CHAPITRE I
BÜBON.
§• x. Bubon en général.
Le bubon est l’engorgement inflammatoire ou l’inflammation des ganglions lymphatiques.
Le bubon syphilitique est constamment la suite de l’absorption immédiate du virus syphilitique manifestée par le développement d’une inflammation ou d’un ulcère. Jamais il ne survient sans que l’une ou l’autre de ces affections ait paru. L’existence de ce virus dans l’économie ou la syphilis constitutionnelle ne le fait pas naître. Aussi je n’admets pas la distinction que l’on a établie , du bubon primitif et du bubon consécutif. Quelquefois il arrive que le bubon se manifeste pendant l’existence de très^petits ulcères , qui guérissent sans que le malade s’en aperçoive, et qu’il parvient à son plus haut degré après qu’il ne reste plus aucune trace de ces ulcères. Cette espèce de bubon a été appelée essentielle, primitive, d’emblée; mais ces dénominations doivent être rejetées parce qu’elles induiraient en erreur, et qu’elles feraient croire que le bubon survient sans que des symptômes primitifs aient paru, ce qui n’a jamais lieu.
Le bubon ne se manifeste jamais dans la syphilis constitutionnelle, sans que de nouveaux symptômes primitifs appa-
BÜBOW.
raissent. Dans quelques cas , il arrive qu’un individu qui a un bubon , est guéri des symptômes primitifs, cause du bubon, et que se croyant parfaitement débarrassé parce que celui-ci est peu volumineux, il marche sans porter aucune attention h la tumeur de l’aine, et au bout de quelques jours, l’engorgement des ganglions lymphatiques augmente et devient considérable. Le nom de consécutif donné à ce bubon ferait croire qu’il est dû h une infection constitutionnelle , ce qui 11e s’observe pas. Jamais non plus les affections consécutives comme les sypliil ides , les nécroses, les exostoses, etc. , ne donnent lieu à des bubons. Je crois donc d’après cela qu’on doit rejeter la distinction du bubon en primitif et consécutif, parce qu’il est toujours le résultat de symptômes primitifs et jamais de symptômes consécutifs. On a aussi appellé secondaire ou symptomatique le bubon qui accompagne les inflammations et les ulcères. Cette dénomination bonne pour ceux qui admettent diverses espèces de bubons devient totalement insignifiante pour nous. Il en est de même du nom de sympathique, que l’on a donné aux bubons qui se manifestent pendant le cours d’une infection syphilitique primitive, puisque je n’admets pas que ce soit l’irritation des parties qui produise le bubon syphilitique , comme elle occasione, dans quelques cas , l’engorgement des ganglions lymphatiques ; mais que je pense que c’est l’absorption du virus syphilitique qui fait naître le bubon.
Le bubon peut avoir son siège dans tous les ganglions lymphatiques superficiels du corps, puisque toute la surface du corps est exposée à recevoir l’infection syphilitique. Mais c’est ordinairement à l’aine , à la mâchoire et à l’aisselle que 1 on remarque cet engorgement, parce que les parties dont Jes vaisseaux lymphatiques se rendent dans les ganglions inguinaux, maxillaires, et axillaires ,sont celles qui sont le plus souvent infectées.
k \ PH J LIS PRIMITIVE.
L’on doit distinguer trois espèces débutons. Dans la’première, il y a un engorgement inflammatoire du ganglion lymphatique sans inflammation du tissu cellulaire environnant. C’est le bubon glanduleux des pathologistes.
Dans la deuxième espèce, il y a en même temps inflammation du ganglion et du tissu cellulaire ; et l’on pourrait dire que l’inflammation est égale dans l’un cl dans l’aulre. Les pathologistes n’ont pas indiqué cotte espèce.
Dans la troisième espèce, il y a inflammation légère du ganglion et inflammation considérable du tissu cellulaire. Cette espèce n’est autre chose que le phlegmon. Elle a été désignée parles pathologistes sous le nom de bubon celluleux.
La forme est arrondie ou ovalaire, comme celle du ganglion; quand plusieurs ganglions sont engorgés à la lois, ou que le tissu cellulaire participe h l’inflammation, elle change en raison du nombre des ganglions malades, de la quantité de tissu cellulaire enflammé et de la configuration des parties.
La grandeur varie suivant l’espèce. Dans la première, le bubon est peu volumineux , un ou plusieurs ganglions s’engorgent ; ils doublent ou triplent de volume, souvent ils grossissent à peine et ne font que s’endurcir. Dans la deuxième espèce, le volume est plus grand, parce qu’h l’augmentation de grosseur du ganglion se joint le gonflement du tissu cellulaire. Si un grand nombre de ganglions est enflammé, et si le tissu cellulaire intermédiaire participe h l’inflammation , le bubon peut acquérir une grande largeur, mais il a peu de hauteur. Dans la troisième espèce qui n’est autre chose que l’inflammation d’un ou de plusieurs ganglions , compliquée de l’inflammation considérable du tissu cellulaire ou phleg* mon , le bubon peut acquérir plus ou moins de volume, tant en largeur qu’en hauteur, ainsique tout phlegmon.
JVUBOJf. IÜ
Le bubon peut être unique ou multiple suivant la disposition tics vaisseaux lymphatiques tic la partie malade. Il peut y avoir en meme temps plusieurs bubons sur plusieurs parliesdu corps, si plusieurs parties sont soumises à l’infection syphilitique.
Le bubon se manifeste ordinairement peu de jours après l’apparition des symptômes syphilitiques primitifs, quelque^ fois en même temps ; dans d’autres cas il y a un intervalle assez grand entre le développement des uns et des autres , pour qii’on ne rapporte pas les bubons aux symptômes survenus antérieurement. D’ailleurs les malades savent rarement donner des renseignemens exacts à cet égard. Je pense que, dans le plus grand nombre des cas , il survient en môme temps ou très peu après l’apparition des symptômes syphilitiques primitifs , car chez tous les malades que j’ai observés et qui étaient infectés depuis quelques jours, l’examen attentif des ganglions lymphatiques m’a toujours démontré leur engorgement.
Son apparition est précédée ordinairement de quelque douleur: dans un grand nombre de circonstances néanmoins, il n’en est pas ainsi , et il existe sans que le malade s’en doute. Ces différences tiennent à l’espèce du bubon. Quand il est de la première , le malade n’éprouye souvent aucune douleur, quand il est de la deuxième, la douleur est plus ou moins vive, suivant l’intensité de l’inflammation du tissu cellulaire: enfin quand il est de la troisième , la douleur est vive comme dans le développement de tout phlegmon.
La marche offre aussi des variétés selon l’espèce. Le bubon de la première espèce développé sans douleur , reste le plus souvent indolent. Aussi a-t-il reçu ce nom des pathologistes , qui se sont occupés des maladies syphilitiques. On le connaît h une ou plusieurs tumeurs rondes ou ovalaires et
SYPHILIS PRIMITIVE
aplaties, dures, isolées dans le plus grand nombre des cas, réunies quelquefois par un cordon que forment les vaisseaux lymphatiques engorgés.. Elles sont sans changement de couleur h. la peau, ni engorgement du tissu cellulaire ambiant, ni douleur même au toucher. Elles ne sont pas apparentes, excepté chez les personnes très-maigres, et lorsqu’elles ont quelque volume ; il faut souvent une recherche très attentive pour les trouver. Dans quelques cas elles acquièrent plus de volume , et alors elles occasionent de la douleur. Cette circonstance d’augmentation de grosseur n’est pas cependant indispensable pour les rendre douloureuses, car on en voit de petites qui le sont. D’autres fois le malade commence par éprouver de la douleur, et il ne trouve de ganglion tuméfié qu’au bout de quelques jours. Ce bubon reste très long temps au même point , et il ne se résout jamais complètement.
