caractère chronique; elles ont cela de commua avec la syphilide exanthématique , qui survient également pendant le cours des écoulemens. Son apparition est presque instantanée ^ et se fait dans l’espace de vingt-quatre à quarantehuit heures, et pendant la nuit. Je l’ai constamment vue précédée de quelques prodromes consistant surtout en un malaise général et un peu de fièvre , dans les cas où ses caractères étaient bien tranchés; mais dans ceux où ils étaient peu marqués , je ne trouvais pas ces symptômes. Elle est accompagnée de démangeaisons qui le plus souvent sont le signe qui la fait reconnaître. Je l’ai toujours vue se terminer par résolution sans desquammalion.

2°. La seconde variété est celle qui est si Lien représentée dans la planche première de l’ouvrage de Carmichaél sur les maladies syphilitiques. Je cite cette planche , parce qu’elle peut donner une idée exacte de la maladie aux personnes qm ne l’ont pas vue , et que sa vérité est grande. On la désigne en général sous le nom de Lichen Syphilitique.

Son siège le plus commun est au dos, aux épaules , à la partie postérieure des bras; on l’observe ans* sur le reste des membres supérieurs , aux membres inférieurs , au ventre et à la face. Il s’est présenté à moi plusieurs cas dans lesquels elle était répandue également sur tout le corps. Les papules sont disséminées inégalement sur toute la surface malade, ordinairement groupées , et quelques-unes isolées. Leur base est d’un rouge violacé et leur sommet jaunâtre , dans les cas qui peuvent être regardés comme types; néai/ moins cette couleur jaune n’est pas due â du pus , mais à une matière consistante qui se dessèche : jamais je n’ai pu la lairc sortir sous forme de pus. Dans quelques cas, toute la papule est rouge. Leur sommet est pointu.

Lile se termine toujours par desquammation. La papule se

SYPHILIS CONSÉCUTIVE

détache du derme: l’épiderme l'orme autotir d’elle une petite lame ronde : quand on l’enlève , il adhère à celte lamelle une petite pointe canaliculée qui entre dans le derme , et qui paraît n’èlre autre chose que la partie de l’épiderme qui pénètre dans le follicule de la peau : on enlève très-facilement cette lamelle , quand la maladie tire à sa fin ; si on ne l’ôte , elle tombe d’elle-même et elle se reforme jusqu’à guérison complète. Cette variété pourrait être rapportée aux maladies des follicules : mais comme ceux-ci font partie intégrante de la peau j je crois qu’on doit la laisser au nombre de ses maladies.

Je n’ai pas observé constamment la teinte terreuse de la peau entre les papules.

Son diagnostic est facile : il suffit de la voir une fois pour la reconnaître; si on éprouve quelque difficulté, il faut rechercher la lamelle épidermique.

3°. La troisième variété est la plus rare. Elle peut avoir son siège sur toutes les parties du corps isolément ou simultanément. Elle se montre sous la forme de papules très-saillantes au-dessus du niveau delà peau, et delà même couleur qu’elle; ayant, ainsi que la peau, une teinte jaune grisâtre et un peu terreuse , et donnant à la main la sensation que l’on éprouve en touchant une peau de chagrin , ou mieux encore une râpe dont les saillies ne sont pas percées. Elle se termine toujours par résolution. À mesure que la guérison s’opère , on sent les papules s’affaisser.

Sypliilide stjuammeusc.

La sypliilide squammeuse se manifeste sous la lorme de plaques peu élevées au-dessus du niveau de la peau , arrondies , dune teinte gris -rougeâtre , couvertes de squammes sè-

STPHIUDES.

ches , uniques , ou multiples et grisâtres. Elle a une durée très-longue et se termine toujours par résolution.

Elle se présente sous la forme de psoriasis ou de lepra.

i°. Le psoriasis syphilitique est plus fréquent que le lepra : il affecte les formes du psoriasis, désignées sous les noms de

Guttata et de Diffusa.

Le psoriasis guttata peut avoir son siège sur une seule par. tic du corps ou sur toutes en même temps. C’est principalement aux membres supérieurs qu’on l’observe; c’est là qu’il commence pour gagner les autres régions. On le voit aussi assez fréquemment au cuir chevelu.

