‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 66 sur 98 · SECTION VI · texte numérisé non relu

SECTION VI

LEGISLATION. — Code pénal prussien,^ 113. — Toutiindividu qui, en s'estropiant ou se mutilant volontairement lui-môme, se rendra d*une manière quelconque impropre au service militaire, ou se fera rendre impropre par un autre, aéra puni d'emprisonnement d'un an au moins et d'interdiction des droits civiques ; subira la môme peine celui qui rendra un autre impropre au service militaire sur la demande de ce dernier.

lbid>, S 118. — La mendicité sera considérée comme délit et punie d'emprisonnement d'une semaine à trois mois : 1° si le mendiant invente le récit de malheurs qui ne sont pas arrivés, feint des maladies ou infirmités ; S®....

Nouf avons déjà démontré pins haut combien souvent les maladies corporelles étaient Tobjet de contestations et donnaient lieu à des explorations médico-légales. A., prétend être malade, B... le nie; ouB... attribue à A... une maladie que celui-ci nie. Les doutes planent tantôt entre particulier et particulier, tantôt entre particulier et magistrat, homme de police ou société d*assurance, tantôt en matière civile, tantôt en matière criminelle.

Les simulations de maladies ont lieu, soit par mensonge, astuce, talent d'imitation, soit avec le secours de procédés matériels, tels que : caustiques, instruments tranchants, sang, objets odorants, bandages, lunettes, béquilles, etc. La différence qu'il peut y avoir entre une maladie simulée et une maladie occasionnée artificiellement est tout à fait sans importance en pratique pour la solution de la question.

Le procédé qui demande le moins d'efforts, le mensonge ou les exagérations sont le plus souvent employés. L'astuce et le talent d'imitation ne sont pas si généralement répandus, car il n'est pas donné à tout le monde de pouvoir représenter le myope aux yeux cli-

gnotants, le photopbobe aux yeux fuyant la lumière, le sourd à Toreille penchée, Thomine aux convulsions, de telle manière que le connaisseur qui a tu la maladie réelle puisse la confondre avec la copie. C'est pourquoi ces cas sont plus rares dans la pratique qu'on ne devrait le croire d'après les livres.

Je n'ai jamais été assez heureux pour voir et pouvoir dévoiler une femme accouchant de viande de canard (Pyl), une fille s'étant mis des pierres dans l'urèthre (Klein), un garçon urinant de l'encre (Romeyn Beck), ou une femme vomissant des grenouilles, ou une malade miraculeuse comme Rachel Herz (Hérold). Et pourtant, j'ai eu très souvent à explorer des condamnés à la prison à perpétuité, à la peine de mort, à l'emprisonnement pour dettes, qui tous me présentaient des maladies simulées.

Les médecins militaires, eux aussi^ ont fait des observations anslogues aux miennes.

Ce n'est pas que nous voulions nier les observations si extraordinaires de Hutchinsouy Percy et autres concernant des maladies simulées avec opiniâtreté et conséquence, offrant les difficultés les plus insurmontables, ne se démasquant que devant les moyens extrêmes, par exemple la crainte d'une amputation; car le service rude des matelots anglais, opposé à la vie paisible et agréable réservée aux invalides, ainsi que la vie si pénible et si affreusement dangereuse des conscrits des armées napoléoniennes, qui avaient à parcourir le monde de batailles en batailles, étaient des stianlants qui n'ont pas d'analogues. De telles circonstances particulières expliquent bien les atteintes inouïes faites volontairement à la santé ou a la vie dans Tespoir d'un grand et durable bénéfice.

De telles atteintes volontaires sont devenues rares maintenant, parce que le diagnostic médical est devenu plus infaillible; de plus, les prisonniers se trouvant dans des établissements beaucoup améliorés et étant toujours soigneusement observés, ne peuvent avoir recours à de grossières simulations.

2A0 PAIITIË BIOLOGIQUE.

Motifs de simulation et de dimmulatkm de maladies.

