ACCOUCHEMENT
SECTIÛN III.
ACCOUCUEHENT.
LtOKATION. Voir 2* volume , partie spéciale , 2° division.
Code pAiol prutfiM, g 138. — Toute personne qui siippoM un enranl, ou lutblitM un autre, ou chonge ou supprime d'une manière quelconque l'état civil d'un individu, sert punie dei travaux forcés jusqu'à huit ans.
Hiid., 9 183. — Ceux qui auront exposé un enfant auilessous del'Sge deseplani accomplit, ou auront ilélaissé un tel enfant sans secourt, feront punit d'un em-
Sj par suite de cette action l'enfanl exposé ou délaitso eti mort, le coupable aubira la peine dei travaux forcés jusqu'à dix ans.
Si l'action a eu lieu avec le dessein de commelire un liomicide, let peines At meurtre ou de l'infanticide, ou de la Icntalive de ces crimes, auront coun.
Le fait de l'accoiichemenl est ccnkesté et est l'objet d'une exploniion scientifique, ilans tous les cas où il suit une grossesse qui déjà a été contestée. Nous avons dit que la question de l'accouchemetil se présentait plus souvent que celle de lu grossesse, et pourquoi il en était ainsi.
Les contestations d'acroucliemenl se présentent plus rarement en matière civile qu'en matière criminelle ; en matière civile, outre les drconstances qui peuvent donner lieu à une contestation d'accouchementi il but ajouter celle où l'on présente un enfant qui peut être supposé. En matière criminelle, cette question se présente souvent dau toute l'Allemagne, excepté en Prusse, dans les cas oij l'on •onpconns qs'nne femme non mariée a fait un accoucliement clandaitin et donna lieu aiisi à des explorations scientifiques.
Eb Pnsse, les expertises d'accouchement se présentent néan- ■oiM MHi aonfent; car le Code prussien punit les femmes qui jet- Inl I* ndim de leurs enfants ou eiposent leur enfant vivant, et, dans ces cas, les bmmet commencent par nier le fait, ea disant
162 l'AHTlE DIOLOGIQUE.
qu'elles ne sont pas accouchées. Elles nient encore et allèguent les
mêmes raisons dans les cas d'infanticide ou de fiBlicide.
Le médecin légiste a encore à euperliser l'accouchement dans les circonstances suivantes : les lésions de l'enfant provenant de l'acte de l'accouchement, l'accouchement sans conscience, l'aide que la femme emploie elle-même pour la sortie de l'enfant, et ses suites, la naissance dehout, l'accouchement suhit, la chute de l'enfant sur le 8ol, etc. Ces questions seront exposées en détail dans le second to-
J 1, — Siagiuiitia de l'assonohsBimt.
Ce diagnostic est facile à faire si l'accouchement date de quelques jours, mais il est difficile si l'accouchement date de plusieurs semaines on de plusieurs mois, surtout lorsque le fruit est né après quatre ou cinq mois de vie fœtale ; ce diagnostic devient impossible lorsqu'il s'agit d'une femme multipare â laquelle on attribue un accouchement ajant eu lieu â une époque déterminée et lorsque celte époque est éloignée.
Od le comprendra facilement, car les signes les plus importants ■ont ceux qui disparaissent peu de temps après le rétablissenient de la femme, et les autres, qui sont ineffaçables, ne peuvent servir qu'A reconnaître qu'il y a eu un premier accouchement.
Dam un cas malheureux (114° cas), une femme mariée, de quannte-buit ans, portait plainte contre une sage-femme de soixantequiiue ans, jouissant d'une bonne réputation. Elle prétt^ndait que, dans ses trois daroièrea grosseBses, cette ssge-femme avait provoqué «B afortemeiit avec riolence, la dernière fois il j a deux ans. Le« « fnrmt trrUiet. La «ge-femrae et le mari de la plaignante diflaient ne rieu savoir. La plaignante avait eu sept enfanta à lenDC et était alors inaUdo ; ses seins, sou visnlre et ses parties géni-
is Bioiitriienl qu'elle avait au beaucoup d'enlants, mais il n'y avait a Irsce de Tialence, et nous dilmes déclarer que, sur le corps I n'avions trouvé rion qui pût confirmer ou i*,tl<e ):ésulUt d'eipluruLion-^ réitérées que noua.
