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CHAPITRE El

SYSTÈME OSSEUX

Le système osseux est, après le système cutané, celui qui est le siège le plus fréquent des affections syphilitiques consécutives.

Je n’ai observé que trois ordres de maladies et je ne pense pas que les praticiens en ai vu d’autres. Ce sont :

i°. La gangrène ou nécrose.

2°. L’exostose.

3°. Les névroses.

L’on voit d’après cette énumération que je ne range pas la carie au nombre des maladies des os, qui peuvent dépendre du virus syphilitique. Quelques écrivains ont pensé que la carie et la nécrose pouvaient également être produites par cette affection. Cela est possible d’après le raisonnement, mais l’expérience prouve que ce n’est pas. Aussi voit -on d’autres écrivains rejeter cette opinion, et quelques uns la mettre en doute. Toutes les fois qu’une maladie des os se manifeste à la suite d’une affection syphilitique et que la suppuration survient, ils sort des portions d’os nécrosés. L’on dit journellement : « Telle personne est affectée d’une cariede la voûte palatine, de la cloison des fosses nasales « et cependant toujours ces malades voyent sortir de leur nez ou de leur bouche des portions d’os mortes dont la grandeur est proportionnelle à la perte de substance : or dans la carie observet-on ce phénomène. La carie, qui peut être rapportée h l’inflammation des os, la carie, dis-je, consiste dans un ramollissement des os, qui est quelquefois accompagnée de la

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nécrose de quelques portions de l’os malade, comme quelquefois le phlegmon ou inllammalion du tissu cellulaire est accompagné de la gangrène de quelques parties de ce tissu. Dans la syphilis consécutive on n’observe pas la carie , c’està-dire, le ramollissement de l’os avec suppuration : mais on observe une suppuration avec sortie d’une portion d’os gangrénée ou morte. L’erreur vient de ce qu’il n’est pas possible qu’une portion d’os se détache sans qu’il y ait suppuration autour de la partie malade, comme il n’est pas possible qu’une escarre de la peau se détache sons qu’il y ait autour suppuration. 11 faut donc bien distinguercette inflammation nécessaire pour la séparation de la partie nécrosée , inflammation que l’on a nommée éliminatrice , de l’inflammation proprement dite de l’os. L’on peut m’objecter qu’il existe des tumeurs blanches syphilitiques, et que les tumeurs blanches ne sont autre chose que des inflammations chroniques des parties osseuses et molles des articulations. J’admets volontiers cette définition des tumeurs blanches, parce que je la crois trèsjuste : mais je ferai observer que les tumeurs blanches sont de deux sortes , que les unes dépendent d’une maladie des os, et les autres d’une maladie des parties molles, et que c’est b cette dernière classe qu’appartiennent les tumeurs blanches dépendant du vice syphilitique, et que ce n’est que par suite de l’altération profonde des parties molles, que les os sont affectés.

L’on a surtout parlé de la carie des os du crâne, en faisant observer comme un phénomène très-remarquable, qu’il était étonnant de voir les os du crâne se carier, eux qui sont ordinairement affectés de nécrose. La raison de cette erreur tient à ce que l’on n’a pas fait attention qu’il sortait des portions d’os nécrosés, surtout dans les cas de maladies de l’apophyse mastoïde, ef que l’on a rapporté à une maladie ce qui appar-

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tient à une autre. Les lois que suit la nature dans le développement, l’accroissement, et le décroissement des maladies sont trop semblables pour supposer par le raisonnement qu’elle ferait des exceptions pour certaines maladies : et nous apprenons de plus par l’expérience qu’il n’en est pas ainsi.

L’on a dit aussi que presque toujours la carie produite par le virus syphilitique est précédée de l’exostose, mais on a confondu alors la carie avec l’exostose suppurée et probablement avec la périostose dont l'enveloppe devient osseuse.