Le psoriasis diffusa a son siège le plus ordinaire à la partie postérieure du coude ou de l’avant-bras, et à la partie antérieure du genou ou de la jambe. II peut néanmoins exister sur d’autres points du corps.

Le psoriasis guttata se présente sous la forme de plaques irrégulièrement arrondies , de deux à quatre lignes de diamètre ou environ , plus élevées au centre qu’à la circonférence, d’une couleur gris-rougeâtre, couvertes ou d’une seule squamme, ou de plusieurs squammes grisâtres faciles à enlever et laissant voir à leur chute une surface lisse , dure et sèche.

Le psoriasis diffusa se manifeste par des plaques plus étendues, plates, déformé irrégulière , nullement arrondies , d’une teinte gris-rougeâtre , n’offrant pas l’élévation médiane, qui est si apparente dans le psoriasis guttata; ni une surface lisse, mais une surface granulée, ni des squammes larges et se détachant isolément, mais des squammes petites, adhérentes les unes aux autres, se recouvrant mutuellement, et se détachant ensemble.

L une et l’autre de ces affections commence par de petits points saillans , de teinte gris-rougeâtre , disparaissant complètement dans le psoriasis guttata, pour être remplacés par

SYPHILIS CONSÉCUTIVE

des plaques , mais persistant dans le psoriasis diffusa jusqu’à la cessation complète de la maladie.

Le diagnostic de çes deux affections est en général facile. Mais quand le psoriasis guttata commence à guérir : quand l’élévation au-dessus du niveau de la peau et les squammes n’existent plus , et que la couleur seule reste , il est trèsaisé de le confondre avec les cicatrices de la variole , surtout à la première vue; car pour, peu qu’on apporte d’attention dans son examen , on reconnaîtra de suite son erreur. Lors que le psoriasis guttata est de niveau avec la peau , il n’offrc plus sa teinte gris-rougeâtre aussi marquée : elle devient brunâtre. C'est la même couleur que présente la peau quand les croûtes qui ont succédé aux pustules de la variole sont tombées ; mais ici on trouve une grande différence. Dans le psoriasis, la peau conserve presque jusqu’à parfaite guérison , et par conséquent tant qu’il reste un peu de couleur , une surface légèrement saillante , ou au moins plane : dans la variole , la peau offre une surface creuse. Dans le psoriasis, cette surface est également colorée, dans la variole on trouve de petits points plus clairs, plus blancs, et plus enfoncés , semblables à des piqûres d’épingle. De plus la surface de la peau présente alors un plissement , comme si la cicatrice était trop grande pour la partie sous jacentc, et un brillant qu’on ne retrouve jamais dans le psoriasis : elle est gauffrée. Si j’ai tant insisté sur les caractères distinctifs de ces deux affections, c’cst parce qu’il est très important, surtout à l’égard des gens du monde , de ne pas commettre d’erreur, ce qui est facile à la première 'Vue; et c’est parce que les marques de la variole subsistant pendant plusieurs mois, ( j’en ai vu , six , sept , et huit mois après la guérison ), on pourraitêirc entièrement détourné de l’idée d’une variole préexistante, principalement à cause de la couleur de Ja

peau.

SYPHILIDES.

D’apr •es M. Biett, le psoriasis guttatn présente un signe pathognomonique ; c’est un liseré blanc exactement semblable à celui qui indique la trace d’une vésicule dans les affections vésiculeuses, et qui entoure la base de chaque disque au point où il s’élève au-dessus du niveau de la peau. Je ne peux nullement contrebalancer la longue expérience de M. Biett, mais je dois dire que je n’ai pas constamment observé ce liseré.

