INFLAMMATIONS ET ULCÈRES SYPHILITIQUES PRIMITIFS
Les maladies syphilitiques primitives sont les inflammations et les ulcères. Elles n’attaquent que le système cutané, soit interne, soit externe, c’est-à-dire la peau et les membranes muqueuses. Mais toutes les parties de ce système ne sont pas également susceptibles de contracter la syphilis, et je crois que l’on n’a pas jusqu’à présent indiqué d’une manière bien exacte les différences que l’on observe dans leur siège. Je vais les faire connaître successivement pour les inflammations et les ulcères.
Les inflammations syphilitiques primitives sont le résultat de l’application immédiate du virus syphilitique. Elles ont pour caractère spécial d’être contagieuses et accompagnées de bubons. Elles diffèrent des inflammations syphilitiques consécutives , en ce que celles-ci ne sont pas contagieuses et ne sont pas accompagnées de bubons. Elles diffèrent des inflammations non syphilitiques contagieuses, en ce que celles-ci ne sont pas accompagnées de bubons. Leur symptôme principal est un écoulement de matière puriforme.
L’on a avancé que toutes les membranes muqueuses étaient susceptibles de devenir le siège de ces inflammations. Je pense qu’il n’y a que celles de l’urètre et du vagin, qui soient affectées d’inflammations syphilitiques primitives. Je ne crois pas que les membranes muqueuses du rectum, de l’œil, du nez et de la bouche en soient attaquées : je ne crois pas que la peau mince qui recouvre le gland et la surface interne du prépuce, ni que celle de la vulve en soient le siège. Quant
S’W'HiLl.S i'RÏMÏTlVE.
aux autres membranes muqueuses, elles n’ont jamais été attaquées d’une pareille maladie. L’oreille externe a été regardée comme pouvant être affectée de celte sorte d’innammalion; il sullil, ce me semble, de rappeler que le conduit auditif externe n’est pas tapissé d’une membrane muqueuse, mais bien d’une peau mince , pour faire rejeter totalement cette opinion.
Je me trouvedci en opposition avec tous les praticiens qui ont écrit sur les maladies syphilitiques, et je dois par conséquent discuter ce que j’avance. Je voudrais pouvoir m’étayer de l’anatomie pour prouver s’il y a quelque analogie de structure entre les membranes muqueuses du vagin et de l’urètre, et quelque différence entre elles et les autres membranes muqueuses; mais je n’ai rien trouvé dans les anatomistes , relativement h ce sujet , et je n’ai rien dans mes travaux qui puisse me faire établir des degrés de ressemblance ou de différence.
La pathologie seule nous sert ici de guide. Les écrivains ont admis les inflammations syphilitiques primitives du rectum, uniquement par analogie, car on ne trouve dans aucun d’eux, des détails sur les symptômes et la marche de ces inflammations ; ils ont été trompés par deux maladies , savoir, les écoulemens consécutifs , et surtout le séjour du pus dans les replis de l’anus. Dans les premiers temps que je me suis occupé des maladies syphilitiques, j’ai cru aussi voir des écoulemens primitifs par le rectum , mais plus tard l’observation m’a prouvé que ces prétendus écoulemens n’étaient autre chose que la rétention du pus dans les replis de l’anus, et qu’en écartant avec quelque force les hordsde l’orifice du rectum, on y apercevait des ulcérations. Le premier pàs fait, il ne s’agissait plus que de savoir si ces ulcérations étaient primitives ou consécutives , et c’est ce que m’a appris la prêt
INFLAMMATIONS
sence ou l’absence des bubons. J’ai surtout clé éclairé par trois observations; deux appartiennent 5 des hommes, et l’autre à une femme. Je faisais alors des recherches sur les bubons, et je voulais m’assurer s’il y avait ou non des bubons d’emblée. Chez les deux hommes je trouvai des bubons , et pas d’ulcèresaux organes génitaux, et l’examen de l’anus, dont l’apparence infundibuliformeme portait à croire que ces individus s’étaient livrés à la pédérastie, ne me faisait apercevoir aucun écoulement. L’idée que les bubons d’emblée n’existaient pas , m’engageait h faire chaque jour de nouvelles interrogations aux malades. Enfin pressés par mes demandes, ils m’avouèrent qu’ils avaient un écoulement par l’anus; je lis un nouvel examen de cette partie , et je ne vis rien qui indiquât qu’il y eût un llux par cet orifice. J’écartai ses bords et je les rapprochai alternativement, je vis sortir alors une petite quantité de matière épaisse, jaunâtre, consistante
comme du pus. Je dis aux malades de pousser comme s’ils allaient h la selle, et j’aperçus dans le fond des replis de l anus quelques ulcérations. Les malades ne m’avouèrent pas qu ils s étaient adonnés h la pédérastie ; mois je fis panser les ulcères avec une mèche enduite de cérat mercuriel, je les fis cautériser; je traitai les bubons selon les règles ordinaires, et en peu de temps , j ai obtenu une guérison parfaite. La femme était une fille publique, alfectée d’un bubon, sans ulcère aux organes génitaux, ni inflammation au vagin, mais avec une ulcération des replis de l’anus , qui , quoique traitée convenablement , fut très long temps à guérir.