11 n'est pas sans importance de connaître lea motifs qui poussent i ^ voiler la vérité, parce que cette connaissance seule peut mettre sur la voie du moyen de la dévoiler. C'est à tort que l'on ne parlerait ici que des maladies simulées, en matière criminelle, des prisonnîerv et des condamnés. Il arrive, au contraire, beaucoup plus de ces sortes d'eiploration en matière civile.

Simulent des maladies corporelles pour se dérober à des devoirs gênants, ceux qui doivent paraître comme témoins, comme jurés; ceux qui veulent rejeter une paternité, rompre un mariage désagréable, se dispenser de service militaire ou autre, obtenir un congé pour faire un voyage, porter plainte en dédommagement pour des

blessures, exciter la pitié publique ou privée; dans des cas plus rares, par pure vanité, pour exciter l'attention publique; dans d'autres cas, pour fonder une plainte contre un auteur de violences, pour se dérober à un emprisonnement, pour éviter dans les prisons la peine de la diète ou un châtiment corporel, pour atténuer une accusation d'attentat aux mœurs, pour être transporté dans une prison plus douce ou dans un hôpital, pour être dispensé d'un travail forcé.

Dissimulent des maladies corporelles ceux qui veulent ne pas étra^ destitués, ne pas laisser dissoudre un mariage, pouvoir entrer dans une assurance de vie, voiler la cause punissable de leur maladie, par exemple : affections syphilitiques, blessures reçues dans un duel ou à l'occasion d'un meurtre.

Les circonstances du cas particulier guideront le médecin pour reconnaître les motifs.

$ 1» — Dîagnoflie génér»!.

Chaque cas de cette espèce est le résultat d'un plan psychologique et doit être combattu avec les mômes armes. C'est là la question dans laquelle le médecin légiste peut faire valoir son judicium^ son talent de combinaison. C'est pourquoi le meilleur est celui qui a la

plus grande dose de sagacité et d'expérience. Il n'y a personne qui ne se soit trompé att eommencement; mais plus tard, pour le médecin expérimenté, aouvent rien que la manière d'être et de s'exprimer d'un homme suffit souvent déjà pour faire porter sur lui un jugement qui se trouve appuyé sur cent exemples précédents. Souvent des hommes prétendus atteints d'arthrite ou de rhumatisme, forcés de garder la chambre, n'ont pas été trouvés chez eux par un temps de pluie quand le médecin est venu les examiner ; des gens hermétiquement couverts dans leur lit se sont trouvés tout habillés quand on H levé leur couverture ; des personnes ayant la fièvre et se disant gravement malades ont été surprises faisant bonne chère ; des malades que vous interrogez ne savent quelquefois pas le nom du médecin traitant; ils vous montrent comme médicaments des fioles dont les signatures datent de plus d'un an. Ce sont là des exemples journaliers qui doivent mettre en garde.

Il serait naïf, et ce serait le fait d'un homme n'ayant pas la moindre expérience, que de vouloir démontrer que l'on ne doit pas supposer toujours la simulation. Dans tous les cas où la présence d'une maladie est devenue le sujet d'un litige et où l'on a recours au médecin légiste, celui-ci doit bien se convaincre que l'exploré a intérêt à être jugé soit malade, soit non malade. Là, le diagnostic général prend ses droits ainsi que tous les secours de la science, dus aux nouvelles découvertes qui donnent une très grande sûreté au jugement médical ; les cas célèbres de la littérature médicale qui ont été cités pendant des siècles', tels que la mendiante de Fontana, qui s'était collé une peau de grenouille sur la poitrine et simulait un carcinome, ou le mendiant de Pareus, qui, avec un morceau d'intestin de bœuf, simulait une chute du rectum, sont devenus impossibles.

