APTITUDE A LA REPRODUCTION. — FÉCONDATION
S'il s'agissait, dans un cas donné, de constater un sexe douteux, le diagnostic ne serait facilité par aucune olàssiftcation systématique, du moins par une classification aussi superficielle que celle dont nous venons de parler ; car ce diagnostic doit se baser plutôt sur les dispositions individuelles du cas particulier, autant qu'il est possible de les explorer sur le vivant. Des recherches de ce genre peuvent se faire et ont été faites, pour décider des questions d'apti-< tude au mariage dans les deux sexes, ou d'aptitude à remplir une fonction d'homme (place dans une chambre de pairs, par exemple), ou, comme cela est arrivé en Amérique, d'aptitude à exercer les droits civiques, etc.
Le médecin légiste aura à décider, dans ces cas, si l'on doit regarder l'individu comme homme ou comme femme ; il aura à baser ion jugement sur les critériums ci-dessus développés. Il est vrai que, dans aucune question, une erreur n'est plus facilement excusable, attendu que le médecin ne peut profiter pour son expertise que des signes sensibles et non de tous les signes anatomiques. Charles Durrgé, ci-devant Marie Derrier, avait une collection de certificats des anatomistes et médecins célèbres de son temps, qui le déclaraient tantôt homme, tantôt femme.
$ 4. — Aptitade de l*bomnie à la fécondai ion.
Il est évident que toutes les circonstances énumérées dans le paragraphe précédent, et qui s'opposent au coït, s'opposent également à la fécondation ; mais la réciproque n'est pas vraie : car, dans la plupart des cas d'impuissance, même dans les mariages de longue durée, le coït a été souvent accompli sans aucun obstacle. Il est très singulier, d'après ce que j'ai observé dans ma pratique, que les juges ne prennent pas en considération cette grande différence dans les cas d'aptitude douteuse à la reproduction, surtout dans les cas de recherche de la paternité. Les juges demandent ordinairement à l'expert : « Tel homme est- il capable d'accomplir le coït? > Comme si la possibilité de la reproduction devait être admise par le fait seul de
la possibilité reconnue du coït. Dans les cas de ce genre, il est du devoir du médecin lé^fiste d'instruire les juges et de leur faire entendre qu'il peut y avoir des empêchements à la féconditi du coït,
L*aptitude à la fécondation chei Thomme suppose d*abord Teils* tance de testicules. L'état de duplicité est un luxe de la nature (1); car j*ai observé souvent des enfants (mftles et femelles, bien entendu) qui avaient pour pères des hommes n'ayant qu'un testicule (monorchides). La situation des testicules dans les bourses n*est pas une condition indispensable, pas plus que la duplicité. Sixte V déclarait en 1587, dans une lettre à son nonce en Espagne, probablement sans avoir consulté les hommes de science, c qu'il devait être dé* fendu de se marier à tout homme qui ne présenterait pas des testicules visibles. » Et encore, en 1605, le parlement de Paris observait cette disposition canonique qui atteignait très injustement bon nombre de personnes; car très souvent on ne voit pas les testicules, mais on peut les sentir très nettement près de Tanneau, et même on peut ne pas les sentir lorsqu'ils sont restés à leur place primitive dans l'abdomen (cryptorchides, testicondes).
Dans ces deux circonstances, la fécondation peut très bien avoir lieu, On trouve en effet des cryptorchides très fficonds (2), et il n'y a aucune raison physiologique qui donne le droit d'en douter (3).
Dans les cas de ce genre, certainement les plus rares, la cryptorchidie ne pouvant être prouvée sur le vivant, il faut examiner avec d'autant plus de soin tous les autres caractères de la virilité.
Une de ces subtilités vaines dont la médecine légale ancienne était autrefois si riche, fut celle-ci : Un homme châtré des deux testicules peut-il encore féconder peu de temps après la castration? Toutes .
(1) Quant aux observations de plus de deux testicules, décrites par les anciens, elles sont, d'après Furstcr, complètement inexactes {Handbuch der pathoîogischen AncUomie, Leipzig, 185i, p. 249).
(2) Un criminel qui avait vécu dans le plus grand HberUnage, a été disséqué apr^s avoir été guillotiné, et Ton a trouvé qu'il était cryptorchide. (Mabon, loc. cit., P< 57.)
(3) E. Godard [Recherches sur les monorchides et les cryptorchides ches l'homme, Paris, 1856) base ses doutes sur la difficulté de s'en rapporter ù la fldélité des iBDiinêt.
