ARTICLE IL
Système cutané interne ou membranes muqueuses.
Les affections syphilitiques consécutives des membranes muqueuses doivent être classées comme celles de la peau : seulement elles sont moins nombreuses. Nous n’observons sur elles que les syphilides :
i°. Exanthématique.
2°. Tuberculeuse.
5°. Ulcéreuse.
Syphilide exanthématique.
La syphilide exanthématique des membranes muqueuses a son siège sur celles de la gorge , du voile du palais , de la paroi postérieure du pharynx , de la langue , des paupières et du nez. Elle s’annonce par la couleur rouge-violacée des membranes, leur tuméfaction, et une seci dion plus abonnante de mucus. Elle n’est pas douloureuse, mais elle est accompagnée d’une gêne plus ou moins grande des fonctions
SYPHILIDES.
dé l’organe malade. Son diagnostic est facile parce que la couleur qu’offre la membrane muqueuse est très-différente de celle qu’elle présente dans son inflammation simple. Tout ce que j’ai dit en parlant de l’inflammation syphilitique consécutive trouve ici son application. Le pronostic n’est pas grave : elle guérit aisément.
Syphilide tuberculeuse.
La syphilide tuberculeuse des membranes muqueuses se présente sous deux formes. L’iine peut être rapportée aux syphilides tuberculeuses arrondie et plate de la peau. L’autre est la même que la syphilide tuberculeuse végétante de la peau.
i°. La première se montre au rectum, et au nez. On peut, je crois, lui attribuer un grand nombre des rétrécissemens de l’urètre. Ceux-ci, suite presque constante des urétrites, ne sont pas encore suffisamment connus dahs leurs rapports avec les affections syphilitiques consécutives. La facilité avec laquelle ils disparaissent et reparaissent dans quelques cas est en tout semblable à celle avec laquelle on guérit sans mercure la syphilide tuberculeuse de la peau , et h celle avec laquelle elle revient. La cessation de leurs symptômes précurseurs et concomilans sous l’influence d’un traitement antisyphilitique général, a une grande analogie avec la guérison des syphilides tuberculeuses de la peau par le même traitement. Ne pourrait-on pas conclure de là que c’est une affection de même nature que les syphilides tuberculeuses ?
Elle s’annonce par le gonflement de la membrane muqueuse : sa surface n’est pas égale , mais présente des bosselures , elle est accompagnée d’une augmentation de sécrétion
SYPHILIS CONSÉCUTIVE
dans les cryptes muqueux, et d’un écoulement de matière purulente mêlée souvent de sang. Mais quand elle est portée à un haut degré , et que les cryptes muqueux sont envahis, il y a sécheresse de l’organe , à moins que des corps durs en passant , comme au rectum , n’excorient la surface malade. Elle gêne plus ou moins les fonctions des parties, en raison de ses progrès. Sa marche est toujours très lente. Cette maladie peut être confondue avec d’autres, comme je le dirai, en traitant des affections syphilitiques des organes en particulier.
20. La syphilide tuberculeuse végétante des membranes muqueuses diffère peu de celle de la peau. On l’observe à la langue, au vagin, au voile du palais, h l’œil, aux amygdales. Elle n’offre pas à sa face libre les pointes blanchâtres dont j’ai parlé. Sa consistance est égale dans toute son étendue, et la même qu’à la peau.
Syphilide ulcéreuse.
La syphilide ulcéreuse des membranes muqueuses présente deux formes bien tranchées. Tantôt elle se développe sur un point, y reste fixe , et s’étend également par sa circonférence. Tantôt elle a une marche serpigineuse.
Ordinairement elle est précédée de la syphilide exanthématique ; mais souvent elle apparaît immédiatement sans aucun symptôme précurseur, et dès que le malade se plaint on aperçoit une ulcération.
La première forme s’observe au voile du palais, à la langue, au pharynx, au vagin et à l’anus. Elle consiste en un ulcère simple, à fond blanchâtre, à chairs molles , peu vives, à bords unis, non découpés perpendiculairement. Les parties
SYPHIUDBS.
molles environnantes sont dans leur état naturel. 11 n’a aucune tendance à s’agrandir. Son seul caractère bien prononcé est sa persistance.
La seconde forme s’observe principalement au voile du palais et à la langue. L’ulcère réunit tous les caractères propres à la syphilide ulcéreuse de la peau. Il a un fond grisâtre, des bords coupés à pic, une circonférence arrondie, de couleur rouge- violacé : il fournit un pus jaunâtre, trèsadhérent , et mêlé quelquefois de stries sanguinolentes. 11 a une grande tendance à s’étendre du centre à la circonférence, ou à suivre une marche serpigineuse.
Le diagnostic offre parfois des difficultés pour la première forme : quant à la seconde, ses caractères sont trop tranchés pour qu’on se trompe.
Le pronostic est grave pour cette dernière , à cause de ses propriétés destructives. La persistance de la première n’est que désagréable.
SYPHILIS CONSÉCUTIVE