Outre les règles de diagnostic général, nous recommandons les règles suivantes :

1° Que l'on ne se contente pas d'une seule exploration, même si l'exploré n'a pas été préparé à la visite, car s'il ne sait pas le jour ou l'heure de la visite que doit lui faire le médecin, il sait,

2A2 PARTIE BIOLOOIQUI::.

d'après i*mslruction du procès, qne cette visite doit lui être laite, et il peut avoir prisses précautions, tandis qu'il ii# s'attend pas à une seconde exploration. Elle le trouve d'autant mdifis préparé que cette seconde exploration suit de plus près la première. J'ai souvent dévoilé des simulations en m'introduisant pour la seconde fois chez un exploré ausiitôt après la première^ sous n'importe quel prétexte, par exemple une question oubliée, etc. Les pauvres malades alités étaient habillés ou sortis !

2** Lorsque le cas est important et que les circonstances le permettent, par exemple dans les prisons, les hôpitaux, caserneSi etc., il est très important d'observer les malades sans qu'ils s'en doutent (surtout pour les maladies mentales, sur lesquelles nous reviendrons).

3"* Il va sans dire que l'on doit bien réfléchir sur l'origine, la cause et le cours de la maladie; si tout cela ne concorde pas avec les règles médicales, on a déjà fait un pas vers le but.

b!" Quand le sujet se plaint d'une maladie interne, il est bon, en ayant l'air de le croire, de lui parler de symptômes les plus invraisemblables auxquels on a l'air d'attacher une grande importance ; ainsi après lui avoir fait énumérer les symptômes ordinaires on lai demande s'il n'a pas en outre, par exemple, la vue double, un engourdissement des deux pouces, des selles nécessaires tous les jours i une heure fixe, un écoulement de sang par l'oreille gauche, etc. , si le malade s'y laisse prendre, on sait à quoi s'en tenir.

5° Il est bon aussi, après avoir entendu les plaintes du malade, de lui demander tout à fait le contraire. Il souffre d'obstruction qui ne cède à aucun traitement et dont il nous décrit les suites ; il souffre d'insomnies telles qu'il manque de force complètement, (c Ainsi, vous n'avez jamais de diarrhée? » — « Ainsi, vous n'avez rien moins qu'un sommeil lourd? » On verra souvent par de telles questions de travers que le menteur hésite. Le simulant croit avoir nommé des symptômes faux de sa maladie, et il est prêt à affirmer le contraire.

6* Je ne me suis jamais trompé en déclarant « simulants » des

malades qui ne trouvaient jamais assez de mots poui* décrire tout ce qu'ils souffraient dans tous les organes de toutes les parties du corps. Qo*on n'objecte pas les hystériques. Ce ne peut être qu'un ignorant qui puisse prendre un hystérique pour un homme qui simule.

7* On ne doit jamais donner son avis sur des maladies locales : tumeurs, hernies, chutes, maladies de la peau,hémorrhoïdes, blennorrhées, transpiration des pieds, etc. , sans voir les parties dont il s'agit complètement nues ; il faut aussi les faire nettoyer. Cependant, dans les explorations médico-légales, quand il ne s'agit pas des soldats, il arrive rarement que Ton fasse déshabiller complètement les malades. S"* Il ne faut pas se laisser tromper par des pièces de pansement de toutes espèces, la béquille, le bandage, ni par des traces de vésicatoire, des piqûres de sangsues, des cicatrices de ventouses. C'est surtout cette dernière opération qui est souvent appliquée pour tromper le médecin. Je pourrais même citer des cas où des hommes, pour ne pas entrer dans la prison pour dettes se prétendaient atteints de maladies syphilitiques et croyaient que Ton allait ajouter confiance à leur prétention par la seule raison qu'ils avaient leurs parties génitales entourées de bandages. Un de ces hommes, auxquels ce * procédé n'avait pas réussi déjà à deux tentatives, eut la troisième fois l'idée étrange de s'écorcher toute la surface du gland.

9* Il est évident que tout ce que peuvent dire les collègues ou les parents n'a pas d'importance (excepté pour les maladies mentales.) Que le médecin ne base donc son jugement que sur les faits scientifiques. iO*» Je n'ai jamais été à même d'employer les anesthétiques comme moyen diagnostique, il va sans dire qu'ils ne peuvent être mis en usage que lorsque le malade est sous la dépendance du médecin; dans des cas appropriés je ne déconseillerais pas leur emploi.