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les législations, depuis celle des Romains, fixent un terme pour la paternité, sans faire d'exception pour les chAlrés. Ainsi un châtré qui accomplirait Pacte du coït peu de temps après l'opération, et dont la femme se déclarerait enceinte, si la naissance avait lieu dans le terme légal, serait regardé comme père, sans expertise du médecin : celte question n'est donc pas à prendre en considération ; cependant il est vrai que Ton ne peut nier qu*un châtré ne devient pas impuissant instantanément. Pierre Frank rapporte les observations de quatre chanteurs châtrés qui faisaient tant d'excès avec les femmes dans une petite ville d'Italie, q^u'on fut obligé de les chasser, A. Cooper (i) connut pendant vingt-neuf ans un homme qu'il avait châtré des deux testicules. Les premiers douze mois après l'opéra* tion, cet homme avait, disait-il, en satisfaisant le besoin sexuel, des éjaculations, ou du moins en éprouvait la sensation. Plus tard il eut des érections rares, mais ne sentit plus d'éjaculations. Après deux ans, les érections devinrent encore plus rares et incomplètes, et cessaient dès qu'il voulait accomplir le coït. Dix ans après l'opération, il disait à Cooper qu'il avait accompli le coït une fois pendant l'an* née précédente ; vingt-huit ans après, il disait qu'il n'avait eu que des érections fort rares et incomplètes depuis des années; qu'il avait tenté le coït sans succès, et qu'il n'avait eu que rarement des songes voluptueux, mais sans 'éjaculation.
Un exemple encore plus frappant est celui présenté par M. Krahmer (2). Un jeune homme de vingt-deux ans s'enleva les deux testicules et l'épididyme. Dans la nuit du onzième au douzième jour, il eut une pollution, mais depuis (dix-huit ans après) les fonctions génitales cessèrent tout à fait.
Il est certain qu'un homme récemment châtré est encore apte au coït, et peut féconder au premier coït avec le sperme qui se trouve encore dans les vésicules. Mais si Ton considère la longueur de la maladie que doit supporter le châtré après l'opération, la diëte, etc., on ne se trompera pas en admettant que dans les pre-
(i) Fcrmatkm et maladies des testicules. Weimar, 1852, p. 21. (i) Hemdlfuchder gerichtlkhen Medicin. Halle, 1851, p. 276.
mières semaines il ne sera que très difficilement porté à la Tonclion génitale, et que très vraisemblablement, comme dans le cas ci-dessus cité, la nature fera éjaculer spontanément le sperme superflu. Ajoutez que dans la grande majorité des cas, une castration suppose une maladie des testicules de longue date, qui a dû rendre depuis longtemps ces organes inaptes à Taccomplissement de leurs fonctions.
Toutes ces raisons et tous ces faits donnent le droit d'admettre que la question de la fécondité des châtrés na pas la moindre valeur pour la pratique.
L'existence des testicules est donc une condition nécessaire pour la fécondité, par la seule raison qu'ils sont physiologiquement Torgane de sécrétion du sperme. Ils ne fonctionnent cependant pas, comme tout le monde sait, dans toutes les circonstances et à tous les Ages: dans les états pathologiques, par exemple, carcinome, atrophie, cystosarcome, tuberculose, enchondromei ainsi que dans lei maladies des vésicules séminales, inflammation chronique avec hypertrophie et suppuration des parois, tuberculose, carcinome, il y a empêchement physiologique.
