MEMBRES
peuve»t-ils être rapportés è la syphilis consécutive ? Je ne le pense pas. On voit quelquefois sur le col de l’utérus des espèces d’excroissances qui n’ont aucune analogie avec la syphilide tuberculeuse végétante , et des excoriations qui ne présentent pas l’aspect syphilitique. Différentes causes peuvent les occasionner, mais dans aucun cas je ne leur ai trouvé les caractères des maladies syphilitiques consécutives.
Membres.
Les différons tissus , qui concourent à la formation des membres , sont le siège d’un grand nombre d’affections consécutives que j’ai indiquées plus haut : il y a parmi elles une maladie qui attaque simultanément plusieurs de ces tissus, et dont je dois parler ici : c’est la tumeur blanche. Elle est assez commune : elle a son siège principal dans les parties molles , lorsqu’elle commence à se développer , et plus tard elle gagne les os. Ses signes, sa marche et son diagnostic sont les memes que ceux des tumeurs blanches dépendant d’autres causes. Le pronostic est beaucoup moins grave; tant que les os ne sont pasmalades, on est sûr d’obtenir larésolution, et quand ilslesont devenus, on peut encore avoir un grand espoir de guérison. J’ai vu un malheureux, qui avait eu, je crois, toutes les maladies syphilitiques primitives et consécutives, finir par être attaqué d’une tumeur blanche de l’articulation huméro- cubitale gauche. Au moyen d’un traitement antisyphilitique bien suivi , j’obtins dans l’espace de deux à trois mois une amélioration trèsgrande : l’engorgement des parties molles et dures diminua considérablement, plusieurs fistules se formèrent, mais il en resta deux , et une ankylosé pour laquelle il se fil amputer le bras.
La peau qui unit les orteils entre eux , et celle de leur face interne sont souvent le siège de la syphilide ulcéreuse de la première espèce. Il y a presque constamment une autre maladie syphilitique consécutive qui aide au diagnostic. Dans les cas contraires on l’établit aisément par l’étude des symptômes. ,
SYPHILIS CONGiNIAI.E.:
aoy
SYPHILIS CONGÉNIALE.
La syphilis congésiinle est celle que le fœtus contracte clans le sein de la mère, et qu’il apporte en naissant.
Plusieurs écrivains s’en sont occupés spécialement, et l’ont décrite sous le nom de syphilis des enfans nouveau nés. Je crois que la dénomination de syphilis congénialecst préférable parce qu’elle indique que la maladie a été contractée pendant que le fœtus est encore dans l'utérus, et qu’elle est innée; tandis que l’autre dénomination s’applique également et à la syphilis acquise et h la syphilis constitutionnelle, lis lui avaient donné ce nom parce qu’ils pensaient que l’enfant tantôt apportait le germe de la syphilis, et tantôt la gagnait en traversant les organes génitaux malades. Mais il n’en est pas ainsi. Le fœtus attaqué de syphilis l’a reçue dans l’utérus de sa mère : il ne peut la 'contracter en sortant, parce qu’il est couvert d’un enduit sébacé, qui le préserve de l’action du pus des chancres et du fluide de l’écoulement. L’expérience est Ih pour prouver chaque jour ce que j’avance : jamais on ne voit chez un enfant des symptômes de syphilis primitive se manifester six ou huit jours après la naissance; ce sont toujours des symptômes de syphilis consécutive. Or on sait que l’incubation de la première n’est pas plus longue, et’quand le fœtus présente des symptômes syphilitiques dans cet espace de temps, ce sont constamment des symptômes consécutifs. Si l’on peut citer quelques cas rares contraires, ils sont accompagnés de circonstances qui ne font que confirmer la règle. Lorsqu’un enfant offre des symptômes primitifs après un plus
SYPHILIS CONGENIALE.
OOK
long temps, il est certain que la syphilis a été acquise après l’accouchement. Une autre cause d’erreur vient de ce que l’on a confondu les symptômes consécutifs avec les primitifs : ce que j’ai dit des uns et des autres est sulïisant pour laire reconnaître la justesse de l’opinion que je soutiens maintenant. L’on s’était aussi appuyé, pour prouver la contagion au passage, de l’ophthalmie puriforme des enfans nouveau nés. Elle 11’est pas syphilitique primitive; elle manque du symptôme pathognomonique, le hubon relie ne diffère en rien de toute autre ophlhalmie puriforme. Enfin toutes les maladies syphilitiques, dont les enfans sont attaqués après la naissance, sans infection ultérieure, manquent de ce signe, qui est infaillible. Je trouve une nouvelle preuve à l’appui de mon opinion dans ce qu'on observe lorsque les enfans apportent au moment même de leur naissance des symptômes de syphilis : ils appartiennent toujours à la consécutive et jamais h la primitive. Ce sont des tubercules, des ulcères, dans quelques cas rares des nécroses ou des perforations , et souvent des symptômes généraux.
La syphilis congéniale apparaît ordinairement dans les deux premiers septénaires après la naissance. Quelquefois elle ne se manifeste qu’au bout de plusieurs mois. Peut -elle rester renfermée dans l’économie pendant plusieurs années? Mon expérience ne me permet pas de résoudre cette question. J’ai connaissance d’un fait que je pourrais citeren preuve: mais il manque de circonstances nécessaires pour le rendre authentique aux yeux de tous les praticiens. J ai souvent vu la syphilis congéniale se montrer pendant les deux ou trois premiers mois. Je ne l’ai pas observée chez des enlans nouveau nés au moment de la naissance; mais des accoucheurs , auprès desquels j’ai pris des renseignemens, m’en ont cité des exemples.