Je n’ai pas l’intention défaire la description de la nécrose et des exostoses. Cela appartient à un traité de pathologie externe. Je dois me borner ici h dire ce qu’elles offrent de particulier dans les cas où elles sont occasionnées par le virus syphilitique.

Nécrose.

La nécrose affecte les os plats offrant beaucoup de substance compacte et très peu de spongieuse. Ceux qui sont situés superficiellement en sont plus souvent atteints, mais elle parait avoir une prédilection toute particulière pour les os du nez, du palais et du crâne. Je l’ai vue aux os du métatarse, au calcanéum. Elle ne se borne pas aux os , elle attaque aussi les cartilages : ainsi ceux du nez, ceux du larynx. Son étendue varie : tantôt elle ne détruit qu’une petite portion de l’os, tantôt une grande partie. Il en est de même pour les cartilages.

Quant h sa forme, elle présente autant de variétés qu’il y a de cas.

Elle ■ s’annonce par une douleur sourde, prolonde, qui reste long-temps la même. À mesure que 1 os se nécrosé, les

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parties molles s’enflamment parce qu’alors s’opère le travail qui tend à pousser au dehors la portion morte. Enfin les par lies molles s’ulcèrent, et il se fait un écoulement de pus, qui continue tant que les portions d’os malades ne sont pas com plètement détachées et sorties. C’est cette persistance de la suppuration qui a lait penser aux praticiens qu’il y avait carie. S ils avaient réfléchi qu’il doit couler du pus tant que l’os nécrosé reste dans l’économie , ils ne seraient pas tombés dans cette erreur. Lorsque par une cause quelconque tout le corps d un os est nécrosé, il survient dans le membre des abcès dont les orifices restent fistuleux tant que la portion d’os n est pas éliminée. On n’a jamais dit que dans ces cas, il y eût carie. Pourquoi voudrait-on qu’elle existât pour les cas denécrosesproduitespar la syphilis, quand il y a pendant longtemps suppuration ?

Le diagnostic de la nécrose est facile. La portion d’os malade est là pour servir à l’éclairer. Comme par suite de sa présence , ils est formé un abcès , dont l’ouverture est restée fistuleuse , il suffit d’introduire dans celte ouverture un stylet au moyen duquel on parvient très-aisément à sentir l’os.

Son pronostic est très différent suivant l’étendue et les fonctions de 1 os détruit, et les difformités qui en résultent.

Exostose.

L’exostose est la tuméfaction d’un ou de plusieurs points de la surface d’un os.

On ne peut l’appeler hypertrophie de l’os, parce que dans l’hypertrophie, les tissus augmentés de volume, conservent la même organisation et la même structure que dans l’état

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normal ; tandis que dans l’exostose , l’organisation et la structure du tissu osseux sont toujours altérées.

On a admis en pathologie plusieurs sortes d’exostoses; je pense qu’il n’y en a que deux : les autres doivent être rapportées soit h une maladie du périoste , soit à d’autres maladies du système osseux. Les deux sortes d’exostoses que j’admets * sont l’exostose Jaminée et l’exostose éburnée.

Je n’examine pas la question de savoir si elles peuvent être produites par des causes diverses : je ne parle que de celles qui sont la suite de la syphilis.

Leur siège est dans le tissu compacte des os : aussi ne l’observe-t on que dans ceux qui en contiennent une grande quantité. Ainsi les os du crâne, les os maxillaires supérieurs et inférieurs , les os malaires , les clavicules et les os longs des membres. Il peut être à la face externe de l’os ou à sa face interne.

Les deux formes d’exostoses offrent des différences relatives à leurs symptômes , à leur marche , à leurs terminaisons et à leur structure : je les décrirai successivement.