Le bubon de la deuxième espèce commence par l’engorgement d’un ou de plusieurs ganglions lymphatiques, ordinairement douloureux, quelquefois mais rarement indolent. La tumeur se présente avec les mêmes symptômes que le bubon de première espèce; au bout de quelques jours la peau devient sensible au toucher, rouge, tendue, chaude, et si l’emploi des moyens convenables ne peut arrêter cette inflammation, il se forme un ou plusieurs points de suppuration. Quelquefois le pus existe sans qu’il y ait la moindre altération de couleur h la peau. Dans celte espèce de bubon, on sent que la tumeur est formée par une base dure, assez grande relativement h son volume, et sur cette base se développe le point de suppuration. D’autres signes servent encore à le faire connaître quand il est ouvert; j en parlerai plus bas en traitan/c les terminaisons. La marche est plus ou moins rapide , et le malade présente plus ou moins les symp-
BUBON
tomes généraux et locaux de la formation du pus, selon que le tissu cellulaire participe plus ou moins à l’inflammation.
Le bubon de la troisième espèce commence comme Jes autres, par l’engorgement inflammatoire d’un ou de plusieurs ganglions lymphatiques ; mais l’inflammation se propageant promptement au tissu cellulaire , il se forme un véritable phlegmon superficiel. Sa marche est toujours rapide, et le malade offre constamment les symptômes généraux et locaux de la formation du pus. C’est cette espèce que les pathologistes ont désignée sous le nom d’inflammatoire.
Le bubon se termine par suppuration, gangrène ou induration. Peut-on dire qu’il se termine par résolution? non , parce que jamais un ganglion lymphatique attaqué d’engorgement inflammatoire à la suite de la syphilis, ne revient à son état primitif. Le ganglion enflammé perd seulement une partie du volume qu’il a acquis, et il reste engorgé et dur pendant toute la vie.
La suppuration ne s’observe jamais dans le bubon de la première espèce; on ne la voit que dans celui de la deuxième et de la troisième. Dans le bubon delà deuxième espèce, elle a son siège à la fois dans le ganglion et dans le tissu cellulaire. Elle s’annonce par une douleur sourde et pongitive, et par la sensation de fluctuation accompagnée d’un phénomène remarquable, et qui seul pourrait suffire pour faire reconnaître celte espèce de bubon. On sent dans un point peu étendu la fluctuation, et autour du point ramolli, un corps dur qui quelquefois forme simplement une base à bords saillans, et qui dans d’autres circonstances forme une espèce de godet dans lequel la pulpe du doigt peut entrer. Souvent la peau 11e présente aucune altération; d’autres fois elle devient rouge , et c’est dans les cas de cette sorte que les malades
SYPHILIS PRIMITIVE
éprouvent des douleurs; dans le premier cas, elle ne s’amincit pas ; dans le deuxième au contraire, elle perd une partie de son épaisseur. Si l’on abandonne ces bubons à euxmêmes , le pus est fréquemment résorbé, ou bien, si la peau amincie s’ouvre, le pus sort et l’ouverture accidentelle se ferme, ou il reste une petite fistule facile à guérir. Le pus, qui s’écoule , est d’abord du pus phlegmoneux, c’est-à-dire le pus qui résulte de l’inflammation du tissu cellulaire; mais après , c’est de la sérosité jaunâtre fournie par le ganglion en suppuration , et tant que l’ouverture reste fistuleuse , c’est constamment de la sérosité qui s’en échappe. Si celte suppuration dure long-temps, le ganglion est détruit. Dans le bubon de la troisième espèce , on observe tous les phénomènes locaux de la suppuration , comme dans le phlegmon superficiel , par conséquent avec amincissement et décollement de la peau. Indépendamment de ces phénomènes du phlegmon , il y en a un qui est propre à l’inflammation du ganglion, c’est sa destruction. Aussi après ces grandes suppurations, on n’en trouve plus de traces , et quand de nouveaux symptômes primitifs se manifestent, on ne voit aucun engorgement de ganglions dans la partie où a eu lieu cette grande suppuration ; c’est à côté du siège de cette première affection qu’on trouve un autre engorgement de ganglions lymphatiques. Il ne résulte au reste aucun inconvénient de cette destruction d’un ou de plusieurs ganglions, et ceux qui pourraient douter de ce que j’avance , n’ont qu’à se rappeler que, dans quelques opérations , la hernie crurale étranglée, le cancer du sein , par exemple , on enlève des ganglions lymphatiques sans aucun accident ultérieur, et ils se rangeront de mon avis. Dans ces cas de destruction du ganglion , on ne doit plus le retrouver; il ne peut donc pas rester une induration , mais il reste une cicatrice qui indique qu’un bubon a existé.
bubon.
Il peut arriver plus tard que quelques ganglions voisins vieri' ncnt h s’enflammer de nouveau, et alors le gonflement s’étend au-dessous des cicatrices.
La terminaison par gangrène ne s’observe jamais dans la première espèce et très-rarement dans la deuxième. 11 11’en est pas de même dans la troisième, où on la voit très fréquemment. Elle s’étendh la peau et au tissu cellulaire souscutané et détruit une partie plus ou moins grande de ces tissus qui forment le foyer : tantôt les ganglions restent entiers au milieu des parties mortes : tantôt ils sont eux -mêmes gangrénés.
La durée du bubon est variable. Elle ne peut au reste être indiquée que pour ceux de la deuxième et de la troisième espèce, puisque ceux de la première persistent constamment. Néanmoins quand ils sont volumineux, comme ils diminuent un peu, elle peut être calculée. En général elle est de 4 ^ 8 septénaires. Ceux de la troisième espèce compliqués de gangrène peuvent durer beaucoup plus longtemps.
L’induration est la terminaison constante de la première espèce, et elle existe dans la deuxième quand la suppuration du ganglion n’a pas été longue , et ne l’a pas détruit. On ne l’observe pas dans la troisième où le ganglion est toujours détruit. Il est une espèce d’induration différente de celle dont je parle. C’est celle dans laquelle le tissu cellulaire et les ganglions confondus ne forment plus qu’une masse squirreuse, qui occupe toute la région inguinale, seule partie où je l’ai observée. Si l’on a occasion d’examiner les organes après la mort, on trouve une masse qui a quelquefois plus d’un pouce d’épaisseur. C’est ce que les pathologistes ont désigué sous le nom de bubon squirrheux !
SYPniLIS PRIMITIVE.
Le diagnostic différentiel des trois sortes de bubons est facile. Dans la première espèce on sent un cordon formé par les vaisseaux et les ganglions lymphatiques engorgés, ou bien un ou plusieurs ganglions engorgés sans que le tissu cellulaire ni la peau participent à l’inflammation. Ainsi le diagnostic est très aisé. Ce bubon ne suppure jamais. Dans la deuxième et la troisième espèce, il est moins facile d’établir le diagnostic; cependant on y parviendra aisément en faisant attention que la troisième espèce est le phlegmon simple , et que la deuxième est une réunion des symptômes du phlegmon et de l’inflammation du ganglion lymphatique. L’on doit donc trouver dans ce dernier cas une tumeur à base dure, sans beaucoup de changement de couleur k la peau, sans chaleur et sans douleur, et l’expérience prouve en effet que les choses se passent ainsi, et que lorsque la suppuration survient, il n’y a que quelques points dans lesquels le pus se forme et dans lesquels sa présence laisse sentir la fluctuation.
