‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 36 sur 98 · APTITUDE A LA REPRODUCTION. — STÉRILITÉ · texte numérisé non relu

APTITUDE A LA REPRODUCTION. — STÉRILITÉ

Tout le monde comprend que sur celle question le champ est ou- Tert aux mensonges impudenls les plus abjects, et le médecin devra observer la plus grande circonspeclion.

L'expérience ne démontre- 1- elle pas en effet que les conditions psychiques de cette stérilité relative sont souvent effacées par le temps, comme tout ce qui tient à l'imagination? El dans les basses classes de la société ne voit- on pas, malgré les mauvais traitements, et même une haine réciproque, les grossesses devenir nombreuses?

Quant aux autres conditions de stérilité admises par certains auteurs, par exemple par P. Zacchias {Quœst,^ p. 632), qui prétend que le coït debout ne donne pas lieu à la conception, et par HohI, qui avance que lorsque le sperme s'écoule du vagin pendant le coït, il ne peut y avoir conception ; nous ne les discuterons pas, puisqu'il est reconnu que la plus petite quantité de sperme qui pénètre dans le vagin suffit pour féconder.

Dans l'article du Code que nous avons cité, il est question de « la privation de l'aptitude à la reproduction par coups et blessures». Nous en parlerons plus tard.

Obs. 17 et 18. — Deux époux tont-ilsdans V Age de ne plus reproduire?

D'après une disposition testamentaire, deux époux devaient disposer d*un capital dont ils n'avaient jusqûe-U louché que les iniérôts (en prévision d'enfants à venir), si l'on pouvait affirmer qu'ils étaient désormais incapables de produire des héritiers.

C'est ce qu'il faUait déterminer par l'exploration médico-légale. L'homme, médecin, avait totocante-ireiie ans^ la naissance de son dernier enfant remontait à vingtsept ans. Cet homme, faible, presque sans dents, à cheveux gris, avait une hernie inguinale volumineuse, et offrait les indices d'une décrépitude complète. 11 disait que depuis des années il n'avait pas eu de pollutions nocturnes spontanées, et cely paraissait vraisemblable; mais comme il existe quelques exemples de puissance fécondatrice à un âge encore plus avancé, dans des cas comme celui-ci, où l'âge seul pouvait faire naître des doutes, je ne pus admettre une impuissance absolue ; je déclarai que le docteur X... était probablement incapable de produire des enfants. Mais, quant à l'impuissance relativey elle était hors de doute, car sa femme avait soixante-trois ans^ son extérieur était en rapport avec son âge. A quarante-cinq ans, et par conséquent depuis dix-huit ans, ses règles avaient cessé de paraître, ce qui, vu ses sept couches et l'arrivée précoce de sa menstruation, n'avait rien d'invrai- I. 5

semblable. La femme \..., de plus, était très faible, tout à fait décré|nto ; elle n*avait pas conçu depuis vingt- sept ans, et je n'hésitai pas à déclarer que désormais elle n'était pas en état de concevoir.

Obs. 19 et SO. — Ciu senélabU.

t)n jugement tout à fait analogue a dû être rendu àm» un autre cas où le § 6é9 de VAUg. Landr. ci-dessus cité était en question. Deux époux n'ayant pas encore cinquante ans révolus voulaient adopter un enfant. L'hommtf, âgé de quarante huit ans, robuste et ayint conservé tous les attributs de son sexe, ne pouvait, cela va sans dire, être regardé comme inapte à la reproduction. La femme, âgée de quarante-neuf ans, après avoir éprouvé de nombreuses irrégularités dans sea règles, comme il arrive souvent, ne les avait pas vues paraître depuis neuf mois. Ses muscles étaient flasques, ses leins diminués de moitié ; en outre, les deux époux, pendant dix-neuf ana de mariage, n'avaient pu avoir d'enfants. Je dis dans mon rapport que ces deux époux n'étaient plus en état de procréer.

Ob8. 21. — SlériUté douteute.

