‹ Traité pratique de la syphilisChapitre 7 sur 38 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ULCÈRES

Les ulcères syphilitiques primitifs ont reçu généralement le nom de chancres; je le leur conserverai.

Nous avons à considérer dans les chancres les espèces, la forme, la grandeur, le nombre, le développement, la marche, le diagnostie et le pronostic.

Les chancres se présentent sous trois aspects diliérens. Tantôt c’est une ulcération au niveau de la peau en tout semblable à une excoriation laite par l'ongle ou le frottement sur un corps dur. Tantôt c’est un ulcère creux, à bords irréguliers, coupés à pic, durs, quelquefois renversés en dedans, et dont le fond est enduit d’une couche grise adhérente. Tantôt c’est un ulcère élevé et à chairs fongueuses comme végétantes: on dirait que la peau a dépassé son niveau , et a donné naissance à des chairs fongueuses comme dans le cancer. De ces trois espèces, la deuxième est la plus grave parce qu’elle devient souvent rongeante et serpigincuse. Chacune paraît appartenir à telle partie plutôt qu’à telle autre. La première doit être rapportée ou chancre que l’on a nommé bénin : les deux autres à ceux que l’on a appelés malins. La deuxième espèce est le chancre connu sous le nom de Huntérien.

Leur forme est plus ou moins arrondie : ils paraissent quelquefois faits avec un emporte pièce. Ceux qui sont alongés n’ont le plus souvent cette forme que parce que plusieurs pe tits chancres ronds se sont réunis.

Leur grandeur est très variable. Certaines parties paraissent plus exposées que d’autres à être le siège de chancres consi-

SYPHILIS PRIMITIVE

dérables ; je les indiquerai en parlant des chancres en particulier. On peut dire qu’elle offre toutes les variétés intermédiaires entre la grandeur de la tête d’une petite épingle et celle d’une pièce de un franc.

Le nombre est aussi très variable. Rarement il n’y en a qu’un; et quand un chancre est unique, souvent il est très grand. Très fréquemment on en voit trois, cinq et six. Une fois j’en ai compté seize, une autre fois vingt -quatre tant sur le gland que sur le prépuce.

Leur apparition est précédée d’une période d’incubation, comme celle des écoulemens syphilitiques : elle est de quatre à huit jours.

Leur développement ne se fait pas, comme on le dit dans les ouvrages sur les maladies syphilitiques, par une pustule, qui s’ouvre d’elle-même ou est écorchée par le malade. Leur mode de développement est le même que celui des ulcères des autres parties du corps, et Cullerier i’a très bien décrit dans le Dictionnaire des Sciences médicales. Tantôt c’est une simple excoriation survenue sans que le malade s’en aperçoive : tantôt au milieu d’une tache rouge vient une élevure, une espèce de papule , qui cause de la démangeaison , que le malade gratte et excorie^ou qui s’ulcère d’elle-même. Si dans beaucoup de circonstances et surtout dans les chancres de la peau de h verge ou du scrotum, le malade croit voir une pustule , c’est une erreur que ne doit pas partager l’homme de Part, il y a une ulcération, qui fournit du pus dont la surface se concrète : le nouveau pus s’amasse au-dessous , le malade rompt la croûte mince, et il croit avoir ouvert une

pustule.

L’on a dit aussi que le chancre commençait par un tubercule dur, qui venant è s'enflammer et h s ulcèrei forme un ulcère plus ou moins grand è base plus ou moins épaisse. (• est.

ULCJSftüb.

je crois, une erreur, et les praticiens ont confondu le tubercule ulcéré avec le chancre, ou ont voulu décrire cet état secondaire du chancre dans lequel les bords s’engorgent, s’endurcissent et quelquefois se renversent.

Les différences que l’on observe dans le développement du chancre peuvent se rapporter^ chaque espèce. Ainsi ledéve loppement par une simple excoriation appartient à la première espèce de chancre : celui par une élevure rouge b la deuxième et à la troisième espèce ; mais surtout à la deuxième: car quelquefois la troisième espèce commence par une simple excoriation.

La marche offre des différences suivant les espèces. Dans la première espèce, le chancre, après avoir augmenté de grandeur pendant un certain temps qui varie en raison de la force du virus syphilitique, reste stationnaire et tend à la guérison. Dans la deuxième espèce, le chancre a également de la tendance è s’agrandir en raison de l’intensité du virus; mais le cas est ici beaucoup plus grave : le chancre de la première espèce ne s’étend qu’en superficie : celui qui nous occupe s’étend h la fois en superficie et en profondeur : il ronge les parties; c’est lui, qui chez l’homme détruit le frein, perfore l’urètre, corrode le gland en partie ou en totalité, et quelquefois même une partie de la verge, et qui chez les femmes produit des phénomènes analogues sur les caroncules myrtiformes, les petites lèvres, la fourchette et les grandes lèvres. Dans la troisième espèce nous ne trouvons pas cette propriété destructive : au contraire le chancre paraît avoir une force végétative, qui quelquefois devient très grande et donne à la surfaco ulcérée l’apparence d’un champignon cancéreux.

La durée du chancre présente beaucoup de différences : on peut avancer en règle générale que trois ou quatre aepte-

s Vl’M I LU l’KIMXTIV K.

naires sont suflisuns pour obtenir une guérison parfaite. 11 y a cependant une observation à faire relativement à la durée du chancre. 11 arrive souvent qu’au moment où l’on est consulté, l’ulcération n’est pas encore parvenue h son plus haut degré et on la voit augmenter h mesure qu’011 la traite : cet espace de temps ne doit pas être rapporté à la durée du chancre, on ne doit la compter que du moment où il a acquis toute sa grandeur et où il est devenu stationnaire. Quelquefois on en trouve qui persistent longtemps sans pouvoir guérir. D’autres fois on en voit qui naissent à mesure que d’autres guérissent.

Les chancres laissent des traces plus ou moins visibles selon les espèces.

Ceux de la première espèce présentent après leur guérison une rougeur qui subsiste ordinairement pendant peu de temps, mais qui dans quelques cas persiste toujours surtout chez les femmes. Le plus fréquemment ils ne laissent aucune trace lorsqu’ils sont situés sur des parties qui ne peuvent pas se réunir aux parties voisines; mais quand il peut y avoir une réunion entre les parties malades , on reconnaît toujours qu’ils ont existé. Ainsi , par exemple , un chancre de la première espèce sur le gland ou la face interne du prépuce guérira sans qu’on puisse retrouver son siège; mais placé audessous de la couronne du gland entre lui et le prépuce, il produira l’union des deux parties, et hissera une cicatrice indélébile. Le même phénomène s’observe quand le chancre existe dans le pli de la peau entre les grandes et les petites lèvres.