SYPHII.IS CONGÉDIAI, F..
Le siège le plus fréquent est h la peau, sous forme Je syphilide tuberculeuse ou ulcéreuse. M. Dubois a rapporté un cas où il y avait perforation Je la cloison Jes fosses nasales. Peut-être que les destructions partielles ou totales du voile palais, et les perforations de la voûte palatine sont dues aux mêmes causes, chez quelques individus. Bertin a cité un cas de périostose, et un de syphilide tuberculeuse végétante. Quand la syphilis congéniale offre des symptômes généraux, ils altèrent toutes les fonctions, et il y a cachexie syphilitique. Je n’admets pas chez l’enfant nouveau-né la syphilide pustuleuse : le nom des pustules a reçu pour eux comme pour l’adulte une fausse acception, et toutes les observations de pustules doivent être rapportées aux tubercules ou aux ulcères; on peut s’en convaincre en lisant avec attention les descriptions données par les écrivains. D’ailleurs quand je dis que je n’admets pas cette syphilide, c’est parce que je ne l’ai pas observée, quoique j’aie vue un assez grand nombre d’enfans malades.
La syphilide tuberculeuse est plate ou arrondie; celle-ci est plus commune. La syphilide ulcéreuse affecte rarement la peau; le plus ordinairement elle occupe les parties du système cutané intermédiaires à la peau et aux membranes muqueuses, ainsi 1 anus et les lèvres de la bouche. Elle appartient toujours à la première variété.
Les symptômes sont les mêmes que chez l’adulte.
Le diagnostic offre souvent des difficultés. J’ai vu confondre des tumeurs produites par l’irritation de l’urine avec la syphilide tuberculeuse. On me présenta un enfant de six semaines, qui avait vers le milieu de la face interne des deux cuisses aux deux points correspondais une tumeur violacée que l’on croyait être une syphilide tuberculeuse. D’après la couleur et la forme je doutai de la nature de la maladie, et je
SYPHILIS CONGÉNIALE.
fis des recherches pour m’assurer de la cause de cette affection. Je trouvai que l’enfant avait un phimosis; que l’urine, avant d’être projetée au dehors, s’amassait sous le prépuce, qu’une certaine quantité restait sous cette membrane, et que le reste sortant goutte à goutte irritait la peau des cuisses en tombant dessus, et produisait la maladie prise pour une syphiiide tuberculeuse. Je renvoyai l’enfant au chirurgien qui me l’avait adressé.
Les erreurs de diagnostic sont plus fréquentes à la bouche. Souvent on prend de petites ulcérations des lèvres , ou des aphthes pour des chancres. Il faut dans les cas de ce genre être très réservé dans son diagnostic. Il y a une circonstance dans laquelle cette réserve est surtout nécessaire ; c’est lorsque la nourrice voulant donner h téter, les mamelons s’ulcèrent et tombent. On peut alors accuser l’enfant d’avoir donné l’infection surtout s’il a des ulcérations à la bouche. On s’éclairera en faisant attention s’il existe des bubons. En effet s’il n’y en a pas, ce sont des aphthes, ou une syphilide ulcéreuse; et l’une et l’autre de ces maladies ne sont pas contagieuses : car la syphilis congéniale n’est pas plus contagieuse que la syphilis consécutive.
Le pronostic n’est pas grave : on la guérit, soiten traitant la nourrice, soit en traitant l’enfant.
La cachexie syphilitique est très commune chez les enfans nouveau-nés, et c’est de toutes les formes qu affecte chez eux la syphilis consécutive celle que l’on rencontre le plus souvent. Il est très- difficile, on pourrait presque dire impossible de la diagnostiquer, parce qu’on ne connaît pas les circonstances antécédentes et que les parens ne les avouent pas. Les enfans qui naissent avec cette cachexie, sont maigres , décharnés, chétifs; leur peau est d’un jaune terreux; elle semble trop grande pour couvrir leur corps : elle est plissee, et paraît ra-
SYPHILIS CONGENIALE.
cornie dans quelques parties. Le visage est ridé, et a de 1 analogie avec celui d’une personne décrépite. Les fonctions digestives se font mal. La mort survient tantôt quelques jours, tantôt quelques septénaires après la naissance , et toujours dans la première année de la vie. D autres causes pouvant occasioner chez le fœtus des accidens analogues, on ne peut que rarement hasarder son diagnostic : aussi le pronostic est très-fâcheux.
On peut conclure de ce que jè viens de dire sur la syphilis congéniale :
i°. Que la syphilis congéniale est la même maladie que la syphilis consécutive puisqu’elle se présente avec les mêmes symptômes.
2°. Que par conséquent elle n’est pas contagieuse.
3°. Que le fœtus la contracte dans le sein de sa mère, et en présente quelquefois, mais rarement, les symptômes au moment de la naissance.
4°. Que le plus souvent ces symptômes ne se manifestent que plusieurs jours après la sortie de l’enfant, hors de 1 utérus.
5°. Que l’enfant ne peut donner la syphilis à moins qu il n’ait des symptômes de syphilis primitive.
6°. Qu’il ne peut gagner celle-ci en traversant les organes génitaux de la mère ; et que par conséquent , il faut qu’il l’ait reçue ou de sa nourrice ou de quelque autre per-
sonne.