ACCODCHEMEHT. — DUGNOSTIC. 163
dmes sur cette femme nous montra des signes certains d' aliénation mentale; il fut prouvé que sa dénonciation n'était que l'eiïet d'une idée fixe, et l'affaire n'eut pas de suite. La pauvre sage-femme innocente mourut dans la prison! ) Nous partagerons les signes de l'accouchement en deux catégories : les signes passagers et les signes inefbcables.
Les premiers prouvent un accouchement récent, les seconds an aecouehement ancien.
A. SiGHES paseagehr.
Ï.TrouhUi généraux, tels que pilleur ou rougeur du visage, biblesse ou incertitude de la marche, peau humide et chaude, pouls fréqaent.Ce8S}niptAmes se présentent certainement dans les 2^,48,60 premières heures chez la plupart des femmes accouchées dans la [valique privée; mais, dans la pratique médico-légale, ils perdent lenr valeur, car ils changent beaucoup avec l'étal individuel, le genre de vie, etc.; de plus, la femme qui accouche clsndesLinemenl a tout intérêt i user de toute la force de sa volonté pour cacher sii faiblesse tA sa débillance; cela arrive d'autant plus facilemeut que ces faaaae» sont ordinairement jeunes , bien portantes, robustes. D'aillaurs, les femmes de la basse classe ne sentent pas les effets de raccoucbemenl autant qae les femmes de la haute société, qui sont plu liiblee et plus délicates.
O'on lolre cûté, le médecin légiste n'est presque jamais requis à Un ton expertise pendant le laps de temps où l'on rencontre encore
3, fipufeurt de l'accouckement. Elles ne peuvent pas du tout ttl9^mî4AréM comme des preuves en médecine légale; car, d'a- ^tfi^ ^)|V n* V> font presque pas sentir chez les primipares, et dw In V^ltipares elles n'ont lieu que peu de temps après l'accoudwHnttf bien avant que le médecin légiste soit appelé; puis il est trè» rlilTicile (l'en conli'ôler lu présence ou l'absence.
3, La lurjenctHce dti seitu, qui se voit chez les femmes délicilesdoat la peau est blanche, et chez lesquelles on voit la peau des
lôh PARTIE BIOLOGIQUE.
seins couverte de rainures bleues formées par les veines, la fièvre de lait et le lait dans les seins. Parmi ces signes importants, nous passons la fièvre de lait, qui ne se présente que pendant les A8>72 premières heures, et qui, dans le plus grand nombre des cas, aura disparu au moment de l'exploration. Ajoutez que la production dû lait se fait chez beaucoup de nouvelles accouchées sans réaction fiévreuse. La turgescence des seins peut tromper chez les personnes jeunes, fortes et grasses, surtout le médecin légiste ayant en face de lui une femme qu'il n'a jamais vue jusque-là.
Mais la présence du lait dans les seins, que l'on reconnaît même sur le cadavre, est un signe facile à voir et qui a beaucoup de valeur dans le diagnostic d'un accouchement; quoiqu'il soit incontestable que, chez tous les mammifères, sa présence a été constatée sans qu'il y ait eu accouchement, que le lait a été trouvé chez des enfants nouveau-nés, chez des filles vierges et même chez des hommes. Disons cependant que ce sont là des exceptions très rares, qui seront reconnues par l'absence de tous les autres signes de l'accouchement.
Du resté, si Ton analyse une goutte de lait six ou huit jours après l'accouchement, il sera facile de vérifier si les seins contiennent du colostrum, composé de graisse, de sucre et de sels en plus grande quantité que le lait ordinaire, et qui, pourtant, est plus aqueux et plus opalin ; sous le microscope on verra ce colostrum en globules avec des traces d'épithélium, des agglomérations de cellules de graisse liées entre elles par une substance albumineuse (1).
Il est inutile de dire que l'absence de lait n'est pas une preuve qui puisse faire nier l'accouchement, car les femmes qui ne nourrissent pas, et celles qui se présentent à l'exploration médico-légale sont dans ce cas, cessent très vite d'avoir du lait, quelquefois après quelques semaines. (Quant à la configuration des seins voir plus bas.)
(i) Voir les tableaux instructifs représentant des cellules de lait et de colos* tnun, dans 0. Punlce, Atlas de chimie physiologique, 2« édition. Uipnf , 1958» Table xv, fig. 1 et 2.