Les chancres de la deuxième et de la troisième espèce laissent constamment une cicatrice plus ou moins marquée , suivant leur grandeur et leur profondeur; elle est plus blanche que les cicatrices des plaies simples, elle présente, au reste, suivant les parties malades, des variétés que j’indiquerai.

ULCÂRXS.

Le diagnostic est facile en générai, il oifre cependant quelquefois des difficultés que ni la forme, ni la situation des ulcérations, ni les circonstances antécédentes, nepeuventéclaircir. II n’y a qu’un moyen de l’établir d’une manière certaine; c’est d’examiner avec soin les ganglions lymphatiques dans lesquels se rendent les vaisseaux de la partie malade, et de s’assurer ainsi s’il n’existe pas un bubon. Et ici, je répéterai ce que j’ai déjà dit : il faut entendre par bubon , tout engorgement, même peu considérable , mais persistant des ganglions dans lesquels se rendent les vaisseaux de la partie ulcérée. Par ce moyen , l’on pourra porter son diagnostic dans les cas douteux, et rassurer certains malades qui ont des ulcérations des parties génitales sans avoir contracté la syphilis. Ainsi , j’ai vu un malade chez lequel il était survenu une ulcération du cul-de-sac entre le gland et le prépuce. Il n’avait aucun engorgement des ganglions inguinaux. Je le rassurai , et lui fis mettre du suif sur l'ulcération ; dans les vingt-quatre heures suivantes, clic était guérie. Chez un autre , des ulcérations nombreuses se manifestèrent plusieurs lois sur le gland plus ou moins long-temps après le coït; je lui fis faire des lotions avec la décoction de noix de salle, et cette espèce de tannage empêcha le retour de la maladie. J’ai vu très souvent chez les fdlcs dos ulcérations, résultat de l’action mécanique du pénis fréquemment introduit dans le vagin, sans aucun engorgement des ganglions inguinaux. Ces excoriations guérissent très rapidement.

Le pronostic des chancres doit être considéré sous le rapport de l’alfection locale , et sous celui de l’infection générale. Sous le premier point de vue , il n’ofïre en général rien de grave; car si l’on en excepte quelques chancres rongeans ou inflammatoires , les ulcères syphilitiques primitifs guérissent promptement, et se cicatrisent même, quand on n’a

SYPHILIS PRIMITIVE

recours h aucun moyen thérapeutique. Sous le deuxième point de vue, c’est bien différent; les chancres sont constamment suivis de symptômes consécutifs, si on n’a pas employé un traitement anti-syphilitique convenable.

Diverses complications peuvent accompagner les chancres : l’inflammation des organes qui sont le siège du chancre, et celle des organes voisins est la plus fréquente, et elle ne peut être examinée qu’en étudiant les chancres en particulier. La douleur est quelquefois une complication plus grave que l’inflammation avec l’intensité de laquelle elle n’est pas toujours en rapport. Aussi quelques pathologistes ont-ils admis des chancres inflammatoires et des chancres douloureux. Cette douleur, qui chez quelques individus est portée au point qu’aucun moyen thérapeutique ne peut la calmer, accompagne souvent les chancres de la deuxième espèce et peut compromettre les jours des malades.

Chancres des organes génitaux de^homme.

Tous les organes génitaux externes de l’homme peuvent être affectés de chancres.

Le tableau suivant indique la fréquence relative de leur siège. Il a été fait, d’après les relevés que j’ai pris à la consultation de l’hôpital du Midi, dans un espace de six mois. Le nombre des hommes malades a été de 855.

Cul de sac entre le gland et le pré-

puce 269

Orifice du prépuce i54

Frein 102

Face interne du prépuce 127

Surface du gland 49

Peau du prépuce 4^

Ï7T.CÊRKS.

Peau du corps de la verge /, i

Orifice de l'urètre \ y

Peau du scrotum 5

L’importance de ce relevé n'est pas très grande; car il est, en général, assez indifférent qu’un chancre soit placé sur telle ou telle partie; c’est au fond la même maladie, qui exige le même mode de traitement , qui reconnaît la même cause , et rarement elle est assez grave pour compromettre par les ravages qu’elle lait les fonctions de l’organe. Le Lut que je me suis proposé est uniquement de démontrer si le chancre a son siège plus souvent dans les endroits où les organes génitaux de l’homme offrent des replis qui peuvent retenir la matière infectante. Or, c’est ce que prouve le relevé que je présente. Peut-on, d’après cela, dire avec quelques personnes, que des lotions abondantes et froides peuvent empêcher le développement de la syphilis après un coït impur, et admettre 1 explication qu ds donnent, en disant avec eux que les lotions abondantes entraînent la matière virulente, et que le froid du liquide employé resserre l’orifice des vaisseaux absorbans , et les empêche d’agir.

Leur espèce varie selon leur siège, ceux du gland et du frein sont ordinairement de la deuxième espèce, et par conséquent enfoncés, à bords coupés à pic, et couverts dans leur fond d’une couche de matière grisâtre très difficile à enlever. Ceux de l’orilice du prépuce offrent le plus souvent l’aspect de la troisième espèce , de Vidais elevaium. Ceux de la face interne du prépuce , du cul de sac entre le gland et le prépuce, de la peau de la verge et du scrotum sont le plus fréquemment de la première espèce; quelquefois néanmoins ils sont de la troisième. Il est très commun de voir une croûte se

SYPHH.IS PRIMITIVE.

<So

former sur les chancres de In peau de la verge, le pus s’amasser sous celle croule, qui simule alors une pustule. Les chancres du frein le rongent souvent, et dans quelques cas, on les voit pénétrer jusque dans 1 urètre et lormer un hypospadias. On voit aussi quelquefois ceux du prépuce le perforer et ceux du gland le sillonner profondément.

Leur forme varie suivant les parties des organes génitaux qui sont malades. Elle est, comme nous l’avons déjà dit, communément arrondie. Les chancres du gland sont souvent lout-à-fait ronds, et paraissent faits avec un emporte-pièce. Ceux du filet ont dans le principe la même forme; mais augmentant de gra..aeur, ils rongent cette partie et prennent une forme alongée. Il en est de même de ceux du cul de sac entre le gland et le prépuce ; d’abord ronds , ils deviennent ovalaires ou aIon°és en s’agrandissant. Ceux de la face interne et de l’orifice du prépuce, ceux de la peau de la verge ou du scrotum sont plus ou moins ronds; quelques-uns de ces derniers , quoique très- grands, sont lout-à-fait ronds. Ceux de l’orifice du prépuce perdent quelquefois la forme ronde pour en prendre une alongée et s’étendre jusqu’au tiers ou à Ja moitié de la circonférence de cet orifice.

