‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 64 sur 98 · A, — BLESSURES GRAVES · texte numérisé non relu

A, — BLESSURES GRAVES

i° Mutilation.

Obs. 115. — Morsure au doigt. Amputation.

Le 9 août au soir, le serrurier P..., se battant avec le tourneur D..., mordit celui-ci au petit doigt de la main gauche. Le 14, ainsi cinq jours après, l'officier da santé H... vit le blessé et lui trouva au doigt « une inflammation gangreneuse, caractérisée par une couleur bleue noirâtre, un décollement de la peau, une rougeur et tuméfaction des parties environnantes ». Une médication appropriée était restée sans succès. La partie gangrenée se décollait bien, mais Tarticulation qui réunit la première et la seconde phalange s'ouvrit après la destruction de la capsule, et le 31 août, ainsi vingt-deux jours après la morsure, on dut taire l'amputation du doigt. L'ofïlcier de santé ne trouva plus sur le doigt les empreintes des dents, mais il concluait « avec beaucoup de vraisemblance » que les dépositions du blessé étaient vraies, « car la capsule de l'articulation était blessée ». L'accusé avait aussi mordu deux autres hommes, et les témoignages prouvaient qu'il était ivre et « dans une grande fureur m. Lors de mon exploration (au mois d'octobre), la cicatrice de l'amputation était guérie, mais l'exploré était mutiléf car il n'avait plus le petit doigt de la main gauche, et il était privé en partie de l'usage de cette main. On •aiteo médecine que les morsures d'hommes furieux peuvent avoir les suites les plus graves. Dans ce cas, une telle blessure a pu avoir les suites désignées plus haut, et nécessiter l'amputation ; je dois donc déclarer qu'il y a toute vraisemblance que l'ofQcier de santé a eu raison d'agir comme il l'a fait. Donc, puisqu'il y avait « mutilatioa >», je répondis à la question posée qu'il y avait eu « blessure grave » .

Obs. 116. — Arrachement d*un morceau de dent. Y a-t-U mutilation?

Un cas difficile ! Le 7 août, dix semaines avant mon exploration, l'accusé frappa la femme X... avec le poing, sur la figure, sur la tète et sur la poitrine. Outre cela, il était accusé de lui avoir porté un coup de poing dans la région de la rate, qui fit tomber cette femme et la fit rouler quelques marches d'escalier. Cette femme, âgée de trente-cinq ans, a été explorée par le docteur B..., qui trouva la lèvre inférieure tuméfiée et couverte, ainsi que le menton, de sang coagulé. A la lèvre supérieure était une écorchure de la grandeur d'une pièce de 50 centimes, et à l'angle gauche de la bouche se trouvait du sang fluide. Les gencives et les alvéoles dentaires étaient sanguinolentes. A la joue droite se trouvaient deux ecchymoses. La femme se plaignait de douleurs surtout dans la région de

(1) Beaucoup de cas rapportes ici se sont présentes pendant que le vieux Code était on mgueur ( jusqu'en i 851 ), ou avant la nouvelle niodificaliou ( i 4 avril i 85G ) ; c'est ce qui explique les différences de nos conclusions. Une blessure ■ giave > était a>ant 1850 toute autre chose que maintenant. Pourne pas laisser de confusion, nous marquerons d'un * les cas qui >e rapportent au nouveau régime datant du 44 a>Til iHht'K

l'ovaire gauche, de maux de tête, de vertiges. La tête était chaude, le pouls fréquent, quatre-vingt-douie pulsations ; cette femme avait une grande faiblesse et une grande facilité à pleurer. Le médecin disait que les blessures étaient très importantes, car la femme N. . ., depuis longtemps hystérique et souffrant de l'ovaire gauche, sa trouvait depuis sa blessure en traitement continuel. La blessée avait gardé le lit pendant vingt-trois jours, et était encore le 3 septembre, d'après les déclarations du docteur B. .., « si faible qu'elle était obligée de garder la chambre », Lorsque je la vis il n'y avvit plus de traces des blessures ci-dessus citées. Deux dents incisives manquaient depuis longtemps, mais à cdté on voyait la lacune d'une dent canine gauche encore toute fraîche et toute rouge ; la femme disait que cette dent, dont il restait un morceau, lui avait été enlevée par un coup de poing. L'exploration ne se refusait pas à admettre cette assertion, cependant on ne pouvait considérer comme une « mutilation « (§ 193. Code pénal) l'arrachement d'un morcMiii d'une dent, car la femme n'était ni déflgurée, ni privée de la fonction d'un organe, à moins que l'on ne donne ce nom à un reste de dent. La flemme N... avait utte chute du vagin qu'elle disait avoir depuis longtemps, et qui, du reste, ne pouvait avoir été produite par des coups et blessures aussi légères. Après cela, il ne restait plus qu'à considérer la maladie générale qu'a subie la femme par suite des coups. Il était avéré qu'elle avait déjà été malade avant l'accident ; mais elle disait que sa maladie chronique ne Tempèchait pas de faire son ménage, ce qui est probable. Prétendre qu'une personne malade ne peut devenir plus malade par suite de ooups et blessures, c'est-à-dire qu'elle ne peut recevoir une blessure grave amenant une nouvelle maladie de plus de vingt jours, c'est prêter au législateur des intentions absurdes. Il faut dans tous ces cas comparer l'état individuel et relatif de la santé avant et après la blessure. Comme le médecin qui traite cette femme déclare i|u'elle est devenue plus malade depuis la blessure, qu'elle a été atteinte d'une grande faiblesse et qu'elle a été mise pendant plus de vingt jours hors d'état de quitter le lit et la chambre, on doit admettre que, d'après la loi, elle a reçu des coups et blessures qui l'ont rendue « malade et inapte au travail n pendant plus de vingt jours. Je répondis donc à la question posée que les coups et blessures ont été graves dans le sens du paragraphe 193. (D'après notre nouveau Code, ces coups et blessures seraient considérés comme « importants », f 1 92 a.)

• Obs. 117. — Amputation du sein. Y a-t-il mutilation ?

Nous avons dit, en discutant la définition du mot « mutilation »), que la perte d'une dent n'est pas une mutilation, tandis que la perte d'une série de dents en constitue une véritable; de même pour le sein. Lorsqu'il y a eu à cet organe des coups et blessures qui ont nécessité des opérations chirurgicales plus ou moins importantes, la lésion sera considérée comme ■ mutilation n ou comme n blessure importante », selon que la fonction de l'organe aura été plus ou moins lésée.

La femme B..., âgée de cinquante-cinq ans, porta plainte parce qu'elle avait reçu au sein gauche un grand morceau de métal qui lui avait été lancé de loin. Six è huit semaines après, elle sentit au sein un point dur, qu'elle traita avee des médicamrats

insignifiants, jusqu'à ce que le volume de la tumeur et la violence des douleurs la forcèrent à consulter le docteur X..., qui, trois semaines avant mon exploration, extirpa la tumeur, qui était de la grandeur d*un œuf d*oie. Nous trouvâmes la cicatrice rouge, mais le sein presque tout à fait Tendu. Mi dans les parties environnantes, ni dans l'aisselle, il n'y avait de traces d'endurcissementet en général la santé était excellente.

Pendant l'instruction du procès, nous avions rapporté m qu'il n'était pas impossible » d'admettre que l'affection survenue au sein avait été la suite de la blessure, car ce n'était pas un cancer, puisque nous n'avions trouvé aucun signe de dyscrasie cancéreuse, et la marche de la maladie nous donnait raison. Néanmoins nous ne pouvions admettre qu'il y eût là « mutilation », car l'âge et la constitution de cette femme prouvaient qu'elle n'était plus dans l'âge de la reproduction, donc chez elle la fonction de l'allaitement n*existait plus. Cette même lésion, qui aurait dCi être considérée comme « grave » chez une personne qui se serait trouvée dans l'i'ige de la reproduction, devait être regardée ici seulement comme « importante ». Ce n'est qu'à l'audience ( ! ) que l'on nous présenta le corps de délit : c'était un léger morceau de fer-blanc ! nous dûmes alors déclarer u qu'il était impossible que ce eorps eût pu causer une blessure capable de donner lieu à une tumeur du sein ».

2" Privation de la parole.

Ors. 118. — Perte momentanée de la parole par suite de coups et blessures.

La suite la plus rare de coups et blessures est la perte de la parole : le cas suivant en est d'autant plus curieux (môme en pathologie). L'accusé était un maître d'éc4>le qui avait déjà été atteint de fureur et dont le tempérament violent était connu de tout le monde.

Le 17 juillet, il avait saisi la fille £lisc, âgée de douze ans, et lui avait donné des coups de poing sur la poitrine et sur le dos. L'enfant fut ramenée chez ses parents, on remarqua des taches bleues formées par des ecchymoses aux endroits désignés, de plus on s'aperçut qu'elle avait perdu la parole. Notre exploration fut faite quinze jours après l'accident. Il n'y avait plus de trace de coups et l'enfant était tout à fait bien portante. La parole qui, selon le dire des parents, était normale antérieurement, se trouvait tout à fait altérée. L'enfant n'exprimait que des sons tout à fait inarticulés et incompréhensibles, c'est à peine si l'on pouvait combiner ces sons et comprendre les réponses qu'elle faisait aux questions les plus faciles. De môme qu'on ne peut pas appeler « parole a ces sons saccadés et hurlés que poussent les sourds -muets, de môme les sons poussés par cette enfant, je fus obligé de déclarer qu'il y avait là « privation de la parole », soit qu'elle provint de l'ébranlement moral, soit qu'elle provint de la secousse physique des nerfs. Vu l'excessive rareté de cet accident, et pour m'assurcr qu'il n'y avait réellement pas simulation, je ne rédigeai pas tout de suite mon rapport, et je continuai à observer l'enlant. Quinze jours après l'enfant était encore dans le même état, elle ne pouvait prononcer les consonnes, on n'entendait absolument que les voyelles. La privatioa de la parole était surtout évidente lorsqu'on la faisait lire, car alors on n*i

BLESSUHKS iNON MORTELLES. — OBSEitVATlONS. 213

lument qu'un bredouillement tout à fait incompréhensible de voyelles. 11 y avait donc blessure grate. Dans Tatlente qu'il y eût une amélioration, je demandai et j'obtins un sursis. Quatre semaines après, je trouvai Tenfant parfaitement guérie, s'exprimant £Bcilement et clairement. Les parents racontèrent que la guérison avait eu lieu peu à peu et que la parole n'était complètement revenue que depuis huit jours. Alors la blessure ne pouvait plus être considérée comme grave.

