‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 23 sur 98 · Maisons de force · texte numérisé non relu

Maisons de force

Ce que nous avons dit plus haut de Temprisonnement pour dettes se rapporte aussi à la réclusion dans les maisons de force, sauf quelques modifications sur lesquelles j'insisterai particulièrement.

Comme la punition est beaucoup plus forte, les médecins légistes rencontreront beaucoup plus d'essais de tromperies et de faraudes.

Dernièrement l'administration des prisons passa des mains de la justice à celles de la police.

La police locale, aussitôt l'arrêt lancé pour l'instruction criminelle, s'emparede la personne de l'inculpé, à moins qu'il ne soit trop visiblement incapable d'être transporté.

Le malade alors, soit réel, soit prétendu, arrive dans la prison où il trouve une infirmerie avec tous les secours médicaux désirables j et ce n'est que lorsque le médecin spécial de la prison le déclare incapable d'entrer dans l'établissement, que le médecin légiste est appelé.

Le médecin légiste doit considérer, dans ce cas, que la réclusion dans une maison de force est beaucoup plus dure que l'emprisonnement pour dettes : en effet, dans les maisons de force en Prusse, les prisonniers sont privés de lits, ils ont tout au plus des matelas de paille ou des couvertures de laine qui sont étalés sur les planchers, et encore ces lits sont enlevés le matin et l'on ne permet pas aux prisonniers de s'y reposer pendant la journée, ce qui serait quelquefois nécessaire pour les gens maladifs et faibles. De plus , les prisonniers sont obligés de travailler, selon leurs forces, et sont punis

(I) A Berlin, voici la nourriture des prisonniers pour dette/i : Le malin, un potage gras et 1/4 kilogramme de pain. Dîner : un litre de bouiUie delégumei (choux, navets, pois, etc.), 1/8^ kilogr. de pain. Souper : i/4 kilogr. de pain, du tel. Les dimanches, un potage au riz, 1/8^ kilogr. de viande de bœuf. Il est permit aux prisonniers de se nourrir mieux , à leurs frait ; les boissons alcooliques sont interdites.

s'ils n*ont pas fait leur tâche, tandis que les emprisonnés pour dettes peuvent disposer de leur personne à leur gré. Les reclus dans les maisons de force ont peu d'heures consacrées à la promenade; leur nourriture est très pauvre.

La viande ; est donnée très rarement, à quelques grandes fêtes de l'année. Ce régime est à peu près le même dans les aulres pays de ' ^ r Allemagne et du reste de l'Europe, excepté pour le pain, qui est meilleur en Anglelerre, en France et en Italie (1).

Hais il y a surtout deux points importants qui facilitent l'exploration du médecin légiste^ et qui manquent dans les cas d'emprisonnement pour dettes.

D'abord, on sait au juste le temps que doivent durer la privation de liberté et le travail forcé, ce qui n'existe pas dans l'emprisonnement pour dettes, où le prisonnier peut être mis en liberté aussitôt que le créancier y consentira.

Puis, la peine de la réclusion peut être adoucie selon les rapports du médecin, qui peut prescrire plus de récréation, un travail moins pénible, une nourriture plus substantielle, etc. Cependant ces faveurs ne doivent être ordonnées qu'avec une grande réserve.

Le médecin, pour répondre à la conûance de l'Etat et aux intérêts de la société, ne doit considérer aucunement l'état social de l'individu, même dans les cas rares où la personne à examiner pour l'em* prisonnement ou la réclusion se trouve appartenir u la haute société.

Dans ces circonstances, un jeune médecin légiste doit s'attendre aux mensonges les plus impudents, et quelquefois aux recommandations intéressées les plus embarrassantes, et ne doit pas craindre pour la santé de l'inculpé le passage subit et radical de la vie de salon à la vie de prison. L'expérience prouve que ce changement

(I) A Berlin, dans la grande maison de réclusion, les prisonniers onl tous les jours 625 grammes de pain de seigle. Le matin, soupe avec 40 grammes de farine d*orge ; à midi, un plat de légumes (haricot, choux, pois) i>esarit 1 87 grammes avec 16 grammes de graisse de porc ou de bœuf, 16 grammes de sel et l/i seticr de pommes de terre. Le soir, un potage de gruau ou de farine d'orge de 62 grammes. Quatre fois par an, aux grandes fêtes, 225 grammes de viande avec des os.

d*habilude n*a pas du tout été aussi funeste qu'on Tavait craint. J*ep ai pour ma part malheureusement beaucoup d*exemples.

Quant aux maladies simulées qui se rattachent à cette question , nous en parlerons plus loin. (Voyez aussi Des certificats de méde* cine légale y chap. III.)

2^ POSSIBILITÉ DE COMPARAtTRE A UNE AUDIENCE, OU DE RÉPONDRE A UNE

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