L’exostose laminée se présente sous la forme d une tumeur plus ou moins saillante , plus ou moins étendue sur une des faces de l’os qu’elle occupe quelquefois en entier , mais dont le plus souvent elle n’attaqué qu une partie; elle à une circonférence circonscrite , qui se continue insensiblement avec le reste de l’os , de sorte que dans quelques cas , il pourrait être difficile de la bien distinguer. Son apparition est presque constamment précédée de douleurs vives qui ont leur siégé dans tout l’os malade, qui sont plus violentes la nuit que le jour , et qui finissent par se fixer sur le point où elle doit survenir. La marche est plus rapide que celle de l’exostose éburnéo , cl peut être distinguée en aiguë et en chronique. Dans le premier cas , le malade éprouve des douleurs vives,

sïstAmk osseux.

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aigues, conlinu^ixt accompagnées d’un sentiment profond de pesanteur et d’engourdissement. La tumeur acquiert promptement un volume assez considérable : sa pression est douloureuse, même quand elle est peu forte. Les douleurs paraissent être de nature inflammatoire , et dépendre autant de la distension de l’os, que de l’inflammation du périoste, qui participe certainement beaucoup h la maladie. La tuméfaction de l’os n’est nullement circonscrite. Dans le deuxième cas , le malado éprouve pendant un temps plus ou moins long une douleur sourde dans l’os qui doit devenir le siège du mai. Enfin il s’aperçoit d’un léger gonflement dans un dos points de l’os douloureux , et de la formation d’une tumeur qui fait souffrir plus ou moins h la pression , en raison du degré do celle-ci ; la douleur ne paraît nullement dépendre d’un état inflammatoire du périoste. La tuméfaction est plus circonscrite. Abandonnée à elle-même , l’exostose laminée continue h faire des progrès pendant un certain temps: elle devient stationnaire et persiste ainsi pendant toute la vie, toujours en formant une tumeur arrondie, égale à sa surface, et plus ou moins sphéroïde. L’anatomie pathologique nous apprend qu’elle est formée par les lames du tissu osseux, écartées les unes des autres et renfermant dans leurs intervalles un tissu aréolaire qui contient un fluide, soit plus ou moins analogue h la moelle , soit gélatiniforme.

L’exostose éburnée se présente sous la forme d’une tumeur plus saillante , moins étendue et plus circonscrite que la première. Son apparition est moins souvent précédée de don-

leurs : et quand elles existent , elles sont sourdes. Elle est insensible h la pression, et l’on n’occasionne de douleur au malade , que lorsqu’on comprime fortement la peau qui se trouve ainsi entre deux corps durs. Sa marche est très-lente: souvent on no s’aperçoit de son existence que par la saillie.

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Abandonnée à elle-même , elle fait des pr6j£rès pendant un , certain temps, et devient stationnaire. Elle occasionne or^ dinairement plus de gêne que l’exostose laminée, parce qu*elle est plus saillante , et qu’en conséquence elle agit avec plus de force sur les organes qui la recouvrent. Son tissu est en tout semblable à celui de l’ivoire.

Les exostoses ne sont jamais accompagnées de changement de couleur de la peau , quelle que soit leur marche.

L’on a dit que les exostoses se terminaient comme l’inflammation par métastase , résolution , suppuration , gangrène et induration. Je ne pense pas que ces distinctions soient admissibles. Mon père dit dans son traité de chirurgie , avoir vu une exostose de toute l’extrémité inférieure de l’humérus , dépendant du virus syphilitique , et qui avait résisté à tous les traitemens méthodiques, disparaître complètement en peu de temps , pour être bientôt suivie de l’apparition de symptômes vénériens à la voûte palatine. Je pense d’après le siège et d’après la marche, que c’était une inflammation du périoste. La résolution de l’exostose laminée s’observe fréquemment. Elle n’est complète que lorsque la tumeur est petite : autrement , il reste un peu de gonflement à l’os. La suppuration n’a jamais lieu; dans les cas où l’on dit l’avoir vue , on a confondu des maladies du périoste avec les exostoses. La gangrène , ou mieux la nécrose , a été observée dans des cas d’exostoses éburnées.

On ne peut admettre l’induration , puisqu’elle existe déjà dès le principe de la maladie.