L'âge auquel on est inapte à la fécondation est beaucoup plus difficile à déterminer, et se présente plus fréquemment comme question en litige. Il est certain que l'aptitude sfu coït commence plus tôt et finit plus tard que la faculté de féconder, quoique ordinairement on ne fasse pas de difl'érence dans cette question, et que Ton ne parle en général que de virilité. Le Romain P. Zacchins {Quœst.^
p. 267) fixe à douze ans l'aptitude au coït, et à quinze ans la faculté de fécondation ; il met la fin de l'aptitude au coït à soixante et dix ans. Pour notre climat du Nord, ces limites doivent être reculées : l'aptitude des jeunes gens pour le coït ne se manifeste qu'à partir de la treizième année; l'aptitude à la fécondation n'existe guère que de la quinzième à la seizième année, et l'on ne peut soutenir que la faculté de se livrer au coït cesse à soixante et dix ans. Nous attachons ici peu de valeur aux cas nombreux de paternités insolites, précoces ou tardives, qui supposent pères des hommes de douze ans, ou de quatre-
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vingt-seize, cent, cent quinze, cent dix-huit ans (1), parce que ces cas ne résistent pas à une critique sérieuse. Un fait qui a plus d'importance est celui rapporté par Duplay : Sur trente-sept sujets parmi cinquante et un vieillards, dont neuf avaient passé quatre-vingts ans, on trouva du sperme avec des spermatozoïdes (2). Moi-même j'en ai observé plusieurs fois, comme on le verra plus loin, chez des hommes près de leur soixante et dixième année ; je citerai même un cas de présence de spermatozoïdes dans la quatre-vingt-seizième année. Mais dans un cas particulier où celte question est soulevée (obs. 22 à 2A), la difliculté provenant de l'indécision, quant à l'âge apte à la fécondation, sera diminuée par les conditions individuelles. Il est reconnu qu'une vie sédentaire et trop douce, l'excitation de l'imagination, une nourriture trop succulente et excitante, etc., favorisei^t et accélèrent le développement des fonctions génitales, tandis que les influences contraires le retardent. Une maladie corporelle, une grande faiblesse, des excès vénériens, etc., usent la puissance, tandis que les conditions contraires la conservent. Il faut donc regarder de près toutes ces circonstances, en prenant en considération l'agent principal, l'âge. Le médecin légiste se verra assez souvent forcé de déclarer que scientifiquement des garçons encore enfants, ou des vieillards, sont dans la possibilité de féconder là où les apparences semblent parler contre la paternité en question.
Dans deux cas il nous fallut admettre comme possible Taptitudo à la reproduction de deux jeunes gens dont l'un avait treize ans et dix mois, Tautre quatorze ans et deux mois, par la raison que tous les deux avaient des organes génitaux ayant acquis un développement complet extraordinairement précoce, quoique dans les deux cas les deux femmes plaignantes fussent notoirement publiques (voy. obs. 22). L'observation 2A, concernant un vieillard de soixante et quatorze ans accusé d'avoir rendu une femme enceinte, est à peu près analogue.
(1) Une coUection de citations, dans Siebenhaar, loc, ci7., p. 609.
(2) Yalentin, Grundriss dor Physiologie, 4« édit., 1865, p. 802.
5 5« -^ Aptitude de la femme à 1a ooneeption. » Stérilité.
Il est plus Tacile, chez )a femme que chez Tliomme, de Gxer les limites d*âge entre lesquelles la reproduction est possible: ces limites sont déterminées par le commencement et la fin de la menstruation. Mais l'aptitude au coït ne cesse pour ainsi dire jamais. Dans notre climat du Nord, la fécondité des femmes commence entre la treizième et la quinzième année, et finit entre la cinquantième et la cinquantedeuxième année. Dunlop, le traducteur anglais du traité de Beck (1), a vu au Bengale c une mère qui n'avait que douze ans >, et assure avoir vu des exemples du même genre parmi les filles qui vivent au milieu de l'atmosphère très chaude des manufactures de Manchester et de Glasgow, et dans les conditions les plus malheureusement propices au dérèglement des mœurs. Mais je ne puis croire aux exemples cités par Siebenhaar {loc. cit.) y de femmes fécondes à soixante et soixante et dix ans, ni i\ ceux cités par M. Dcvergie {Médecine légale ^ t. I, page A36). l\ raconte « l'histoire d'un homme dont on contestait le droit d'héritage en lui opposant l'impossibilité que sa bisaïeule fût accouchée de sa mère ù l'âge de cinquante-huit ans ]D. Il eut recours à la décision de l'Académie, qui se prononça en sa faveur. Les faits suivants, extraits des Annales de médecine, furent exhibés comme preuve de la possibilité du fait : Cornélie, de la famille des Scipions, accoucha à l'âge de soixante ans. Marsa, médecin de Venise, commit une méprise en matière de grossesse sur une femme de soixante ans, ^u'il regarda comme affectée d'une hydropisie. Delamotte cite le cas d'une fille de cinquante et un ans qui n'avait jamais voulu se marier, dans la crainte d'avoir des enfants, et qui devint grosse à cet âge avancé. Capurou déclare comme certain (sic) qu'une femme demeurant à Paris, rue de la Harpe, accoucha à soixante-trois ans d'un enfant qu'elle nourrit. j>
Ce ne sont pas là des observations scientifiques; pour mériter quelque croyance, il faudraitqu'ellesfussent accompagnées de détails bien précis.
(i) Mlemenls o(med> jurispr, London, 1825, p. 83, noies.
APTITUDE A LA WEPRODtJCTIOÏt. — CONCEPTION. 6 S
Comme nous l*avons dit plus haut, nous sommes souvent consulté par les tribunaux pour déterminer s'il est possible à deux époux désignés de donner naissance à des enfants.
