LÉSIONS ; 5*^ RAPPORTS SEXUELS ; 6*^ ÉTAT MENTAL ; 7*^ BUTS DIVERS
Les explorations médico-légales sur le vivant ont encore d'autres buts : il s'agit de constater les suites de coups et blessures ; Taccomplissement et les tentatives d'attentat à la pudeur; l'existence d'une grossesse, d'un accouchement ; l'aliénation mentale, etc.
Tous ces cas seront étudiés en détail plus loin, dans la partie spéciale. Héine en dehors de ces circonstances, on demande Tavis du médecin légiste dans beaucoup d'autres cas très différents, sans compter les questions d'hygiène et de police médicale qui sont aussi de son ressort. Pour terminer le tableau des faits qui se présentent au médecin légiste, je citerai quelques cas curieux qui ne peuvent se rattacher à aucune classe déterminée. Qui pourrait s'attendre, par exemple, à ces questions qui m'ont été posées depuis quelques années? Le passage, quatre fois répété, à Téquateur, peut-il être la cause d'une inflammation chronique et incurable des yeux? Du jambon, du saucisson et du lard peuvent-ils être considérés comme des agents de •ooUgioD du choléra ? Cette dernière question m'a été posée en 1940} dttu vue affaire d'héritage. Ces comestibles étaient restés trois jours
dans la chambre d*un charcutier mort du choléra; il s'agissait de déclarer s'ils pouvaient être vendus. Un homme qui a une côte cassée peut-il encore traîner une petite charrette pendant quelques jours?Une quantité considérable de beurre et de fromage détériorés, d'une valeur de plusieurs milliers d'écus, peut-elle être gâtée au point de ne pouvoir plus servir comme aliment? Est-il à supposer qu'il y a six mois, l'acheteur a acquis ces marchandises dans ce même état? Toutes ces questions m'ont été posées pendant le cours de ma longue carrière médico-légale. Comme il n'y a aucun point de vue général qui puisse guider dans leur solution, nous nous sommes décidé à laisser parler l'expérience elle-même et à en donner un court échantillon.
0b8. 8. — Un homme avec detuc doigts de pied estropiés peut^ faire quatre lieues
sans s* arrêter ?
Cette affaire était très grave. Un homme appartenant à la plus haute société était accusé, dans une affiaire de divorce, des impudicités les plus honteuses, et était tous le coup d'une punition très forte. Un domestique avait, disait-on, été témoin de l'attentat, et son témoignage était de la plus haute importance. Le défenseur disait que ce domestique avait les pieds tellement estropiés, qu'il n'était pas en état ff de parcourir sans interruption l'espace de quatre lieues, o Et dans le cas où cette impossibilité aurait été reconnue, les circonstances démontraient qu'il n'avait pu être témoin de l'attentat commis par X... La question m'a donc été posée, et j'y ai répondu ainsi qu'il suit : « N... a perdu par la gelée, il y a nombre d'années, les deux premières phalanges de deux doigts à chaque pied ; de plus N... se plaint de douleurs qui se font sentir de temps en temps aux pieds. Il est évident que par là N... a perdu un grand soutien pour la marche ; ajoutez à cela une maladie des ongles assez fréquente, une exubérance anormale entourant le doigt et se courbant en bas. Dans une chambre parquetée N. . . peut marcher sans soutien, comme je m'en suis assuré. Mais il est impossible d'admettre qu'avec des pieds mutilés de cette manière, sur un terrain inégal (c'était à la campagne), glissant, boueux, argileux, pierreux, ou sableux, qui rend la marche difficile, N... ait pu parcourir l'espace de quatre lieues sans se reposer souvent. »
Obs. 9. — iN'... iV... est-Ujuif?
Un jeune homme, qui paraissait appartenir à la classe instruite, se trouvait sur le banc des accusés, à cause de parjure. En prêtant serment, il s'était d'abord déclaré protestant, et l'on savait aussi qu'il avait reçu la communion ; pour diminuer la gravité de sa faute, il disait maintenant qu'il était juif, et que par conséquent U ne pouvait avoir violé un serment chrétien.
Cette déclaration inattendue fit interrompre Taudience, et mon expertise fut requise par le télégraphe. Je trouvai N... N... circoncis selon les règles de Tart; je déclarai que des chrétiens pouvaient être circoncis, et que c'était même nécessaire dans certaines maladies qu'il serait trop long d*énumérer ici, mais qu*il n'y avait aucune cicatrice de chancres, ni aucun autre signe qui pôt faire croire à une opération chirurgicale faite dans un âge avancé.