Leur nombre est très-variable. Il y en a un ou plusieurs sur la même partie; il peut y en avoir plusieurs à la fois sur plusieurs parties différentes. On remarque ordinairement un rapport inverse entre le nombre et la grandeur. Ainsi , s’il n’y a qu'un chancre, il est grand ; s’il y en a plusieurs, ils sont petits. Cela cependant n’est pas constant. Le gland n’a souvent qu’un chancre , alors il est grand : est-il formé par la réunion de petits chancres ou par le développement d’un seul? D’autres fois il y en a plusieurs , 4, h, 12 et plus, et alors ils sont petits , et l’organe paraît vermoulu. Ceuxdti cul de, sac entre le gland et le prépuce, et ceux de l’orifice

ULCÈRES

Si

(le ce repli de la peau sonl souvent multiples, quelquefois uniques, et alors très-grands. Je ferai ici la même observation que pour ceux du gland. Le chancre de la lace interne du prépuce est ordinairement unique. Ceux de la lace externe de ce repli et de la peau du pénis sont en général uniques , très-rarement multiples. Il arrive fréquemment quand on en trouve plusieurs sur la peau, que l’un appartient au prépuce et l’autre au corps de la verge. Il en est de même pour ceux du scrotum. Ils sont uniques sur cette partie, mais coexistent avec ceux de la peau du pénis.

La grandeur des chancres des organes géni' x de l’homme offre beaucoup de variétés. Celui du gland égale quelquefois en superficie une pièce d’un demi-franc. Celui du frein a jusqu’à 10 , 1 2 et i5 lignes de longueur: je l’ai vu s’étendre de l’orifice de l’urètre à celui du prépuce. Ceux du cul de sac entre le gland et le prépuce, quoique en général petits, offrent cependant chez quelques individus une grandeur qui égale celle d’une pièce de i5 sous, et même plus : mais alors, ils n’occupent pas seulement l’enfoncement , qui se trouve audessous de la couronne du gland, ils s’étendent aussi sur lui et sur la face interne du prépuce. Ceux de celte face sont presque toujours grands : j’en ai vu un de 18 lignes de longueur sur 2 lignes de largeur : un autre grand comme une pièce de î franc. Ceux de l’orifice sont le plus souvent petits , multiples et ronds : quelquefois ils sont très-longs et étroits : j’en ai observé plusieurs de 1 8 lignes environ de longueur sur 5 ou 4 lignes de largeur. Ceux de la peau du prépuce, du pénis et du scrotum sont constamment grands : et je me rappelle en avoir vu un grand comme une pièce de 2 francs.

Leur marche n’offre rien de particulier, eton doit lui rapporter ce qui a été dit sur celle des chancres en général. Il n’en est pas de même de leur durée. Ceux du gland, du cul

SYPHIMS PRIMITIVE.

<lo sac entre le gland et Je prépuce, de la face interne de ce repli, et de la peau des organes génitaux guérissent promptement. Mais ceux du lrein et de l’orifice du prépuce sont très-longs à guérir : deux causes s’opposent à leur cicatrisation , le contact de 1 urine , et la distension de l’ulcération dans les mouvemens imprimés au prépuce. Il est très rare que l’orifice du prépuce ne soit pas tuméfié et rétréci, lorsqu’il est allée té de chancres, et par conséquent il ne peut pas être

retiré en arrière quand le malade satisfait au besoin d’uriner, de sorte que l’urine passe sur les ulcères et les enflamme , et si par une cause quelconque il vient à être retiré en arrière, c’est un nouveau motil pourempêcher la cicatrisation, et même pour rompre une cicatrice mince , si déjà elle existe. Cette dernière cause agit encore avec plus d’action sur le lrein: car il est impossible que le prépuce fasse le moindre mouvement, sans que cette partie s’en ressente. Aussi voit-on ses ulcères persister desmois entiers sans pouvoir être guéris, tandis que d’autres de la même espèce situés sur d’autres parties des organes génitaux sont cicatrisés en deux ou trois

septénaires. Le séjour de l’urine sous le prépuce vient encore se joindre à son contact dans l’éjection, et aux mouvemens des parties pour retarder la formation de la cicatrice.

Ce que j’ai dit sur le diagnostic des chancres en général trouve ici son application. Je dois cependant ajouter que quelquefois le chancre du gland ne se présente pas à l’état d’ulcère , mais simplement d’excoriation. Ainsi il n’est pas rare de trouver toute la surface du gland excoriée, comme si on avait enlevé 1 épiderme fin qui le recouvre ; et c’est évidemment un chancre delà première espèce, puisqu’il y a en même temps des bubons. On a voulu distinguer celle espece de chancres , et !n confondant avec l’inflammation du gland, on l’a nommée balanite: mais c’est réellement un

m.OKRKS.

chancre, et non une balanite, puisqu’il y a en même temps existence de bubon.

Les cicatrices des chancres des organes génitaux de l’homme offrent des différences suivant les espèces. Ceux de la première espèce ne laissent pas de traces sur le gland , ni la face interne du prépuce. 11 en est de même quand ils sont situés sur son orifice ou dans le cul de sac , qui se trouve entre lui et le gland, et qu’ils sont petits. On trouve seulement pendant quelque temps une rougeur qui peut servir à faire connaître leur existence, lorsqu’il est nécessaire de le savoir pour éclauei son diagnostic. Mais quand ils sont grands, ils laissent sui ces deux parties des cicatrices indélébiles qui résultent des adhérences qu’elles contractent. Ainsi, h 1 orifice du prépuce , il arrive que les plis que forme la peau , ayant etc ulcérés, s’unissent, et que cet orifice est rétréci. De même lorsque des chancres occupent à la fois le rebord de la couronne du gland, le cul de sac entre elle et le prépuce , et une partie de la face interne de ce dernier , on voit des adhérences se former entre ces parties. Quand les chancres de cctteespece surviennent h la peau de la verge , ils laissent toujours une cicatrice très-visible, si celle peau est plus foncee que celle du corps , comme cela se remarque souvent : mais si elle est de la même couleur , on ne voit pas de traces h moins qu ils ne soient très-grands.