Obs. Il 9. — Arrêt de développement de la parole par suite de coups et blessure».

Un garçon avait été, disait-on, brutalisé violemment, ce qui lui avait causé un arrêt de développement de la parole. Cet enfant, âgé de cinq ans, était tout à fait en retard, tant corporellement que moralement; petit pour son âge, très maigre, avec les os de la poitrine et du bassin de travers. Son aspect était celui d'un imbécile, et toute sa physionomie ressemblait à celle d'un singe. Son intelligence était très arriérée, il ne pouvait parler et ne faisait que balbutier des sons incompréhensibles. Nous déclarâmes dans notre rapport que « cet enfant, vu les anomalies corporelles et mentales qu'il présente, est certainement atteint d'un défaut d'organisation, et que des causes accidentelles, telles que des coups et blessures, ue peuvent avoir amené cet état, d'autant moins qu'il n'en reste aucune trace sur le corps de l'enfant o .

30 Privation de la vue.

Obs. 120. — Perte des deux yeux par suite du contact de la chaux vive.

Un cas affreux, auquel s'appliquait parfaitement l'expression pénale <> privation de la vue ». Le 17 juillet au soir, Hugo B..., âgé de quinze ans, s'amusait à regarder des ouvriers qui éteignaient de la chaux vive, lorsque, soit volontairement, soit involontairement, on a prétendu l'un et l'autre, mais cela importe peu au but de notre exploration, l'enfant fut éclaboussé et couvert de chaux vive. Le même soir, le docteur R... constata une vive inflammation des paupières, du globe de l'œil et de la cornée. Le 19 du même mois, le docteur S... trouva les deux yeux fermés, tuméfiés, enflammés et en partie suppurant. En écartant les paupières, la conjonctive des deux yeux se voyait tuméfiée, la cornée opaque, à tel point que l'on pouvait déjà prévoir la perte complète de la vue Le jeune homme raconte qu'immédiatement après l'accident, il a éprouvé de vives douleurs aux yeux et qu'il n'a pu les rouvrir. Le traitement appliqué jusqu'à présent est resté sans effet, et l'enfant B... a été renvoyé de la clinique du docteur de G... après un traitement de quinze jours resté sans résultat. Je trouvai les yeux dans l'état suivant : Les paupières de l'œil gauche tuméfiées et rougies, celles de l'œil droit un peu moins, les paupières des deux yeux agglutinées entre elles et avec le globe oculaire, de manière qu'elles ne pouvaient être séparées, et par conséquent il n'y avait pas possibilité de Toir. Cette adhérence* était la suite d'une inflammation très vive des yeux. Cette vive inflammation s'explique par la présence d'un fluide chaud et cautérisant lancé dans les yeux. Je fus de l'avis du docteur de G .. sur l'incurabilité de cette affeclion, et on ne pouvait douter qu'il y avait « blessure grave ».

* Obs. 121 . — Perle d'un œil par suile du contact de V acide sulfurique.

Une jeune personne avait été abandonnée par son amant H..., et aTait juré de te venger de lui. Elle le guetta et lui lança de l'acide sulftirique sur tout le visage. La suite inévitable fût la cautérisation de tout le visage. Je fus chargé d'eiplorer le blessé. Je ne pus d*abord pas voir les blessures, ne voulant pas écarter les pansements, ce qui même était inutile, puisque c'est le résultai final qui était important à constater. Plus tard, quand je pus foire l'exploration des yeux, je reconnus que par l'œil droit le blessé pouvait encore voir un peu, mais que l'œil gauche était complètement et à tout jamais perdu. Trois mois plus tard, à l'audience, on voyait toute la flgure criblée de cicatrices, les lèvres ne pouvaient pas être remuées librement à cause de pertes de substance et de cicatrices. L'œil droit (le meilleur) offrait un ectropiun des deux paupières, et par conséquent l'impossibilité d'être fermé. L'œil gauche était fermé tout à fait par l'adhérence des paupières, et l'on sentait parfaitement avec le doigt le globe mutilé. Je constatai les faits, laissant à la Cour le soin de décider s'il y avait <r privation de la vue » ou <c mutilation i», et par conséquent blessure « grave » (§ 193) ; ou bien « dommage important pour la santé et les membres, et incapacité de travail d'une longue durée », et par conséquent blessure « importante » (§ 192 à). Le jugement de ce cas curieux fut qu'il y avait blessure n grave », puisqu'il y avait » perte de l'œil gauche et mutilation de l'œil droit, celui-ci ne pouvant être fermé, et par conséquent étant en danger n. L'accusée fut condamnée à dix ans de travaux forcés.

* Obs. 122. — Perte d*un oHlpar coup ou piqûre.

Un jeune horloger, dans une rixe sans importance, reçut de son collègue plus âgé que lui un coup de poing sur l'œil droit. On ne savait pas si, comme le disait le blessé, l'accusé avait eu dans sa main un instrument pointu ou s'il n'avait eu que le poing fermé avec le pouce entre l'index et le médius ; c'était, du reste, sans importance, car il ne s'agissait toujours que des suites de la blessure. La déclaration tout k tàii digne de foi du médecin d'hépital disait qu'il y avait « décollement de la rétine et perte irréparable de la vue», ce que je ne pus constater, car il était survenu avant mon exploration une cataracte qui ne permettait pas de voir l'intérieur de l'œil. J'exposai le fait, disant qu'il y avait t privation de la vue à un œil ». Le cas ne put être interprété par la Cour, car les jurés déclarèrent l'accusé n non coupable » !

* Obs. 123. — Perte d'un œil par un coup de baguette.

Dans ce cas affreux, un enfant sourd-muet perdit un œil par aecident. Cet enfant, âgé de huit ans, fut frappé par un autre enfant avec une baguette dans l'cail gauche. Malgré les soins les plus convenables, il y eut ulcération et perforation de la cornée, et l'œil fut perdu. Mon jugement fut le même que dans le cas précédent, je laissai au juge le soin de décider s'il y avait blessure » grave » ou non. La Cour décida qu'il y avait blessure « importante ».

* Obs. I2i. — Prétendue perte d* un œil après des coups dans la figure,

W... présentait à l'œil gauche une cataracte commençante. «Il est, disais-je, très croyable que, comme W... le prétend, la vue soit très incomplète à cet œil; mais quand on considère que cet homme est âgé de soixante-dix ans, et que cette affection est le triste privilège de la vieillesse, on doit, d'après Texploration médicale, croire que celte affection n'a aucun rapport avec des coups ou blessures. C'est d'autant plus vrai que l'officier de santé L..., qui a vu le blessé quatre jours après l'accident, n'a remarqué ni inflammation ni anomalie à cet œil. De plut, W... se plaint d'une faiblesse du bras gauche qu'il rapporte également aux coups et blessures. Ce membre n'offre rien d'anormal et cette déposition est purement subjective. L'officier de sanlé a bien vu des ecchymoses au côté gauche de la poitrine, mais pas au bras gauche. Quand même ces ecchymoses existeraient au bras, elles ne constitueraient toujours pas n une blessure pouvant amener une incapacité de travail de longue durée », et si l'exploré prétend que maintenant, c'est-à-dire cinq mois après l'accident, il ne peut se servir de son bras, il faut admettre que l'âge si avancé de ce vieillard a diminué ses forces. D'après tout cela, je répondis à U question posée qu'il n'y avait ni blessure n grave », niMessure « importante ».

Obs. 125. — Danger de perte d'un œil par suite d'un coup de fouet*

Un garçon de sept ans avait reçu un coup de fouet dans l'œil gauche quinte jours avant notre exploration. Noua trouvâmes une inflammation vive de la conjonctive etun ulcère sur la cornée, à trois lignes du bord. Nous déclarâmes qu'il n'y avait pas à craindre une perte de la vue, même à un œil, si l'on avait recours à un traitement approprié. Mais comme la maladie ne pouvait être guérie dans six jours (14 -f- 6 = 20), que le blessé ne pouvait pas vaquer à ses occupatioof ordinaires (aller à l'école), je dus déclarer que, comme il y avait incapacité de tra^^ vail de plus de vingt jours, il y avait blessure « grave ». (Maintenant ce ne sérail qu'une blessure « importante >).

• 4* Privation de l'ouïe.

Obs. 1 26. — Y o-M eu privaUon de l'ouie à %Me oreille par suite d'un soufflet f

Sous le régime de l'ancien Code, nous eûmes à répondre dans un tuper-a/r^re à la question suivante : « Est-il vrai, comme l'a rapporté le docteur K..., que la déchirure du tympan par suite d'un coup du plat de la main sur l'oreille toit très rare, ou bien, au contraire, cela peut-il se rencontrer souvent? »

Voici un extrait de notre rapport : « L'acte d'accusation dit que le 80 novembre, S... donna à C... avec la main un coup â plat sur la joue gauehe; qu'il s'éconla du sang par l'oreille gauche, et que C... éprouva des douleurs vives qui l'empéehèrent de continuer son travail. Le docteur K... a observé le blessé le même jour et atteste qu'il n'y a aucun changement à l'oreille externe, mais que la toade entre

une ligne plus profondément dans Toreille gauche que dans l'oreille droite ; que la narine étant fermée, l'air poussé par la trompe d'Buttache wri par roreille,ce qui prouve bien qu'il y a eu une rupture du tympan . »

A l'audience publique, le témoin R... rapportait qu'il n'avait pas vu donner le coup, mais qu'il l'avait entendu ; que la joue gauche de G... « était devenue un peu rouge », mais pas gonflée, et qu'il n'avait pas vu du sang s'écouler de l'oreille. Le docteur K... disait dans cette audience : « Il n'y aura pas surJité complète, mais il y aura un grand affaiblissement de l'ouïe. Il est possible que le tympan se rompe par suite d'un soufflet sur l'oreille, à cause de la pression de l'air ; mais c'est là une suite très rare, qui n'est pas présumable dans ce cas. Je n'ai trouvé ni gonflement de la joue, ai écoulement de sang, et l'on ne peut dire si la déchirure du tympan a eu pour cause le soufflet ou bien un autre accident. »

Quanta nous, nous ne pûmes que nous ranger du côté de cette opinion. « Les ruptures de la membrane du tympan par causes mécaniques sont très rares ; on ne les observe que lorsqu'il y a une violente commotion du méat auditif, ou une forte compression de l'air pénétrant dans ce méat, causée soit par une explosion de poudre, soit par un coup de feu effleurant l'oreille, nous mettons de côté bien entendu les perforations dM tympan par suite de maladie de l'oreille interne, ou les déchirures de cette membrane par instruments piquants. Mais si cette rupture est déjà rare par suite des violentes commotions de l'air, on doit la considérer comme excessivement rare par suite de la pression de l'air occasionnée par un soufflet sur l'oreille, ce que prouve le nombre considérable de soufflets qui sont donoci tous les jours, comparé à la très petite quantité de ruptures qui ont lieu. >

* Obs. i 2t. ^ Deux soufflets ont-ils causé une privation de Voule à une oreille?