De plus, certains peuples de l'Orient, sans être juifs, se soumettent à la circoncision.
Il n'était pas de ma compétence de faire remarquer que si N... était né juif, ce n'était pas une raison pour qu'il le fût encore au moment de sa faute.
Obs. iO. — Cent six visites médicales étaient-elles nécessaires pour le traitement
(f tifie pneumonie?
Voici un ca8,'comme malheureusement il s'en rencontre trop souvent et qui sont très difficiles à juger pour le médecin légiste. Je le rapporte comme exemple.
Telle était la question posée : « Un dixième des visites faites par le docteur W, ,. aurait-il été suffisant pour la guérison delà maladie deM«.., et pouvait-on se passer de médicaments? »
Le cordonnier M... était le plaignant. U avait été, le 21 septembre, renversé par un cheval de calèche et avait été blessé, mais vingt minutes après il pouvait marcher dans sa maison.
Les 21 et 22 septembre, le docteur W... fût appelé, et trouva M... souffrant d'une « commotion de la poitrine qui avait donné lieu à une pleurésie et à une pneu* monie. » Le docteur avait fait au malade :
En septembre 10 visites
En octobre 31 —
En novembre 25 —
En décembre 24 »
En janvier S —
En février 5 —
En mars 3 —
106 visites et il réclama la somme de 35 thalers 30 gros (132 francs 75 cent.). Je dis dans mon rapport : « Le docteur W... a commencé ses visites le 21 septembre et en a fait une chaque jour ; il est très extraordinaire, d'après les ordonnances du médecin et le compte du pharmacien, que la première ordonnance n'ait été faite que le 27 septembre, sept jours après l'accident. Cette première ordonnance prescrit vingtdeux sangsues et deux applications de ventouses ; en supposant que ce traitement ait été appliqué pendant le courant des sept premiers jours, ce que rien ne constate, il est étonnant que le médecin n'ait fait prendre jusque-là aucun médicament à l'intérieur ; car on sait que l'inflammation des poumons et de la plèvre est une maladie grave qui réclame un traitement antiphlogistique énergique, et l'auscultation faite maintenant (onze mois après l'accident) montre les poumons intacts, sauf une très
petite place imperméable à la base du poumon gauche, ce qui est tout à fait iasignifiant.
M Le premier remède antiphlogistique prescrit est très peu énergique, c*est une mixture peu efllcaoe qui indiquerait une maladie légère (tartre stibié, i grain ; ammoniaque hydrochlorée, 1 drachme ; ammoniaque anisée, i scrupule ; le tout avec 5 onces d*eau). Cette mixture devait être prise en dix ou onze heures.
r Puis jusqu'au 30 septembre (trois ou quatre jours plus tard), aucun médicament intérieur. Le 30, un purgatif qui doit être pris en douze heures ; puis le malade reste onze jours sans médicaments.
» Car c'est le i 1 octobre, vingt et un jours après l'accident, et après vingt et une visites, que le médecin prescrit une potion réfrigérante légèrement purgative (nitrum, 1 drachme; tartre stibié, i grain, sur 6 onces d'eau; ) qui devait être prise en trois fois.
» Puis six jours sans médicament, après lesquels on ordonne un soi-disant thé pour la poitrine; deux jours plus tard un émétique. Puis une semaine sans médicament intérieur. Le 28 octobre, vingt-cinq bouteilles d'eau minérale {OberscUxbruH' nen) (1), et une mixture se composant de tartre stibié, digitale^ ammoniaque hydrochlorée, ammonium anisé ; puis d'autres médicaments contenant du soufre doré d'antimoine et du calomel. Ces derniers médicaments font croire à l'existence d'une affection de poitrine inflammatoire (calomel, 2 grains; soufre doré, 1 quart grain, toutes les deux heures). On trouve encore une mixture fortifiante le 21 novembre; un onguent résorbant trois fois ordonné le 17 décembre, et des poudres deux fois ordonnées, contenant 1 douzième de grain de morphium, le
27 décembre, mais dont l'usage spécial n'est pas noté.
