‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 34 sur 98 · APTITUDE A LA REPRODUCTION. — ÉPISPADIAS. 5S · texte numérisé non relu

APTITUDE A LA REPRODUCTION. — ÉPISPADIAS. 5S

gulaire, et restait fendu tout le long du pénis. A peu près h une ligne derrière la couronne du gland, on voyait dans la fente de l'urèthre deux petites ouvertures elliptiques, qui pouvaient contenir un che* veu. Une troisième ouverture semblable se trouvait dans la même fente, à deux lignes de Touverture de Turèthre. L'enfant de cette jeune fille était très curieux. II était venu à terme et sain, ses or* g ânes sexuels étaient presque identiques avec ceux de Johanna JT... Le scrotum était également divisé en deux sacs, dont chacun laissait sentir un testicule. A la place du clitoris se trouvait un gland imperforé, non couvert d'un prépuce. La fente, couverte d'une peau rouge, était oussi profonde que le diamètre des deux s^cs, et à la place où ceux-ci se réunissaient se trouvait des deui^ côtés une excroissance oblungue, rouge, spongieuse, qu'on pou* vait prendre pour des nymphes. L'urèthre aboutissait à la racine du pénis rudimentaire, après avoir passé le ligament triangulaire, et avait le diamètre de la vulve d'une fllle qui vient de naître, mais sans hymen. Le bassin était étroit, les hanches peu larges.

M. Traxel eut raison de dire que Johanna K... était un homme et le père de l'enfant. 11 expliqua la possibilité de la fécondation de deux manières : ou bien les trois ouvertures décrites plus haut étaient les ouvertures du canal déférent; ou plus probablement le canal fendu a été fermé pendant le coït par la paroi postérieure de la vulve, de manière que le sperme éjaculé a pu parvenir jusqu'à l'orifice do l'utérus.

Je ne connais pas d'exemple d'une fécondation efTectuée par un épispade. Répétons que l'épispadias est très rare , et ne s'est presque jamais trouvé sans autre anomalie congénitale des organes génitaux.

D'après l'état actuel de la science et les résultats de l'expérience, nous admettons, pour ce qui concerne l'aptitude à la fécondation des hypospades et des épispades, l'axiome suivant :

Vhypospadias ou Vépispadias isolés^ sans autre anomalie des organes génitaux, ne peuvent pas par eux seuls' donner une raison suffisante pour admettre Vinaplituite à la fécondation, à moins

qu'on ne fuisse prouver que dans un cas donné il y a impossibUité fie faire parvenir dans h canal vaginal mime une petite quantité de sperme : par exemple, si Turèthre s'ouvre perpendiculairement ilans le périnée.

HERXAPRRODISXC.

LiciftLATiOM. *« Allg. Landrecht,, lit. I, thl. i, $ 19. — Si un enfant naît hermaphrodite, les parents décident à quel sexe ils veulent que l'enfant appartienne.

Jbid.^ § 20. — ' A l'âge de dix*huit ans révolus, l'hermaphrodite a le droit de choi« sir lui-môme son sexe.

/6M., S SI . -* D'après ce choix, ses droits sont flxés à l'avenir.

fbidft § 22. — Si les droits d'un tiers dépendent du sexe d'un prétendu herma<* phrodite, celui-là peut réclamer l'examen d'un expert.

/Md., I 23» — Le résultat de l'examen de l'expert décide aussi bien contre le choix de Thermaphrodite que contre le choix des parents.

Les hermaphrodites vrais sont ceux qui ont les organes et les fonctions doubles. Les assertions erronées des auteurs anciens s'expliquent par l'état de la science à cette époque, et même aujourd'hui les anatomo-^pathologistes ne sont pas d'accord sur toutes les questions qui SB rapportent à l'hermaphrodisme de l'homme, ni sur la classification des hermaphrodites. Fœrster, Berthold et autres admettent un herma* phrodismus transversalis^ dans lequel les parties internes des or< ganes génitaux appartiennent a l'un des deux sexes, et les parties médianes et extérieures à l'autre, cas dans lesquels Yalentin n'aperçoit qu'une anomalie dans la forme. Bergmann dit dans un mémoire, du reste excellent (1), que ce qui constitue un hermaphrodite apte à une fonction double, c'est l'existence simultanée des testicules, canaux déférents, vésicules séminales, pénis apte au coït, et d'un utérus avec trompes, canal et vagin réunis dans le même individu. Mais Tauteur ajoute qu'une telle disposition <l ne peut se rencontrer peut-ôtre qu'une seule fois parmi des millions d'hommes s. On voit de quelle valeur est ce jugement pour la médecine légale. En général, la médecine légale, dans cette question aussi, a son point de vue particulier, et elle abandonnera ù l'anatomie pathologique les questions

(1) R. Wagner, Uandwôrlerbuch der Physiologie y III, p. 127, 131.

