‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 4 sur 98 · X PRÉFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

X PRÉFACE DU TRADUCTEUR

d'un médecin assermenté, remplissant les fonctions de médecin légiste (médecin-physicien) pour toutes (1) les affaires qui se présentent devant le tribunal auquel il est attaché ; l'expertise a Heu, du moins dans les villes où il y a une Faculté de médecine, en présence des médecins ou élèves en médecine qui veulent se former à la pratique, et il y a là un véritable cours de clinique de médecine légale ; à Berlin, ce cours est fait par M. Casper, et les élèves assistent tous les jours à toutes les autopsies légales qui se présentent.

Cette publicité des autopsies, qu'il est si regrettable de ne pas voir adopter en France , puisqu'elle est , comme la publicité des débats, une garantie d'exactitude et d'impartialité pour Taccusé et le public, n'entrave en rien Faction de la justice , de l'aveu môme des juges d'instruction prussiens, elle est de plus indispensable pour former des médecins légistes. N'arrive-t-il pas en effet tous les joursen France que des étudiants en médecine finissent leurs études et parviennent au grade de docteur sans avoir vu un seul cas de médecine légale? Pfe voit-on pas de jeunes praticiens appelés à la hâte dans un cas médico-légal, même des plus faciles, être dans un grand embarras et se trouver exposés à émettre une opinion qui peut compromettre leur réputation et la dignité de leur profession ? Et cela par suite de l'absence de l'expérience la plus élémentaire ; il n'en serait pas ainsi si aux remarquables leçons faites à la Faculté de Paris, on joignait des cours de clinique à la Morgue. Nous n'aurions plus à déplorer la fîicheuse opinion que certains magistrats français ont de la médecine légale. Je citerai les paroles de M. Troplong : « La médecine légale affecte depuis » quelque temps la prétention d'imposer ses oracles à la juris- » prudence. Il faut avouer que ce que j'ai vu et entendu de cer- » tains médecins dans ma carrière judiciaire dépasse toute

(1) Ce n'est pas comme on France où le juge d'înitnictian peut trairement le médecin expert qui lui plitL u '>4

PRÉFACK DU TRÀDUCTEDR. XI

» croyance

I Je pense que la médecine légale n'a ajouté aucun progrès I sérieux aux doctrines reçues dans la jurisprudence, et qu'elle > ne doit en rien les modifier, m M. Tardleu s'est élevé avec éloquence contre ces paroles « injustes et blessantes >, dans U séance de l'Académie impériale de médecine du 5 mars 1861. Le meilleur moyen de les rendre fausses à tout jamais ne serait-il pas de former un grand nombre de médecins à \& pratique de cette noble science, et de faire cesser un état de choses en verta duquel un petit nombre de privilégiés seulement ont le droit de pénétrer les secrets de la science dont ils exercent pour ainsi dire le monopole?

Revenons à rAilemagoe : le juge d'instruction assiste k l'ex» pertise et fait dresser procès-verbal de tous les phénomioei observés par le médecin ; à la (in du procès-verbal l'expert expose la conclusion sommaire de ce qui lui paraît ressortir de plus vraisemblable des résultats de l'autopsie, et il répond aux quelques questions que peut lui poser le juge d'instruction. Puis si Finstruclion est continuée, on demande ensuite au médecin un rapport détaillé sur l'autopsie qu'il a faite, et on lui communique en même temps toutes les pièces du procès ; le procès-verbal doit servir de base au rapport, mais ce dernier est rédigé de manière à être compris même des hommes étrangers à la médecine.

Si le ministère public ou la défense refuse d'accepter ce rapport, or l'envoie, ainsi que le procès-verbal de l'autopste et toutes les pièces, à une seconde juridiction médico-légale appelée collège médical, qui est instituée dans chaque province do royaume; ce collège médical, composé de quatre à six membres, nomme un rapporteur sur l'affaire, on discute en flétnce tous les faits, et un des membres est chargé de soumettre an tribunal le résultat de cette seconde expertise.

Enfin, lorsi]ite les doutes n'ont piis disparu, et que de nouvelles Mtions s'élèvent encore, un a recours i une troisième ju-

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ridiction appelée députation scientifique^ qui siège dans la capitale du royaume^ et qui se compose des hommes les plus émÎDeiits ; Taffaire est encore étudiée à fond et il en est fait un troisième rapport qui, cette fois, juge en dernier ressort.