Lelepra syphilitique se présente comme le Iepra vulgaris , sous la forme de petites élcvures lisses, distinctives, couvertes d’une squamme mince qui ne tarde pas à tomber , qui sont d abord confondues , cl qui , en vertu d’une force contrifuge , s’étendent en formant des cercles plus ou moins grands et plus ou moins complets dont le milieu reste sain et intact. 11 n’en diffère que par la teinte gris-rougeâtre.

il est une espèce de lepra, qui est très-rare et que l’on a nommé è cause de sa couleur Nigricans. J’ai eu occasion d’en voir un cas très-remarquable chez une femme h l’hôpital des vénériens. Le siège principal delà maladie était à l’abdomen dont la paroi antérieure en était couverte. Elle se présentait sous la forme de plaques rondes , ayant la grandeur d’un lranc ou d’un demi-franc, déprimées au centre, élevées, mais très-peu , sur leurs bords , qui offraient un liseré blanc trèsdistinct , ayant une teinte noirâtre égale , et couvertes de squammes très-minces, très-petites et ù peine visibles. L’abdomen n’était pas seul le siège de cette éruption. O11 la voyait aussi sur la poitrine et les membres, mais les plaques moins grandes n’avaient pas un caractère aussi tranché. La peau entre les plaques avait une teinte terreuse très-marquée. Quand la femme vint à l’hôpital , la maladie était dans toute sa force. Je lui fis subir un traitementantisypiiilitique parla proto-iodure de mercure. Une améîiornlion très-sensible s’o-

SÏPHIL1S CONSÉCUTIVE.

péra : des plaques disparurent; d’autres perdirent presque toute l’intensité de leur couleur : mais la malade s’en alla au bout d’un mois et je ne l’ai pas revue.

Syphilide maculcuse.1

Les macules sont des colorations ou des décolorations partielles de la peau qui se présentent sous la forme de taches plus ou moins étendues., et plus ou moins différentes de sa couleur habituelle. Elles paraissent dépendre d’une altération du pigment , et ne sont accompagnées d’aucune élevure ni d’aucune desquammation.

La syphilis constitutionnelle occasionne quelquefois des colorations, je ne crois pas qu’elle produise des décolorations. La syphilide maculeuse est connue sous le nom de taches syphilitiques.

Les macules syphilitiques peuvent avoir leur siège sur toutes les parties du corps: mais c’est surtout au front, au cou, aux épaules, et à la poitrine qu’on les observe. J’en ai très-fréquemment vu au front, au cou, près la naissance des cheveux , et sur la tête. Elles se présentent sous la forme de plaques irrégulièrement grandes et conformées , et ayant une teinte jaunâtre. Elles n’occasionnent aucun autre phénomène. Leur couleur seule , très-remarquable , est désagréable.

Très-rarement elles existent seules , elles accompagnent d’autres symptômes. ,

Syphilide ulcéreuse.

La syphilide ulcéreuse est la plus grave et la plus l’â-

.SVPHILIDES.

cheuse de toutes les affections de la peau produites par la syphilis, à cause des ulcérations profondes qu’elle occasionne, et des cicatrices difformes et horriblement apparentes quelle laisse. Elle a été rapportée et unie par plusieurs écrivains k d’autres syphilides, mais je pense qu’elle doit être considérée isolément, parce que sa marche, ses symptômes et ses effets très-différens de ceux des maladies de la peau que je viens de décrire , prouvent qu’elle est une maladie spéciale, et qu’en pathologie l’ulcération doit être regardée comme une maladie spéciale et non comme une conséquence de maladie.

Les pathologistes ont décrit les ulcères syphilitiques consécutifs : ce que je vais décrire ici n’est pas autre chose. Le nom seul diffère, et ce n’est pas, par le désir de faire du nouveau que j’ai donné le nom de syphilide ulcéreuse aux maladies connues sous le nom d’ulcères syphilitiques consécutifs, c’est simplement pour qu’il y ait unité dans les noms comme dans la maladie.

On a cru que les syphilides pustuleuse et tuberculeuse pouvaient être suivies d’ulcères syphilitiques, c’est une erreur. Les croûtes des pustules peuvent tomber avant la guérison de l’excoriation de la peau suite du soulèvement de l’épiderme, ou le sommet des tubercules peut être excorié par des frotlemens ; mais jamais les pustules ou les tubercules syphilitiques n’ont cette propriété ulcérante, celle propriété rongeante et destructive que nous trouvons dans la syphilide ulcéreuse. Aussi toutes les fois qu’on traite les pustules ou les tubercules excoriés, on voit la guérison trèsprompte, et il ne reste pas de cicatrice : ce dernier carac tére très propre à faire distinguer les syphilides pustuleuse et tuberculeuse de la syphilide ulcéreuse ne s’observe jamai* dans cette dernière.

lii} SYPHILIS CONSÉCUTIVE.