APTITUDE K LA RBFiODVGflON, •^HCRHAPHRODISICE, 66

coAeernani la physiologie et la morphologie de rhermaphroAigine. ISUe a à résoudre les caraolirea diagnostiques du seie pour la question de mariage, la puissance de certains pseudo-hermaphrodites. Elle doit admettre la présence simultanée, observée asseï souvent, des organes génitaux des deux sexes, dans le même individui pénis rudimentaire et utérus, testicules et ovaires (1).

L'expérience démontre que presque toujours, dans ces cas, le sexe mâle prédomine, et qu'on a appelé à tort c hermaphrodites fémi* oins », des femmes plus ou moins normalement formées, chei les<quelles un clitoris très grand ressemblait beaucoup à un pénis ; oe qui du reste n'a été observé que très rarement.

Les cas qui se présentent au médecin légiste se rapportent à des hommes vivants. Il s'agit de savoir ici, outre ce que nous avons dit plus haut sur l'hypospadias et l'épispadias, s'il existe des testicules dans le scrotum anormal* Cet organe, comme nous Tavons vu nous -même, peut ressembler à de grandes lèvres, lorsqu'il est retiré et que le raphé s'enfonce en col-de-sao. Il peut y avoir aussi cryptorohidie; il s'agit alors devoir si Ton trouve Texlstence d'une matrice, et, dans tous les cas, si la conformation des organes géni* taux est en rapport avec le type sexuel général. Chei les sujets avancés en Age, il but remarquer que l'aspect extérieur général peut tromper. Car on sait que les femmes Agées, dont les fonctions sexuelles ont cessé depuis longtemps, offrent souvent un extérieur mêle; ce quej*ai vu surtout chez les femmes qui avaient été tongtemps retenues dans

(1) Siebenbaar, Eticyclopëdischn Hatidbuchdûr gerichmchçn Ar^n^kundpt II « p. 880. — Maret, dans Mahon, Médecine légale^ I, p. 100« — Des cas nouveaux de Berlhold, Ahhanàlungen der Gœttinger SocieUt^ 184S. — Barkon, dans mon Wochenschriftt 1845, n* 23. -«-1^6 cas que M. Mayera Mteonnattre avec autopsie et planches da fameux Charles Durrgô (îM., 1 835, p. 800).— Testicule avec canal déférent et utérus avec trompe (préparation dans la collection de Wurzbourg), dans Kiwisch, Leçons craies, II, 3* édition (Prague, 1857, p. 393).— Des cas « d'hermaphrodites féminins n oi«dessus oités sont excessivement rares. Vn clitoris péniforme (voyei Parent*Duchâtelet, ProtlHution dant la ville de Parié) n'a été observé que trois fois parmi des milliers de flUes publiques à Paris, La description d'un tel cas guéri par une opération se trouve dans un petit mémoire de E. Malvani, Rendiconto délie ammalale ricwerale «aT ospiMio ceUico, etc. Turin, 1839, »

des prisons ou maisons de fous. Les seins ont disparu, les poils se montrent autour des4èvres et du menton ; la voix devient rauque, mêle; et on les prendrait pour des hommes, surtout quand on les voit pu lit, couvertes jusqu'au cou. Des observations analogues sont rap* portées par les physiologistes pour les animaux.

Il faut donc diriger surtout son attention sur les points suivants : barbe plus ou moins abondante; disposition des poils sur la région pubienne, savoir : chez les hommes , en triangle d*une couche très mince jusqu'à l'ombilic ; chez les femmes, dans un cercle sur le mont de Vénus; proéminence du larynx, voix mâle ou féminine; présence ou absence de seins; forme du bassin, extérieur général; existence de sperme (par des pollutions qui peuvent être constatées au moyen d'un examen microscopique sur le linge, etc.), ou bien des traces de menstruation. L'inclination sexuelle de l'individu n'a pas une grande valeur, puisqu'un hermaphrodisme corporel entraîne 80u« vent un hermaphrodisme pour ainsi dire moral ches un individu qui ne se sent lui-même ni complètement homme, ni complètement femme. Ifarie-Rosine Gôttlich, évidemment homme, mais avec des organes génitaux extérieurs réellement hermaphrodites, que nous avons souveut examinés, s'était toujours livrée comme femme (1).

Il appartient au domaine de la physiologie de démontrer comment la nature opère elle-même des transitions dans la formation de chaque sexe : comment il y a, d'un côté, des hommes qui, par le moral, sont femmes et des femmes qui sont hommes; d'un autre c6té, des transitions physiques : des hommes sans barbe, avec des hanches proéminentes, comme celles qu'on remarque dans le sexe féminin ; des femmes avec des seins atrophiés et de la barbe en abondance, etc. Ici il s'agit seulement de la conformation sexuelle douteuse.

Les classifications admises depuis longtemps dans la science sous les dénominations fCandrogyni ou hermaphrodites mâles, et gynandri ou hermaphrodites femelles, sont à rejeter, parce qu'elles ne sont pas basées sur des faits scientifiques. Du reste, les anciens ont employé le mot androgyni dans un tout autre sens.

(i) Voyea la description et la ftfure, dans ma Wochenschrifl, 1833, I, no 3.

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