ACCOUCHEMENT. — DUGNOSTIC. 165
à. Les lochies y sécrétion des organes génitaux, qui, pendant les trois ou quatre premiers jours, ont une couleur sanguinolente, puis, pendant autant de temps, une couleur rose ou d'un jaune vert puru* lent, et enfin pendant quelques semaines (A ou 5) une couleur muco-laiteuse. Celte dernière période dure moins longtemps chez les femmes qui n'allaitent pas. Les lochies sanguinolentes contiennent de nombreux globules de sang, des épithéliums vibratiles, cylindriques, imbriqués, des cellules de pus et de graisse, mais pas de fibrine. Ce dernier signe est pourtant très trompeur; car, d'un côté, l'hémorrhagie des vaisseaux de l'utérus peut mêler du sang (avec de la fibrine) aux lochies; d'un autre côté, cette fibrine peut provenir de taches faites artificiellement avec du sang d'hommes ou d'animaux. Dans ces cas, l'absence de^ autres caractères microscopiques pourra faire soupçonner la fraude. .
Le diagnostic était difficile dans un cas criminel que je vais rapporter. On nous envoya la chemise d'une femme, en nous demandant si les taches dont elle était souillée provenaient de la menstruation ou d'an accouchement. La fibrine se voyait très clairement dans ce sang séché, mais ne pouvait rien prouver, et il n'y avait aucun moyen de différencier, parle microscope, si c'était le sang des menstrues, ou le sang qui coule par suite de l'accouchement (1). L'aspect de ces taches montrait qu'elles avaient été causées par un écoulement torrentiel, ce qui rendait plus vraisemblable la cause de l'accouchement que celle de la menstruation.
Dans les lochies de couleur rosâtre, et plus tard dans les lochies laiteuses, les globules du sang diminuent de plus en plus, les épithéliums et les cellules élémentaires deviennent plus rares. Les flueurs blanches des femmes peuvent facilement induire en erreur à cause de leur grande ressemblance avec ces lochies laiteuses. Ici l'odeur est un indice assez sâr et beaucoup plus facile à découvrir que les signes qui sont fournis par le microscope; car elle est tout à fait spécifique et
(I) Ce qui peut être très important dans des cas d'avortement douteux. (Voir une deAdelon, Labaumeet Moreau, Annales d'hygiène^ 1846, t. I, p. 186.)
caractéristique, de sorte que Ton ne peut la simuler par fîraude d'aucune manière : ces premières lochies sont donc un moyen de diagnostic très sûr pour Taccouchement récent.
5. La tuméfaction des grandes lèvres j la dilatation, le relâchement, la chaleur du yagin ne sont que des symptômes de peu d'importance, car eux aussi ils s'effacent peu de temps après Taccouchement, et, par conséquent, ayant l'exploration. Du reste, leur absence De peut rien prouver, car elle a presque toujours lieu dans les accouchements avant terme.
|6. La matrice offre des symptômes importants pour le diagnostic, peux ou trois jours après l'accouchement elle a la forme d'une boule qiie l'on sent au-dessus du pubis ; six ou sept jours après Taccouchement elle est rentrée dans le petit bassin. Après deux ou trois jours, le col de Tutérus pend dans le vagin; après six ou sept jours, il est relevé. Le méat de Tutéms, qui était très large dans les premiers jours, se rétrécit tout à fait jusqu'à ce qu'il ait repris la forme ronde ^'it avait pendant la (première) grossesse.
On ne peut nier que ces symptômes de la matrice se rencontrent aussi dans certaines maladies ; mais, liés avec les autres signes de l'accouchement, ils ont la plus grande valeur.
En pesant bien tous ces signes, le médecin légiste pourra facilement juger avec certitude la réalité d*un accouchement récent, s'il est appelé peur faire son exploration six ou huit jours après cet accouchement.
B, Signes iNEFFÀÇàBLEs.
Le diagnostic sera moins sûr lorsqu'il devra être prononcé anr u aecouchement datant de longtemps, car l'âge, la constitution, la santé de la femme ainsi que Tâge et le développement de l'enfant povrroiit modifier les signes ordinaires de Taccouchement. Si tous ces signes
ineffaçables se présentaient ensemble, on pourrait encore, jusqu'à un certain point, juger avec quelque sûreté; mais, s*il n'en existait que quelques-uns, il faudrait rester dans le doute.