Le jeune K... dit avoir reçu le 7 mars deux soufflets sur l'oreille gauche et être devenu par là n tout à fait sourd » ; de plus, il dit qu'on lui a porté des coups sur la poitrine qui l'ont fait tomber évanoui, et qu'il lui est sorti du sang par la bouche. Le jour suivant, d'après l'attestation médicale, il avait eu une congestion évideolc à la tète, mais sans (lèvre, des douleurs de télé, des bourdonnements, du vertige et de la surdité à l'ureille gauche. Le second jour il se plaignit de douleurs dans la poitrine ; on soupçonna une fracture de côte, mais ce soupçon ne fut pas confirmé.

Après une semaine de traitement médical, il était en état de vaquer à ses occupations; ni à l'oreille externe, ni à l'oreille interne, le médecin n'avait trouvé d'anomalie, même en explorant avec le spéculum.

Dans notre exploration, six semaines après l'accident, nous trouvâmes le blessé complètement sain. « Mous ne trouvâmes, nous aussi, ni à l'oreille interne ni à l'oreille externe, aucune anomalie, le tympan n'était pas blessé, et si K... se plaint d'une faiblesse de l'ouïe à cette oreille, je puis dire que, d'après les épreuves que j'ai dites, il simule ou il exagère une surdité. Je déclare qu'il n'y a ni « privation de l'ouïe u (S 193), ni « dommage important « pour la santé ou les membres (S 192 a), ni « incapacité de travail de longue durée », puisqu'une semaine après l'accident, il a pu recommencer son travail. »

* Obs. 1 28. — Prétendue privation de Votûe par un coup de poing.

Le relieur G... disait avoir reçu le 15 juin un coup de poing à l'oreille gauche, qui pendant un instant Tavait mis sans connaissance. Le docteur E... trouva le jour suivant » dans le méat de l'oreille externe une ecchymose fraîche et une surdité complète à cette oreille «.Quinze jours plus tard, le même médecin dit avoir trouvé une déchirure du tympan, longue de 3/4 de ligne, et il ajoute que le blessé n'avait pu entendre le tic- tac d'une montre de poche.

Je dis dans mon rapport : « On ne peut constater si la petite déchirure du tympan existait ou non avant la violence extérieure ; mais cela ne peut avoir de l'importance que s'il y a u dommage important pour la santé ou les membres », ou • incapacité de travail d'une longue durée, » (§ 192 a), ou bien « privation de l'oidte » ($ 193) Or, je dois répondre non à toutes ces questions. Quant à la eapocité de travail, le blessé m'a dit lui-même que le jour qui a suivi sa blessure il a pu continuer à faire ses afTaires. La petite déchirure du tympan est-elle un dommage important? Non, car par les petites déchirures de cette espèce, l'ouïe n'est que très peu, ou même pas du tout altérée. G... m'a dit qu'il n'entendait pas du tout de l'oreille gauche ; que l'oreille droite était dure aussi ; je pense qu'il y a U fimu/a/toti, qui n'est pas même conduite avec conséquence.

Je lui ai parlé assez bas, avec intention, dans sa boutique et son atelier, au milieu du bruit de la rue et de la cour, à la distance de deux pieds à deux pieds et demi, et même quelquefois en détournant la tête. Je lui parlais de choses insignifiantes, et il m'a toujours répondu vite et juste, comme ne le ferait certainement pas un homme « privé de l'ouïe ». Aussi, je déclare que les coups n'ont entraîné une blessure « ni grave » (§ 193), ni m importante <• ($192 a)

5" Privation de l'aptitude à la reproduction.

* Obs. 1 29. — Strangulation du pénis.

Ce cas curieux mettait en question l'aptitude future d'un enfant à la reproduction.

Cet enfant, âgé de deux ans, avait été victime d'un sentiment de vengeance nourri contre ses parents ; on lui avait noué des cheveux autour du pénis audessous du gland.

Trois semaines après, je vis l'enfant, dont les parties génitales étaient compléteflient saines et normales, ce à quoi on devait s'attendre, car le lien n'était resté que ^quatre heures et fut été par l'officier de santé W..., qui constata de la tuméfaction et des douleurs vives. Il n'y avait donc aucune suite fâcheuse ni pour la santé ni pour l'aptitude à la reproduction. A cette question : r est-ce une blessure dans le sens du paragraphe 193, et cette violence aurait-elle pu avoir des suites dangereuse» pour la santé de l'enlant ? » nous dûmes répondre en niant n une blessure grave • ; que si le lien strangulatoire était resté plus longtemps, il aurait pu eu résulter une tuméfaction grave du (irépuce, une inflammation de l'urèthre, etc., et

218^ PARTIE ^lOI,OOIQUB•

que, pnr conséquent, « cette violence aurait pu avoir des suites dangereuses pour la santédeTenfinit »•

Om. 130. •*- Prétendue perte de Voptiiudâ à la reproducUon, par suite d^un coup

de pied.

L'ouvrier B..., âgé de trente et un ans, fort et bien portant, marié et père de cinq enfants, reçut le 3 février un coup de pied avec un sabot dans la région inguinale gauche. U était resté quatre semaines à la Charité, et le journal de Thépital constatait qu'il avait souffert pendant plusieurs semaines d'une tuméfaction douloureuse du testicule et du vase efTérent du côté gauche, et d'une hydrocèle. Quatre semaines après, il était complètement guéri. Six mois après, je fis mon exploration ; par une forte pression sur le testicule gauche, on provoquait encore une douleur, ce testicule était atrophié, le vase défférent n'était plus gonflé. Il u*y avait nihydrocèle ni hernie. Dans ce cas, les questions qui me furent adressées ne se rapportaient pas exactement au texte de la loi, j'y répondis ainsi qu'il suit : « Vu l'espèce de la violence et de la maladie décrite, on ne peut douter que l'état actuel ne soit réellement la suite de ladite violence qui a dû produire une forte contusion des organes génitaux. On ne peut cepe«i$nt pas regarder l'aptitude physique à la reproduction comme perdue pour le blessé, quoique B. . . prétende qu'il ne peut pas bien accomplir le coït. Car, s'il est possible que les lésions que nous venons de décrire rendent la faculté de reproduction plus difficile, ce ne sera probablement qu'un accident momentané dont la jeunesse et la bonne santé de B... triompheront bientôt. Quanta l'atrophie du testicule gauche, elle n'a pas d'importance, car on sait qu'un homme, même avec un testicule, est encore complètement apte à la reproduction. D'après cela, je réponds aux questions {)osées :

!<> Que l'aptitude à la reproduction n'est pas abolie chez lui ;

2° Que ce qui cause l'altération de la santé de B..., c'est la violence en question.

B, — Blessures importantes.

Dommages importants pour la santé ou les membres. Obs. 131 . — Sympt&mes multiples de maladie et prétendue inaptUuâe au travail,

11 arrive à chaque instant qu'après des coups et blessures on porte plainte on matière civile pour obtenir des indemnités. Le 4 octobre lS47,le chiffonnier R..., âgé de soixante -trois ans, s'était battu avec L..., R... disait que L... l'avait saisi au cou avec ses deux mains et l'avait serré comme s'il avait voulu l'étrangler, et l'avait poussé de cette manière jusqu'en dehors de sa cour. « Lorsque je revins, con* tiniiait R..., il me saisit de nouveau, il me frappa dans la figure jusqu'à ce que le sang coulât, me reprit le cou avec ses deux mains et le serra jusqu^à ce que je fusse tombé sans connaissance. »

R... déclara s'être trouvé, le 8 novembre, assea bien pour sortir et pour vaquer, à ses affaires, il souffrait seulement encore de douleurs à la tète, el d'une faiblesse

de Tœil f^auche. Le jour qui suivit la violence, le docteur R... fut appelé auprès du bletsé. Le médecin, d'après une attestation du 20 octobre, trouva le malade m plaidant de douleurs de tête, de bourdonnement dans les oreilles, d'éblouiasAx menta, de vertiges, de douleurs dans la région du foie, de Testomac et dans tous les membres, particulièrement dans la hanche gauche. Avec cela des ructut^ des en» YÎetde vomir, et une langue fortement chargée. Les deux oreilles étaient ecehy* rooeées, il y avait une forte ecchymose sous la coi^jonclive, et l'épiderme était écorcbé à beaucoup d'endroits de la figure, ainsi que sur le cou en avant et dea deux côtés. Des ecchymoses étaient encore visibles aux deux côtés du cou. Dans la nttit du 5 au 6 octobre, le blessé eut des convulsions.

Le docteur R... regardait cet état comme résultant d'une fièvre gastro-bi- Uense avec congestion au cerveau et au foie, et pensait que des affections morales jointes à de mauvais traitements devaient être la cause de cette maladie. Ledit médecin jugea que la violence aurait pu causer un dommage important pour !• santé et même menacer la vie, quoique R... ait été guéri. Le 25 janvier 1848, à une nouvelle exploralion, le docteur trouva le blessé R... se plaignant de douleurs dans le dos, de douleurs de tôte et d'aff'aiblissement de la mémoire, mais le médecin ne trouva aucun signe appréciable.