Les chancres de la deuxième espèce laissent toujours sur le gland une cicatrice enloncéo très-apparente qui ollrc un caractère spécial. Ordinairement les cicatrices sont plus petites que les plaies auxquelles elles succèdent parce que les bords de la solution de continuité se rapprochent de son centre: ici elles sont absolument de la meme grandeur,

parce que le tissu du gland ne peut pas se rapprocher, et résiste è la force de resserrement du tissu fibreux de la cica-

SYPHILIS PRIMITIVE

irice. Les chancres du frein le perforant quelquefois, il reste après la cicatrisation une bride, qui persiste toujours; et quand ils Font totalement rongé , la perte de substance et la cicatrice sont telles qu’il n’est jamais possible de méconnaître leur existence. Il en est de même quand ces chancres ont été serpigineux et ont sillonné le gland. Ceux de la face interne du prépuce laissent une cicatrice plus ou moins grande. Ceux du cul de sac entre le gland et le prépuce , et ceux de l’orilice de celui-ci laissent constamment une cicatrice bridée qui résulte, comme pour ceux de la première espèce, de l’adhérence des parties entre elles. Ceux de la peau du prépuce, de la verge et du scrotum, laissent une cicatrice d’autant plus apparente qu’elle est plus blanche que le reste de la peau.

J out ce que j ai dit des chancres de la deuxième espèce peut s’appliquer h ceux de la troisième, il n’y a qu’une observation à faire relativement au chancre du gland : c’est que la cicatrice est moins grande que dans celui de la deuxième espèce, quoique le chancre paraisse plus grand. Cela vient de ce que , dans cette espèce , les parties éprouvent une sorte d’hypertrophie , et que lorsqu’on a combattu celte tendance végétative , la plaie est moins grande qu’on ne le pensait , tandis que dans la deuxième espece il n’y a souvent aucun gonllement , et la cicatrice doit être nécessairement de la grandeur de la plaie. Au reste les cicatrices des chancres delà deuxième espèce sont toujours plus grandes que celles des deux autres espèces parce qu’ils sont avec perte de sub-

stance.

Les chancres de la verge ollrent quelques complications. Les plus fréquentes sont , l’inllammalion et la douleur. On les observe surtout dans les chancres de la deuxième et de la troisième espèce, ils sont très-souvent accompagnés d’un gonllement du prépuce tel qu’on ne peut le retirer au-delà du

gland et qu'il y a un phimosis accidentel par suite de l'inflammation. Ceux de l’orifice du prépuce le froncent souvent, et le resserrent au point qu’il ne laisse plus passer le gland. Ces deux sortes de phimosis accidentel se dissipent par le temps et la médication convenable. Cependant quand les chancres de l’orifice sont nombreux , la cicatrice peut être assez étendue pour le brider, et obliger à l’opération du phimosis. D’autres fois ils sont suivis de la gangrène d’une portion ou de la totalité de la verge. Elle est produite par la malignité de l’inflammation ou par son excès. On distingue la cause d’après les symptômes. Quand elle dépend de la malignité de l’inflammation, il n’y a presque pas d’engorgement. Quand elle dépend de son excès , il y a un engorgement considérable du prépuce et du gland. Dans le premier cas, rien rf indique le point où s’arrêtera la gangrène: elle est plus ou moins étendue suivant la cause qui la produit : dans le deuxième elle est bornée au point enflammé. Dans certains cas, elle perfore le prépuce, ou le détruit complètement sans attaquer le gland: dans d’autres elle détruit h la fois le gland et le prépuce, donne è la verge une forme extraordinaire , qui peut gêner plus ou moins les fonctions de l’organe. Il peut exister un paraphimosis.

Le diagnostic des chancres est facile. La présence ou l’absence du bubon sert à l’éclairer et à empêcher de les confondre avec les simples ulcérations, comme je l’ai dit en parlant du chancre en général. En partant du même principe, on parviendra aussi clans les cas de paraphimosis è distinguer l’ulcération syphilitique de celle qui résulte delà constriction exercée par la bride que forme l’orifice du prépuce. Le diagnostic offre quelques difficultés dans les cas où il y a phimosis naturel ou accidentel , pour reconnaître s’il existe ou non lin chancre soit h la face interne du prépuce, soit sur le

SYPHILIS PRIMITIVE

glancl. Le toucher à travers la peau du prépuce ne peut servir. Des inégalités dans l’épaisseur de ce repli ou à la surlace du gland peuvent en imposer, surtout si antérieurement il y a eu des chancres, parce qu’aiors il reste souvent un endurcissement à leur place. J’ai vu plusieurs cas de ce genre dans lesquels ayant lait l’opération du phimosis, je n’ai trouvé aucun chancre. 11 n’y a pas un grand inconvénient à opérer, puisqu’il faudrait toujours pratiquer l’opération pour remédier au vice de conformation. L’on peut éclairer le diagnostic en faisant attention à la source de la matière purulente et aux symptômes. Si elle ne vient pas de l’urètre, si le malade n’éprouve pas d’ardeur d’urine, on peut supposer que les chancres existent. Dans le cas contraire, on peut croire que c’est une urétrite. Cependant dans le premier cas, la matière de l’écoulement pourrait être fournie par les cryptes muqueux de la hase du gland, ^et il serait alors impossible déjuger s’il y a des chancres ou s’il y en a pas.

Il faut prendre garde aussi de confondre Y herpes prcvputiaiis avec des chancres commençans. L’apparition de l’herpès est précédée de quelques rougeurs qui peuvent induire en erreur; mais le développement de vésicules et la formation de squammes suffisent pour éclairer le diagnostic.

Le pronostic n’offre rien de particulier , quant 5 la cause de la maladie. Quant h ses effets, il n’est pas grave en général. Il ne le devient que lorsque le chancre ou la gangrène sont très -considérables et déforment la verge, parce qu’aiors elle remplit mal les fonctions auxquelles elle est destinée, tant sous le rapport de l’excrétion de l’urine que sous celui de la génération.

Ul.CJgRKS.

Chancres tics organes génitaux de la femme.

Les chancres des organes génitaux de la femme ne se développent que dans les organes génitaux externes, uuxgrandes et aux petites lèvres, aux caroncules myrliformes , è la fourchette, au clitoris et au méat urinaire. Ils ne s’étendent pas dans le vagin, et les ulcérations que l’on voit quelquefois dans ce canal sont consécutives et non primitives : ils n’existent pas non plus à l’intérieur de l’urètre.