Aussi ces bubons sont moins douloureux que ceux de la troisième espèce, et le malade ne sent réellement de la douleur que dans le point fluctuant : et h moins que celui-ci ne soit étendu , il n’y a pas le malaise ni la souffrance qui accompagne la présence du pus et qui sont assez forts chez quelques individus pour leur faire perdre le sommeil. Dans la troisième espèce, au contraire , nous trouvons tous les symptômes du phlegmon , gonflement , douleur , chaleur et rougeur de la peau. La base de la tumeur n’est pas dure; la peau devient rouge dans toute son étendue : la chaleur est forte comme dans un phlegmon , et la douleur est très vive pendant et après la formation du pus, tant que celui-ci est contenu dans le foyer. Il se forme rapidement , quelquefois dans l’espace de deux on trois jours. La peau s’amincit
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promptement et prend une couleur violacée. Si ces deux sortes de bubons offrent des signes différentiels dans leur développement et dans leur marche, ils en présentent aussi dans le pus qu’ils contiennent. Lorsqu’on ouvre un bubon de la deuxième espèce formé Par l’inllammation du ganglion et du tissu cellulaire, on trouve d’abord le pus du tissu cellulaire, puis celui du ganglion qui n’est autre chose que de la sérosité colorée en jaune. Si l’ouverture faite pour donner issue à la matière contenue dons la tumeur reste fistuleuse , elle ne fournit plus le pus ordinaire, mais la sérosité du ganglion. Si elle se ferme , on la voit quelquefois se rouvrir plusieurs jours après pour donner issue de nouveau à de la sérosité. Lorsqu’au contraire on ouvre un bubon de la troisième espèce, on trouve un foyer qui occupe toute la tumeur: si on l’incise dans toute l’étendue qui offre de la fluctuation» on trouve la peau décollée des parties sous-jacentes, absolument comme dans un phlegmon ordinaire, et si on se contente de faire une simple ponction , il reste une cavité dont l’orifice ne se ferme jamais comme cela arrive dans tous les abcès sous-cutanés avec altération de la peau. On voit d’après ce que je viens de dire, combien sont différentes les trois espèces de bubons. On yoit qu’il y a quelque analogie entre les deux dernières à cause delà formation du pus, mais on voit aussi qu’elles diffèrent sous plusieurs rapports savoir le siège , la nature du pus , et les terminaisons. On verra plus tard qu’il y a aussi des différences très importantes relatives au traitement. Cependant je dois faire observer que dans quelques cas de la deuxième espèce il y a un loyer très grand, ce qui dépend du peu de soin du malade, ou ce qui est la faute du chirurgien, comme je le dirai plus loin.
Je vais établir maintenant le diagnostic différentiel du bu-
ao
SYPHILIS PRIMITIVE
bon syphilitique et des autres sortes de bubons. Mais auparavant je ferai observer que , dans l’état normal, on ne sent pas les ganglions lymphatiques , parce que, malgré leur volume, ils ont une mollesse telle qu’ils cèdent sous le doigt qui les presse. Chez quelques individus ils deviennent plus consistons, et ils sont sentis quand on appuie avec un peu de force , mais ils conservent de la mollesse et de l’élasticité , de sorte que le doigt s’aperçoit qu’ils cèdent h sa pression et qu’ils reviennent h leur état naturel.
Les scrophules et la syphilis produisent constamment l’inflammation des ganglions lymphatiques, mais celle-ci offre des différences dans son siège , dans sa marche , dans sa consistance, dans ses terminaisons et dans les circonstances concomitantes. Le bubon scrophuleux se développe spontanément sans qu’on trouve aucune trace de maladie voisine qui ait pu le faire naître. Les sujets qui en sont affectés offrent dans leur habitude extérieure des traces de la constitution scrophuleuse. Il se manifeste chez l’enfant dans le plus grand nombre des cas; plus rarement chez l’adulte h moins que
des causes particulières 11e favorisent chez ce dernier le retour d’une affection scrophuleuse combattue dans l’enfance,0 ou le développement d’une affection scrophuleuse acquise. II a son siège au cou d’abord, et les ganglions engorgés dans le principe finissent souvent par envahir tout un côté de cette partie et même par former un collier. Dans ces deux derniers cas, il est rarement difficile de distinguer l’affection scéophuleuse, parce que tous ses symptômes existent, qu’il y a des engorgemens ganglionnaires dans d’autres parties et que dans les affections syphilitiques on n’observe que l’engorgement des ganglions recevant les vaisseaux de la partie malade , et jamais celui des autres. Mais dans le premier cas lorsqu’un ou deux ganglions sont seuls engorgés, il peut y avoir quelque
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difficulté. Néanmoins on parviendra sans peine h établir convenablement son diagnostic en ayant égard à l’âge du sujet, aux circonstances antécédentes et concomitantes , et à la nature de l’engorgement. Les ganglions scrophuleux ne s observent guère que chez les enfans ; s’ils s’observent chez les adultes , les symptômes de scrophuies sont très évidens. Les enfans sont rarement affectés de maladies syphilitiques primitives , comme je le démontrerai en parlant des affections syphilitiques des enfans; mais aussi quand ils contractent celte affection, c est ordinairement par la bouche, et ils ont par conséquent un engorgement inflammatoire des ganglions lymphatiques cervicaux. II pourrait donc y avoir de l’incertitude, si les formes n’étaient pas differentes, et s’il n’y avait pas de plus la circonstance d’une ulcération syphilitique à la levre cl celle d une ulcération au sein de la nourrice avec engorgement des ganglions axillaires. Le diagnostic peut devenir plus douteux, si ce n’est pus la nourrice, mais un étranger qui a donné la syphilis à l’enfant : le doute cesse, si la nourrice devient malade après l’enfant.
La marche du bubon vient encore éclairer le diagnostic. Le scrophuleux n a pas une marche aussi progressive que le syphilitique. Il commence par une ou plusieurs tumeurs tantôt petites, tantôt grosses, sphériques ou ovalaires : elles sont isolées ou réunies, et constamment elles sont mobiles, indo> lentes, sans changement de couleur h la peau, molles, et elles jouissent de quelque élasticité, Elles restent stationnaires , et peuvent diminuer et même disparaître, si la disposition scrophulcuse diminue d’elle-même ou si elle est suffisamment combattue. Dans le cas contraire elles prennent un volume plus ou moins considérable qu’elles conservent , ou qui augmente toujours et forme des masses énormes qui persistent
SYPHILIS PRIMITIVE
pendant toute la vie, ou Lien enfin elles se ramollissent et suppurent.