Il"* J'ai obtenu de bons résultats en administrant aux maladesdes médicaments qui n'en étaient pas, tels que de l'eau teinte, des pilules de pain, etc. Les menteurs croient alors qu'ils doivent avoir l'air d'être soulagés. Dans un cas très difficile de folie simulée (lOO*' cas), ce moyen m'a mis sur le chemin de la vérité.

12<* Un moyen employé de tous temps avec succès pour dévoiler

âiiA PARTIE BIOLOGIQUE.

les simulations opiniâtres, c*est de menacer d'un traitement désagréable et douloureux et même d'en commencer l'emploi avec toute la réserve que commande l'humanité. Ce droit ne peut en être contesté en médecine légale, et l'expérience en démontre l'efficacité. Une femme, venue de Bohême à Berlin, s'introduisit dans une cuisine ouverte, vola des cuillers et fut emprisonnée à Tinstant. Elle tomba en catalepsie et resta sans mouvement. Elle fut mise à l'infirmerie de la prison. Le lendemain, nous la trouvâmes habillée depuis la veille, agenouillée sur le lit, les mains pliées et regardant vers la fenêtre nu ciel. Elle avait mangé son déjeuner; mais on ne pouvait la faire changer de position et elle ne répondait à aucune question. Pouls, aspect, regard, sensibilité tout à fait normaux; la tromperie était grossière. Un seul vomitif la fit dévoiler. Un faux sourd-muet, et un fameux voleur qui simulaient très bien des convulsions furent c guéris » par une diète de trois jours. Des aflusions d'eau froide, des menaces d'opération chirurgicale allant jusqu'à la préparation des instruments en face du malade, l'application d'une petite eschare avec un fer rouge ù une place insignifiante, un vésicatoire, etc., ont produit des succès favorables. Mais j'ai vu aussi qu'une opiniâtreté rare de caractère et une résolution inébranlable ont fait échouer ces procédés. Un fumiste se fit mettre quatre moxas au dos pour appuyer une fausse déclaration de maladie.

1*V Dans des cas rares et difficiles, il ne reste au médecin que de mesurer sa propre astuce et sa sagacité à ceux du simulant. Le succes donne une satisfaction bien expliquable.

1^ 2. — Diagnostie spéoial.

D'après ce qui précède, il serait inutile d'énumérer la grande quantité de maladies qui sont simulées. Le diagnostic n'en appartient pas ù la médecine légale, mais à la pathologie spéciale. Nous n'indiquerons que quelques maladies dont les simulations peuvent se découvrir par des procédés particuliers.

lo 11 ii'eiïl pas besoin de dire qu'il est absurde de prétendre qu'un honune puisse vomir des grenouilles ou des serpents nés dans son

MALADIRS CORPORELLES SIMULI^R^. 2&6

estomac, la température de cet organe ne permet pas à ces animaux d'y vivre ua seul instant (Berthold). Si celte explication ne suffisait pas, on pourrait citer les expériences ingénieuses de Sander, qui disséquait la grenouille aussitôt qu'elle avait été vomie, et y trouvait des mouches dans l'estomac, ce qui prouve qu'il n'y avait pas longtemps qu'elles avaient été avalées.

2* Incontinence d'urine. — Nous l'avons vue assez souvent simulée. Il n'est pas difficile de reconnaître la fraude. La méthode de Hutchinson n'est pas bonne; il prétend que Ton doit mettre l'homme dans des draps blancs puis lui administrer une do>e d'opium, et si le lendemain les draps ne sont pas tachés, il y a simr.lation. La méthode de Fallot est cruelle et inutile; il veut que l'on réveille le malade toutes les demi-heures, de manière à Tennuyer au point qu'il avoue sa simulation ; de plus, il faut pour cehi des gardes-malades, ce qui ne peut se faire que dans les établissements publics.