Quand ce sont deà femmes qui approchent de cinquante ans, qui ne sont plus réglées depuis longtemps, qui portent des traces de décrépitude, des rides nombreuses, des seins flasques plus ou moins fondus, qui ont les cuisses maigres, on pourra déclarer avec vraisemblance que de telles femmes sont désormais stériles. Je ne pourrais pas dire quelles conséquences pourrait avoir pour le médecin une erreur dans un cas pareil ; mais dans ma longue car« rière, je puis affirmer qu*il ne m'esl jamais rien arrivé de désagréable à ce sujet.
J'ai parlé de la cessation des règles. Il est bien entendu que les anomalies de la menstruation, telles que la non-existence des catamènes, la cessation longtemps avant Tâge critique, Tirrégularité, les changements dans la quantité ou la qualité du sang, ne peuvent jamais être admises comme des causes de stérilité; car ces anomalies sont explicables physiologiquement, et Ton a trouvé bon nombre de cas indubitables de grossesse dans toutes ces circonstances (1). En effet, ce n*est pas la perte de sang qui est le caractère essentiel de la menstruation dans cette époque de a rut féminin ^ ; c'est révolution des vésicules de Graaf, la maturité et le détachement périodique des œufs, et ce fait est ordinairement suivi d*une perte de sang de Tutérus ; car c'est bien l'utérus qui est la source de l'hémorrhagie menstruelle. On cite souvent l'autopsie faite par Mauriceau, qui trouva les parois de l'utérus laissant suinter du sang chez une femme morte pendant l'époque de Isa menstruation. Je pourrais y ajouter les nombreux
(ï) Voyez, p6r exemple, l'annotation de Kœmer au § 49i du Sysième de Mëtxgér. — Nong iardini, dans Harles tind Bittfer, Journal der auslandischen Liueralurf vol. II. — Meckel* Archiv fur Vhjfsiologie^ vol. IV et VIH. — Flechner, dans OfCslerreichische med. Jahrbucher, vol. \XX, pièce 4. Moi-môme j'ai vu une paysanne de trente-deux ans, forte cl bien portante, qui avait donne naissance à trois enfants sans jamais avoir été réglée* Le cas n'était pas judiciaire, ptr conséqiieni ii n'y avait pts de «eafisfe à craiadre.
exemples de mes autopsies légales de femmes mortes subitement pendant leur menstruation, et chez lesquelles j*ai toujours trouvé Tutérus pour ainsi dire suant du sang.
En pesant toutes les considérations qui précèdent, je puis dire qu'une femme est stérile :
l*' S*il y a absence complèle des organes génitaux extérieurs ou intérieurs. L*absence complèle du vagin est aussi rare que l'absence complète de Tutérus, et est toujours liée à d'autres anomalies (1).
T Si les organes génitaux ne peuvent exercer leurs fonctions à cause d'affeclions morbides. Cependant toutes les maladies de Tutérus et des ovaires n'excluent pas absolument la possibilité de la conception : le squirrhe, les polypes de l'utérus, sont dans ce cas, mais la dégénérescence liyperlropliique ou atrophique du tissu de la matrice ou des ovaires constitue un cas de stérilité.
3*" Si le sperme ne peut parvenir jusqu'aux ovaires. Ici sont compris toutes les conditions qui empêchent le coït, puis les corps obstruants situés dans le vagin, les rétrécissements de l'orifice du canal de l'utérus (2), les tumeurs remplissant la cavité de l'utérus, les rétrécissements des trompes, etc.
Un accoucheur célèbre de Berlin, M. C. Mayer, affirme que les antéflexions et les rétroflexions de la matrice sont un obstacle à l'ascension du sperme, et sont souvent une cause de stérilité. U. Hayer, parmi 272 femmes stériles, en a trouvé 97 qui étaient atteintes de flexions de l'utérus.
Ajoutons que beaucoup de ces causes de stérilité ne peuvent être reconnues pendant la vie, et que d'autres ne sont que momentanées.
Nous arrivons maintenant à la stérilité due à une cause morale, et provenant d'une soi-disant « répugnance invincible » pour le mari, et que certaines femmes osent invoquer en donnant pour preuve l'absence complète de sensation voluptueuse pendant le coït.
(t) Kiwisch, KUnische Vorlrlige, 3« édil. Prague, 1857,11, p. 373. (2) C. Majfer, dans V%rchow*$ Archiv fur paihologisehe Analomi9f 1856.