ACCOUCHEMBNr. — DIAGNOSTIC. 167
1. Absence de V hymen. Nous admettons^ dans un avortement, la possibilité du passage d'un fruit très jeune sans déchirure de Thymen, mais nous considérons comme une erreur Topinion de quelques auteurs qui disent qu'un fœtus à terme a pu passer sans déchirer l'hymen ; ici , nous le répétons , l'erreur est plus facile que l'on ne pense.
La présence de l'hymen prouvera qu'il n'y a pas eu accouchement d'un enfant arrivé dans les derniers mois (certainement pas à partir du cinquième ou sixième mois), tandis que l'absence de l'hymen ne prouvera évidemment rien.
2. Deslruelion du frenuîum, La destruction du frenulum eéi aussi un signe important.
Le frenuîum peut rester après un avortement, mais après un ae« eouchement à terme il est toujours détruit et ne reparaît jamais.
Vouloir prétendre que \e frenuîum peut aussi disparaître parTef* fet d'une lésion telle qu'une chute sur des pierres pointues, c'est avoir recours à un scepticisme outré ; dans un tel cas curieux, outre qu'il n'y aurait aucun des signes ordinaires de l'accouchement, oa trouverait des cicatrices à la commissure inférieure et d'autres suites de la blessure.
3. On doit porter son attention sur l'état du vagin^ d'abord sur la dilatation qui, à elle seule, cependant, ne prouverait rien, car on sait que ce canal, comme tous les canaux , peut se dilater, par exemple par suite des rapports sexuels fréquents, même infructueux ; et surtoiit sur les plis du vagin qui ne se reforment pas une fois effacés par le passage d'un enfant. Ce signe devient moins sûr quand on considère la possibilité d'un avortement, la jeunesse de la femme, etc.
A. La coloration brune de Varéole apparaît dès la première grossesse, et persiste après l'accouchement, tandis que les autres colorations, telles que les éphélides, les colorations sur la ligne médiane du ventre peuvent disparaître tout à fait. D'après cela, la coloration de l'aréole est toujours un signe important , puisqu'elle reste toute la vie ; mais, de même que les autres signes ineffaçables, elle ne peut rien prouver pour un accouchement désigné
chez une femme multipare, landis que la coloration, non pas rougebrun sale, mais rose-clair, infirmerait formellement un prétendu accouchement.
5. Il en est de même des taches miroitantes qui se trouvent surtout à la partie inguinale du ventre, taches dont nous avons déjà parlé, et qui restent toujours après une première grossesse. Tantôt elles sont isolées de manière qu'on peut les compter, ou bien elles couvrent tout le bas-ventre en formant des stries, et on peut même très bien les reconnaître sur les cadavres frais.
Il y a un certain nombre d'années, j'ai fait de nombreuses observations à notre hôpital de la Charité, dans le service des femmes syphilitiques, pour expérimenter ce symptôme ; je puis assurer que je ne me suis jamais trompé lorsque j'ai conclu par la seule présence de quelques-unes de ces taches qu'une femme devait être accouchée, et réciproquement. Notons que ces filles publiques n'avaient aucun intérêt à cacher la vérité. J'ai trouvé le même résultat dans ma pratique médico-légale.
On a objecté que cette déchirure des corps muqueux de Malpighi étant produite par la distension du ventre devra se reproduire dans toutes les circonstances où cette distension aura lieu, telles que hydrovaires, asciles, etc., mais la plupart des femmes qui sont le sujet d'explorations médico-légales pour les accouchements douteux sont des femmes jeunes, à l'âge desquelles, ordinairement, ne se présentent pas de pareilles maladies, et même lorsqu'il s'agit d'une femme plus âgée, il faut remarquer que les grosses tumeurs de l'ovaire, du foie ou de la rate sont des affections graves, qui ne peuvent presque jamais disparaître au point de ne laisser que de petites traces analogues à celles que l'on trouve après l'accouchement.
Ainsi, pour la pratique, ce signe caractéristique conserve toute sa valeur, et il ne peut faire défaut que lorsqu'une femme est accouchée dans les premiers mois de la grossesse, alors que les parois de son ventre ne sont pas encore très distendues.
6. Nous pourrions dire la même chose des plis de la peau du ventre qui proviennent de la rétraction de la peau après raccouche-