Partout la meilleure méthode est d'introduire un cathéter; si la vessie est pleine, cela prouve qu'il n'y a pas paralysie du sphincter. Mais cette opération n'est pas nécessaire dans la majorité des cas. Si la maladie dure depuis quelque temps, on trouve à l'orifice de l'urèthre une goutte d'urine, qui, enlevée, revient aussitôt. Et même, si la maladie n'est pas encore très ancienne, on trouve tout autour des parties génitales jusqu'aux cuisses les parties rouges érodées, exhalant une odeur d'urine putréfiée, phénomènes qui ne peuvent être produits à volonté, et que des soins de propreté ne peuvent pas écarter tout à fait. Si, en surprenant le malade, on lui trouve ces symptômes, on est sûr de ne pas se tromper en déclarant que la mn • ladie est réelle.

S"* Hémorrhagieê. Le diagnostic approfondi de l'état général et local (bouche, gorge, rectum, urèthre, etc., selon le siège prétendu de l'hémorrhagie) donnera la solution de la question. Le microscope décidera si ce qui a été évacué est réellement du sang, surtout si le prétendu sang est frais. Souvent les circonstances les plus insignifiantes peuvent .avoir de l'importance, par exemple

dans un cas qui m'est arrivé. C'était une vieille menteuse qui avait simulé toutes sortes de maladies pendant bien des années et qui eut recours enfin à de soi-disant vomissements de sang. Il n'y avait pas d'organe lésé et aucun symptôme n'expliquait cet accident. Elle envoya chez moi comme preuve un mouchoir complètement teint de sang. C'est ce qui la trahit immédiatement, car il n'y avait pas une seule lâche blanche, comme il y en aurait eu si l'on avait fait usage de ce linge en vomissant. Il est certain que ce mouchoir avait été plongé dans du sang. Le microscope montra des globules de sang de forme ovale. Elle avoua plus lard qu'elle avait trempé le mouchoir dans du sang de pigeon !

A" Il est souvent question A' écoulements fétides de l'oreille, du nés, du vagin, etc., qui doivent être produits par des substances irritantes, telles que de vieux fromage, de l'ail, de l'asa fœtida, etc. Je n'ai jamais vu un tel cas devenir embarrassant à juger quand on se sert d'une seringue, d'eau chaude et d'un bon spéculum.

5° Il est rare de voir simuler des accès épileptiques. Il n'est pas facile, en effet, de simuler les convulsions assez bien pour que les hommes de l'art puissent s'y tromper. Plusieurs signes caractéristiques de l'accès ne peuvent être imités; ainsi les convulsions toniques ou cloniques des muscles du bulbe, l'insensibilité de l'iris pour la lumière, le pouls anormal du cœur et des artères, l'insensibilité de la peau contre les irritations (la sensibilité réflexe persistante), la respiration caractéristique, même l'écume, qui arrive lentement à la bouche {de V écume de savon produit par un morceau de savon mis dans la bouche, a un tout autre aspect et dévoilerait tout de suite la simulation), l'état corporel ou mental après la cessation de l'accès sont dans ce cas. Si l'on considère le moment où ont lien ordinairement les accès (tout en ayant égard aux épi!epsies nocturnes), et surtout l'endroit où le malade qui simule aime à tomber, on verra s'il y a lieu de faire des expériences pour dévoiler la simulation (1).

(I) Une femme voulait se faire passer pour épileptique et aliénée, je prouni que la maladie mentale était simulée, mais que Tépilepsie était réeUe ; en •flW%

Un simulant opiniâtre pourra peut-être résister à toutes les irritations, quoiqu'il soit bien croyable que Cheyne soit parvenu à dévoiler toutes les simulations en instillant de Teau-de-vie dans Tœil ; mais ils ne résisteront ordinairement pas à des mesures d'hygiène sévère telles que la translation dans une cellule, la diminution de la nourriture, etc.