De plus* ces diverses instances de médecine légale ont pour mission de revoir tous les trois mois les rapports des médecins légistes experts qui, d*après les règlements, doivent être envoyés au collège médical et de là à la députation scientifique, et cette dernière les renvoie aux experts avec des observations qui doivent leur servir de règle pour Tavenir ou bien d'encouragement. Avec le secours d'aussi nombreux matériaux, et sous le régime d'une organisation scientifique aussi supérieure, on pouvait s'attendre de la part de M. Casper, qui depuis plus de trente ans professe la médecine légale à l'Université de Berlin et la pratique comme expert devant les tribunaux de la môme ville, et qui par une connaissance approfondie des langues française, anglaise et italienne, a toujours élé au courant du contingent scientifique que l'étranger a pu apporter à l'Allemagne, on pouvait s'attendre, dis-je, de la part de ce savant, à une œuvre magistrale, posant d'une manière certaine le niveau de la science à propos de toute les questions, et élaguant tout ce qu'une tradition trop servilement suivie ou mal interprétée a pu introduire d'erreurs et de préjugés. Ceux qui liront ce livre s'apercevront que leurs espérances auront été loin d'être déçues.

M. Casper, en effet, dans su longue carrière, est un de ceux

qui ont imprimé à la médecine légale l'élan qui a placé cette

science a une position digne de sa mission. Au milieu d*un

grand nombre d'ouvrages qu'il a publiés, nous signalerons

d^abord les Mémoires de statistique médicale et de médecine

publique qui furent imprimés pour la première fois en 1825,

et pour la seconde en 1835 ; cet ouvrage contenait entre autres

articles remarquables des recherches intéressantes sur la du

fée moyenne de la vie humaine; il est peu de statisticiens"

qui n'aient puisé à celle source précieuse-, nous signalerons

PRÉFACE DU TniDUCTIClIR. XJJI

également le dernier ouvrage intitulé Autopsies médico-légales^ dont deux éditions ayant été promptement épuisées, Tauteur a fait comme troisième édition le livre dont je présente aujourd'hui la traduction au public français.

Ce n'est pas sans beaucoup d*bésitation que j*ai entrepris cette lourde tâche, et je m*empresse de dire tout de suite que ma traduction ne donne qu*un pâle reflet de l'édition originale. Je me trouvais à Berlin depuis plus de six mois, j'avais suivi régulièrement les leçons de clinique médico-légale faites par M. Gusper, auprès duquel j'avais trouvé, dès mon arrivée en Allemagne, un accueil plein d'une bienveillance aflectueuse, j'avais vu ce savant trouvant la vérité au^ bout de son scalpel dans les afi'aires qui paraissaient les plus difficiles, et dans lesquelles il s'agissait de la tète ou de la liberté d'un accusé \ j'avais vu cette riche expérience venant en aide à une lucidité merveilleuse, donner à la justice des bases précieuses pour la poursuite de ses affaires, soit en appuyant ses soupçons dans la recherche d'un criminel, soit en la détournant d'une enquête qui devait rester sans résultat, et qui ne pouvait que compromettre sa dignité.

L'intérêt que je pris à cette étude me fit lire Touvrage du maître, dans lequel je la trouvai si admirablement exposée, que j'essayai d'abord timidement de traduire certains chapitres^ ces essais ont été approuvés par M. Casper et par plusieurs médecins français qui ont lu des extraits publiés dans la Gazette des hôpitaux^ et je suis bien aise de saisir ici l'occasion de remercier M.Tardieu de l'encouragement sympathique qu*il a bien voulu me donner dans cette occasion ; je me décidai alors à faire la traduction complète de l'ouvrage, qui avait eu en Allemagne un succès immense, et dont on avait fait des traductions en hollandais, en italien et en anglais (1), espérant rendre service à mes com-

(1) La traduction anglaise a été faite par la nouvelle Société de Sydenham à Londres, qui a été fondée dans le but de faire traduire les ouvrages étrangers les meilleurs et les plus importants. La Société étant composée de cinq mille membres, chaque traduction est tirée à 5,000 exemplaires.

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patriotes en leur offrant la possibilité de lire cette œuvre, passée à Fétat de monument scientifique. J*ai reproduit toutes les lois prussiennes, d*abord parce qu'une partie de ces lois sont les mêmes qu*cn France, puisque la Prusse rhénane est sous le régime du code Napoléon, et parce qu'ensuite dans un grand nombre de lois la différence entre le code prussien et le code français n'existe que dans l'application de la peine, ce qui n'a aucune importance pour le médecin légiste ; enfin, les quelques points qui présentent des différences réelles m'ont paru mériter la peine d'être mis sous les yeux des lecteurs français ; on verra en effet que, surtout pour ce qui concerne les coups et blessures^ il y a des paragraphes de la loi prussienne qui méritent d'être pris en considération.

Il ne faut attribuer qu^au traducteur les imperfections de forme et les obscurités que l'on pourra rencontrer ; il a eu souvent à regretter Tinsuffisance de ses. connaissances, qui ne peut trouver une circonstance atténuante que dans les nombreux efforts qu'il a faits pour y suppléer.

26 Décembre 1861.

Gustave GERMER BAILLIÈRE^

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