Le bubon syphilitique commence aussi par une ou plusieurs tumeurs petites, sphériques ou ovalaires , isolées ou réunies : rarement elles sont grosses dès le principe : le plus souvent elles n’offrent pas de mobilité ; on ne l’observe que dans les cas où elles sont petites , car pour peu qu’elles acquièrent de volume, elles sont adhérentes par leur base: elles sont douloureuses : la peau reste dans l’état normal ou change selon les espèces de bubons. Elles ne sont pas molles et ne jouissent d’aucune élasticité. Le dernier caractère est surtout très-remarquable. Lorsque mes observations m’ont eu prouvé que l’existence du bubon était le signe pathognomonique de la syphilis, j’ai cru devoir m’assurer par l’examen d’un grand nombre de scrophtileux, s’il y avait quelque différence entre les engorgemens ganglionnaires scropliuleux et syphilitiques , et mes recherches m’ont fait trouver ce caractère. J’ai voulu alors savoir si les écrivains l’avaient indiqué, et je l’ai trouvé énoncé par plusieurs comme appartenant aux scrophules , mais non pas comme signe distinctif du bubon scrophuleux et du syphilitique. Si j’insiste tant sur ce caractère, c’est qu’il estdela plusgrande importance. C’est presque le seul qui tranche les difficultés du diagnostic, et, chose très'reüiarquable, c’est qu’il existe dans les bubons les plus petits comme dans les plus volumineux.
Lorsque la suppuration s’établit, ou trouveencore desphénomènes qui distinguent le bubon scrophuleux du syphilitique : ils ne peuvent s’appliquer qu’au bubon de la deuxième espèce,
celui delà troisième n’étant autre chose qu’un phlegmon. Dans
l’un et l’autre cas, il y a adhérence de la tumeur h la peau, car il faut nécessairement que le tissu cellulaire sous-cutané participe
BUBON
de l’inflammation pour que Je pus puisse so porter au dehors. Dans le hubou scrophuleux la peau devient violacée , elle s’amincit, et au bout d’un temps plus ou moins long elle s’ulcère et donne issue au pus. Dans quelques cas très-rares il n’en est pas ainsi et la peau ne change pas de couleur : c’est lorsque le pus s’est formé dans un énorme amas de ganglions engorgés ; que le foyer est au milieu de cette réunion de ganglions , et qu’on l’ouvre de bonne heure dans la crainte qu’il ne se fasse un décollement trop considérable de la peau. Mais constamment quand du pus s’est formé dans les ganglions scrophuleux, il faut qu’il sorte par une ouverture naturelle ou artificielle. Il n’en est pas de même du bubon syphilitique de la deuxième espèce. La peau ne change pas de couleur, elle ne s’amincit pas et ne s’altère pas autant. Le pus ne doit pas être nécessairement éliminé : il peut être résorbé, et c’est même le cas le plus ordinaire quand le bubon est convenablement traité.
Lorsque les bubons scrophuleux et syphilitiques se sont terminés parsuppurationetque lacicatrice s’est formée, on trouve encore une différence facile à expliquer. Quand un ganglion engorgé par suite de l’existence du vice scrophulcuxsuppure, il est seul le siège de la suppuration, elle tissu Cellulaire ambiant n’y participe en rien dans le principe : ce n’est que lorsque le pus est complètement formé et qu’il veut se porter en dehors , que le tissu cellulaire sous-cutané devient malade. 11 résulte nécessairement de là que la cicatrice doit être enfoncée et de plus rayonnée et bridée , pareeque les bords de la peau contractent des adhérences avec le fond du foyer formé dans le ganglion. Mais lorsqu’un ganglion enflammé par suite de l’infection syphilitique suppure , comme l’inflammation est plus active, le tissu cellulaire placé entre lui et la peau participe toujours plus ou moins à l’inflammation.
SYPHILIS PRIMITIVE
d’où il résulte que la cicatrice ne doit pas être enfoncée et bridée, ainsi qu’on le voit dans l’autre cas. Quelquefois celte cicatrisation vicieuse et difforme s’opère pareeque la peau contracte des adhérences avec le ganglion suppuré; mais on peut avancer, sans crainte de se tromper, que jamais la difformité n’est aussi grande.
Si les bubons scrophuleux et syphilitiques se terminent par induration , il est encore facile de les distinguer h la différence de consistance. Car il est très-remarquable que le bubon syphilitique conserve toujours une dureté et une consistance analogues à celles du squirrhe, ce que l’on n’observe pas dans les tumeurs scrophuleuscs que l’on ne peut résoudre.
Les maladies cancéreuses anciennes sont souvent accompagnées de bubons. Le voisinage d’une partie malade, l’âge de l’individu, les signes généraux de la cachexie cancéreuse suffiront pour les faire reconnaître.
La sympathie donne naissance aux bubons. Dans les cas de piqûres profondes des pieds ou des mains, surtout par des instrumens sales, h la suite de l’application des vésicatoires, des sétons , des caustiques , de l’apparition d’un furoncle, d’un abcès, etc. , on voit les ganglions lymphatiques voisins s’engorger, et devenir douloureux. Cet accident disparaît avec celui qui l’a occasioné. Si quelquefois il survient des points de suppuration, ce sont des abcès de tissu cellulaire, et non de ganglion. Il se forme un petit foyer, dont le pus est parfois résorbé. Si on l’ouvre , il s’écoule un pus louable, la plaie se ferme , et la cicatrice n’est pas enfoncée comme celle qui succède aux abcès des ganglions.
En résumant ce que j’ai dit sur le diagnostic des bubons, on tirera les conséquences suivantes :
i° Le bubon syphilitique de la première espèce ne se résout jamais complètement. Le ganglion reste dur et comme squir-
bubon.
rheux pendant toute la vie , ce qui permet de constater toujours son existence.
2° Le bubon syphilitique de la deuxième espèce présente lesmêmes phénomènes, si le ganglion n’apas été détroit parla suppuration: et s’il l’a été, il reste une cicatrice différente de celle des bubons scrophuleux ou sympathiques suppures.
5° Le bubon syphilitique de la troisièmeespèce présente une cicatrice différente de celle des bubons scrophuleux ou sympathique supp uré.
4U On peut donc toujours distinguer le bubon syphilitiques , quelles qu’aient été sa marche et sa terminaison.
5° Le bubon syphilitique n’étant jamais observé qu’à la suite des symptômes syphilitiques primitifs , suivis euxmêmes de symptômes consécutifs si les premiers n’ont pas été convenablement traités , on doit en conclure qu’il n’appartient qu’à la syphilis et qu’il est son signe diagnostique
pathognomonique.
Les observations à l’appui seront citées en parlant des symptômes consécutifs.
Le pronostic du bubon considéré sous le rapport de la maladie générale est grave , puisque son apparition est l’indice de la contagion syphilitique. Sous le rapport de la maladie locale, il varie. Dans le première espèce , il n’est pas grave. Dans la deuxième , il l’est peu, pareeque le décollement de la peau qui l’accompagne guérit promptement. Dans la troisième il est très-grave à cause du décollement , et de la gangrène.
Bubon inguinal.