Après que L .. eut été condamné à un emprisonnement de plusieurs semaines, R«.., non content, fit une nouvelle plainte en dédommagement le 30 avril 1849, prétendant ne pouvoir plus continuer ses occupations de chiffonnier à cause de ses infirmités, et demanda la somme de 1000 francs comme dédommagement, déplus, 1 franc 25 centimes pour sa nourriture journalière jusqu'à son complet rétablissement. Le docteur R..., appelé de nouveau, déclara que le 5 octobre 1847, R... avait été incapable de travailler, qu'il ne pouvait plus savoir jusqu'à quelle époque cette incapacité s'était prolongée, mais que le 25 janvier 1848, R... était guéri.

R... rappela, le 12 janvier 1851, contre la décision de la Cour royale qui avait été loin de donner entière satisfaction à ses prétentions. Il disait que L... lui avait occasionné des dommages a importants pour sa santé » en le jetant trois fola^ par terre, en lui appliquant le genou sur la poitrine, et en le jetant le flanc gauche contre le timon d'une voiture, en le frappant au visage, et en lui appliquant le< genou contre les parties génitales. L'œil blessé était perdu, la hanche gauche était toujours lésée ; il était toujours malade depuis l'accident, il était atteint de convulsions et de dérangements dans les organes abdominaux, qui ne lui permettaient pas de faire ses besoins sans éprouver de grandes douleurs ; il était inapte au travail surtout au travail personnel, car aa hanche s'enflamme toujours par la marche.

L'accusé cite des témoins qui ont vu R..., le jour qui a suivi son aecident, travailler à son ordinaire. Le docteur R. . fut de nouveau entendu -, il déclara qu'il avait visité le plaignant quatre fois, du 5 au 1 1 octobre, qu'il ne l'avait vu ni le 7, ni le 8, ce qui prouve que la gravité de la maladie ne l'exigeait pas. Il dit en outre que l'état de R... avait été tel qu'il l'avait déjà déclaré. A partir du 11 octobre, il n'a pas fallu d'autres visites. R... est un homme faible, maigre, et a la taille courbée en avant; dans ses voyages aux environs, le docteur R... dit avoir vu le plaignant faiaant paître son cheval, vaquant à ses occupations, chargeant des voitures de bois, que

220 l-AKTIE UIOLUtilQUE.

mrdix-Mpt viiiLes qu'il lui avait Ta îles dant la maison, il ne l'avait trouvé que Iroii <W quatre toit chet lui, et que mime il n'avait pai demanda dei leconra médictax. En 1849, ileutUDepleurisierliumatiimale. Le médecin déclare queleaijmplilinei décrite dani sou premier rapport du 30 octobre 1817 proviennenl probablemeot d'une congeition cérébrale produite par le ilronguUliaii, surlaul l'il J « eu rédlemenl dei convuliioat qu'il n'a du reite pa> obiervées lui-même. Lei éeorchurei lurent guériei en peu de lempa, et la lièvre ganlro-bilieuee a été guérie en aept joun. Le malade, le n octobre, n'a pas parlé da douleurs à la hincbe, deuleura qui ne préienlaienl pus de eymplAmea appréciables pas plui qu'à préienl. Lei ecelijtmoiei de l'ieil et des oreilles étaient sans importance, et sont regardées, à tort, par le blessé comme le< eauMs de ta prétendue surdité.

J'ai vu R..., dit le docteur R..., le 7 du même mois (novembre 1851) dans un Irèt bon état de santé, et conduisant sa voilure par un 1res mauvais temps ; je déelare l'avoir vu rarement chez lui, et l'avoir vu, au contraire, vaquant à jet occupatieni, ee qui me fait conclure que, vu le manque de sirinptàmes appréciables, le manque d'harmonie qui règne dan« set déclerolions, celles-ci n'ont pas de fondement, qu'il ei( impossible de mettre sur le compte des violences exercées aur lui le t octobre 1847, les déiaiigements dont il se plaint, que son inaptitude au travail ou ton aptitude incomplète doit plutôt être attribuée, iioil à son âge avancé, leil à sa feiblease corporelle, soit aux rerroidissementa auxquels l'expose sa proreuioD, malt en aucuoe manière cette inaptitude au travail ne peut Sire regardée comme la suite

Je déclarai, moi, dans mon rapport : > Je dois me ranger compUlentml du eôlé de Caciidu docteur tl... L'expérience démontre que des plaintes de celle sorte sont presque toujours mal fondées, maia je me suis rarement trouié en &ce d'un eu où, comme dans celui-ci, les prétentions soient aussi exagérées, les simulations aussi évidentes et Ira mensonges aussi peu déguisés.

Le 4 octobre 1847, le plaignant a été attaqué. Uans sj première plainte, qui fut déposée aussitôt après, il ne fait pas mention, comme plus tard, d'un Inatrumenl tranchant, et no parle que de blessures produilet par les mains de L... Celui-ei, disait-il, s'était servi de ses mains comme instrument strangulatoire, ce qui fut vérifié par l'exploration médicale ; il est inutile de remarquer ici que de cette manière L... aurait pu tuer R... Hais cela n'ayant pas eu lieu, il était phjsiolegiquement nécessaire que, comme dans toutes les lentativesavorlées de strangulation, la pression sur les vaisseaux et les nerfs venant i cesser, la reqiiratioa et ta circulation se rétablissent après un court iolervalle, et qu'au bout de quelque) jours BU plus tout rentre dans l'ordre. Hais janMÛ un lei «ecldent n« pont aveir des suites durant des années, comme R... prétend en ressentir eoeore. A usai, la docteur R... l'a-t-il trouvé le 20 octobre I84T, seiie ionrt ipiic la violMee, • tout à fait bien perlant «.Hais R... dit qu'on lui ■ appliqué le |e*iiu nr la yei- Irlne, qu'on l'a jeté le flanc gauche contre le ti■lOdd^|l!e «otton, fl'M lulalnf^ lé le |won eoalre Im paitiM gMIalM. S M Mttitnordinaira qu'il fasse ces déclaratioiiâ apiùi quatre ant . et que i-el houicio IfiA •oiianle-s^t aas, exhibe, comme clioies nouvelles, ilet événements qu'llavajt lu

BLESSURES KON HOaTELLES. — OBSERVATIONS. 221

ril à dire tonl de luite. Il ett lingulier qu'iucua ûei lémoint n**it vu ce* violencti : □uii encore de« Mîroni icientillquei parlent cou lr« li vérieitâde lallei déelaralioni. Ajoutei qu'il •'*git de lésion» impoHsntei lellei que : applicition du genou *ur U poitrine, choe contre lei partiel gtnilalei. De lellei lériont ehei un homme de (oliinle-lroj) ani, n'auraient pu avoir lien sani des innptAnei apprécieUei, tjrmpldmet qui n'auraient pu échapper au docteur h... U lendtmain dtt'aeeidmt. Or, il n'eit pai questioQ de lout cela, elle témoin te plus croyable, 1« docteur R..., l'a Ironté quinze jours après complélemenl guéri et raiuol paiement «eti aflkire*. Il s'enauit que les prélentioni de H... sont Tauiiea ; rr qui le prouve encore, c'e«l U manière dont sont formulées tes plaintes de R.... chaque plainte renchérit sur la précédente, de plus, des épreuve* pleine* de sagacité du docteur H..., ont dr- Tojlé toutes tes simulation*. Les actes disent ce qui suit ;

Le tt novembre 1S47, R. .. déclara qu'il était rétabli au point de pouvoir raquer s ses alTairea et dit qu'il ne lui restait que des douleurs sourdes dont la We et «me faibieut à l'œil gauche.

Le 3S janvier ISéB, il le plaignit de douleurs dans le dot el dans la léle et de lkîblp*se deuiemon-e.

Le nu avril 1 8i9, il se dit presque aveugle de l'vil gauche, ne pouvant entendre que Taiblement et ajantdes douleurs dans la hanch» el dans le la*-ceatr«.

Le 1 2 mars 1 8^0, • je suis 1res faible el incapable de me faire comprendre dei

Le ISjuin 1851, l'œit gauche ett perdu, ta hanche gauche malade, et il te trouve toujours mal depuis Taccidenl,

Le 15 novembre enlln, il a des douleurs dans (ou) tes membres, urine difflcilemeol ; il a des convutsions ; il esl obligé de se tenir courbé eu allant en voiture ; il a perdu son inUlUgence et n'a plus de mèmoir» ; il est bOUeux de la hanche gauche el lourd de l'oreille gauche.

Il «erail contraire ï tout principe médical de vouloir prétendre que celte mulliplieité de sfraplAmes maladib provient d'une rixe dont le peu d'importance a été décrit plua haut. Il est certain que ce* plaintes proviennent en partie de maladies réelles, qui sont la triste privilège de la vieillesse, telles la faiblesse dei .veux, la dlfllcullé d'uriner, la faiblesse de l'ouïe, et ce que R... enlend par la perte de ion îaleUigeoce;etlea proviennent aussi en partie de meniongei et d'inventioaa. Le docteur n..l ne trouva à l'audience, où toutes ces plaintes étaient formulée*, aueyn phénomène appréciable, si ce n'eti un tremblement des mains comme on le rencontre ehei beaucoup de vieillards; un pouls de 100 pulsations causé par l'émotion pajebiqne produite ehea le vieillard par l'audience ; une faiblesse de la liancbe qu'il paraiasail oublier quelquefois ; un mil gauche complètement sain cl avec une farce aw mal II Pmir éprouver la soi..diaanle aurdilé, le docteur R... lui mil une montre t'oreill" gHiiche sni-diiant stiurde, B. . prétendit ne pas ennnv luunli'ci niiii montée auprès de l'oreille droite et il déclara : J'entends parfailem''nt !c tir-lac de la montre avec celle oreille, a D'après cela, ai que l'ilal i-arpnicl du plaipunt ehiIRmnier R... ne poiiiml provenir • ncenées inr tut le 4 iielrèra lUT par l'aecnié L ..

2Z2 PAHTiB BIOLOOiqtlE.

Om. 1 SS. — - C(mrb%n du gtnou et préitiàut meofociU 4e iraoaU.