Les trois observations très-remarquables pour moi , fixèrent complètement ma manière de voir par la comparaison que j en fis avec d autres antérieures et postérieures , et depuis j ai été â même de vérifier plusieurs fois ce qu’elles m’avaient
appris.
SYPHILIS PRIMITIVE
La membrane muqueuse de l’œil n’est pas affectée d’inflammation syphilitique primitive , comme je le démontrerai plus bas.
Celle du nez l’a été, dit-on; je ne l’ai jamais vu, aucun écrivain ne le prouve par des faits.
Nulle part on ne parle d’inflammation syphilitique primitive de la membrane muqueuse de la bouche , et cependant tout le monde sait que très fréquemment la bouche est mise en contact avec les organes génitaux malades.
L’on a avancé et l’on croit encore aujourd’hui que le gland, la face interne du prépuce, et la vulve, sont le siège des inflammations syphilitiques primitives, et l’on a donné le nom de balanite syphilitique à la maladie que l’on a crue être nne inflammation du gland et du prépuce. J’ai partagé cette erreur pendant un temps; mais je l’ai reconnue. Très souvent le gland et le prépuce participent à l’inflammation qui accompagne les ulcères ou les inflammations syphilitiques primitifs. Alors s’il n’y a pas d’ulcérations sur ces parties, il y a seulement un peu d’augmentation dans la sécrétion des follicules de la base du gland, et la matière que l’on voit couler de l’orifice du prépuce tuméfié vient de l’urètre, dont l’inflammation toujours très-considérable dans les cas de ce genre , a occasioné celle du gland et du prépuce. La preuve de ce que j’avance se trouve dans la cessation de tout écoulement par les follicules dès que des soins de propreté sont mis en usage, ou dès que le prépuce tuméfié peut être retiré en arrière, comme cela arrive chez les individus sains qui ont habituellement une sécrétion abondante de ces follicules. S’il y a des ulcères sur le gland et le prépuce, celui-ci est ordinairement tuméfié, et le pus des ulcères sort par son orifice ; mais dès qu on les soigne convenablement, l’abondance du pus est moindre; et quand on
INFLAMMATIONS
peut reporter le prépuce en arrière , on voit qu’il n’y a que les ulcères qui donnent du pus , et que les follicules du gland ne sont pas enflammés. L’on pourrait avoir quelques doutes pour les cas où la surface du gland est rouge et enflammée, si on ne savait pas qu’il n’y a pas de follicules sébacés sur cette partie, qu’il n’en existe qu’à sa couronne, si l’on ne voyait qu’alors sa surface est ulcérée et excoriée comme je le dirai en parlant des ulcères.
Quant aux autres membranes muqueuses, comme celle du tube digestif, etc. , elles ne peuvent jamais être attaquées d’inflammation syphilitique primitive; les faits cités par Hunter, et ceux rapportés par les écrits périodiques en sont la preuve.
