C. — Signes individuels
1*^ La couleur lie de vin de la muqueuse du vagin, que Ton aperçoit à l'entrée du vagin, ou avec un spéculum dans les parties profondes. Cette couleur, d'un pourpre sale, ne se trouve souvent pas. Lorsqu'elle existe, elle provient d'une disposition individuelle d'une pléthore générale ou abdominale, ainsi que
2" Les varices des parties génitales extérieures, des membres inférieurs, etc.; «
3* Et surtout les tumeurs hémorrhoïdales.
Par conséquent, l'absence de ces signes ne prouve rien , surtout les varices et les hémorrhoïdes qui, comme tout le monde sait, se rencontrent dans mille circonstances, aussi bien chez les hommes que chez les femmes ;
A° La turgescence des grandes lèvres et du périnée. M. Ilohl attache une grande valeur à < l'état mou et pâteux des parois du vagin, du cul-de-sac vaginal, du col de l'utérus et de l'utérus lui-même.)» Nous ne voulons pas discuter si ces signes doivent être classés parmi ceux qui sont individuels. En tout cas, leur valeur, en médecine légale, est insignifiante, car il y a une trop grande latitude laissée à l'expert pour son jugement, celui-ci n'ayant jamais connu ni exploré la femme auparavant, et cette latitude sera encore plus grande quand il aura affaire à une multipare.
D. — Signes absolus.
Ces signes sont beaucoup plus importants dans le diagnostic delà grossesse, car, provenant absolument et directement de cette cause, ils sont moins souvent des sujets d'erreur.
1* La cessation des menstrues après la conceplion. D*abord, nous devons remarquer que ce signe, qui esl surtout considéré dans lo monde comme un des premiers symptômes de la grossesse, a une tout autre valeur pour le médecin légiste que pour le médecin ordinaire.
Le médecin légiste n*a jamais Toccasion/excepté pour ce qui concerne les femmes renfermées dans les prisons, de vérifier la présence ou Tabsence des règles. Rien n'est plus facile, pour une femme qui veut simuler une grossesse, que de déclarer que ses menstrues ont été interrompues depuis longtemps, et il faut un hasard heureux pour que l'écoulement des catamènes se fasse au moment de l'exploration du médecin et vienne prouver le mensonge. Ordinairement il n'a pas de moyens de contrôler une telle déposition.
Et lorsqu'une femme veut tromper le médecin légiste en dissimulant une grossesse, elle essaye de produire une /au^ire men^/rMa/ton, en tachant, au moment voulu, le linge avec du sang, ce que j'ai observé souvent.
Comme il n'y a aucune différence entre le sang des menstrues et le sang ordinaire, on ne peut reconnaître la fraude avec certitude que lorsque la femme se sert de sang d'oiseau, dont les globules se reconnaissent à leur forme ovale, comme je l'ai vu chez une jeune fille qui avait tué des pigeons pour cet usage. C'est déjà plus difficile à reconnaître lorsque Ton prend du sang d'un mammifère (nous en parlerons 2*" vol., partie générale).
Si par hasard on présentait à l'exploration non-seulement le linge taché, mais encore la femme ayant ses règles, il serait bon d'appliquer la méthode de M. HohI (1), qui consiste à laver le vagin avec de l'eau tiède, et à explorer avec le doigt pour s'assurer si le sang coule de l'utérus; les autres méthodes proposées pour reconnaître la réalité de la menstruation, telles que la turgescence particulière de la matrice, le gonflement du col, la forme quasi-circulaire de l'orifice, etc., peuvent souvent induire en erreur, surtout chez les multipares.
(1) Loc. cit., p. 118.
lAO PARTIE BIOLOGIQUE.
La chose principale, c'est Tinccrtitude de ce symptôme. Tout le monde sait que, pendant toute la période de la fécondité, les menstrues cessent par mille raisons autres que la grossesse. El , outre qu'il arrive dans des cas, il est vrai très rares, que la grossesse survient sans qu'il y ail eu jamais de menstrues, ces menstrues peuvent persister pendant la grossesse, surtout dans les premiers mois, 011 justement la grossesse est si difficile à reconnaître. C'est ce que l'on rencontre assez souvent dans la pratique et ce que Elsaesser a prouvé par des observations faites sur 50 femmes grosses. Il a trouvé les menstrues persistant chez 8 encore une fois, chez 10 encore 2 fois, chez une encore 2 fois, chez 11 encore ^ fois, chez une encore 3 ou A fois, chez A encore à fois, chez (3 encore 5 fois, chez 5 encore 8 fois, chez 2 encore 9 fois.
D'après toutes ces raisons, le critérium des menstrues n'a en médecine légale qu'une valeur très restreinte.