■ Va voleur qui *vait dtjà i\A louvBnl puni, fut prit an lUfranl délit at arrM, 11 prMmdtit qu« lu •genli de police avaient eiereé un lui du vutlencei qui «■iut MienâumtUdie.

Comme dini le* ea* de cette e«pice, lee dépoiitionE renfermiei dam lei aelM différaient. UneiDitruetiontréilonfueamenRleréiulUliuivial :

W..., le plaifaaat, raconte : ■ Qualre agenU de polica m'ont HÎti daoi ma niûiion, m'ont lié lei mains derrière le dD( et m'ont traniporté dana ud Qacre tu dépdt de police. ■ Il faut remarquer d'abord que dana ion premier ialetra|ib)iie ii raconU) ainsi qu'il précède ce qui l'eit paiit dani h maitoa, tandia qu« plua lard il Tonnule d'aulcei plainlea. Il dit qu'on lui a ouTert lot poinp avec Torce pour lui amcber de l'arfeul, qu'oui'* jelépir (erre, qu'on t*e*t oui à Konotu anr lui, qu'on lui a frappé la figura contre la terre. Parmi lei lémoini. la famme I... dit qu'elle a vu qu'on lui a lié lei maina, qu'on lui a Ihippé le tiaqe i de nombreuses reprises, et qu'on lui a donné beaucoup de coups de pjcd, maii qu'il a deacand* ■Tac calme les mtrchM de l'eicalier et ait monté dans le fiacre. Le mari de cette dernière dépose qu'il t vu lier les mains da W.... qu'on lui a donné beaucoup de MHipt de pied elqu'oo l'a traité • comme nue béie féroce >.

L'accusé Z... n'admet pas qu'on puisse avoir coiillance dans le timoi^nafe de ae témoin parce qu'il était ivre, ce qui est auMi conalaté par le témoin H..., qui déclare également que o l'on ne peut pas dire que W... ail été mallrailé quand on r* prit ■-, de plua Z... a de fortes raison* pour repeusiet le témoignage des époui 1... Le teneur de livrée B..., qui a été victime dea vols de W.,., avoue queceloi-ci n'a pas été traité avec douceur, mail qu'on neluiadonnéauouncoup, nifaitaucuae

W... continue ses plaintes sur la manière dont on l'a traité plua tard. Arrivé dans le dépdl de police on voidulqu'il avouât son toi: «Onmelialespîedaideuxhoniaes ne tirèrent sur une lable, m'y retinrent, me bour.bèrent la bouclia, et l'un d'au me frappa le dos et les fesses avec un bilton de la groaaeur de deux poucat. Lorsque le premier fui fatigué, le second prit le bllon et ma frappa. Lorsque c« dv nier hit fatigué à son tour, onmeUcba. AJoraonsiige* de nouveau que j'avewaaaa oé j'avais mis les liti, et comme je ne le pouvais paa, on lue lira eooare km fois sur la table et l'on me frappa sans miséricorde. Ce procédé fui répôU aizà Nfl lais jusqu'à ce que je tombai évanoui par terre. Cela dura preaqua un* tMun*|rai reçu près de cent coups de béton, •

Cela aes'IiarmonisepastoulB failsiveR ce<|u'il adéelaré i^M lard ; «n lui nnK )eté une corde entre l«a Jambes, de nianiéie ù le faire tomber par terre \ on l'aie rail mis sur une table et bappé avec un bâlun ; mais ii nn savait pas ai n'àtail un m deux hommes qui l'avaient frappé, car il ne pouvait voit, ajaul la ilgurc appluiuéa contre la table. 11 ne pouvait pas dire combien de lemps les violences avaient duré. V..., comme on le voit, sa «oalradil gravement ;a'un aulii: aùvi, les quatre lOployés de police, dont le UmoifiUfe est bien auui crajaUt qti* ç^ul dt V^,,

qnlett reconnu cooime manieur, disent que lOul ce que oelui-o! raconte n^tt aulre cboM que de ■ purt nentongM >, etqu'ili n'ont fatt aucune violence i W... en le .fciunt priMnniM'. [.e priwnnier A... dépote ausii contre In v£rioitéde>plBhiteidB W... -, il dit que celui-ci l'a prié de déposer pour lui et qu'il ne l'oublierait pas dans roccaiion; il lui a raconté qu'il était trèi heureux des vlelencea que l'on avait exercéei contre lui, car il pourrait obtenir des emplo^éa une indeoinlté de 40 fTanet par mois pour son alimentation : qu'il pourra vivre traequille dans son pvji, où l'on ne remarquera pas s'il a de* héquillea ou non.

Outre ce qui précède, il y a encore dei raison* médicales qui diminuent la posaibilité que W... ait pu élre mallrailé ausai violemment. Il est certain qu'un homme qui ■ pendant une heure enliire a reçu cent coups de bilan de la grosseur de S pouces •, qui a été lié sur une table, et que plusieurs homme* se «ont fatigués à ftvpper, a dû élre mi* dans un étal voisin de la mort, et a dû conserver pendant lengtempi de* trace» importantes de ces violence*, Il a dû aussi éprouver une Ibrte . réaction fiévreuse. Et il en a, ûlé tout autrement pour W... ! Le secrétaire K..., qui l'a interrogé k son entrée dans la prison, a n'a pas vu du tout qu'il eflt été victime de violences, n et il ne te plaignait de rien ; ce qui est encore plu* important, c'est que l'ofllcler de aanlé L..., sur la lèuille d'arrestation du 11 décembre, dit que : ■ excepté une petite ecchymose tur la feate, il ett complètement sain eorporelienent. > Enlin, le témoin déjà mentionné, A..., dit avotr vu le lendemain • des tache* rouget *ur let fei*ea, mais aucune strie ; on ne pouvait pat dialinguer si «Iles étaient produites par det coup* ou par une chute ■ ; il n'a pa* entendu W... te plaindre de douleurs, et il l'a vu Iréabien sortir de prîton le lendemain. Vu tou* ce* faits, je dois déclarer que W... n'a pas pu être maltraité d'une manière aussi grave qu'il le préteoii. Cependant, le jour suivant il fut transporté à l'hépital, oCi le chirurgien le saigna pour • une fièvre inflammatoire n. Il lui appliqua aussi de* ventouses sur la hanche, opération pendant laquelle il remarqua de* taches bleues •ur la fesse. Le 31 décembre, il recevait déjà le régime alimentaire de la prison, et le S janvier, il était mit au O* 4 de la prison comme comptélemeot lain, l'offlcier de santé écrivartlque W... n'avait plus besoin d'élre soigné médicalement. Lel3jen- ^er, il fut de nouveau transporté à l'hépital pour v étal fiévreux >, que te chirurflen L... ne conaîdérait pourtant pas •• comme une (uite deble**ures i.

Le 1" février, i'ii eiploré moi-même W.,, ; j'ai observé comme ivmpléine* appréciables des traces de venloutei et quelque* taches rouges • de plus, le membre Intérieur droit était plus long que le gauche, à cau*e d'un relâchement det mutcle». Je n'avaii aucune conneiitancc des aclei ni de l'individualité de W...; toutes Im elrconatancet me moatrérent que celui-ci eiagéruit ses douleurs : mais je ne pw douter que le dos et les fesses de W,,. n'avaient été frappés. La maladie l'aggrava, et ail semaine* après, l'oQlcîer de santé atlMta ■ que W.., étailatteint IThn rfctmifiUinut «kroniftie de la jambe droite, qui Mt amaifrie, roide et fléchie au genou (ce qui n'cxulnit pus auparavant), ^u'il ne peut ui.ircher *ant le tecour*

III blton i;t i[u'il ii'e*l pat exempt ils Hvirr », Surla ilFiimiidede L..., le malade il trauapurté à U (Uivtilâ le 16 uiara, d'où il torlil le 8 ^iclolire tant être guéri. nivÈiUpriion,ilfiit deiuile, lea, truiaportùi la talle dtWMuUde*, ■ à cause

22i PARTIR BIOLOGIQUE.

de courbure du genou droit m. Trois mois plus tard, le 19 janvier, il fut transporté comme « sain n au n* 12 de la prison ; et six jours après, il revint à l'hôpi* tal f à cause d'une fièvre gastro-rhumatismale », d'où il sortitcinqjours plus tard, guéri.

L*état actuel de W... est le suivant (mai 1846): Le membre inférieur droit est un peu plus long que le gauche, courbé au genou, de sorte que cette articulation peut être fléchie comme celle d*une extrémité saine, mais ne peut pas être étendue. Il n'y a pas d'amaigrissement à cette jambe, mais un gonflement peu important des condyles du fémur droit. Au genou se trouvent des cicatrices provenant des vésicatoires et des moxas appliqués à l'articulation ; du côté droit, sont deux cicatrices de moxas, mais aucune autre anomalie, aucun gonflement, aucune déviation de la tète du fémur ; les contours des deux fesses se trouvent en ligne droite. En général, cet homme est bien portant, sans fièvre, mais ne peut marcher sans béquilles. De temps en temps il y a érythème de la jambe droite, j*en ai observé moi-même.

W... lui-même ne dit pas que son genou droit ait été surtout le siège des violeaces, et pourtant sa maladie principale actuelle y a son point de départ. Cet état permet une double interprétation. Ou il y a rhumatisme chronique, ou la douleur du genou est la suite d'une inflammation chronique de l'articulation. Celle-ci peut provenir de violences exercées suc l'articulation, c'est ainsi que s'expliquerait l'état actuel incurable de ces blessures. Mais il y a des raisons décisives pour rejeter cette interprétation. J'ai déjà expliqué pourquoi des violences importantes ne peuvent pas avoir été exercées sur les parties nommées. Il est plus important de remarquer que la maladie de W... ne s'est pas augmentée progressivement du moment des flétrissures jusqu'à l'époque où le genou devint courbé, ce qui aurait dû avoir lieu si l'état de ce genou provenait d'une maladie de l'articulation ; mais que plutèt l'exploré a été bien portant pendant des intervalles d'un mois, après que les acci* dents inflammatoires furent guéris.