Le bubon inguinal a son siège dans les ganglions lymphatiques inguinaux sous-culanés. Je crois nécessaire de donner
SYPHILIS PRIMITIVE
une description succincte de ces ganglions, et je renvoie pour 1 examen de leur disposition , aux planches de Mascagni , qui sont ce que nous avons de plus exact sur le système lymphatique. Les ganglions inguinaux sont de deuxordres, les superficiels et les profonds. Les premiers sont situés au-devant de 1 aponévrose fascia lata, autour de la veine saphène externe. Leur nombre est de 8 , 10, 12 ; ils reçoivent les vaisseaux lymphatiques superficiels des membres abdominaux , ceux des parties génitales externes de l’homme et de la leinrne , et ceux*des fesses, de l’anus et des parois abdominales. Les seconds sont situés sur les côtés des vaisseaux cruraux , ils sont au nombre de 5 ou 4 , et reçoivent les vaisseaux lymphat iques profonds des membres abdominaux. Les ganglions lymphatiques superficiels communiquent entre eux et avec les profonds par des vaisseaux lymphatiques ; et soit qu’on les examine sur le cadavre, soit qu’on consulte les planches de Mascagni, on voit que leur nombre est égal audessus du pli de la cuisse et au-dessous. Les vaisseaux lymphatiques des organes génitaux, tant chez l’homme que chez la femme, varient en nombre. Ils se rendent tous dans les ganglions lymphatiques superficiels et jamais dans les profonds: ils vont le plus ordinairement dans les ganglions lymphatiques voisins du mémo côté, et principalement dans les supérieurs, c’est-à-dire t ceux situés au-dessus du pli de la cuisse. Cependant il est très-fréquent de les voir gagner les ganglions lymphatiques éloignés soit externes, soit inférieurs, soit du côté opposé. Les vaisseauxlymphatiques de la fesse et de l’anus vont aux ganglions lymphatiques inguinaux externes. Les vaisseaux lymphatiques superficiels du membre abdominal se rendent aux ganglions lymphatiques inguinaux inférieurs. ( Consultez Mascagni. Part. i°, chap. ier, art. icr, pi. 4 > fig. a*, pl. 5e, %. 2e , pi. 70, 8e, 10e, i5e ). Néanmoins il
BUBON
est bon de faire observer que cette disposition n’est pas tellement exacte qu’on puisse , d’après l’inspection du ganglion lymphatique engorgé, juger de l’organe all'eclé. Elle est or dinaire , mais non constante. Ainsi dans le cas de chancre. On trouve quelquefois le ganglion lymphatique le plus extérieur enflammé : d’autres fois , dans les furoncles des fesses ou les affections de l’anus, c’est un ganglion lymphatique interne : et dans les affections du membre abdominal , un ganglion lymphatique supérieur.
La disposition anatomique des vaisseaux et ganglions lymphatiques, que je viens de décrire, donne l’explication de certains phénomènes dont je vais m’occuper.
Le bubon inguinal n’a pas constamment son siège du coté oh se trouve l’ulcère , ce qui s’explique par rentrecroisemcnl des vaisseaux lymphatiques; ni toujours dans les ganglions lymphatiques internes, puisque, chez quelques individus, les vaisseaux lymphatiques se rendent aüx ganglions externes.
Il est plus fréquent à gauche qu’à droite. Rien dans l’anatomie des vaisseaux lymphatiques, n’indique la cause de celle différence. Il faut qu’il y ait plus de vaisseaux se rendant dans les ganglions gauches que dans les droits , ce qui ne pourrait être vérifié que par de nombreuses injections.
Il est plus fréquent dans les ganglions lymphatiques supérieurs, c’est-à-dire , dans ceux situés au-dessus du pli de la cuisse , que dans ceux situés au-dessous : il est même trèsrare de le voir dans ces derniers. Et lorsqu’il a son siège dans les ganglions supérieurs et inférieurs en même temps, le pli de la cuisse persiste , même si le hubon parvient à un volume considérable.
Il dépend toujours de l’engorgement des ganglions lymphatiques superficiels , et jamais de celui des ganglions lym-
SYPHILIS PRIMITIVE
phatiques profonds. L’anatomie et l’observation le prouvent. La première nous a appris que les vaisseaux lymphatiques des organes génitaux externes de l’homme et de la femme se rendent dans les ganglions lymphatiques inguinaux superficiels et non dans les profonds. Lorsqu’il y a absorption d’un virus par les vaisseaux lymphatiques , ce sont les ganglions dans lesquels ils se rendent, qui s’engorgent; or les vaisseaux lymphatiques des organes génitaux, se rendant dans les ganglions lymphatiques inguinaux superficiels, ce sont donc ces ganglions qui doivent être engorgés. Conséquemment, il faut rejeter tou t-à- fait , anatomiquement parlant, la théorie des praticiens , qui avancent que les bubons doivent être distingués en superficiels et en profonds. Mais , dira-t-on , des vaisseaux lymphatiques font communiquer les ganglions superficiels et les profonds: j’en conviens, et je réponds qu’il pourrait arriver que les ganglions lymphatiques profonds, s’engorgeassent consécutivement, mais que ce n’est pas cela qu’entendent les praticiens, et que l’observation prouve que cela n’a pas lieu. Les praticiens qui parlent de l’engorgement des ganglions lymphatiques profonds, indiquent les signes diagnostiques. Le bubon est situé plus profondément: il est plus douloureux, et quand on l’ouvre, il faut percer une plus grande épaisseur départies. Ils ont oublié que si les ganglions lymphatiques • profonds s’engorgeaient, il arriverait ce que fou observe dans les abcès profonds et sous-aponévrotiques , savoir, une douleur excessive dépendant de l’étranglement des parties h cause de la non extensibilité de l’aponévrose
fascia-lata; l’obligation de percer l’aponévrose qui recouvre
Je ganglion pour arriver au foyer purulent, et enfin la nécessité de pénétrer très-profondément pour parvenir au ganglion. Quand dans quelques bubons on est obligé d’enfoncer assez avant la lancette ou le bistouri, c’est parce que le
BlîBOIf.
ganglion suppuré est situé près (le l'aponévrose fascia-lata , et qu’il faut traverser le tissu cellulaire interglandulaire , qui est constamment engorgé dans les cas de suppuration des ganglions lymphatiques, par suite d’infection syphilitique. D’ailleurs l’observation ne prouve nullement ce qu’ont avancé ces praticiens. Lorsqu’on a occasion d’ouvrir un grand nombre de bubons, on voit toujours que la suppuration est très-manifeste au moins dans un point, et qu’il suffit d’enfoncer peu profondément l’instrument. Or, je le demande à quiconque a pratiqué la chirurgie: la fluctuation est-elle sensible dans les abcès sous-aponévrotiques , et suffit-il de la ponction d’une lancette pour donner issue au pus? non , jamais. Ainsi nous devons totalement rejeter cette distinction de bubons superficiels et de bubons profonds, et nous rappeler que dans tous les cas, les bubons inguinaux ont leur siège dans les ganglions lymphatiques inguinaux superficiels. Les praticiens ont sans doute été trompés par les bubons de la deuxième espèce, dans lesquels la base de la tumeur est formée par un ganglion lymphatique , et dans lesquels il survient de la suppuration dans le tissu cellulaire environnant. Ils ont pu croire alors à un abcès profond , dont le pus s’est peu à peu frayé une voie jusqu’à la peau.
Le bubon inguinal peut être de l’une des trois espèces. La première est la plus fréquente surtout dans les inflammations de l’urètre et du vagin. Aussi est-ce presque spécialement au bubon qui se développe dans ce cas , que l’on a donné le nom de sympathique. Ilunter et Benj. Bell (dans leurs traités des maladies vénériennes), avaient déjà pensé que dans quelques cas ces bubons pouvaient être regardés comme produits par l’infection syphilitique, et que dans d’autres, ils pouvaient résulter seulement de l’irritation sympathique. S’ils avaient dirigé leurs vues vers les maladies syphilitiques con-
SYPHILIS PRIMITIVE
sécutives , ils auraient reconuu combien ifs avaient raison , et cos hommes si justement célèbres auraient pu fixer la science à cet égard. Mais ils se sont arrêtés au symptôme primitif, et tout en avouant qu’ils reconnaissaient dans certains cas, le développement du bubon comme signe de l’infection , ils n’ont pas cherché à s’éclairer par la comparaison ayep les symptômes consécutifs.