Le tableau suivant indique la fréquence relative de leur siège. Il a été fait d’après un relevé pris dans les salles des malades, par plusieurs élèves. Le nombre des cas n’est que de 1 o/| . Il devait être plus grand : mais comme dans les divers relevés je n’ai pas toujours trouvé l'exactitude que je désirais, j’ai préféré diminuer le nombre des cas, et ne donner que ceux qui étaient parfaitement certains.

Fourchette 41

Face interne des petites lèvres ... 07

Méat urinaire 12

Grandes lèvres 6

Caroncules myrliformes 5

Face externe des petites lèvres. . 5

io4

Je ferai observer que sous le nom de fourchette j’entends non-seulement la commissure postérieure, mais aussi celle partie des organes génitaux de la femme, qui est située entre cette commissure et l’entrée du vagin, et que l’on connaît sous le nom de fosse naviculoirc.

Les chancres se présentent sous les trois espèces indiquées. Leux de la première espèce oui leur siège sur tous les points

SYl'H 1LÏS PRIMITIVE.

des organes génitaux, mais surtout à la lace interne des grandes lèvres. Ceux de la deuxième espèce sous les caroncules, à la fourchette, et aux petites lèvres. Quant h ceux de la troisième espèce, on ne les voit que très rarement, et c’est sur les grandes lèvres qu’on les observe. Au reste on ne remarque pas chez la femme entre le siège et l’espèce du chancre un rapport aussi constant que chez l’homme.

Leur forme est ordinairement arrondie, surtout dans le principe, et ne présente pas autant de variétés secondaires que chez l’homme. Cependant elle en offre quelques unes. Le chancre des grandes lèvres prend souvent une forme allongée : cela dépend probablement de son espèce. Celui qui survient entre les grandes et les petites lèvres , revêt aussi assez fréquemment cette forme; et la cause est la même que pour les chancres qui existent entre le gland et le prépuce. Les chancres sont d’abord ronds : ils augmentent de gran-

deur, ils s’unissent par leurs bords voisins, et leur forme devient longue. La même chose s’observe aux chancres du clitoris , des caroncules , de la fourchette et du méat urinaire. Ils sont ronds dans le principe : ce n’est que par suite de leur réunion qu’ils deviennent longs ou ovalaires. Quelquefois ceux de la fourchette sont triangulaires. Ceux qu’on observe sur les petites lèvres conservent en général leur forme arrondie.

Leur nombre est très variable. On en trouve tantôt un seul , tantôt plusieurs sur une des parties indiquées : tantôt plusieurs disséminés sur deux ou trois de ces parties. Souvent le chancre des grandes et des petites lèvres est unique, et celui de la fourchette l’est presque toujours. Ceux des caroncules, du clitoris et de l’urètre, sont au contraire le plus fréquemment multiples.

Leur grandeur varie aussi beaucoup. Les plus grands sont

ULCERES

ceux des petites lèvres. Lorsque les femmes ont ces organes développés, il n’est pas rare de voir des chancres qui leur font une perforation assez grande pour admettre le petit doigt, ou des échancrures très difformes. Ceux de la fourchette sont aussi assez grands : ceux des grandes lèvres et surtout ceux du clitoris et du méat urinaire n’acquièrcnt pas les mêmes dimensions.

Leur mode de développement se lait comme nous lavons dit en parlant des chancres en général.

Leur marche n’offre rien de particulier quand ils sont de la première et de la troisième espèce; mais quand ils sont de la deuxième, comme ils ont une propriété destructive, il peut arriver qu’ils occasionent des accidens graves. Très souvent ils rongent les caroncules qu’ils détruisent complètement; les petites lèvres qu’ils échancrent è leur bord libre ou qu’ils perforent ; et la fourchette à laquelle ils font des ravages plus ou moins grands suivant qu’ils s’étendent plus ou moins loin sur la fosse naviculaire. Chez quelques femmes, qui ont les grandes et les petites lèvres très-développécs, on les voit sillonnées par des chancres.

Leur durée présente quelques variétés. Ceux de la fourchette sont longs à guérir à cause du séjour des matières : ceux de l’urètre h cause du passage de l’urine. Quant aux autres ils ne présentent rien de particulier.

Ce que j’ai dit des cicatrices des chancres doit s’appliquer à ceux des organes génitaux de la femme. Les chancres de la première espèce ne laissent pas de traces à moins qu’ils n’aient leur siège sur des lèvres noires , ou entre les grandes et les petites lèvres , et qu’ils n’occasionent leur adhérence. Il existe ordinairement après leur guérison une rougeur qui ne se passe que difficilement, et qui, chez quelques femmes, persiste toujours. Les cicatrices des chancres de la deuxième

SYPHILIS PRIMITIVE

espèce sont très apparentes puisqu’il y a perte de substance. Ceux de la troisième espèce laissent ainsi une cicatrice visible, mais moins marquée que celle des chancres de la deuxième espèce.

Quelques complications les accompagnent. Le gonflemcnL inflammatoire ou œdémateux des lèvres est la plus fréquente. Il se dissipe à mesure que le chancre diminue. Quand l’ulcère existe avec un écoulement syphilitique, il survient quelquefois une complication extrêmement grave, c’est la formation d’ulcères à l’anus et au périnée. Ils sont très douloureux : l’écoulement les entretient, aucun médicament ne peut apaiser dans je principe les souffrances qu’ils occasionnent : il n’y a que les antiphlogistiques et le temps qui puissent les guérir, et dans un cas j’ai vu ces douleurs telles qu’elles ont agi sur toute l’économie et, que la malade est morte

Le diagnostic présente des difficultés chez les femmes qui ont déjà les ganglions inguinaux engorgés; parce qu’il n’est pas possible de savoir si un nouvel engorgement est venu se joindre à l’ancien. Mais chez celles qui n’ont pas encore eu d’engorgement de ce genre, on reconnaît aisément la nature de l’ulcération au gonflement des ganglions. J’ai remarqué chez les fdles publiques que les ganglions engorgés depuis long-temps augmentent dans les cas d’ulcères syphilitiques primitifs nouveaux et qu’ils restent dans le même état dans les cas d’ulcères simples. C’est surtout chez elles que le diagnostic peut offrir des difficultés, et comme j’en avais un grand nombre à soigner, j’ai pu faire des remarques assez importantes. On a voulu distinguer les ulcères des parties génitales en syphilitiques et en mécaniques, c’csl-à-dirc , produits par l’iiilroduction d’un pénis trop volumineux ou par son introduction trop souvent répétée; et l’on a cru pou-

