C. — Blessures légères
Nous choisirons un certain nombre d'observations de Messures qui, n'appartenant ni aux c graves », ni aux c importantes >, doivent être classées parmi les c blessures légères ».
Obs. 150. — EmpoUonnoment par la Uuivê,
Il s'agissait de déterminer s'il y avait blessure grave. MM. de E... et de H... avaient bu par hasard, au lieu de bière, une petite quantité de lessive (soude caustique liquide). Tous les deux rendirent le liquide à l'instant. Le premier sentit de la chaleur dans la bouche, eut des difficultés de respiration et fbt obligé de garder sa chambre pendant u trois » jours; mais, après cette époque, il était complètement rétabli. Ainsi cela ne pouvait pas rentrer dans le $ 193 de ce temps, et la blessure ne pouvait pas être considérée comme grave. Le second, aussitôt après avoir bu, sentit aussi une chaleur dans la bouche, il lui devînt difficile de parler et de respirer, mais cela dura « dix-neuf jours », après lesquels, dit-il, il sentait encore une altération du goût, prenant de la bière pour du savon, ne sentant paslegoût du sel ni du vinaigre. Il restait encore huit jours après, une altération du goût, qui ne lui permettait pas de sentir le goût de l'eau. Nous no pouvions pas regarder cette altération du goût comme une « maladie », c*est4dire, « dérangement général de l'organisme ou dérangement isolé d'une fonction •. J'insistai surtout sur ce que le goût dépend très souvent de la fantaisie, et que l'on comprend très bien que de H..., au souvenir de cet accident, pût trouver encore pendant quelque temps le goût d'eau de savon (lessive) à la bière. Ainsi nous déclarâmes la blessure légère.
* Obs. 151.— Coups de poing et de bdUm.
La femme L.»., Agée de quarante-six ans, disait, il y a cinq mois, avoir été victime de brutalités ; elle avait reçu des coups de poing dans le cûté gauche, des coups de canne sur la tète et avait été jetée dans un escalier.
L'attestation médicale disait beaucoup de choses : « une ecchymose de la fran» deur d'une pièce de 5 francs sur la joue droite, une inOammation de l'^il driil, ma endroit enflammé à la joua gauche et à la poitrine, douleurs aiguës paAdaul la raigi» ration, douleurs aiguës dans la région temporale droite, vertiges et évaoouiaii»
oieois • . Selon ce médecin, il semblait qu'une pleurésie allait se former, craintf qui ne s'est pas réalisée.
A notre exploration qui fut tardive, nous ne trouvâmes plus la moindre ano» malie ches la femme L... ; mais elle disait souffrir toujours encore d'une certaine « faiblesse de la tête et de la mémoire ». Cependant, comme avec cette faible mémoire, elle savait peindre jusqu'aux plus petits détails la violence, en écartant tous les symptômes subjectifs rapportés dans l'attesiation du médecin, et en ne considérant que les symptômes objectifs, nous dûmes dire qu'il n'y avait pas là une blessure o importante » dans le sens du $ 192 a, c'est-à-dire a un dommage important pour la santé ou les membres, ou une incapacité de travail de longue durée a ; ainsi, la blessure dut ôtre appelée o légère » .
* Obs. 152. — Eau froide versée tur un enfant. Soufflet, Typhus,
On avait versé de l'eau froide sur la fille W.,., âgée de douze ans, on l'avait de plus souffletée le 7 août, pendant que sa mère était gravement malade du typhus, dont elle mourut sept jours plus tard. Le jour suivant l'enfant tomba malade, fut transportée à la Charité, et là se développa un typhus abdominal très grave ; l'enfant guérit, et quatre mois après l'accident, au moment de mon exploration, elle était très bien portante. Malgré cela, sous l'inspiration de son père, elle se plaignit d'une foule de maux subjectifs d'insomnie, mauvaise digestion, vertige, etc. Tout cela était évidemment simulé, et nous ne pûmes attribuer la maladie de l'enfant à l'eau froide qui lui avait été lancée pendant l'été, mais bien plutôt à la contagion de la maladie mortelle de sa mère.
* Obs. 153. — Coups de pied dans le ventre. InflamnuUkm du foie,
La femme S... disait avoir reçu, le 20 octobre, un coup de pied dans le ventre qui lui avait donné une double hernie et une hépatite. Je la trouvai encore, le 10 février (!) à la Charité, souffrant d'hépatite chronique, le lobe droit du foie tuméfié ; je ne trouvai pas de hernie, et les médecins traitants assuraient qu'ils ne lui en avaient jamais entendu parler. La malade avait déjà été traitée il y sept ans, pour hépatique chronique et ictère. Comme la violence avait eu lieu le 2 octobre et que la maladie n'avait commencé que le 2 décembre, on ne pouvait pas admettre que la maladie fût le résultat de la violence.
* Obs. 154. Coups de pied. Hernie inguinale,
G... disait avoir été frappé d'un coup de poing dans la figure, jeté par terre et frappé de coups de pied. Le soir même, le médecin trouva à droite au front, et à gauebe au cou, quelques petites écorchures. En outre, il attesta qu'il y avait un« hernie inguinale avec chute de l'intestin dans le scrotum au eOté droit, et qM tout le eôté droit était sensible .
Cette description vague n'avait plus de signification après l'exploration que je fis uHértettTMiient. Je trouvai une hernie du côté droit; mais l'anneav était très élwgl» éè Borte que l'on pouvait fiiire entrer les deux doigts sani douleur. Ge
grand âlBrgi<i!ii>m«nl rhPK un liommp ili' vînict-qiMlre nnidonniil crrlainrineot ■ Mllft hernie uni^ oriKin^ pliis ancienne r\nt dix-«ept joun ; comme lea petite* écorchure» Alnienl (u*rie« depuis longlemps. la hleaiure dut fire rnniidérée comme peu importanle. En elTet, il Tut contUté par la suite qu'il avait sa hernie depuis ion enfance.