Même, le 1*' février, ainsi six semaines après l'arrestation, je ne trouvai aucune trace de cette maladie grave, facile à constater ; enfin, ce qui, à lui seul, est décisil, l'état actuel de rarticulation démontre indubitablement qu'il n'y a pas de maladie. Cela est prouvé par les signes négatifs que je viens de nommer, qui démontrent qu'il n'y a pas de maladie traumatique et qu'il ne peut pas y en avoir eu. Tout plutêt se réunit pour admettre que l'état dans lequel se trouve W..., depuis le milieu de janvier jusqu'à aujourd'hui, tient à des causes internes, un rhunuitisme chronique qui est très probablement compliqué de cachexie, comme on le voit par les érythèmes. Les médecins ont diagnostiqué, pour le traitement, un rhumatisme, (le plus, les altérations provenues au genou sont une suite assez fréquente de cette maladie.

Ile là je conclus que W... n'a pas, au moment de son arrestation, été maltraita comme il le dit ; si l'on a exercé contre lui des violences, on ne peut pas considérer le mal dont il souffire, la courbure du {^enou, comme en étant la suite. U plainte fut rejelée.

BLESSURES NOr« MORTELLES. — OBSERVATIONS. 226

Obs. 1 33. — Prétendus dommages importants caïués par Vextraction de dents.

Un père porlaît plainte contre an dentiste qui avait, il y a quatre ans, arraché à sa fille âgée de quinze ans, trois dents en se servant du chloroforme ; il disait que sa fille souffrait continuellement, depuis ce moment, de douleurs de tôte et de faiblesse des yeux. Mous trouvâmes la fille dans la période de puberté et très pléthorique, les yeux complètement sains. Dans le maxillaire supérieur il manquait du câté droit une molaire, et du côté gauche une canine, dans le maxillaire inférieur, une canine du côté droit.

L'accusé disait qu'il avait arraché les trois dents sur la demande du père, parce que, ayant poussé de travers, elles empêchaient la netteté de la prononciation. Une canine du maxillaire supérieur était encore de travers, ce qui venait à Tappui des déclarations du dentiste. Nous expliquâmes que des douleurs sont purement subjectives, et ne peuvent être constatées. Mais dans tous les cas, on ne pouvait admettre qu*il y eût là m dommage important », et il était impossible que l'extraction de dents, ayant eu lieu depuis si longtemps, eût encore cet effet, qu'il était plus vraisemblable de mettre les douleurs de tête, etc., sur le compte do la pléthore et de l'époque de puberté. Du reste, l'intervalle entre les dents commençait à se remplir, et la bouche n'était pas le moins du monde défigurée. Ainsi, il n'y avait là ni «blessure grave », § 193, ni a blessure importante j», § 192 a.

* Obs. 1 34. — Fracture du fémur après une chute par la fenêtre.

J'eus à explorer un homme âgé de vingt sept ans, qui, étant ivre, fut frappé au côté gauche de la tête, avec une bouteille ; la blessure légère qui en résulta fut décrite quinze jours plus tard par le docteur H...; on pouvait encore voir au côlé gauche, une petite tache rouge. Il ne peut être question de cette blessure, puisqu'elle est de peu d'importanee. Le plaignant dit que, outre cette blessure, on Ta jeté d'une fenêtre de 10 pieds de hauteur, dans la rue, ce que contestent les accuses. Ce qu'il y a de certain, c'est que R... a été trouvé au bas de la maison avec une jambe cassée. D'après l'attestation citée plus haut, on trouva, le 25 mars, une fracture du condyle externe du fémur droit, et une fracture longitudinale du même os, les ligaments de la partie externe de la rotule du genou étaient déchirés. La blessure est maintenant guérie, les os sont soudés et ont besoin seulement d'être encore soutenus par un bandage. R..., pour marcher, est obligé de se servir de béquilles, et ne peut presque pas plier son genou ; l'état général est tout à fait satisfaisant. R... a encore besoin d'être soigné, il ne peut marcher sans qu'on le conduise, et ne sera probablement pas, avant trois ou quatre semaines, en état de comparaître à l'audience. Pour ce qui regarde l'avenir, on peut assurer que le plaignant aura toujours de la difllcolté à marcher, et que le membre fracturé restera plus ou moins roide. Si l'on veut classer les suites de cette blessure dans les paragraphes du Code, il est ce<iain qu elle constitue « un dommage important pour \d sauté et les membres », et qu'elle a déjà causé c une incapacité de travail de longue durée » (192 a). Cependant, quand même il devrait y avoir ankylose I. 15

complète, je ne puis dire que cela constitue «une mutilaliou », puisqu'on définit par ce mot, la perte d'une partie du corps qui ne peut se remplacer. La législation n'emploie pas ici le mot a déformité » qui serait bien à sa place. Aucune des circonstances du § 193 n'existant et ne devant exister, je dois considérer U blessure de R... comme « importante », selon le§ 192 a.

* Oiis. 135. — Une hemk est-elle survenue avant ou aprèi le 3 octobre?

Je cite ce cas, comme une nouvelle preuve de Tétrangeté des questions qui sont posées au médecin légiste, il m'en est arrivé trois de cette espèce. Une femme de quarante-trois ans prétendait que le 2 octobre, elle avait été poussée dans un escalier, et que la chute lui avait occasionné deux hernies inguinales, tandis que l'accusé disait qu'elle les avait déjà avant cette époque.

11 y avait au côté droit une petite hernie réductible, au celé gauche, une dilatation de l'anneau. Nous expliquâmes (Qu'une hernie datant de deux mois (c'était l'époque de notre exploration) ne diffère pas beaucoup d'une hernie plus ancienne, mais qu'il est plus vraisemblable d'assigner à celle-ci une date plus ancienne. Car il est rare qu'une hernie naisse ainsi subitement d'une violence, et dans le cas où cela arriverait, il y aurait d'autres accidents. D'un autre côté, la plaignante a eu six enfants et montre un ventre pendant, ridé et flasque. Et il est reconnu que des acccouchements nombreux produisent souvent chez les femmes des hernies de cette espèce. Il faut remarquer aussi que de petites hernies comme celles dont il est question, ne sont très souvent pas remarquées par les malades, parce qu'elles ne font pas souffrir, de sorte que la femme peut être de bonne foi en disant qu'elle ne les avait pas avant sa chute. De là je conclus que l'on ne peut pas déterminer avec certitude si la hernie est survenue avant ou après le 2 octobre, mais qu'il est plus vraisemblable d'admettre qu'elle a existé avant cette époque.

3" Incapacité de tbavail dk lomue puhèe.

La plupart des blessures non mortelles appartiennent à cette catégorie. Les observations suivantes montreront combien les conibî<^ naisons peuvent être multiples, et combien l'évaluation médico-légale est difficile.

Obs. 1 36. — Bles$ures multiples par instrument piquant et tranchant.

Une femme de vingt-trois ans, jolie, petite, mais vigoureuse, fut atlaqiiée dans sa ch.ambre et jetée par terre par un malfaiteur, pendant qu'elle était oee»pée à allaiter son enfant. Elle se sentit blessée par un instrument piquant, elle eoMbatlit de toutes ses forces contre le voleur, jusqu'à ce qu'eUe eût perdu connaistaDee, et resta inanimée. Mais lorsque le malfaiteur commença à a'enftiir elle se lilavi, le poursuivit et le flt prendre.

OuUe des ecchymose* sur U dos de la main, jt tnNivai trës Mnwrw pm

menis piquants et coupants sur l'os pariétal droit, les deux joues, roreille ^uche et les deux mains ; la joue droite avait une coupure profonde d'un pouce et demi. La santé générale n'était pas profondément altérée, et quatre semaines plus tard, je trouvai tout cicatrisé ; mais la femme très déflgurée se plaignait, ce qui était très croyable, d*ètre très affaiblie et de ne pouvoir travailler comme auparavant. Comme la o maladie » avaient duré plus de vingt jours, la blessure fut considérée comme « grave » ; selon le nouveau Code, elle ne serait «qu'importante m. Le malfaiteur n*a pas échappé à sa punition méritée^ puisqu'il fbl reconnu coupable de tentative d'assassinat, et condamné à quinte ans de travaux forcés.

Om. 137. — Coup de couteau dans le brat.

Ce cas, comme le précédent, arriva devant une cour étrangère du temps de l'an-' cien Code, qui stipulait une maladie ou une incapacité de travail « de plus de vingt jours ». On ne pouvait cependant déterminer le jour où la blessure fut faite.

Un homme avait donné à sa femme un coup de couteau au bras gauche. Un médecin avait attesté » une lésion de l'articulation du coude avec perforation ». La lésion avait eu lieu au milieu d'août, et la mort de la femme était survenue le 6 octobre. A cette époque seulement, on soupçonna que la mort pouvait se rapporter à la blessure. Le il octobre on déterra le cadavre. Ceux qui disséquèrent trouvèrent encore la capsule ouverte. Je déclarai à l'audience que l'époque précise de la lésion n'avait pas d'importance, puisque la maladie avait duré plus de vingt jourb, ce qui constitue une blessure « grave », selon l'ancien Code, « importante v, selon le nouveau.

Obs. 138 et 139. — Coups sur la tête^ incapacité de travail personnel

0b8. 13S. — Vingt-deux jours avant mon exploration, un sergent de ville de Berlin, dans l'exercice de ses fonctions, avait reçu de plusieurs hommes des coups sur la tète, qui lui avaient occasionné un écoulement de sang par le nez et l'avaient mis hors de connaissance pendant un certain temps.

L'ofllcier de santé, appelé sur-le-champ, trouva sur le front une ecchymose de la grandeur d'une pièce d'un franc, avec lésion de la peau, une autre semblable sur la protubérance frontale droite, une troisième sur le temporal droit, une forte ecchymose au nés et sur la partie supérieure de l'occipital. Pour ma part, je trouvai trois semaines plus tard des cicatrices rouges, mais aucun symptôme appréciable de maladie. Le blessé se plaignait de douleurs dans la tète et disait ce qui était très croyable, qu'il ne pouvait pas porter son casque parce qu'il pressait trop sur ses cicatrices. Or, sans casque, les sergents de ville ne peuvent faire leur service. Ainsi, il y avait incapacité de service (travail) de plus de vingt jours et la blessure (à présent importante) fut déclarée grave.