Le cas suivant s'est présenté dans une affaire de tutelle. 11 s'agissait de savoir « si la veuve E... pouvait encore donner naissance à des enfante? » Elle était âgée de cinquante-cinq ans et n'avait plus ses règles depuis dix ans ; après avoir donné naissance dans les dix premières années de son mariage à neuf enfants, elle n'avait plus conçu dans les derniers huit ansi

Les grandes lèvres étaient rétractées, le col de l'utérus très raccourci et atrophié, les seins très flasques et ridés ; néanmoins elle avait encore une certaine fraîcheur, ses cheveux n'étaient pas blancs, ses dents étaient bien conservées, et l'extérieur de celte femme n'annonçait pas plus de quarante-sijt à quarante -huit ans. Je ne pouvais que déclarer que probablement la femme £... était désormais hors d'état d'avoir des enfants.

J*eus à explorer une grande quantité de femmes présentant à peu près les mêmes conditions, c'est-à-dire ayant dépassé cinquante ans, n'ayant jamais eu d'enfants ou au moins depuis très longtemps, n'étant plus réglées depuis plusieurs années, et présentant tous les caractères de la décrépitude. Je les considérai toujours comme désormais stériles»

Obs. 32. — Un jMMf homme de quatorze ans et neuf mois est-U incapaMê

d'engendrer ?

Il s'agissait d'un collégien, li.i., qui était accusé d'avoir rendu enceinte une femme entre le 1*"^ janvier et le 20 mars 18... Le jaune homme me fut présenté te 28 juin de Tannée suivante. Ce jeune homme, juif, avait une abondante chavetnfe noire, et était âgé de seise ans, par conséquent le 26 mars de l'année précédeiife ii n'avait que quatorze ans neuf mois. Il était d'una forte iMNMiKiittcm et d'Mfl

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belle santé ; il n'avait qu'une barbe naissante, mais sa voix était virile. Le pénis était aaseï grand et eomplétement normal, entouré de poils abondants ; les testicules étaient bien développés.

Je ne pris pas en eonaidératioii ce que me racontaient le jëtitic homme et son père sur l'absence des pollutions nocturnes et le dégoût des rapports sexuels, car je ite pouvais Contrôler ces âétH)Stt{ons, et le champ était ouVei't atix mensonges ; je fus donc (brc6 de déclarer que Je n'avais rien trouvé qui pût faire admettre que le 10 mars de Tannée en question, le jeune 13... était ini^te à la reproduction.

Obs. ^3. — Aptitude douteuse au cdil et à la fécondation ^ à cause d*dge avancé.

Dans une affaire de divorce, le tribunal me posa la question suivante : « 1..., à son âge de cinquante-sept ans, est-il capable d'accomplir l'acte du coït et de fé' conder? n ^

Ici, quoique la question fût directe, je pris le parti de n*y rt^pondre qu'indirectement par les raisons que j*ai exposées plus haut, et je dois ajouter que, comme dans tous les cas semblables, le tribunal fut satisfait.

C'était un homme de cinquante-sept ans, d'une très bonne santé , il avait une t>arbe abondante, une voix mâle, un extérieur tout à fait viril. Le pénis était de grandeur moyenne et tout à fait normal, les testicules étaient bien développés. Voici quelle fut la formule de ma conclusion : u II n'j a pas de signes qui puissent faire admettre l'inaptitude de X... au coït et à la fécondation. »