ULCERES

voir le faire à priori: cela est impossible. Mais il n’en est pas Je même quand on a egard aux circonstances concomitantes et consécutives. Les ulcérations produites par l’introductiop forcée ou répétée du pénis ont toujours le caractère du chancre de la première espèce. C’est une simple écorchure; jamais leur présence n’est accompagnée du développement de bubons, et leur guérison s’opère en peu de jours quand i a femme reste sage. Mais rien dans leur forme ou leur aspect ne peut les faire reconnaître ,de même que chez l’homme on ne peut distinguer à l’aspect les simples écorchures des chancres de ia première espèce. Ainsi j’ai souvent vu des filles publiques être gué-

ries en 4» S, 12 jours d'ulcérations qu’on avait notées comme syphilitiques, et qui certes ne l’étaient pas: car de semblables chez d’autres femmes duraient beaucoup plus long-temps et étaient accompagnées de symptômes propres aux chancres qui ne se manifestaient pas chez les premières. Lapromplitudc de la guérison et l’absence de tout autre symptôme m’ont encore servi â distinguer, h posteriori , une ulcération , résultat de l’application d’une solution de pierre à cautère, d’une ulcération syphilitique. Une fille publique sortie bien guérie de l’hôpital, depuis quelques jours, revint avec une ulcération énorme située à la lace interne et tout-à-fait supérieure de

la petite lèvre gauche : elle avait des bords taillés à pic, et un fond grisâtre, en un mot, l’aspect du chancre huntérien. Je crus h une ulcération sypliil tique. Au dixième jour , cette fille était complètement guérie. Etonné de la rapidité de celte guérison, je pris quelques informations, et j’appris que voulant rentrer à l’hôpital parce qu’elle y avait laissé une amie, elle s’était fait cette ulcération avec une solution de potasse caustique. Si je n’avais été sur mes gardes, et si je n’avais eu un grand nombre de chancres pour comparaison , j’aurais cru avoir guéri aussi promptement et sans

SYPHILIS PRIMITIVE

aucun médicament spécifique une ulcération syphilitique considérable. II faut aussi prendre garde de s’cn laisser imposer par les rougeurs que j’ai dit subsister après la guérison des chancres de la première espèce. Souvent au premier aspect, on les prendrait pour des ulcérations.

Le pronostic des chancres des organes génitaux de la femme est moins grave que celui des chancres des organes génitaux de l’homme. Jamais ils ne les déforment au point de ne pouvoir plus servir aux fonctions auxquelles ils sont destinés, comme cela se voit chez ce dernier. Excepté quelques cas extraordinaires , comme celui que j’ai cité plus haut , et que l’on observe aussi chez l’homme , ils n’altèrent pas la santé générale.

Je terminerai ce que j’ai à dire sur les chancres des organes génitaux de la femme par une observation sur les ulcérations du col de l’utérus. Je ne pense pas que le col de l’utérus puisse être attaqué de chancres, ou du moins je n’en ai jamais vu, malgré le grand nombre de femmes que j’ai examinées. Les ulcérations , que l’on trouve sur cette partie, n’ont aucune ressemblance avec les ulcérations syphilitiques, et si des femmes , qui en offraient , ontinfecté des individus , c’est qu’elles avaient une vaginite. Ces ulcérations doivent-elles être rangées au nombre des affections syphilitiques consécutives? C’est une question que j’examinerai en traitant de ces maladies,

Chancres des lèvres de la bonche.

Les chancres des lèvres ont leur siège sur leur bord libre ou sur leur face interne. Il ne s’en manifeste jamais aux commissures, probablement pareeque ce n’est pas cette par-

DLCKRES.

lie qui est mise en contact avec l’organe malade : les affections syphilitiques que 1 on y remarque sont toujours consecutives.

La lèvre inférieure est plus souvent affectée que la supérieure.

Ils sont ordinairement situés sur les côtés de la ligne médiane. Une fois seulement , j’en ai vu un à la lace interne de la lèvre supérieure , dans son union avec les gencives, occupant la ligne médiane et le filet qui s’y trouve.

Ils sont ordinairement de la première ou de la troisième espèce.

Leur forme est arrondie : il n’y a que lorsqu’ils sont situés au repli de la gencive et de la lèvre qu’ils prennent une forme alongée.

Ils sont uniques ou multiples.

Leur grandeur présente beaucoup de variétés , comme celle de tous les chancres. Quelquefois ils sont assez grands pour occuper presque tout un côté des lèvres.

Leur période d’incubation est la même que celle de tous les autres ulcères syphilitiques primitifs, de 4 ^ 8 jours. L’on a dit qu’elle était plus longue, quand la syphilis étui L produite par l’application de la salive imprégnée de pus, que lorsqu’elle était produite par l’application du pus même. Je doute que l’on ait jamais été à même de bien préciser celte différence.

Leur mode de développement est le même que celui des autres chancres. 11 se forme un petit point rougeâtre, saillant , qui s’ulcère â son sommet : et il n’y a pas ici , plus que pour les chancres des organes génitaux , une vésicule qui se rompt et laisse une ulcération. Si quelquefois on a cru voir cette vésicule , c’est que l’on a confondu avec une vésicule la croûte qui se forme sur une ulcération et au-dessous de laquelle s’amasse le pus. La petite tumeur est souvent le

SYPHILIS PRIMITIVE

si oge île démangeaisons; le malade gratte, et il se forme une ulcération. Lorsque cet ulcère est situé û la face interne des lèvres, l’humidité continuelle des parties empêche la formation d’une croûte à la surface. Mais quand le chancre est situé sur le bord libre de la lèvre, le contact continuel de l’air occasionc la formation d’une croûte semblable à celle des gerçures des lèvres , et que des applications de topiques gras ou liquides fait tomber promptement.

La durée de ces chancres n’est pas longue : ils se terminent même plus vite que ceux. des autres parties du corps. Ceux qui sont saillans , à bords renversés , sont guéris en peu de temps, quoique leur aspect ait quelque chose d’effrayant. Celle rapidité de la guérison tient sans doute, U ce que dans ces chancres, il n’y a pas , comme dans ceux des organes génitaux , une inflammation des parties environnantes, et que les malades en sont plus soigneux.

Leur diagnostic est facile. Nous avons pour l’éclairer l’existence de l’engorgement des ganglions lymphatiques. Pour les chancres de la lèvre supérieure , il faut chercher les ganglions dans l'épaisseur de la joue : pour ceux de la lèvre inférieure, il faut explorer le dessous du menton et les cotés du corps delà mâchoire inférieure. Ces chancres peuvent être confondus avec diverses affections des lèvres , telles que les gerçures, le cancer et les ulcérations mercurielles. On peut les prendre pour des gerçures lorsqu’ils sont de la première espèce et qu’ils ont leur siège sur le Lord libre de la lèvre : mais en examinant les ganglions lymphatiques dans lesquels se rendent les vaisseaux de chaque lèvre , on sera promptement détrompé, parce qu’on les trouvera engorgés si la maladie de la lèvre est un chancre, tandis qu’ils ne le sont pas quand elle est une gerçure : de plus celle-ci a une forme

IJT.CKRKS.

alortgée dans le sens des plis de la lèvre, ce qu’on n’observe pas dans le chancre.