La syphilide ulcéreuse offre encore deux caractères trèst emaquatbles ; c est qu elle survient dans les parties où communément ne se développent pas les ulcérations syphilitiques primitives , et qu’elle est accompagnée de douleurs

nocturnes ; ce qu on n observe pas dans les autres syphi* lides.

La syphilide ulcéreuse se présente sous trois formes, et comme chacune a un siège spécial sur la peau, on ne peut assigner le siège du genre. En général elle se manifeste plus ou moins long-temps après une première infection : dans quelques cas clic paraît pendant le cours de l’in-v lèclion même, mais alors elle u’affecte qu’une seule des formes, comme je vais le dire.

i°. La première variété consiste dans une ulcération qui attaque une partie de I épaisseur de la peau, qui s’étend par sa circonférence, et acquiert une étendue plus ou moins

grande.

Llle s observe sur tous les points de la peau, principalement h I anus , aux orteils, et aux membres : quelquefois , mais très-rarement on en trouve dans l’enfoncement entre 1 aile du nez et la joue ou sur 1 aile du nez : je note cette partie parce que la syphilide ulcéreuse qui se manifeste en cet endroit , n’est pas ordinairement de cette espèce. On la rencontre quelquefois h l’ombilic. A l’anus et aux orteils on la nomme-rhagade.

Elle se développe différemment selon l’épaisseur de 1 épiderme. Quand celui-ci est mince, l’ulcération de la peau le détruit immédiatement , et le malade ne s’aperçoit pas de 1 ulcération. C'est ainsi è l’anus, c’est ainsi entre les orteils et au nombril. Mais quand l’épiderme a de l’épaisseur, il n en est pas de même. Le pus sécrété par l’ulcéralion de

SYPHILflDKï).

la peau, s’amasse sous lui, et forme un dépôt, bien différent d’une pustule. Bn ellet, si vous enlevez cet épiderme, et si vous essuyez le pus , vous trouvez la peau ulcérée , c’est-à-dire, entamée , et détruite dans une partie de son épaisseur, tandis que dans la pustule, lorsque vous ôtez l’épiderme et le pus , vous trouvez seulement la peau privée de son épiderme, mais non ulcéré. Si dans le premier cas vous abandonnez la maladie à elle-même, l’ulcération continue à faire des progrès, et si vous laissez le pus s’amasser, il se forme une croûte à la chute de laquelle vous trouvez un ulcère plus ou moins grand. Si dans le second cas , vous abandonnez la maladie à elle-même, l’excoriation de la peau loin d’augmenter diminue, et s’il se forme une croûte, elle est tantôt mince, tantôt épaisse, et à sa chute vous trouvez la peau cicatrisée. On conçoit d’après cela quelle différence il y a entre ces deux maladies.

Cette variété de la syphilide ulcéreuse se manifeste le plus souvent à une époque éloignée de la première infection : mais quelquefois on la voit pendant le cours d’une infection, et c’est elle qui survient aux piqûres de sangsues mises pour combattre l’inflammation soit des membranes muqueuses soit du bubon. Dans la première circonstance, elle n’offre aucune gravité; un traitement approprié la guérit promptement. Dans la deuxième, on n’est pas toujours aussi heureux : elle est très-persistante et résiste souvent à tous les traitemens. Je l’ai observée un grand nombre de fois tant à la suite de l’application de sangsues qu’après un développement spontané. Je l’ai vue envahir la peau qui recouvre le pubis, et la détruire en partie ainsi que les bulbes des poils : d’autres fois, je l’ai vue s’étendre aux cuisses, aux hanches, aux parois abdominales. Les cas les plus graves sont ceux où la surlace ulcérée est couverte de bourgeons charnus.

îlS

SÏPH1LÏS CONSÉCUTIVE.