Ob8. 139. — Un autre sergent de ville avait été frtppé avec un pot à la partie gauche de la tète, et eut un court évanouissement ; on voyait une blessure contuse d'un pouce de longueur allant jusqu'à l'aponévrose épicrânienne II disait qu'à ctBM de Mi denlewf de tète il n'avait pu faire son service (avec son casque) peu-

228 PAllTIE BIOLOGIQUE.

(lant quatre semaines. On ne pouvait considérer comme simulation la surdité de son oreille gauche, car on voyait que pendant la conversation il penchait mitûnctivemeat la tête eu avant et à gauche. La lésion remplissant les deux conditioiis du $ 192 a fut déclarée « importante » .

Obs. 140. — Coups sur la tête; cheveux arrachés,

La femme P... avait été trenle-trois jours avant mon exploration frappée très violemment à plusieurs reprises avec «ne clef sur la tète, et jetée par terre, et elle ajoutait qu'on lui avait arraché une grande quantité de cheveux. Je la trouvai encore au lit, qu'elle disait être obligée de garder presque toute la journée, prenant des médicaments, se plaignant de douleurs, de pesanteur de tète, et d'une grande faiblesse. Toute la ligne médiane de la tête était chauve, et son mari montrait un gros paquet de cheveux qu'il disait avoir été arraché par Violence.

C'était évidemment faux. Un grand nombre d'heures auraient à peine suffi pour achever une telle opération, qui aurait eu alors des suites tout autres que celles décrites par le médecin. Lorsque je leur expliquai que cette quantité de cheveux perdus avait été plutôt déracinée par le peigne, comme cela arrive souvent, ils m'en montrèrent une quantité encore plus grande, en prétendant qu'un tel paquet s'en va tous les jours en effet après le peigne ; mais que cette maladie des racines des cheveux était justement la suite des violences. C'était également faux. « La violence, disais-je dans mon rapport, avait eu lieu le soir du 18 avril, et déjà le 22 du même mois, le mari faisait sa plainte et montrait le gros paquet de cheveux *, on ne peut pas admettre qu'en quatre jours il y ait eu perte d'une si grande quantité de cheveux, et il est plus probable que celte perte a une origine plus ancienne, » Néanmoins, et abstraction faite des cheveux, il était évident que la femme était malade et incapable de travail pour plus de vingt jours, et que, par conséquent, la blesiure devait être considérée (alors) comme « grave » .

Obs. 141.— Coups de hache sur la télé.

Devant la cour de W... j'ai eu à donner mon avis dans le cas suivant.

Le paysan M. . . saisit un voleur en flagrant délit et reçut de lui trois coups du bord d'une hache sur la tête. Le 17 juin, il entra à l'hôpital, où on lui trouva trois blessures contuses de l'aponévrose de la tète, mais pas de symptômes graves ; de sorte qu'il fut renvoyé guéri après onze jours. A l'audience du 30 octobre, c'est-à-dire quatre mois et demi après, il fut constaté que M... ne pouvait pas se baisser sans éprouver des douleurs violentes et du vertige ; qu'il m pouvait pas moîssomier ni chasfer^ car chaque coup de feu l'effira jait, ce qui n'avait pas lieu avant son aeeident. Ainsi ici il y avait aussi une incapacité de travail de plus de vingt jours et la lésion devrait être regardée (à cette époque) comme grave.

Obs. 142. — Blessures causes par morsures de chien.

lu jardinier avait été attaqué et mordu par uu gros chien de cour et portait plainte contre le propriétabe du clûen |)our obtenir un dédonmiagement. Il avait

BI.RSSIinCS Ni)\ MOUTELLRS. ~ OnSEnVATKlNS. 22Sl

(ur l'avant-bra» droit nrur, 5iir Ir ^iauche rinq, sur la jambr dmitR qualrr cîm- Iriee» en partie* raie», en patli«K roocérn, df iiiJtèreaXtt lonftiiPurE, <lrtiui« q»«lqncilifcneijiuqu'i un pouce et demi. l.eimuMles «\lenseurs du dos drlamain Anale liaient ainsi blessés, roinine on la iwntail farilemenl. Le plai|;nBiil dit qur quelques-unei de ses cicatrices m rouvraient de temps en temps, ce que nousvSmes i la jambe droite, où une cicatrice £tait en train de se former. Autrement il Était bien portant et n'avait plui besoin de soins. Il n' j avait évidemment pai incapacité complite de as servir du braa et do travailler ; mail nous dûmes ripoadre ■ la question posée, que le plaignant n'élait pas en état de travailler dans la mima mesure qu'auparavant.

Ous. 143. — Morsure au pouce droit.

lin rentier fut mordu le 10 janvier au pouce de la main droite. Quatre jours plui tard le médecin traitant attesta : toute la main droite eat fonflée «l atteinte d'une iaAamnution érjthémateuse ; k U (ace dorsale du pouce m trouve une blessure d'un demi-pouce de profondeur, à laquelle correspond une blessure teintdable à la face palmaire. Les deux blessure* suppurent.

Mon exploration se lit quatre mois idus tard ; les deux morsures étaient cieatrM sèet, paraissaient rou^s, étroites, ayant la longueur d'un tiers de pouce. Outre cela, il j avait au pouce deux cicatrices d'incisions qui avaient été nécestitie* par le traitemeiiL Le pouce était peu mobile et la main ne pouvait pas tire tout à bit (èrmée. • Quoique le plaignant ne soit pas un maoouvrier, noua devons néamnoini dire que sa blessure l'empêche de remplir ses fonetions corporellea ordinaires, et nous devons déclarer que la blessure est (à cette époque) grave. »

Ou. Itt. — JfomrvauHM.

Le restaurateur A. .. avait été Trappe sur la tête et mordu au net. Le médecin inilant attesta le jour suivant, qu'un morceau de peau de la frandeur d'un Traoc était déchiré, et D'adhémil au nei que par une petite bride. Ou voyait une blessure plus petite i la partie médiane du nei, Messure qui avait la Tonne d'une dent ; le bleaat fards le lit trois h quatre jours, et prétendit avoir été obtifé de garder la cbambre, d'après la recommandation du médecin, pendant trois semaines, de sorte qu'il ne pouvait remplir ses occupations dans la cave humide où il faisait ses affaires. Lara de mon eiploralion que je As an mois de juin, je trouvai à l'aile gauche du n«i une eicalrice aémi-lunaire foncia, la pointe du nei douloureuM au toucher ; considérant que cette bleainre slnguliire a produit > une ioeapacilé de travail de

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Obs. 145, —Coups de coutt'

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un cas dans lequel le Irailement ohirurgical est

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280 PARTIE BIOLOOIQUE.

rinsirament était entré entre la neuvième et la dixième côte, mais n'avait pas pénétré profondément et il n*y avait eu aucun symptéme-^rave. Néanmoins la blessure traitée dans un liôpital par une main très habile, avait nécessité une dilatation.

Je trouvai le garçon très bien portant lors de mon exploration, le treiiième jour (par conséquent avant le vingt et unième). Mais la plaie constituait, après la dilatation, un ulcère de deux pouces, et un pansement de quelques semaines était encore nécessaire; il était évident qu'en môme temps il y avait « incapacité de trarail *, et la blessure jugée suivant le J 193 de ce temps, dut être déclarée comme grave.

* Obs. 146. — Violences diverses. Chute par terre.

La femme N..., âgée de soixante-trois ans, avait été chassée hors de sa chambre, jetée par terre, et était tombée sur le genou et la cuisse gauches. Le médecin h trouva au lit trois jours après, avec le genou rouge et gonflé et toute la cuisse couverte d'une tache rouge-bleu. Elle prétendit qu'elle était restée cinq à six semaines au lit sans pouvoir travailler. Des témoins à décharge déposèrent qu'elle avait souffert depuis des années d'un rhumatisme et d'une arthrite.

Requis comme expert à l'audience, je déclarai que la violenee fkite à la femme H..., quoiqu'elle ait pu avoir des suites asseï longues, ne pouvait pas l'avoir alitée et rendue incapable de travail aussi longtemps qu'elle le prétend. Il est vrai que la présenee du rhumatisme a pu compliquer les suites de la violenee et les rendre plus tenaces que chex une personne saine, car l'expérience démontre combien le rhumatisme est empiré par une blessure faite à une articulation. Cependant celte complication n'a pas beaucoup de valeur, car le J 185 du Gode pénal prussien ne prend pas garde aux circonstances individuelles venant compliquer les blessures, même lorsque la mort en résulte.

Néanmoins, avec une lésion telle que celle qui existe au genou, on ne peut contester que cette femme n'ait été hors d'état de travailler à sa profesaion de blanchisseuse pendant quinze à vingt jours, ce qui pour moi, constitue une incapacité de travail de longue durée et par conséquent une blessure importante. Cette ioter* prétation fut acceptée, et l'accusé fut condamné à deux mois de prison*

Obs. m.^Chute par terre. Péritonite,

Voici un cas dans lequel on voit encore l'inconvénient d'assigner l'époque de vingt jours pour déterminer le genre de blessures. Un garçon de treiie ans, Rodolphe, avait été pris le 10 janvier, au col de son habit par son père ivre, levé jusqu'à la hauteur de la tôle de son père, puis jeté avec une telle violence, qu'il ne put pas se relever, et fut ensuite obligé de marcher courbé. Le lendemain déjà survinrent des douleurs au ventre, puis des vomissements, et cinq jours plus tard, le médecin appelé diagnostiqua une péritonite. La maladie dura jusqu'au 28 du mois et le lendemain de ce terme R. put aller à l'école ; quinte jours plus Urd, je le trouvai tout à fait bien portant. La violence avait certainement causé la maladie (incapacité de travail) mais comme cette maladie n'avait duré que dix-neuf jours, nous dûmes déclarer la blessure grave selon le Code ancien. Maintenant elle serait déclarée « importante » ,

Om. 148. — Enchaînement à un billot.

Ce cas est étrange par Tetpèce de violence et las circonstances individuellet ({ui reotourèrent; il appaiiient aux causes célèbres de notre ville. Un instituteur de jeunes garçons était accusé de maltraiter brutalement ses pensionnaires ; on fit chei lui une descente de police, on trouva le garçon D..., âgé de treize ans, enchaîné à un billot au moyen d'une chaîne de fer attachée au ventre ; on m'amena l'enfant tout de suite. Ce garçon était peu dévdoppé et paraissait n'avoir que dix à onxe ans. 11 était pâle et maigre.