2*" Le développement du mamelon et de son aréole (abstraction faite de la coloration déjà mentionnée). Le mamelon se gonfle ; sur l'aréole se développent des nœuds et des papilles qui n'ont pas l'importance qu'on leur a attribuée et même ne méritent pas d'être pris en considération ; car ce développement n'arrive pas constamment, et il se produit aussi chez des femmes qui ne sont pas grosses; de plus il persiste après une première grossesse ; par conséquent, ce signe peut être classé parmi les signes ineffaçables dont nous avons parlé (p. 136).
3*" Les changementi dans la position et l'organisation de la matrice et du coL Pris en général, ces changements ont toujours lieu et augmentent à mesure que la grossesse est plus ancienne, de telle sorte que l'on peut diagnostiquer avec toute la certitude nécessaire pour la médecine ordinaire l'époque de la grossesse à un mois près.
Parmi ces changements, Scanzoni (1) signale « un gonflement du col arrivant progressivement de bas en haut, ce qui constitue un signe assez important de la grossesse; car, dans aucun état patholo-
(1) LocciL, p 125
gique, il n'y a un changenienl du col aussi conslant. > Nous devons nous en rapporter aux accoucheurs expérimentés pour cette matière, mais nous ne pouvons nous empêcher de remarquer combien il y a eu, de leur part, des erreurs nombreuses dans des grossesses douteuses malgré des signes prétendus certains (avant la découverte de rauscuItation).Ceux qui ont fait de nombreuses expériences seront de Tavis de M. HohI, qui dit : « Celui qui cherche une règle infaillible pour tous les cas, marche avec la lanterne de Diogène > (1) , et même il n'hésite pas à dire, page 245 : c Les médecins légistes attachent trop de valeur ordinairement à Tétat du col et de Torificede la matrice ; car ces parties n'offrent que des symptômes vagues et indécis dans le diagnostic de la grossesse. > Nous ajouterons vagues et indécis surtout après des accouchements antérieurs.
4*" Les changements du nombril sont encore plus vagues. Sa proéminence, qui arrive au milieu de la grossesse, et plus tard son enfoncement, proviennent naturellement de la distension de la peau du ventre, et se présentent toutes les fois que celte distension a lieu par n'importe quelle cause, même chez les hommes.
5*" Les signes palpables qui sont sentis par le toucher extérieur et intérieur; la perception de parties fœtales, les mouvements du fœtusy et enlin le ballottement. Ces signes ne peuvent être reconnus que dans la seconde moitié de la grossesse ; puis, lorsque les deux premiers manquent, on ne peut néanmoins pas en conclure qu'il n'y a pas grossesse, puisqu'une grande obésité ou une accumulation des eaux peuvent empêcher de les percevoir.
Enfin on peut être trompé par des tumeurs dures et circonscrites que l'on prend pour le corps de l'enfant, le mouvement du sang dans les artères de la mère, la contraction des muscles ou le gargouillement des gaz que l'on prend pour des mouvements du fœtus. Mais avec des explorations approfondies et réitérées on évitera ces erreurs. El quiconque a déjà senti les mouvements de l'enfant et le ballottement, ne pourra se laisser tromper; et nous pouvons affirmer
(1) Loc. rif. , p. 194.
que la présence de en signes est un symplArae importnnt de )a
grossesse (1).
&" Symplimei auteullatoirfi, le souffle placentaire, le pouls tetal. Nous n'avons pas ici h nous étendre sur les ihéuries anatomicu' physiologiques du souffle placentaire, dont la plus vraisemblable est celle qui en met le siège dans les vaisseaux de l'utérus. En mettant de cAté les erreurs que pourraient faire naître soit un autre contenu de l'utérus, soit des tumeurs ovariennes, etc., erreurs qui seront bientAl dissipées par des explorations approfondies et réitérées, nous devons proclamer le bruit de souffle placentaire isochrone avec la pulsation des artères de la mère comme un signe d'une grande valeur. Hais le pouls fœtal perçu par l'auscultation, esl un signe encore plus infaillible , qui peut , & lui seul, prouver l'existence de la grossesse. H. Crédé compare avec justesse ce pouls au lictac d'une montre que l'on peut percevoir à travers un mouchoir. L'oreille doit être habituée À ce bruit comme à tous les bruits auscultaloires ; mais il ne s'entend qu'à la fin du sixième mois (2). De plus, on ne peut l'entendre, bien entendu, quand l'enfant est mori ; on peut se tromper lorsque la position de l'enfant est anormale, ou lorsqu'il y a grande accumulation d'eau.
E. — SiGHEt ACCESAOllEt.
Le désir de diagnostiquer avec certitude l'existence de lu grossesse a poussé les hommes de science, avant la découverte de l'auscullalion el même après, à rechercher d'autres signes qui ne doivent être regardés que comme des signes accessoires de la grossesse.