Si les attaques sont rarement simulées, il est très fréquent d'en tendre des malades vous dire qu'ils sont épileptiques ; mais il n'y a pas un seul symptôme constant, soit dans le maintien, la physionomie, les traits, etc., qui pourraient caractériser l'eustence de l'épilepsie même quand elle existe depuis quelques années, et que la fréquence des accès ne dépasse pas une moyenne ordinaire ; et tout ce que les auteurs modernes (Esquirol, Cazauvielle, Romberg) ont dit à ce sujet, peut avoir quelque valeur pour certains cas d'épilepsie invétérée, mais non dans la majorité des cas. Dans les cas où l'expert n'est pas à même d'observer un accès, le médecin doit considérer la véracité de la description de la maladie de l'homme, le traitement appliqué, et être très réservé dans son jugement, etc. Dans plusieurs cas où il ^'agissait d'un emprisonnement pour dettes concernant des hommes qui se disaient épileptiques et où la décision était difficile, j'ai été d'avis que l'on mit ces hommes en prison, en laissant à l'avenir le soin de nous prouver l'exactitude de ce qui avait été avancé ; l'existence de l'accès se faisait attendre ordinairement en vain.

6° Quant aux paralysies, il faut distinguer la paralysie des nerfs sensitifs et celle des nerfs moteurs. Pour ce qui concerne les nerfs sensitifs, il est facile de dévoiler la tromperie par des blessures inattendues. Les paralysies centrales sont accompagnées de symptômes généraux que le simulant ne connaît pas et qu'il ne peut imiter. Des paralysies des nerfs moteurs sont très di0iciies à reconnaître quand elles sont bien simulées.

dans la dernière audience, elle tomba subitement en attaque, se heurta la tète si violemment contre la muraille, que l'on craig:nit une blessure grave de la t^tf . Ce n'est pas ainsi que tombe un simulant.

T La myopie est rarement simulée et est rarement Tobjet d*ane exploration médico-légale, excepté lorsqu'il s'agit de déterminer l'aplilude d'un homme à entrer dans un service de postes ou de télégraphe. Dans de tels cas la myopie est plutôt dissimulée que simulée; si un tel cas est suspect à cause d'un œil proéminent, on n'a qu'à lui tenir un livre imprimé à plus de huit pouces et il ne pourra le lire constamment. Qu'on donne ensuite des lunettes de 12 à 20, ainsi que des verres plats, et on sera de suite fixé sur la véracité de li maladie.

8^ Vamaurote est très difficile à simuler, car la tête se tourne presque instinctivement vers l'objet qui vous surprend et la main le saisit ; aussi cette simulation se présente-t-elle rarement an médecin légiste. Pour des hommes aussi énergiques et aussi tenaces que celui dont parle Hahon{Méd. lég.y I), la menace d'un objet pointu devant les yeux ou d'une opération, n'aura aucun effet; du reste, ces hommes sont rares. Nous recommandons aux jeunes médecins légistes d'étudier dans les hôpitaux où se trouvent des maladies des yeux, l'Aabituê des amaurotiques, car cet habitus a la plus grande importance pour le diagnostic de la simulation. Le regard vague ne se fixant sur rien, une certaine mollesse dans le maintien, un clignotement continuel des yeux, sont là des manœuvres qui demandent une grande habileté et une élude approfondie de la maladie, ce qui se rencontre rarement. Il suffît de voir les acteurs et actrices célèbres dans les rôles d'aveugles pour vérifier l'exactitude de ce que nous disons. Vhahilus général est d'autant plus important que les signes particuliers, tels qu'une insensibilité de l'iris, les dentelures de la pupille, l'aspect nébuleux que présente la chambre postérieure de l'œil, les yeux louchants ne se rencontrent pas chez tous les amaurautiques. La dilatation artificielle de la pupille se reconnaît facilement chez le faux c aveugle » , car elle n'est pas persistante.

