‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 51 sur 98 · GROSSESSE. — SUPERFÉTATION · texte numérisé non relu

GROSSESSE. — SUPERFÉTATION

était aisé de sentir. Madame Boivin se livrait aux conjectures d'une grossesse extrà-utérine, ou d'une superfétation dans un utérus bilobé, quand le 12 mai cette femme mit au monde une fille pesant 3 livres, faible, décolorée et respirant à peine. Cette personne, qui depuis fort longtemps ne cohabitait plus avec son mari, assura à madame Boivin qu'elle n'avait eu de rapports que trois fois en deux mois avec un homme, les 15 et 20 juillet 1809, et le 16 septembre suivant. | Cassan ajoute : « Il est évident ici que le produit de la dernière conception était renfermé dans une cavité séparée de la première, puisque après l'entière délivrance du premier produit la cavité était complètement libre. »

Nous pensons que c'est exiger beaucoup de la critique scientifique que de déclarer un tel cas si insuifisamment décrit pour une grossesse double avec utérus double ! Personne ne s'est donné la peine de l'analyser (1).

Il n'est pas dit un mot sur le premier enfant, on ne sait pas s'il est né vivant ou mort, pas un mot sur l'état du vagin, de la matrice, du placenta des deux enfants, que l'on n'a pas pesé, aucune indice sur leur développement, etc.! Et, sans admettre la possibilité d'une erreur de la part de la sage-femme qui a exploré assez superficiellement, on en conclut « jusqu'à l'évidence > qu'il y a double cavité de l'utérus! Si nous réfléchissons que le coït du 16 septembre a pu donner lieu à une grossesse bipare dont l'un des fruits est né le 15 mars' après 179 jours (6 mois), dont le second est né le 12 mai après 237 jours (8 mois), et que la sage-femme s'est trompée dans son exploration après le premier accouchement, nous trouvons que cette explication a pour elle autant d'évidence que l'existence d'un double utérus.

Le cas de Générali (2) a bien plus de valeur : il concerne une

(1) Recherches anatomiques et physiologiques sur les cas d'utérus doubles et de super fétation, par A. L. Cassan. Paris, 1826, in-4, p. 36.

(2) Tiré du BuUotino délie sciense med» di Torino, dans la Medic, Vereini* seitung, Berlin, 1850, n° 43.

femme qui, le 15 février 1817, accoucha d'un enfant vivant, paraissant à terme, et, le li mars, d'un second enfant vivant.

Le premier enfant vécut A 5 jours et le second 52 jours. Morte en 18i7, cette femme fut disséquée et on lui trouva un utérus double, dont chacun était muni d'un trompe.

Les deux cas de Dugès et Billen^en, dans lesquels on dit avoir vérifié l'existence d'utérus doubles, non pas par l'autopsie, mais par le simple toucher, n'ont pas la même valeur que le cas précédent et peuvent être mis dans la catégorie des cas à la Cassan.

Enfin on a parlé de superfétation dans des cas où, pendant une grossesse extra-utérine, survient une grossesse intra-utérine.

Ces cas n'ont pas d'intérêt pour le médecin légiste, car la grossesse extra-utérine n'est presque jamais assez facilement reconnaissable pour pouvoir être aflBrmée devant le tribunal, de plus les fruits ne sont pas viables (1).

Une femme ayant une grossesse extra-utérine n'est autre chose, pour le médecin légiste, qu'une femme enceinte malade.

D'après tout ce qui précède, nous poserons les conclusions suivantes :

1** La grande majorité des cas connus de superfétation sont le résultat d'observations erronées.

2'' Un grand nombre doit être considéré comme des grossesses bipares sur la nature desquelles on s'est trompé ;

i° La science ne peut nier qu'il est très possible qu'une femme déjà fécondée soit refécondée une seconde fois quelques jours après.

à"" La possibilité de la fécondation d'une femme déjà grosse depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois est encore à prouver.

5° La possibilité d'une superfétation avec utérus double ne peut pas être complètement repoussée.