La deuxième espèce de bubon po«rrait prendre le deuxième rang, pour la fréquence, si les malades plu$ soigneux de leur santé s’occupaient d’arrêter le mal dés le principe. Mais espérant toujours que le gonflement des ganglions inguinaux diminuera, ils continuent de marcher sans appliquer des topiques sur les tumeurs, et ils voient au bout de quelque temps le bubon de la deuxième espèce passer à la troisième. Cette remarque est surtout applicable aux hommes* Les femmes réclament plus tpt les secours de l’art , et leurs bubons conservent mieux les caractères de la deuxième espèce. Aussi est-ce principalement chez elles qu’on les observe, et l’on peut avancer que che? les femmes, le bubon de la deuxième espèce a le deuxième rang pour la fréquence, tandis que chez l’homme, c’est le bubon de la troisième espèce.
La forme du bubon inguinal est différente suivant l’espèce. Celui de la première espèce formé par l’engorgement égal des ganglions et des vaisseaux lympathiques se présente sous la forme d’une corde avec de petits renflemens de distance en distance. Celui formé par l’engorgement seul des ganglions se présente sous la forme d’une tumeur ronde ou ovalaire suivant celle du ganglion engorgé, plus ou moins volumineuse selon la grosseur du ganglion et le degré de son inflammation. Si deux ganglions sont tuméfiés, il y a deux tumeurs : il y en a autant que de ganglions enflammés, et dans
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quelques cas, on les trouve tous augmentés de volume. Mais alors la tumeur, au lieu de rester arrondie , comme dans les cas où quelques ganglions seuls sont gonflés, prend une forme
ovalaire duns le sens du pli de la cuisse et plus ou moins grande selon le nombre des ganglions engorgés.
La forme du bubon inguinal de la deuxième espèce est communément arrondie; ce qui est facile k concevoir. Un ganglion s’enflamme, et rinflanmialion passe au tissu cellulaire sous-cutané qui le recouvre. Elle se trouve donc renfermée dans une petile quantité de tissu cellulaire , et forme une masse analogue à celle du furoncle, ou de ces abcès que l’on voit se développer sur le trajet des veines et des vaisseaux lymphatiques enflammés, ou encore de ceux qui sont produits par la présence d’un corps étranger que la nature veut éliminer. On observe même quelquefois un phénomène assez remarquable : Un bubon de la première espèce est formé par l’engorgement inflammatoire de plusieurs gnnglions, et un seul de ces ganglions forme un bubon de la deuxième espèce. J’ai vu plusieurs exemples de ce genre.
La forme des bubons inguinaux de la troisième espèce est ronde ou ovalaire dans le sens du pli de l’aine, mais le plus souvent ovalaire.
Dans chacune de ces espèé^s de bubons inguinaux, si les ganglions qui sont situés au-dessus du pli de l’aine et ceux qui sont situés au-dessous sont engorgés en même temps , le pli que la peau forme dans l’aine persiste et la tumeur est partagée en deux parties. Lorsqu’elle est très-volumineuse, comme dans certains bubons de la troisième espèce, le pli est moins marqué , mais il existe.
La grandeur et le volume du bubon inguinal offrent beaucoup de variétés. Le bubon de la première espèce est quelquefois très-petit, et il faut une grande attention pour con-
3a SYPHILIS PRIMITIVE.
staler son existence. Ordinairement il est d’un volume médiocre. Dans quelques cas, il acquiert celui du poing. J’en ai vu qui occupaient tous les ganglions lymphatiques et avaient en étendue une surface de plusieurs pouces. Le bubon inguinal de la deuxième espèce a toujours peu de largeur, mais une hauteur relative assez grande; ce qui dépend de ce que l’inflammation du tissu cellulaire est bornée à celui qui couvre le ganglion. Néanmoins il peut arriver qu’une assez grande quantité de pus se forme, et que s’amassant sous la peau, il se creuse une cavité large, mais peu saillante. Le bubon de la troisième espèce a une grandeur et un volume très variables en raison de l’intensité de l’inflammation du tissu cellulaire. On ne peut pas les préciser plus que ceux de tout autre phlegmon.
Le bubon inguinal s’annonce par un sentiment de gêne dans l’aine, et une espèce de tiraillement dans les mouvemeus de la cuisse. Si l’on porte la main dans l’aine, on produit de la douleur, mais on ne sent rien. Le lendemain ou le surlendemain on trouve une ou plusieurs tumeurs petites , rondes ou ovalaires, situées au-dessus du pli de l’aine , quelquefois au dessous, ou une espèce de corde tendue au fond de ce pli. En suivant le développement de ces tumeurs , on reconnaît qu’elles augmentent ifn peu de volume pour rester stationnaires, si le bubon est de la première espèce; et on trouve que le tissu qui réunit les ganglions , participe un peu h l’inflammation. La peau conserve sa couleur naturelle. Si le malade est maigre ou si le bubon augmente beaucoup , il devient visible à l’œil. Lorsque le bubon est de la deuxième espèce , on sent des ganglions plus douloureux, et on voit la peau qui le recouvre rougir et prendrepart à l’inflammation : cela pourtant n’est pas constant, car j’en ai vu beaucoup qui existaient sans changement de couleur h la peau, et on
liUIÎOX.
no s’apercevait qu’ils étaient de la deuxième espèce que parce qu’on sentait la fluctuation. Le bubon de la troisième espèce s’annonce par une douleur vive dans l’aine et une gêne très-grande dans la marche. La peau participe de l’inflammation du ganglion; elle paraît même ainsi que le tissu cellulaire être le seul siège du mal. Elle est rouge, tendue, chaude et le moindre toucher est excessivement douloureux. C’est principalement dans ce bubon que les malades éprouvent en marchant une gêne qui leur donne une démarche- si extraordinaire, que l’on a comparée à celle du poulain , à cause de l’écartement des jambes, et qui a fait donner ce nom è cette maladie.
Rarement des phénomènes généraux accompagnent le développement du bubon de la première espèce. Cependant quand il est considérable , il y a de l’anorexie et un peu de lièvre; souvent ces symptômes accompagnent le bubon delà deuxième espèce, et dans la troisième, ils sont portés au même degré que dans les phlegmons , en offrant des variétés en raison de l’inflammat ion.
Le diagnostic de ces diverses espèces de bubons est facile, d’après ce que j’ai dit en parlant du bubon en général.
La terminaison du bubon de la première espèce est constamment l’induration. Le ganglion conserve une partie du volume et de la dureté que lui a donnés l’inflammalion. Si le malade est négligent, il peut passer h la deuxième ou h la troisième espèce. Le bubon de la deuxième espèce se termine toujours par la suppuration d’une petite partie du tissu cellulaire et par celle du ganglion : ainsi que dans le bubon de la première espèce, la négligence du malade peut faire passer ce bubon h la troisième espèce. Si on l’abandonne h lui-même, il survient des phénomènes différens selon que
l’inflammation attaque principalement le tissu cellulaire ou
SYPHILIS PRIMITIVE
le ganglion lymphatique. Si c’est ce dernier qui est le siège principal de rinllammation, le pus qui s’élabore en lui s’épanche dans le tissu cellulaire environnant, et forme un foyer qui décolle la peau et ne s’ouvre de lui- même qu’oprès un temps assez long, et lorsque la peau est très- amincie; et alors, soit que l’ouverture ait été spontanée, soit qu’elle ait été faite par l’art, on obtient facilement le recollement des parois du foyer. Une chose assez remarquable dans ce cas , c’est que cette portion de peau amincie ne prend pas une couleur violacée, mais qu’elle reste de couleur naturelle ou devient seulement un peu brune. Si c’est au contraire le tissu cellulaire qui a été le siège principal de l’inflammation, il peut arriver que la peau s’enflamme promptement et qu’il se forme une petite escarre qui donne issue au pus; mais dans ce cas encore, les moyens chirurgicaux peuvent aisément procurer la réunion des parois du foyer.