La kyestéine de M. Nauche qui, dît l'auteur, est une combinaison de protéine, n'est, d'après les recherches de Lehmann, qu'un mélange de cristaux de triples phosphates, de vibrions et de végétations. La peau miroitante qui nage sur les urines et qui doit conlcuir cette
(I) ftunioni, loe. cU., p. 113. Crâdt. lac. cil., p. 3S0.
(9] Not obiervalions s'accurdent avec celles <le M. Scjtizoni, (jui assure n'ovuir .JuMÎt bien erilcTidu le bruil ilu cœur ilu tu.'tiis avant viii^-1-qualic eciiiairies li'sti- I. If aulret ilisunl la» avoir Jéjà enlendus au rinquiiiini; inuis.
kvestëine, ne se rencontre pns chez toutes les femmes grosses et se voit chez beaucoup d*individus dans mille circonstances, comme tout le monde sait.
Un micrographe distingué, M. Donné, nie complètement l'altération des urines chez les femmes enceintes. Donc, les indices pré» sentes par Turine des femmes grosses sont sans importance.
Vélévation de température du vagin à laquelle M. Stein attribue une grande valeur, se rencontre, il est vrai, dans beaucoup de grossesses ; mais c'est un signe trop individuel pour être classé parmi les signes diagnostiques.
Vodeur du mucus vaginal (Pallender). Ce signe ne prouve rien, car il est subordonné au degré de propreté de la femme et à la finesse de l'odorat de l'expert.
Le pouls vaginal, invoqué par O^iander jeune comme signe dia^^ gnostique de la grossesse, a été généralement abandonné; M. Crédé(l) Ta récemment recommandé : il dit avoir trouvé très sensiblement le pouls dans les artères de la partie antérieure du vagin et dans les lèvres du col. Cela n'est pas contestable; mais il va sans dire que ce signe est très sujet à erreur.
On a parlé d'un diagnostic après la mort et on a invoqué comme signe l'existence du corps jaune dans l'ovaire.
Nous n'attachons pas d'importance à cette question en médecine légale; cependant, nous ne la laisserons pas passer sans dire que nous avons trouvé dans nos autopsies, conformément aux observations de BischofT et de HohI et des anciens observateurs (Everard, Home, etc.), que le corps jaune provenant de l'évolution d'un œuf fécondé ne peut se distinguer de celui provenant d'un œuf évolu non fécondé. D'ailleurs, si Ton posait au médecin cette question : telle femme morte a-t-elle jamais été enceinte? On en trouverait bien plus facilement la solution dans les signes ordinaires de rnccouchement que dans l'existence des corps jaunes.
Cependant il n'est pas difficile de déterminer la ligne de con*
(1) Loc. ci/., p. 373.
ihh PARTIE BIOLOGIQUE.
duile (lu médecin légiste en face de lant de signes douteux de la grossesse; car d'un côté, sous ce rapport, le médecin légiste est dans une meilleure position que le médecin praticien: celui-ci, dans un cas douteux, peut être tourmenté par la nécessité d'agir promptement et énergiquement; celui-là, au contraire, peut attendre. Dans toutes les affaires, aussi bien civiles que criminelles, on peut attendre de quatre à six semaines sans aucun inconvénient pour le procès, tandis que ce retard pourrait avoir l'influence la plus importante pour le traitement de la part du médecin. D'un autre côté, la rédaction des lois (prussiennes), dans beaucoup de cas civils appartenant à cette question, rend la tâche bien facile au médecin légiste. En elTet, dans les anciennes provinces, il n'aura qu'à déclarer, pendant l'espace de neuf mois, si Id grossesse est vraisemblable ou non (§ 22, til. I, pari. I, Allg, Landrecht. Voir plus haut). De plus, ici, dans les trois premiers mois et dans les provinces rhéuanes (Gode civil), dans les dix premiers mois son exploration n'ost jamais requise.
$ 2. — l>arée d« la groitetse.
La grossesse commence au moment où l'œuf mûr, séparé de l'ovaire, est fécondé, et fmit au moment où l'enfant nait. Mais lorsqu'il s'agit de fixer arithmétiquement la durée de la grossesse, le doute commence.
En effet) si dans les cas ordinaires le commencement ne peut être ordinairement connu du médecin, à plus forte raison dans les cas légaux, où le lémoignagedelafemme ne peut ôlre pris en considération.
Cette question de durée a été beaucoup disculée; elle parait ne pas être du domaine de la médecine légale; car tous les codes ont une disposition positive à cet égard : par exemple, le Code prussien ne reconnaît pas une durée plus longue que «302 jours, et le Code civil (rliénan) plus longue que 300 jours. Mais la science ne peut suivre ces lois, et c'est à elle a pousser les législations à s'améliorer, et à prouver, s'il y a lieu, par des observations indélébiles, qu'elles sont réellement dans l'erreur.