Quand les chancres des lèvres sont de la troisième espèce, c’est-à-dire, du genre des ulcères nommés alcus clevatum , ils prennent quelquefois l’apparence du cancer, et le diagnostic devient d’autant plus difficile alors , qu’il y a dans les deux cas engorgement des ganglions lymphatiques , et cela peut être embarrassant, surtout si l’ulcère a son siège à la lèvre inférieure; car on trouve rarement des malades qui veulent avouer qu’ils ont gagné la syphilis par la bouche. 11 faut alors avoir recours aux circonstances commémoratives pour éclairer le diagnostic. L’âge du malade peut diriger; si le sujet est jeune , c’est certainement un chancre : mais s’il est dans l’âge adulte et à plus forte raison dans la vieillesse, il faudra d’autres circonstances pour diagnostiquer la maladie. Il faut s’enquérir avec beaucoup de soin de l’époque de l’apparition de l’ulcère , et de celle de l’engorgement des ganglions. Dans le cancer, les ganglions lymphatiques ne s’engorgent que . lorsque la maladie existe déjà depuis Jongtems : dans la syphilis au contraire , ils s’engorgent dès que le chancre paraît.

Quant aux ulcérations des lèvres, produites par l’usage du mercure, ii est facile de les reconnaître. Les malades ont fait usage de ce médicament : ils ont les gencives rouges, tuméfiées, et couvertes, à leur jonction avec les dents, d’un tartre jaune et épais; et L ulcération présente une couleur grise avec élévation des environs de la surface ulcérée , phénomènes que l’on ne trouve réunis dans aucune espèce de chancre. Il y a de plus l’odeur particulière qu’exhalent les individus attaqués de salivation.

11 est bon de faire observer que quelquefois les ulcères syphilitiques gagnés par l’application de la bouche sur des

4YPHII.IS PRIMITIVE.

organes malades n’ont pas leur siège aux lèvres, mais dans les environs de ces parties. C’est lorsqu’il y a sur le menton ou à la lèvre supérieure quelque écorchure produite par le rasoir: elle devient facilement le siège de l’ulcération , et les lèvres restent saines.

Leur pronostic présente peu de gravité; ils guérissent promptement et sans difformité.

Chancres de l’anus.

On comprend généralement sous le nom de chancres de l’anus et du rectum des affections totalement différentes. Les chancres de l’anus existent : c’est-à-dire , que l’on voit à la peau de l’anus , et à la membrane mince, qui fait rinlermédiaire de la peau et de la membrane muqueuse , des ulcères syphilitiques primitifs : mais on n’en voit pas dans le rectum: de même qu’à la vulve on voit des chancres, et qu’on n’en trouve pas dans le vagin.

Les chancres de l’anus existent rarement seuls chez les femmes : parce que chez elles , ils sont le plus souvent le résultat du contact de la matière de l’écoulement, qui, d’après la disposition des parties , s’est portée vers l’anus , tandis que chez l’homme il faut qu’il y ait eu contact des organes génitaux malades avec l’anus.

Leur siège est dans cette partie de l’anus , qui présente des plis. La peau , qui avoisine l’orifice du rectum , jouit de§ mêmes propriétés que la peau des autres parties du corps . elle est , comme elle , revêtue d’un épiderme, qui par son épaisseur empêche l’action du virus syphilitique. Le rectum lui-même est couvert d’une membrane muqueuse, qui ne peut pas être attaquée par le virus syphilitique plus que celle

UL.Cl.fU'*.

de la langue ou du vagin. Il n’y a donc que celte peau , qui , semblable h celle des lèvres et du gland, constitue l’orifice de l’anus j qui soit susceptible d’être altérée par le virus syphilitique. C’est donc dans les replis de l’orifice de l’anus qu’on doit les chercher.

ious ceux que j’ai vus étaient de la deuxième espèce.

Leur lorme est alongée comme celle des replis de l’anus.

Leur nombre est très-variable.

Leur grandeur est en quelque sorte bornée quant h la longueur , puisqu’ils ne peuvent dépasser la membrane rouge qui lorme l’anus , qu’en s’étendant à la peau des fesses. La largeur est variable : en générai cependant ils occupent seulement un seul pli : la saillie , qui sépare chaque pli , n’est pas attaquée.

Leur période d incubation doit être la même que celle des aulies chancres. Il est impossible d obtenir des malades aucun renseignement è cet égard : aussi mes recherches ontelles élé infructueuses.

Leur marche n’ollre rien de particulier. Leur durée est toujours longue. Les fonctions obligées de la partie malade , le changement de forme qu’elle éprouve en les remplissant , et le lrotlemcnt produit par le passage des matières, sont autant de causes qui retardent la guérison.

Le diagnostic ollre de grandes difficultés , et ici , comme dans toutes les autres espèces de chancres, il faut porter une grande attention à l’existence des bubons pour reconnaître si 1 affection est primitive ou consecutive. Dans le premier cas, on trouve un engorgement des ganglions lymphatiques de l’aine, qui reçoivent les vaisseaux lymphatiques de l’anus; c’est donc par l’état des ganglions de cette région que l’on peut parvenir h établir son diagnostic. J’ai longtems partagé l’opinion commune , et je n’avais que des probabilités tirées

SYPHILIS PRIMITIVK.

de l’aspect de l’ulcération , de celui de l’anus , et de la moralité de l’individu malade, pour porter mon jugement sur la nature des affections de l’anus. Ce qui m’éclaira à cet égard , ce fut l’observation que je lis sur une femme. Elle avait une ulcération h l’anus, une rougeur h la vulve, et un bubon dans l’aine correspondante au côté malade de l’anus. La rougeur disparut complètement au bout de quelques jours : l’ulcération de l’anus et le bubon persistèrent. Je ne savais d’abord comment expliquer l’existence de ce dernier ( car je n’admets pas le bubon d’emblée), lorsqu’enfin je pensai qu’il était le résultat de l’absorption du virus syphilitique par l’anus. Je n’osai cependant fixer complètement mon opinion à cet égard, et ce n’est qu’après avoir observé plusieurs fois ce phénomène , que j’ai été convaincu que j’avais raison. J’ai déjà cil é plus haut l’observation de deux hommes et d’une femme n’ayant aucune affection des organes génitaux et présentant une ulcération de l’anus et un bubon correspondant. L’anatomie et ce que l’on observe tous les jours pour les bubons suite de chancres dans d’autres parties , sont bien suflisans pour pcrmetlre d’adopter celte opinion.