Les ulcères syphilitiques primitifs sont le résultat de l'inflammation ulcéra live récente de la peau , produite par l’application immédiate du virus syphilitique. Ils ont pour caractère spécial d’être contagieux et accompagnés de bubons. Ils diffèrent des ulcères syphilitiques consécutifs , en ce que ceux-ci ne sont pas contagieux, et ne sont pas accompagnés de bubons; ils diffèrent des ulcères non syphilitiques en ce que ceux-ci ne sont pas accompagnés de bubons.
Toutes les parties de la peau ne sont pas également susceptibles de devenir le siège des ulcères. Cette membrane est recouverte à toute sa surface d’un épiderme qui offre une épaisseur et une consistance variables. Là où cet épiderme offre de la consistance et de l’épaisseur et est parfaitement intact, la contagion ne peut avoir lieu que si l’épiderme est enlevé; là où il est très mince, et surtout là où il présente de la mollesse et une analogie avec les membranes muqueuses , la contagion peut avoir lieu , l’épiderme étant parfai tement intact.
Les membranes muqueuses ne peuvent pas être le siège des ulcères syphilitiques primitifs ; elles ne peuvent être
SYPHILIS PRIMITIVE
le siège que d’ulcères syphilitiques consécutifs. Il est bien important de s’entendre sur le mot de membrane muqueuse, pour éviter toute erreur ; et comme une définition générale pourrait occasioner des difficultés dans l’application , je vais indiquer les parties où l’on observe les ulcères syphilitiques primitifs , et celles où on ne les voit pas. La membrane qui tapisse le gland, les lèvres de l’orifice de l’urètre, la face interne du prépuce, la face interne des grandes lèvres, les deux faces et le bord libre des petites lèvres , les caroncules myrtiformes ; celle qui recouvre les lèvres de la bouche sur leur bord libre et leur face interne, la face externe des gencives, l’orifice de l’anus et ses replis, et enfin celle du mamelon , ne sont pas des membranes muqueuses , mais une continuation de la peau , dont la structure offre des différences très grandes, tant avec ces membranes qu’avec le reste de la peau. Ce sont les seules parties où la peau saine peut être attaquée d’ulcères syphilitiques primitifs. La membrane de l’urètre , celle du vagin , celle de la bouche , celle de la langue , celle du rectum , celle du nez , de l’œil, et à plus forte raison celle des organes situés plus profondément, ne sont jamais affectées d’ulcères syphilitiques primitifs, quoique plusieurs de ces membranes soient très fréquemment mises en contact avec des organes malades. L’on pourrait me faire une seule objection, c’est que dans quelques cas on trouve des chancres h l’entrée de l’urètre. La raison est simple, l’orifice de l’urètre offre deux petites lèvres, couvertes d’un épiderme, comme la surface du gland, et c’est sur ces lèvres que les chancres ont leur siège, et non sur la membrane qui tapisse 1 intérieur du canal.
Swédiaur avait déjù fait la même observation que moi , relativement au siège des ulcères syphilitiques primitifs, seulement sou explication dilfère. 11 pense que sur les surfin o
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où il se fait une grande sécrétion de mucus, les chancres ne peuvent pas se manifester, parce que le mucus délayant le virus en affaiblit l’âcreté et défend les parties de son action. Je crois cette explication fausse , et je pense que la structure seule de la partie s’oppose à la contagion.
L’on a émis dans ces derniers temps l’opinion que les ulcères syphilitiques primitifs étaient le résultat de l’absorption du virus syphilitique par les follicules de la peau. Je ne partage pas cette opinion , parce que s’il en était ainsi, il ne devrait y en avoir que Iù où l’on trouve un follicule sébacé; or l’expérience prouve le contraire. La surface du gland, le bord libre du prépuce, n’ont pas de follicules, et sont fréquemment le siège d’ulcères syphilitiques primitifs. D’ailleurs s’ils avaient leur siège dans les follicules , ils devraient se développer partout où on en trouve sur la peau : ce qui n’est pas.