Si on abandonne à lui- même le bubon de la troisième espèce, on voit survenir ce que l’on observe dans les cas de • »
phlegmon. La peau prend une couleur rouge violet, elle se décolle et s’amincit dans la plus grande partie de son étendue, et il se fait une ouverture qui reste jfisluleuse. Si l’inflammation est plus intense, la peau peut se gangréner, et cet accident est fréquent chez les individus qui ne soignent pas leurs bubons. Cette gangrène s’étend dans le sens du pli de la cuisse , et fort peu en largéur : elle n’attaque pas de suite toute la peau de la tumeur : mais le bubon s’ouvre et l’on voit successivement la peau être détruite depuis l’orifice jusqu’il une distance plus ou moins éloignée. Cette circonstance s’observe fréquemment dans les bubons inflammatoires qui marchent rapidement et dans lesquels le pus se forme dans l’espace de deux ou trois jours.
J’ai dit plus haut que la terminaison du bubon de la pre-
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mière espèce était toujours l’induration. Je dois l'aire h cet égard quelques remarques. Dans le bubon de la première espèce il y a toujours induration du ganglion engorgé : mais ce n’est pas cette espèce d’induration que l’on a admise pour le bubon, et l’on doit en effet en admettre une d’un autre genre, et qui est beaucoup moins fréquente. II s’agit de celle qui existe h la fois dans le ganglion et dans le tissu cellulaire , et j’insiste de nouveau sur elle parce qu’elle est particulière au bubon inguinal. Certains bubons sont formés par une inflammation simultanée des ganglions et du tissu cellulaire, qui n’est pas assez forte pour se terminer par suppuration, et dans laquelle on ne voit pas survenir la résolution pour l’inflammation qui appartient au tissu cellulaire, qui reste dense et épaissi, et forme avec les ganglions une masse plus ou moins volumineuse et plus ou moins dure qui persiste constamment, et à laquelle les pathologistes ont donné le nom de bubon squirrheux à cause de la ressemblance qui existe entre celte sorte de tumeur et celles dites squirreuses. J’ai fait l’ouverture du corps d’une femme chez laquelle celte induration avait une étendue égale à celle de tout le pli de la cuisse, et une profondeur d’au moins un pouce et demi dans son milieu. Je ne pensais pas d’abord trouver un bubon , ce ne fut que par l’examen de la tumeur que je reconnus un bubon squirrheux formé par l’engorgement du ganglion et du t issu cellulaire.
La durée du bubon inguinal est très variable. Le bubon delà première espèce, borné h 1 engorgement inflammatoire simple du ganglion, ne dure que quelques jours , pour peu que le malade se soigne. Si plusieurs ganglions s’engorgent, si en même temps le tissu cellulaire environnant s’œdématie, il peut durer plusieurs septénaires, toujours en raison de l’intensité du mal. J’entends ici par durée du bubon le temps
SYPHYLIS PRIMITIVE.
pendant lequel il est douloureux et incommode pour le malade : car si nous avons égard seulement au gonflement du ganglion, il dure toujours puisque j’ai établi en principe que l’engorgement était persistant pendant toute la vie. Le bubon de la deuxième espèce, sans grande inflammation du tissu cellulaire, et sans ouverture naturelle ou artificielle de la peau dure toujours quatre h six semaines. Quand on est obligé de faire une ouverture ou qu’elle se fait d’elle même, il arrive souvent qu’en huit jours, elle est cicatrisée, et comme la suppuration a été deux à quatre semaines à se former, nous trouvons une durée de trois à cinq semaines. Mais dans quelques cas il en faut plusieurs pour obtenir la guérison de l'ouverture faite, ce qui peut prolonger beaucoup la durée de la maladie.
Le bubon de la troisième espèce se forme avec rapidité quand il succède immédiatement à l’apparition des symptômes primitifs, mais quand il survient après un bubon de la première ou de la deuxième espèce , il est beaucoup plus long temps à parvenir à son dernier degré, et on ne peut rien préciser à cet égard. Quanti ce bubon est ouvert par l'art avant que la suppuration soit complètement formée, sa guérison est longue, mais moins que lorsqu’il est abandonné à la nature ou lorsqu’on attend pour l’ouvrir que la fluctuation soit sensible dans toute l’étendue de la tumeur. II y a souvent alors des portions de peau décollées qu’il faut enlever, ce qui retarde la guérison. Quelquefois aussi la peau est progressivement détruite, et il se forme dans l’aine une ulcère énorme qui gagne soit l’abdomen soit la cuisse. Ces cas trèsgraves , et très-longs h guérir conduisent quelquefois les malades ou tombeau.
Lepronostic de la première espèce n’est pas grave, celui de
BUBON. 37
la deuxième l’est peu; quant à celui de la 5e il l’est toujours, surtout dans les cas où il y a une disposition à l’ulcération.
flubon maxillaire.
Le bubon maxillaire est le plus commun après l’inguinal. Cependant, ni lui, ni le bubon axillaire ne peuvent être comparés â l’inguinal, sous le rapport de la fréquence, tant la différence est grande. Aussi ne donnerai-je pas sur eux les mêmes détails.
Le bubon maxillaire est le résultat du développement d’ulcères aux lèvres ou h la face externe des gencives ou sur la peau des lèvres ou du menton, il a son siège dans les ganglions lymphatiques qui reçoivent les vaisseaux lymphatiques des parties que je viens d’indiquer , et qui sont situés vers le bord delà mâchoire inférieure ou vers le milieu de la joue sur le trajet de l’artère et de la veine labiale , ou au-dessous du menton sur les côtés de la ligne médiane.
11 peut être de l’une des trois espèces que j’ai notées; mais il est ordinairement de la première, ce qui est facile à concevoir parle peu demouvemens de la partie , et par le peu de tissu cellulaire environnant dont la densité est sans doute encore un obstacle à l’inllammatioD.
Sa forme est arrondie, et son volume peu considérable.
Le mode de développement de ce bubon est celui de tous les autres. Il apparaît peu après les ulcères, et suit la même marche que le bubon de la première espèce. ïl persiste après la guérison de l’ulcère , et le malade conserve une grosseur très-dure. ïl diminue h peine avec letems; j’ai suivi pendant sept mois une femme chez laquelle un pareil bubon a persisté sans diminution sensible de son volume.
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Sa terminaison est donc l’induration , comme dans tout bubon de la première espèce.
Bubon axillaire.
Le bubon axillaire a son siège dans les ganglions lymphatiques de l’aisselle. 11 est le résultat d’un ulcère développé dans une partie dont les vaisseaux lymphatiques se rendent dans ces gan^lionc.