Les fesses étaient couvertes de stries fraîches provenant évidemment de violents coups de verges, ce que du reste, l'enfout déclara. Aux deux épaules, il y avait des taches verdâtres, dernières traces d'ecchymoses provenant de coups, ce qui confirmait la déposition de l'enfont qui disait avoir été battu. La chaîne et le billot pesaient 14 livres 1/2. Celle-là était attachée si étroitement autour du ventre qu'on ne pouvait pas mettre le doigt entre la chaîne et la peau, et elle était fermée à la hanche droite par un cadenas ordinaire. A cette chaîne pendait le billot.

L'eniant disait qu'il y avait déjà huit jours qu'il traînait ce fardeau, et qu'il avait encore cinq semaines à subir cette peine. La chaîne devait rester jour et nuit, même s'il voulait descendre les deux escaliers pour aller aux lieux. Bien plus, le garçon était forcé de se a promener u une demi-heure trois fois par jour avec ce fkrdeau.

La peau du ventre montrait très visiblement une marque de strangulation, c'est-à-dire une raie de 3 à 4 lignes de profondeur contenant des stries rouges qui provenaient des chaînons ; à la place où se trouvait le cadenas, correspondait une tache rouge, ronde, de la grandeur d'un haricot. Les veines superficielles des membres inférieurs étaient gorgées, ce qui n'avait pas lieu pour la partie supé>rieure du corps, évidemment parce que le sang ne pouvait refluer librement. Le garçon était abattu, ne pouvait parler que bas et avec anxiété, et pleurait facile* ment. Nous avions à évaluer les suites de cette violence d'après le Code de ce temps.

Voici un extrait de notre rapport ; o II est évident que l'ensemble de ces violences a eu une influence fâcheuse sur la santé de ce garçon, c'est surtout la digestion et le sommeil qui sont gravement altérés, la première, parce que les intestins étaient serrés, le second, parce que l'enfant était obligé de coucher sur une chaîne dans une position douloureuse, de sorte qu'il lui était impossible de se tourner et de s'abandonner à une position tranquille. Ajoutes une surexcitation nerveuse, causée par ce fardeau continuel et par les châtiments injustes dont on trouvait (les traces sur son corps. Ces altérations de fonctions ont déjà ea leur effet dans l'affaiblissement de la constitution de l'enfant, ce que l'on voit par l'aspect général de l'enfant, et si le garçon ne montre pas de symptômes d'une maladie spéciale, cela prouve que des altérations et des diminutions de fonctions peuvent se supporter pendant un certain temps, sans qu'il en résulte des lésions dangereuses des organes. Cependant on peut admettre avec certitude que ce traitement, s'il avait duré encore plusieurs semaines, aurait rendu l'enfant malMki pour plus de vingt

jours et lui aurait occasionné nécessairement une maladie grave (dans le sens du parafçraphe 193, ancien Code). En conséquence, nous juye&mes que les violences exercées sur le garçon D... ont eu une influence fâcheuse sur sa santé, et que la cantmuaiion de ces violences aurait occasionné une maladie grave plus longue que vingt jours, i» L'accusé fut condamné et son institution fermée.

Obs. 149. — Coups de martinet^ un garçon froUé de neige,

P... garçon de dix ans, fut reçu le 1*' octobre dans la même institution, la mère du garçon et la bonne de rétablissement déposent qu'il était alors « complélement sain i», excepté qu'il avait une incontinence d'urine nocturne. Au dire de la bonne, il devint très chétif dans l'établissement, ce qu'on attribuait au traitement qu'il supportait. Il fut souvent garrotté, pieds et poings liés, et fut souvent fouetté à nu, sur le dos, les cuisses, les pieds avec un martinet qu'il 'devait faire lui-même pour son châtiment, puis pour le désaccoutumer de son incon* tinence d'urine, on le privait de nourriture, surtout le soir, de sorte qu'il se plaignait toujours d'avoir faim. Enfin, on dit qu'à Noël, il fut pour la même raison, mis dans la neige, et frotté les pieds nus, sans pantalon, n'ayant que des patins, une chemise, une redingotte et un gilet. Des engelures qui existaient antérieurement s'aggravèrent.

Six mois plus tard, sa mère le trouva « très chétif, maigri, les pieds gonflés, avec des engelures ulcérées, et la tête couverte d'un exanthème ». Elle le retira de l'établissement et le fit soigner. Elle dépose qu'il souffre de douleurs dans tous les membres, et qu'il est atteint d'un écoulement de sang et de mucus de l'anus, que lorsqu'il sortit de l'institution il était « presque affamé , il avait des taches bleues et vertes aux extrémités inférieures. » Il faut ajouter que le médecin qui a traité la maladie est mort et qu'il n'y a que peu de détails de cette maladie ; cependant nous avons une attestation du docteur R... de cette époque, qui dit que le garçon n'était c pas maigri m, parce que, pendant les trois premières semaines qu'il resta chez sa mère, il s'était refait. Mais, quelques lignes plus bas, ce médecin dit textuellement « qu'on ne peut pas nier qu'il ne soit maigri» , et contredit ainsi ce qu'il a dit plus haut. Le docteur R... attestait également qu'il y avait une engelure ulcérée et quelques écorchures aux extrémités inférieures.

Le garçon lui-même dit m qu'il a reçu souvent jusqu'à dix coups avec un martinet, étant garrotté, de sorte que ce traitement et le manque de nourriture l'avaient rendu toujours de plus en plus malade et faible, surtout dans les deux à trois premières semaines où on ne lui a plus donné à manger le soir. » Il dit également qu'on Ta Drotté avec de la neige ; cependant il décrit comme peu importante la maladie qu'il a subie chez sa mère, il en parle comme d'un refroidissement qui l'a forcé à garder le lit seulement quelques jours.

Dix-huit jours avant le docteur R..., le docteur P... avait attesté que « le garçon au premier abord offre l'aspect d'un enfant maigri, chétif, n'ayant que la peau sur les os. » 11 trouva également quelques ecchymoses à l'extrémité infé* rieure, quelques rougeurs aux articulations carpiennes et tarsiennes, ces dernière»

BLF.SSURES NON MORTELLES. — OBSERVATIONS. 233

non^MuIement rougies, mais très enflaminées et douloiireiites ; en outre, une engelure ulcérée à un doigt de pied. Le docteur P... admit une disposition scrofùleus€, et dit que le garçon devait avoir été garrotté quelques jours avant son exploration. Il déclara cependant dans son interrogatoire qu'il était difficile de décider, ce qu'il (allait attribuer d'influence pour l'état du garçon, à la disposition maladive ou au maltraitement, de sorte qu'il évite un jugement décisir sur l'existence d'une blessure grave dans le sens de la loi.

Les choses étant ainsi indécises, je fus requis comme expert. Je dois remarquer d'abord que la maladie dont a été atteint le garçon à sa sortie de l'institution et qui a été traitée par feu le docteur M..., doit rester en dehors de toute discussioQ, puisque rien n'est constaté et n'a besoin, selon moi, d'être constaté à ce sujet. Il s'agit seulement de savoir : 1^ si K... a été malade dans l'institution; S* si cette maladie a été causée par les mauvais traitements qu'il a subis ; 3° éventuaHssimâj si cette maladie a duré plus de vingt jours (ancien Gode). Je dois répondre affirmativement aux trois questions :

Si m maladie traumatique » dans le sens de la loi, est une altération de la santé qui produit un dérangement général de l'organisme ou un dérangement isolé d'une fonction, dérangements qui, il va sans dire, ne sont survenus qu'après la blessure, K... a été « malade » dans l'institution, non pas parce qu'il souffrait d'incontinence d'urine on de fèces, car il est plus que probable que cette faiblesse date de sa première enfonce, mais parce que le garçon, qui autrefois était bien portant, est devenu de plus en plus chétifjet maigre. Il est indubitable qu'un tel affaiblissement de la nutrition constitue un dérangement général, en un mot, une « maladie ».

Le docteur P... laisse indécise la question de savoir jusqu'à quel point l'amaigriiiement de l'enfiint peut être attribué à la disposition scrofuleuse. Je dois faire remarquer que l'existence de cette disposition est tout à fait hypothétique. La mère n'en sait rien. Abstraction faite, que le mot • disposition scrofuleuse » a un sens très général s'il n'est pas soutenu par des symptômes appréciables, abstraction faite aussi, que dans ce sens général, il n'y a presque pas d'enfants, surtout dans les basses classes, auxquels on ne pourrait attribuer une disposition scrofuleuf^e ; on n'a observé aucun signe scrofuleux chez cet enfant, ni avant ni après \et% mauvais traitements, excepté peut-être, l'exanthème de la tète qui est presque insignifiant. On ne pourrait certainement pas compter l'amaigrissement général, qui n'était pas accompagné de fièvres, ni les stries, etc.; donc puisqu'il n'y a aucune trace de diathèse scrofuleuse, il faut rapporter l'existence de la maladie à des causes extérieures.

Les violences qu'a subies ce garçon les expliquent surabondamment. Un garçon de dix ans qui a à supporter de telles brutalités réitérées, dont les traces restent longtemps sur le corps, qui a été privé souvent de nourriture, peut, on le comprendra très bien, être atteint de la maladie dont il a été question, c*est-àdire devenir chétif, abattu, maigri, affamé. Nous ne voulons pas insister sur les mauvais traitements avec la neige dont nous avons parlé, qui n'ont eu lieu qu'une •—le foi?, puisque nous ne pouvons prouver que l'engelure ulcérée en a été In tttlte.

Quant à la durée de la maladie, remarquons que la bonne qui avait vu Tenfant bien portant à son entrée à l'institution l'a vu devenir « avec le temps v, c'est-àdire en deux ou trois mois, mai|;re et chétif, et que cet état durait encore à Piques, lorsqu'il a été retiré par sa mère, ce qui nous donne le droit de conclure que la maladie a duré plus de vingt jours. Par conséquent, je déclarai que les mauvais traitements et les blessures doivent être regardés comme t graves » dans le sens du § 193 de l'ancien Gode. Elles ne seraient k présent que des bletsures importantes ;. .

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