Obs. 24. — Aptitude au cotl contestée à cause d'âge avancée

On attribuait au rentier F... la paternité d'enfants illégitimes. L'un était né le 10 novembre 184S, l'autre le 4 novembre 1850. Le sieur F... objectait que bien avant 1848 il était déjà inapte au coït. Le tribunal me posa la question suivante : « Avant le 30 janvier 1848 (ce qui remplissait l'espace de deux cent quatre-vingtcinq jours admis par la loi pour les naissances illégitimes) l'état physique du sieur F... ou une autre cause quelconque i'ont-ils empêché d'accomplir les fonctions d'érection, d'intromission et d'éjaculation 7 » La réponse à cette question était difficile. Le sieur F.*, avait juste quatre-vingts ans; il avait donc, le 30 janvier 1848, soixante-quatorxe ans neuf nxois* Jusqu'à cette époque il n'avait jamais été malade, et même alorsi relativement à son âge, il était bien portant. Il était doué d'une forte constitution, il avait le teint frais ',une cataracte opérée avec succès quelques années auparavant et un œdème léger aux jambes ne pouvaient en rien influer sur la question. F... avait eu trois enfants provenant de deux mariages ; le dernier enfant était né depuis quarante ans. Les drganes génitaux de F... étaient normaux et bien développés ; il n'avait ni hernie ni aucune autre infirmité.

On connaît quelques exemples de puissance de fécondation à l'âge avancé de soixante -quinze ans, mais ces exemples ne peuvent être regardés comme aulhentifOM que lorsque toutes les circonstances sont hors de soupçon, et lorsque dans un riafe c*Mt le résultat de très nombreuses tentatives restées longtemps infrao^ ; Ici» tu contraire^ ii n*y a pas eu cohabitation db longue durée, et je crus

os PARTIE BIOLOGIQUE.

pouvoir répondre qu'il est très vraisemblable que le sieur F... te trouvait défi, avant le 20 janvier 1818, hors d'état d'accomplir la fonclkm de* reproduction.

0b8. 25. — AptUude douteuse à la reproàuetion.

C'était encore dans une affaire de paternité ; la qoettion était ainsi posée : « Le cordonnier E... est-il réellement atteint d'impuissance complète au coït et i la lécondatioo, et peut- on reconnaître si déjà à l'époque où il vivait avec la plaignante, c'est-à-dire du 8 septembre jusqu'au 22 novembre 1 857, il était impuissant ? »

E... était âgé de quarante-huit ans ; quoique assez pâle et d'un extérieur assez maladif, il était encore dans l'âge de puissance génératrice. Marié deux fois, il n'avait eu aucun enfant, il disait avoir eu au moins dix blennorrhagies dans sa jeunesse et n'avoir senti aucune érection depuis plus de dix ans.

^*éanmoin8 il avait une barbe abondante, beaucoup de poils au pubis, un pénis de dimension ordinaire, un prépuce normal, les testicules complètement sains.

La constitution était bonne, et je dus déclarer qu'il n'y avait aucun signe qui pût faire croire à une impuissance de la paît de E...

Obs. 26. — Un père accusé d* avoir rendu sa file encemle^ aUéguamt

une tmfuUsance absolue.

Dans ce triste procès d'inceste, N..., âgé de soixante-trois ans, était accusé d'avoir eu cinq enfants de sa fllle, qu'il tenait enfermée depuis longtemps avec la plus grande jalousie.

N... niait tout, disant que son âge ne pouvait lui permettre les rapports sexuels, que de plus il avait eu une maladie vénérienne qui depuis dix ans l'avait rendu complètement impuissant.

Il était de petite taille, et paraissait plus jeune que son âge ; son teint était brun, sa tète, sa figure et sa région pubienne garnies de poils : le pénis était grand, les autres organes génitaux complètement normaux. Une cicatrice au gland annonçait en effet l'existence antérieure d'un chancre, mais il va sans dire que cela ne pouvait être pris en considération. Ma conclusion Ait donc que l'exploratiou médicale n'avait pas offert de signes pouvant faire admettre que N... depuis dix ans fût inapte au coït et à la fécondation.

Obs. 27 à 30. — Impuissance d^ hommes, Ptainles de femmes

contre leurs maris.

Je cite ce cas el les suivants, ea eux-mêmes très simples, parce qu'ils sont une preuve des effronteries souvent abjectes dont nous sommes témoins dans l'exercice de la médecine légale.

Obs. 27. — La femme R... demandait le divorce, seplaignantde ce que son ni^ri n'avait jamais pu avoir ni érection ni éjaculalion depuis qu'elle cohabitait avec lui.

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