(l) Un cas récent et très intérefsant de Johnston, lire du Edinb. med. Journal, est le snWant : Une femme de vingt-huit ans eut une grossesse extra-utérine qui se termina plus tard par la sortie des os de l*enfant par le rectum, et pendant laqueUe cette femme eut une autre grostesse qui eut pour résultat la naissance d'un eofent parfeitcment sain.

GROSSESSE IGNORÉE OtJ DISSIMULÉE. 159

§ 5. — OrossMte ignorée. OroMesse eaebée.

Depuis que les nouveaux codes pénaux ne punissent plus la grossesse dissimulée, la<]uestion : Une femme peut-elle ignorer sa grossesse? a perdu presque toute son importance pratique médico-légale. Elle en a une cependant dans les cas de contestation d'avorteipent et lorsque le médecin doit éclairer sur le degré de culpabilité d'une femme qui a jeté le cadavre de son enfant et qui prétend, pour s'excuser, qu'elle a été surprise par un accuuchement, ignorant complètement qu'elle était grosse.

Cette question se présente aussi au médecin dans quelques cas civils.

Elle est toujours facile à résoudre. On doit faire une différence entre dissimulation volontaire et involontaire. J'ai très souvent vu dans ma pratique, comme tous les médecins, des femmes mariées ayant des enfants et qui, ne tenant pas à de nouvelles faveurs du ciel, ne voulaient pas croire à l'existence d'une nouvelle grossesse et jusque dans les derniers mois la niaient, donnant à chaque symptôme une explication.

Tantôt la conception a eu lieu pendant que la femme nourrissait, ce que les femmes, à tort, ne croient pas possible ; tantôt une nou* velle grossesse survient après un très long intervalle d'années alors que, d'après les apparences, on était loin de s'y attendre, ou bien ce sont des maladies qui rendent les symptômes moins évidents ; ou bien encore, « c'est l'impossibilité > annoncée par la femme d'une fécondation après un certain coït, point sur lequel les femmes les plus mûres se trompent aussi souvent que les filles les plus inexpérimentées; d'autres fois encore ce sont des irrégularités de menstrues qui troublent le compte, etc.

La littérature médicale compte de nombreux cas de cette espèce, dans lesquels la bonne foi de la femme est vraisemblable, par exemple dans le cas de cette jeune tille de seize ans, qui avait un Teolre énorme et soutenait qu'elle n'était pas enceinte, racontant seu*

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Icnieiit que le baron N..., qui l'avait reconduite à la maison, el auquel elle s'était livrée une seule fois, l'avait assurée que la première l'ois n'avait jamais de suite (1). >

Mais la bonne foi et la naïveté ne Eont plus en cause lorsque le cas est légal, lorsque la femme a intérêt à cacher sa grossesse, surtout lorsque cette feinme expérimentée uu non, vieille ou jeune, se trouvant enceinte, vient dire qu'elle ne peut pas se rappeler quelle a pu être l'origine de sa grossesse et qu'elle n'a pas donne même une seule fois occasion à cet accident.

L'ancien Coile prussien, qui punissait la grossesse dissimulée, n'était pas trop sévère quand il admcllait qu'une femme ne pouvait plus l'ignorer sprèi la trentième semaine; il est bien entendu que, dans les cas de maladie mentale, on peut admettre une exception, et que, quand la femme est imbécile, elle peut même, dans le dernier tiers de sa grossesse, n'avoir pas conscience de son étal.

C'est ce que j'ai observé dans un cas qui a été jugé par les trois instances médico-légales. La tlernière instance, la députatiun scientifîque, admit la non-culpabilité d'une tille faible d'esprit qui avait caché sa grossesse.

Nous pensons que cette question, qui se présente très rarement, n'offrira jamais de ditriculté au médecin légiste; nous supprimons nos observations personnelles, car ce sont des cas de diagnostic médical ordinaire. Quant à ce que l'on appelle le» caprice» de femmes enceintes, nous en parlerons plus bas dans le chapitre des maladiei mentales.

',i; Cadermtnn, ilini Hcnke Z«il$ekrifl, 1816, p, ST.

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