Lien distincts, isolés, et semblables à des champignons. Celte forme est d’un très-fâcheux pronostic, parce que souvent on ne peut arrêter sa marche. Il est bien digne de remarque qu’elle ne prend ce caractère grave que lorsqu’elle a son siège aux membres, et qu’à l’anus, au vagin, aux orteils , elle ne l’offre jamais.

Elle se présente sous la forme d’un ulcère à fond grenu, et rouge ; à bords coupés à pic et peu épais puisqu’elle n’attaque qu’une partie de l’épaisseur de la peau. Sa circonférence esl saine et de la même couleur que le reste du système cutané : elle n’en change même pas à mesure que l’ulcère fait des progrès : celui-ci semble s’étendre en rongeant peu à peu les parties molles.

Le diagnostic est facile : on distinguera cet ulcère à son peu de profondeur.

La cicatrice qui succède à cette yariété de la syphilide ulcéreuse est semblable à celle du troisième degré de la brûlure dans lequel tout le derme n’est pas brûlé.

2° La deuxième variété de la syphilide ulcéreuse a son siège dans toutesles parties du corps, mais surtout aux membresinférieurs. Elle se développe comme tous les autres ulcères. La peau devient d’un rouge violacé : le derme s’entame, il fournit du pus parlasurface malade : celui-ci s’amasse sous l’épiderme, qui se rompt plus ou moins tôt, et alors on voit une surface ulcérée qui attaque toute l’épaisseur de la peau. Quelquefois l’ulcération en se développant détruit en même temps et le derme et l’épiderme. Dans cette variété et dans la première l’amas du pus sous ce dernier a fait regarder l’ulcère syphilitique consécutif, comme la suite de l’eclhyma syphilitique. C’est, selon moi, une erreur qu’il est important de rectifier.

L’ulcère qui appartient à celte variété se présente sous la

5 Vi'llJLinü.S.

l'iy

forme d’un ulcère plus ou moins étendu; a surlace unie; de figure arrondie mais non pas parfaitement îonde, comme celui que nous décrirons plus Las; à bords coupés perpendiculairement : â fond enduit d’une couche grisâtre, souvent difficile à enlever. Il fournit un pus mal élaboré, sa circonférence est rouge, luisante, tuméliee, et paiaît disposée à l’ulcération. Sa marche est lente ; quand il a acquis une certaine étendue , il peut rester stationnaire. Il est souvent unique.

Le diagnostic est facile. On peut dire que c’est 1 ulcère simple avec quelques modifications.

La cicatrice qui succède à cette variété de la syphilide ulcéreuse ressemble h celle de tous les ulcères en général.

3°. La troisième variété de la syphilide ulcéreuse consiste dans le développement de tumeurs , ayant leur siège tantôt dans l’épaisseur de la peau, tantôt au-dessous d’elle, qui

s’ulcèrent profondément et laissent des cicatrices bridées et

difformes.

On a donné â ces tumeurs le nom de tubercules, pris dans le sens qu’on lui applique en pathologie cutanée. Certes aucun mot ne peut mieux exprimer la forme , la consistance et l’aspect de ces tumeurs; mais je dois l’exclure parce qu’il peut induire en erreur, et qu’il y a, quant aux suites, une grande différence entre le tubercule syphilitique et la tumeur dont je m’occupe , différence que j’ai exposée plus haut.

Les deux formes de cette variété de la syphilide ulcéreuse méritent d’être étudiées séparément.

La première a son siège au visage , au nez, entre lui et les joues, â la lèvre supérieure, et aux membres abdominaux. On la voit quelquefois mais rarement sur d’autres parties du corps. Elle s’annonce par une tumeur , représentant assez

SïKHiLlS CONSECUTIVE.