Leur pronostic est le même que celui des chancres des autres parties,

Chancres de la mamelle.

Le mamelon etson aréole n’étant couverts que d’une pellicule excessivement mince deviennent facilement le siège de chancres , si on les met en contact avec une partie malade.

La cause la plus ordinaire est l'allaitement : ils dépendent quelquefois de baisers sur la mamelle.

Ils peuvent être des trois espèces. Cependant comme ils

ULCÈRES

ne sonl pas très-communs, je ne peux établir d’après un nombre suffisant de faits quelle est l’espèce la plus commune. Ceux que j’ai vus paraissaient se rapprocher de la deuxième espèce : néanmoins ils n’en ollraient pas tous les caractères , et ils tenaient en quelque sorte le milieu entre elle et la première.

Leur siège n’est pas sur le mamelon même : il est, ou à sa base entre lui cl l’aréole , ou sur l’aréole.

Leur forme est ronde , ou ovalaire et alongée.

ils sont uniques ou multiples : le plus souvent il n’y en a qu’un.

Leur grandeur est variable : s’il y en a plusieurs , ils sont moins grands : s il n’y en a qu’un , il est très-grand.

Leur mode de développement , leur marche , leur durée, sont les mêmes que ceux des autres chancres.

Leur diagnostic n’ offre aucune difficulté quand on a soin de s’éclairer de l’existence du bubon axillaire : sans cette

précaution, il peut être très-difficile. Car on pourrait prendre pour des chancres les gerçures du mamelon qui surviennent chez les femmes en couches, et qui chez quelques-unes les font tomber. J’ai eu plusieurs fois occasion d’observer des erreurs de diagnostic de ce genre. Le cas est surtout embarrassant , quand les gerçures se manifestent chez des femmes qui ont des symptômes syphilitiques primitifs. D’ailleurs les chancres desseins ne sont pas aussi fréquens qu’on l’a généralement cru , parce que , pour qu’un enfant donne du mal à une nourrice , il faut qu’il ait à la bouche des symptômes primitifs, ce qui arrive très-rarement. Je reviendrai sur ce sujet en traitant de la syphilis des enfans.

Le pronostic est le même que pour les chancres des autres parties.

IOO SYPHILIS PRIM1TIVF.

Chancres de la peau.

Les chancres de la peau peuvent avoir leur siège dans toutes lespartics du corps. Une condition est absolument nécessaire pour leur formation. 11 faut que l’épiderme soit en-

levé comme dans un vésicatoire, aliri que le virus syphilitique agisse sur la peau dénudée: ou il faut qu’il y ait une solution de continuité delà peau. C’est ainsi que l’on voit les accoucheurs être atteints de syphilis , lorsqu’ayant une écorchure au doigt , ils délivrent une femme infectée. J’ai connu à l’hôpital de la Charité de Paris, un élève interne, qui a gagné la syphilis de cette manière. La même chose arriverait si ayant une petite plaie ou ulcération au doigt, on touchait un individu infecté , ou si l’on se piquait en faisant une opération pour une affection syphilitique primitive. J’ai cité plus haut un fait très-curieux de contagion par la peau chez un jeune homme qu’une femme mordit parce qu’il ne voulait pas consommer avec elle l’acte vénérien.

Tout ce qu’il y a h dire sur les chancres de la peau doit se rapporter à ce que j’ai dit sur les chancres en général. Je n’entrerai dans aucun détail à leur égard; ils sont trop rares pour que j’aie pu faire des observations suivies. Ils sont accompagnés de l’engorgement des ganglions lymphatiques dans lesquels se rendent les vaisseaux de ce genre , qui appartiennent à la partie delà peau qui est malade, et cet engorgement persiste toujours après la cicatrisation.

Telles sont les observations pratiques que j’avais à donner sur les maladies syphilitiques primitives. Mes lecteurs y trouveront peut-être quelques longueurs ou quelques répétitions. Si je n’avais eu qu’à présenter sous une antre forme la des-

, ULCÈRES. lOI

cription de ces maladies faite par les autres praticiens et à y ajouter le fruit de mon expérience , pl est certain que j’aurais pu retrancher ou abréger plusieurs passages : mais il s’agissait de spécialiser exactement ces maladies et d’en décrire quelques caractères qui n’ont pas été indiqués et qui méritent toute l’attention du praticien. J’ai donc cru devoir insister un peu longuement sur ces points de pathologie. En outre , comme j’ai donné une description de ces maladies en général et que je l’ai fait suivre d’une description particulière, selon les parties affectées, je devais nécessairement répéter dans cette dernière ce que j’avais ditdans la première.

Les conclusions que l’on peut tirer de ce qui a été dit dans cette première partie sont les suivantes.

i° Il existe un virus syphilitique, c’est-à-dire un principe morbifique , qui n’est pas appréciable à nos sens, qui est contagieux , et qui se présente toujours sous forme liquide.

2° Son introduction dans l’économie animale s’annonce constamment et uniquement par deux symptômes qui peuvent paraître ensemble ou isolément et qui sont contagieux. Ce sont, 1 0 les inflammations de l’urètre et du vagin, et 2° les ulcères de l’organe cutané externe, et de la portion de cet organe qui fait l’union de l’organe cutané externe et de l’organe cutané interne, et que l’on rapporte communément aux membranes muqueuses.

3° Le signe pathognomonique qui fait distinguer ces inflammations et ces ulcères de ceux d’une autre nature , est le développement du bubon ou engorgement inflammatoire des ganglions lymphatiques, qui reçoivent les vaisseaux lymphatiques de la partie malade.

4° Le bubon a pour caractère spécial de ne pouvoir se résoudre complètement quelque moyen qu’on mette en usage , et le ganglion engorgé reste dur et renitent. Dans les cas de

SYPHILIS PRIMITIVE

suppuration , si le ganglion n’est pas détruit , il oiïre ces caractères; s’il est détruit on n’en trouve plus de traces , et il y a une cicatrice.

Les observations , que je pourrais rapporter h l’appui de ce que j’avance, devant être nécessairement placées dans la deuxième partie, je crois inutile de les donner ici.

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