*Obs. I5S et* 156. — Coupt de couteau et dt poigttarddtMtla poitrine.
Oh. tS!l. — F...,fBbriciiiilde cigareii, aurait re{u, huitjouri avant mon exploration, i deux poucei au-deiaous du la clavicule droite, u[i coup de coutetu qui, évidemment, n'avait psa pénitrâ, car, d'apria l'attealation médicale, il n'j avait pai de BjmplAme» importants, et je trouvai après si peu de temps l'homme complètement sain cl la plaie presque cicatrisée. Par conséquent, tdeMurelèfère.
*Obs. 156. — La même cil ose arriva pour un earfon Je quinte ans qui avait refu dans la poitrine, d'un gardon de qualone ans, sept jours auparavant, un coup de poignard que le petit gamin a'étaillàbnqué lui-même eu épointant son couteau. La pointe avait traversé let liabili et avait porté sur la partie la plus dangereuse, entre la cinquième et la sixième cfile^i gauche, mais n'avait pas pénétré dani la cavité Ihoracique. Déjà, après sept jours, je na Irouvaï qu'une cicatrice et le garçon complètement sain. Celait encore une blessure légère.
* Obs, 1S7. — Morceau de bois lancé dant la poiliine- Pirilonite.
Un marchand rourreuréiail accusé d'avoir tàil une blessure grave au nommé L..., enlui jetantdansla poitrine un gros morceau de bois. Le docteur It... trouva le lendemain un gontlement léger de la poitrine et un peu de dilBcultèdansla respîratioit. Déjï,lelromème jour, L... pouvait travailler un peu. La semaine se passa ainsi. Le septième jour, il se plaignit d'uue douleur dans le ventre ; on le transporta à l'hi}pital, où l'on diagnostiqua une péritonite qui Tut traitée et guérie. Je décUrai à l'audience que l'on ne pouvait pas prouver qu'il y eût coïncidence entre le coup à la poitrine et la péritonite. L'accusé Fut acquitté.
'Oas 1B8. — Coupidepoing lurla tite. Préltndue commotion céribraU.
C'est surtout pour les lésions de la tète que l'on rencontre les plus grande* exagérations.
C'est une tâche fort désagréable pour le médecin légiste de réduire ces prétentions à leur juste valeur. R... disait avoir refu de K..,,le 30 octobre, des coups de poing sur la télé et sur la poitrine. Le 21, au matin, le docteur X... Iroum n toute la ligure gonllée, surtout te celé droit, tme place cicorié* au-deaiat il l'ail, des vertiges, bourdonnements d'oreilles, la ti>le prise ; les deri ptdmes démontrent une commotion cérébrale qui outail pu amener la mort, el ^ ne peut pas dire quand ces sjnnptémei cesseront n.
Nous dîmes dans notre rapport ; ■ De seuls cou ps de poiiig sur la tète, h peuvent élre donnés dans une rixe ordinaire, loni si journell'^nient fr
BLESSURES HUN MORTELLES. — OUSERVATIONiJ. 2S7
n'y bil ordinairement |MI altenlioD, et l'expérience démonlre i]u'tl> no nuiil pat suivii d'altération importanle de la unté ; auiii de tel* coupa de poing peuvent tncore moins produire une commotion cérébrale, dont l'exittence iiippoM une violence beaucoup plui Torte. Ce qui montre bien qu'il n'y a pai eu commotion ciiibrale, e'eit que I'iccum, cinq jours après l'accidenl ■ qui aurai! jju amenar 11 inorl •, a pu écrire une plainte de cinq pagei in-folio. Les «implâmet apprécUlH étant peu important*, je déclare la blesiure « légère >.
Ois. I SB. ~ ÊtrangitmetU, brùturei, cotifH de pied dont ta figufâ, «1 poiàrtant bleuure Ugéri.
Un earroniTait attaqué el volé, le 23 janvier, une vieille lémme dam la tnaiisii. Il lu avait mis ane corde autour du cou. l'avait jetée pur terre, donné dcn coup* i)e pied, et lancé sur elle un lit qu'il avait allumé. Douze jours plui lard je trouvai : I* â fauche et à droite du cou, une strie longue de deui pouces, large d'uu doifl, rouge-foncé ; S" une ecchjrmose de la iclêrolique de l'œil droil ; le pourtour de l'uil droit était vert-bleu et gonllé ; 3* sur rocci(>ut une excorialhiii de U largeur d'une pièce d'un franc, brûlure des cheveux: i' deux bleasurei 4e saigséei qui ont été pratiquées auuilAl après l'accidenl. Mail, la blessée, ii prêtent, après douie jours, te portait bien.
L'ancien Code, qui considérait dans les bleisurei U poiiAililé d'un danger pour la Me, aurait eertatneoienl bit regarder cette bleswre Mnine dangereuie ou grave ; ■ait le nouveau IMe, qui ue considère que les résultat* bruis de la blessure, u» peat la regarder mèiBe comme impartante, car elle n'a pu entrati>é un dopunage ■npoTtant pour la santé et les membres, et n'a causé qu'âne incaparilé de ln«eil ■it dotoe joars. On ne peut appeler cette Uessure que légère. ICe serait comme nu pistolet mit contre b poitrine, qoi ne serait pas parti.)