Sa cause la plus ordinaire est l’ulcère du sein chez les femmes , surtout chez les nourrices. Viennent ensuite les ulcérations des doigts chez les médecins et les accoucheurs surtout. Une cause très-rare et peut-êtr eunique, dont mon père a vu un exemple , est la morsure du sein dans l’orgasme vénérien. Il peut être de l’une des trois espèces indiquées : il est le plus souventde lapremière, quelquefois de la troisième , ce qui se conçoit aisément d’après la grande quantité du tissu cellulaire du creux de l’aisselle.
Sa forme est arrondie et son volume peu considérable, à moins qu’il ne survienne un phlegmon. Il est persistant comme les bubons des autres parties du corps. J’ai vu plusieurs femmes qui avaient eu mal au sein quelques années avant l’époque où elles étaient soumises à mon observation, et chez lesquelles j’ai retrouvé un ou plusieurs ganglions axillaires engorgés.
La marche et la durée n’offrent rien de particulier. La terminaison par suppuration s’observe quelquefois : le cas est rare , et alors la durée est en raison du phlegmon.
Le diagnostic n’est pas toujours iacile, quand il n’y a plus d’ulcération au sein , parce qu’on a de la peine à obtenir des aveux des malades.
BUBON
Je finirai ce que j’avais à dire sur les bubons des différentes parties du corps en les comparant entre eux sous
le rapport de leur fréquence , de leur étendue et de leur
terminaison.
Le bubon inguinal est beaucoup plus fréquent que le maxillaire et l’axillaire , parce que les organes génitaux sont bien plus souvent que les lèvres , le sein ou la peau qui environne ces parties , le siège d’alfections syphilitiques primitives. L’on a dit que le bubon inguinal était plus fréquent chez les hommes que chez les femmes. Je ne partage pas cette opinion. Je pense qu’on l’observe aussi fréquemment chez les femmes, mais on y a fait moins d’attention. Le bubon inguinal delà première espèce est, toute proportion gardée, plus fréquent chez la femme que chez l’homme. Les deuxième et troisième espèces sont beaucoup plus communes chez l’homme mais principalement la troisième espèce. Je crois que cela vient de ce qu'il prend moins de soins que la femme; car chez celles de la classe ouvrière et chez les fdles qui se soignent très-peu , on voit assez souvent de ces sortes de bubons. Ayant eu à surveiller un service de femmes très-nombreux, et dirigeant mes recherches de ce côté, j’ai été à même d’obtenir les résultats que j’avance. Le bubon maxillaire s’observe également dans les deux sexes, peut-être un peu plus souvent chez l’homme que chez la femme , h cause de certains baisers. Le bubon axillaire est par la même raison plus cnmmun chez la femme ; et à cette cause il faut ajouter l’allaitement.
L’étendue du bubon inguinal est en général plus grande que celle des autres. Je ne crois pas qu’on puisse attribuer cette différence à d’autres causes qu’à celles que j’ai déjà indiquées, savoir, la marche, et le peu de soins que prennent les malades. Dans quelques circonstances cependant il paraît
S V PHI LIS PRIMITIVE
qu’une disposition particulière occasionne une inflammation considérable tant des ganglions lymphatiques que du tissu cellulaire : car on voit des malades qui sont affectés de bubons graves , quoiqu’ils apportent dans leur traitement tous les soins désirables. Mais l’on voit plus souvent encore des individus attaqués de bubons peu considérables aggraver leur maladie en négligeant toutes les précautions. Et comme je l’ai déjà dit plus haut , c’est principalement chez la femme que l’on peut faire cctlc observation. Le bubon maxillaire est celui dont l’étendue est constamment moindre; ce qui estlacileà concevoir d’après les usages des parties dans lesquelles il se développe. Les mouvemens de la mâchoire inférieure ne sont jamais assez grands pour produire dans le ganglion ouïe tissu cellulaire ambiant une augmentation d’inllammation considérable. Il n’en est pas de même du bubon axillaire. La grande quantité de tissu cellulaire environnant, et les mouvemens souvent répétés du membre pectoral sont des raisons pour que l’inflammation du ganglion lymphatique soit augmentée. Aussi voit-on ce bubon acquérir dans quelques circonstances un volume assez considérable. H est en général plus gros que le maxillaire , mais moins que l’inguinal : cependant il égale quelquefois le volume de ce dernier.
Sous le rapport des terminaisons je ne les comparerai que relativement à la suppuration, à la gangrène et à l’induration. Je ne dirai rien de la résolution admise par tous les praticiens , puisque je ne partage pas leur avis. En effet comme je l’ai fait observer plus haut , jamais le ganglion engorgé à la suite d’infection syphilitique ne revient à son volumeetà son élasticité primitifs; il reste constamment plus gros , et offre une rénitence comme squirrheuse. Ce phénomène est commun à tous les bubons. La suppuration très-
H (J HOtf.
fréquente dans les bubons inguinaux est rare dans les bubons axillaires, et n’a peut-être été jamais observée dans les bubons maxillaires. J’ai dit qu’elle n’existait pas dans ceux-ci à cause du peu de mouvement des parties et de la petite quantité de tissu cellulaire. Mais comment se fait-il que l’aisselle contenant beaucoup de tissu cellulaire et que le bras faisant beaucoup de mouvemens, la suppuration y soit moins fréquenteqüe dans les bubons inguinaux ? c’est (pie les malades tardent moinsà soigner un bubon axillaire qu’un bubon inguinal. ils ne savent pas qu’ils peuvent avoir un bubon dansl’nisseile , et ils avouent facilement qu’ils ont mal dans celte partie du corps. Ils savent tous que l’aine est le siège du bubon , et une fausse honte les empêche d’avouer son existence. Ils at tendent jusqu’au dernier moment pour recourir aux secours de l’art: en outre ils se décident plus facilement à laisser le bras en repos qu’à ne pas marcher.
Les raisons qui font que la suppuration est moins fréquente dans le bubon axillaire , font aussi que la gangrène ne s’y présente pas. Le bubon inguinal est seul le siège de cet accident qui dépend plus souvent de l’excès de l'inflammation (pie de sa malignité. Car si cette dernière cause était fréquemment celle de la gangrène , on l’observerait également dans toutes les parties où se manifeste le bubon : et on ne la rencontre que dans les bubons inguinaux très-enflammés.
Xi induration est commune h tous les bubons , puisqu’elle est leur terminaison nécessaire, quand il n’y a pas de suppuration. Mais 1 espèce d’induration dont j’ai parlé, produite à la fois par l’engorgcmenfedu tissu cellulaire et par celui des ganglions n’appartient qu’au bubon inguinal et dépend probablement de l’irritation produite par la marche.
'le finirai tout ce que j’ai à dire sur le bubon, en faisant observer que depuis trois ans que j’ai été conduit à le regarder
SYPHILIS PRIMITIVE
fa
comme signe pathognomonique de la syphilis, j’ai fait part de mes idées à plusieurs praticiens qui n’ont pas cru devoir être de mon avis; ils ont pensé que le plus fréquemment les ganglions engorgés revenaient à leur volume primitif, et que si on les trouvait plus gros chez quelques individus, c’était une disposition naturelle. En admettant cette opinion , il n’en serait pas moins certain que mes observations peuvent conduire également h un résultat positif ; c’est que le développement d’un bubon, quelque petit qu'il soit, n’estpas l’effet d’une sympathie, mais bien de l’infection syphilitique, et que chez un individu la coïncidence d’une inflammation de l’urètre et du vagin ou d’un ulcère avec un bubon, prouve qu’il a gagné la syphilis : delà naîtrait encore un grand jour pour le diagnostic.
INFLAMMATIONS