l/jO

bien une moitié de sphère saillante au-dessus du niveau de la peau, dune couleur rougeâtre terne, qui reste stationnaire pendant un temps variable. Et même si à cette époque une autre affection syphilitique oblige de faire un traitement antisyphilique on la voit disparaître. Lorsqu’aueune circonstance n arrête sa marche, elle paraît s’enflammer : elle s’entoure d une auréole d un rouge violacé , et sa partie la plus saillante s ulcère, L ulcération s’étend assez en profondeur et en largeur pour altérer toute l’épaisseur de la peau et pour acquérir la grandeur d’une pièce de cinq francs, de la paume de la main et plus. Si on laisse la partie malade découverte , le pus se concrète , et forme des croûtes auxquelles on a cru devoir donner un caractère spécial; mais qui n’en ont pas d’autre que celui des croûtes de tout ulcère qu’on ne soigne pas, et sur lequel le pus s’épaissit en lames plus ou moins nombreuses , qui prennent une teinte et une apparence variées en raison de leur ancienneté et des corps avec lesquels elles sont en contact. L’ulcère plus creux au milieu qu’à la circonférence a des bords coupés perpendiculairement , engorgés , durs et violacés. Le fond est inégal , et présente des points jaunes semblables à des escarres. Le pus est d’un jaune verdâtre, très consistant, et très adhérent. Lorsque plusieurs de ces tumeurs voisines les unes des autres sont ulcérées, elles s’unissent par leurs bords, et de cette réunion résulte un ulcère, qui présente des parties plus profondes correspondant aux tumeurs, et des parties moins profondes correspondant à leurs intervalles : dans l’endroit de la tumeur toute l’épaisseur de la peau est malade : dans le reste une partie seule de son épaisseur est aflectée. La cicatrice offre une coulure et est bridée au point de la tumeur : elle est plus ou moins marquée aux intervalles, en raison de l’altération de la peau.

SYPHILIDRS,

La deuxième se manifeste par une ou plusieurs tumeurs de la grosseur d’une petite noisette , exactement rondes, situées au-dessous delà peau , paraissant tantôt libres, tantôt lui adhérer par un point de leur circonférence. Elles restent stationnaires pendant un temps plus ou moins long , et peuvent disparaître sous l’inlluence d’un traitement anlisyphilitique. A mesure qu’elle fait des progrès, l’adhérence de la tumeur avec la peau devient plus intime. Celle-ci, qui n’avait pas changé de couleur, prend une teinte rouge violacée, et il se forme une ulcération qui laisse un trou rond, qui paraît fait avec un emporte-pièce , dont le fond est enduit d’une couche gris-jaunâtre, et qui fournit un pus jaunâtre épais. Si plusieurs tumeurs voisines s’ulcèrent , la peau semble criblée : souvent elle reste intacte entre chaque ulcère , souvent elle s’amincit , est détruite, et les ulcères n’en forment plus qu’un seul dont le fond très inégal offre des points jaunes semblables h des escarres. Tantôt cette forme de la syphilide ulcéreuse se borne au lieu qui l’a vue naître : tantôt elle guérit d’un côté et gagne de l’autre en décrivant des sillons profonds dont la figure est celle de segmens de cercles plus ou moins grands. On lui donne alors le nom de syphilide serpigineuse. Elle a peu de largeur ; mais si on ne l’arrête pas dans sa marche, elle peut sillonner ainsi une étendue considérable du corps. Elle a son siège sur tous les points delà peau, surtout aux membres; mais quand elle affecte la forme serpigineuse , c’est principalement au dos , â la tête et â la poitrine qu’on l’observe. Les cicatrices sont bridées, très marquées et très difformes. Son diagnotic est lacile 5 cause de la forme des tumeurs qu’on ne confondra pas avec celles qui se développent dans les affections syphilitiques du système fibreux. Le pronostic toujours grave , à

SYPHILIS CONSÉCUTIVE

cause des cicatrices difformes, le devient beaucoup plus dans les cas de syphilide serpigineuse.

La difformité n’est pas le seul caractère distinctif des cicatrices qui succèdent à la syphilide ulcéreuse. Elles en offrent encore un autre , qui est remarquable, qui est constant, c’est la blancheur du tissu de la cicatrice. Quoiqu’on ' général on observe après toutes les plaies que la cicatrice est plus blanche que la peau, cependant cette différence de couleur n’est pas aussi marquée qu’à la suite des ulcères syphilitiques , surtout de ceux qui sont serpigineux. Il y a de plus un ton mal qu’on ne retrouve pas ailleurs.

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