Le diagnostic des exostoses situées sur la face externe des os, est facile; quand elles sont situées sur la face interne, il est souvent très-diiïicile , et l’on comprend sans peine que la description que j’ai faite ne s’applique qu’aux premières. On ne peut que présumer leur existence, par suite des lé-

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sions de fonctions des organes situés profondément , à moins qu’elles n’aient acquis un volume tel, qu’elles fassent saillie à la face externe de l’os. Celui des deux espèces n’offre pas de difficultés , quoiqu’on trouve entre elles beaucoup d’analogie. La douleur qui a précédé, la forme de la tumeur et sa marche servent à l’éclairer.

Le pronostic présente des variétés. Considérées en ellesmêmes, les exostoses ne sont pas graves; on peut aisément en arrêter la marche. Sous le rapport de la difformité, les externes en produisent toujours une plus ou moins grande , en raison de leur siège et de leur saillie ; les internes en produisent quelquefois aussi. Mais si nous les examinons sous le rapport du trouble qu’elles peuvent apporter aux fonctions des organes voisins , nous voyons qu’elles sont toujours trèsgraves , surtout quand elles sont développées à l’intérieur des os de la tête; puisque par la compression qu’elles exercent sur les parties voisines , elles lèsent constamment les fonctions , et quelquefois au point de compromettre l’existence, comme on l’observe pour les exostoses du crâne.

Névrose.

La névrose des os qui accompagne la syphilis consécutive a reçu le nom de Douleur ostéocope. Elle est un symptôme très-fréquent. Elle peut occuper tous les os du corps : mais c est surtout dans les os longs et dans ceux du crâne qu’oft l’observe. Son siège paraît être dans le tissu même de l’os. Ellesurvient ordinairement long-temps après une infection, et à une époque telle que le malade ne croit pas pouvoir la rapporter à la syphilis. Je l’ai vue quelquefois se manifester pendant l’existence des symptômes primitifs ou peu de temps après leur disparition : dans ce cas son siège est le plus souvent aux os de la tête.

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Le caractère des douleurs ostéocopes est très-remarquable, et leur nom indique bien l’espèce de sensation qu’elles font éprouver. Les malades les comparent à de la gêne et de la fatigue dans les os , souvent à leur contusion. Elles offrent les mêmes symptômes que la névrose syphilitique consécutive : elles augmentent pendant la nuit, quand elles sont continues , et diminuent pendant le jour : quand elles sont intermittentes, elles cessent complètement pendant le jour. La cause de ce symptôme est la même que celle de la névrose syphilitique en général, et dépend de la présence ou de l’absence du soleil. Il est rare qu’elles soient tout-à-fait intermittentes. L’intensité des douleurs empêche les malades de dormir, et ce n’est que le matin, lorsqu’elles disparaissent, qu’ils peuvent se livrer au sommeil.

Cette névrose n’est accompagnée d’aucun gonllement des os , ni du périoste , ni des parties molles environnantes. Rarement cependant elle existe seule: mais l’alfection syphilitique consécutive attaque des organes plus ou moins éloignés.

Le diagnostic est facile. Si dans certaines circonstances il olfre des difficultés , cela tient à ce que l’on n’étudie pas suffisamment le malade et la nature de ses douleurs. Le paroxysme que présentent le soir les douleurs rhumatismales est Lien différent de celui des douleurs ostéocopes. Dans les premières , il y a augmentation des phénomènes morbides comme dons toute maladie inflammatoire aiguë ou chronique, mais il n’y a pas celte augmentation graduelle pendant une partie de la nuit, et cette diminution graduelle pendant l’autre partie. D’ailleurs la chaleur douce du lit, à laquelle on a attribué les douleurs ostéocopes, faitdiminuor les douleurs rhumatismales.

Je ne crois pas qu’on ait jamais vérifié par l'autopsie cadavérique l’état des os ou du périoste.

Le pronostic n’offre rien de grave.

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