u D'après cet exposé des médicaments, il n'est pas possible de se faire une idée exacte de la nature et du cours de la maladie. L'expérience médicale prouve seulement qu'une maladie inflammatoire des poumons et de la plèvre traitée, comme ici, tantôt positivement, tantôt négativement, n'a pas ordinairement une issue aussi favorable. Parmi toutes les ordonnances, il n'y en a qu'une seule très énergique, celle qui ordonne les poudres de calomel, le 28 octobre ; on pourrait aussi compter à la rigueur l'infusion de digitale du même jour. Jusque-là le docteur W... n'avait cru nécessaire que des médicaments très peu eflîcaces, et pourtant il avait vu pendant vingt-huit jours le malade tous les jours. Pendant les mois de novembre et décembre, le docteur W... a fait quarante-neuf visites ; on trouve seulement, le 21 novembre, le médicament fortifiant, et rien au mois de décembre en fait de médicament interne. Il est à supposer qu'au mois de novembre le malade a bu l'eau minérale ordonnée.
s D'après ce qui précède, je dois déclarer que la maladie du plaignant n'a pas été une inflammation réelle des poumons et de la plèvre, et n'a pas nécessité dea visites médicales pendant près de six mois (106 visites).
» Je ne puis pas dire, d'un autre côté, qu'il n'aurait fallu « aucun médicament » pour la guérison du malade, mais il est impossible de fixer au juste le nombre de yiiites médicales nécessairei. »
(I) Cm nfiomsm^it m 4|lMMfiM pnortei dMioas duoniquM de la poitriiM.
{Note 4<tt tradutUur.)
EXPERTISES MËPICOaiSGÀLES. 27
Obs. il. — Du mercure versé dans V oreille esl-il un poison ?
Une fille-mère, ne pouvant subvenir à Texiftence de son enfant de cinq mois, avait résolu de l'empoisonner. Elle avait entendu dire que le mercure est un poison, et avait acheté pour dix ceQtioi9« à.p mereure vif qii'^ fivait versé dans la bouche de l'enfant, le 13 mars.
L'enfant, jusqu'alors, dit-on, bien )[>ortant, tomba malade dans la nuit suivante, fut agité, se jeta de côté et d'autre dans son lit, et le lendemain la diarrhée se montra.
Le médecin qui le traita trouva beaucoup de mercure dans les fèces. Croyant à une affection catarrhale, il médicamenta en conséquence. En explorant l'enfent quatorze jours plus tard, je le trouvai complètement guéri ; il avait seulement un écoulement de l'oreille droite, résultant évidemment d'un catarrhe sans affection du tympan.
Les parents nourriciers chez lesquels vivait l'enftint prétendaient que cet écoulement était aussi le résultat du contact du mercure introduit dans l'oreille, et disaient avoir vu couler des globules de mercure.
Je déclarai d'abord que le mercure vif n*est pas un poison, qu'il le devient seulement par des combinaisons, qu'il est donné par tous les médecins, sans inconvénients, dans certaines maladies ; aussi la vente n'en est-elle pas défendue aux phamiaciens comme celle des poisons. De plus, il est certain qu'une petite quan* tité de mercure introduite dans l'oreille sortirait tout de suite par les mouvements de la tète ; l'accusée dit en avoir versé dans la bouche, mais le nie pour l'oreille, et le médecin traitant n'en a pas trouvé.
Si les parents nourriciers en ont vu, eela tient peut-être à ce que le mercure versé dans le lit a pu s'introduire par hasard dans l'oreille. Dans tous les cas, on ne peut admettre que l'écoulement ait été provoqué par cette petite quantité de mercure, son origine est très vraisemblablement catarrhale ou serofuleuse.
Quant au mercure versé dass la bouobe, il n'y qp ^v^it que 40 grains, tandis que nous au^es médecins hqus en emp(oyon« ))ien plus t\ avçp siiççès. D'après cq qui précède, je conclus :
1® Le mercure vif n'est pas un poison.
t* La quantité qui a été donnée pouvait être prise saiik aueiui danger pour les organes intérieurs,
3° D'après les circonstances, il n'est pas à présumer que du mercure ait été versé dans l'oreille, et, quand cela aurait eu lieu, il n'y avait aucun danger pour la vie el 11 santé.
4* L'écoul#B|oot actuel de l'oreiUo oo «9 rapport^ apcunomf nt au ip^rcurt dopp^ intérieureiiaent ou extérieurement.
La ftmme a été acquittée.