Avec l'ophthalmoscope on verra s'il y a des changements dans la couleur, dans les vaisseaux de la rétine, etc. Il est très bon de se servir de l'ingénieuse découverte de M. de Graefe pour reconnaitre

MALADIES CORPORELLES SIMCLÉES. 2/i9

ramaurose unilatérale (1). Devant l'œil sain de celui que l'on soupçonne de simulation, on tient un prisme, soit en haut, soit en bas, et une lumière, et on lui demande s'il voit une ou deux lumières. S'il voit deux flammes, dont l'une change avec les mouvements du prisme tandis que l'autre reste immobile, on peut affirmer qu'il y a simulation. Pour l'amaurose bilatérale on fera entrer une lumière très forte dans Tœil, ce qui permettra de voir la sensibilité de la rétine. Dans l'amaurose cérébrale ne datant que de quelques mois, H. de Graefe voit très bien la dégénérescence blanche, fibreuse, du nerf optique et l'atrophie de la rétine.

&" Surdité et demi-êurdité. — Ces questions de surdité nous ont quelquefois beaucoup embarrassé et n'ont pu être résolues qu'après de nombreuses explorations. On doit d'abord bien nettoyer l'oreille externe, afin d'éloigner les corps étrangers ou le cérumen endurci, etc.; puis, au moyen d'un spéculum, on cherchera s'il y a des altérations du tympan, etc. On ne doit pas négliger l'exploration du gosier pour rechercher s'il n'y a pas une hypertrophie des amygdales. Le cathétérisme de la trompe d'Eustache demande une grande habileté et n'avance pas beaucoup la question» car un résultat négatifne prouverait rien.

Le diagnostic physionomique a plus de valeur. Celui qui est sourd d'une oreille penche instinctivement la tête et présente l'oreille saine à celui qui lui parle, quelquefois en ouvrant plus ou moins la bouche. Rarement on trouvera un homme sourd qui parlera avec une voix ordinaire. Au contraire, le sourd ne s'entendant pas luimême parle ou trop haut ou trop bas. Pour dévoiler une ruse opiniâtre, les ruses bien adaptées au cas auront plus de succès que les moyens de force. On obtiendra de bons résultats en mettant en jeu les passions, les instincts des différentes personnes selon leur position sociale et leur situation dans le procès. Le procédé le plus simple et le plus facile consiste simplement à baisser la voix subitement et au moment voulu.

(1) Arrhio fur Ophthalmol. IL 1.

Une étrangère, très instruite, qui s'était vu ouvertes les portent de la haute société, fut reconnue comme voleuse et fut emprisonnée. Pour être mise en liberté, elle eut recours à mille expédients qui n'eurent aucun succès ; enfin, elle se plaignit que l'humidité de la pri* son, qui du reste était très saine, lui < était tombée sur les oreilles > et lui avait ôlé la faculté de l'ouïe. Même quand on lui parlait à très haute voix elle répondait de travers certainement avec intention. Je commençai par avoir l'air de croire à sa maladie et de vouloir la soigner; puis, dans une de mes visites, je dis à haute voix : € Mon Dieu! il y a donc ici de la vermine I > Et j'ajoutai vite très bas : < Vous avez un pou sur votre manche droite. > — Aussitôt la < dame » tourna et regarda vivement son bras droit en faisant un mouvement de dégoût. Elle s'était dévoilée.

Toute la Cour fut témoin delà scène suivante : Une vieiUe méchante paysanne avait frappé sa voisine, nommée Lemke, avec une serpe sur l'avant-bras gauche et était accusée d'avoir fait une blessure importante. Elle se disait faible, malade, et surtout tout h fait sourde. Elle fut placée auprès du président; mais comme les débats ne pouvaient avoir lieu a cause de la soi-disant surdité, l'affaire fut suspendue et je fus requis comme expert. Lorsque j'entrai à l'audience elle était tout à fait près de la Cour, ne comprenant pas une seule question. En criant très fort je ne pouvais me faire comprendre que très difficilement; et pourtant le maintien de la femme me donnait une profonde conviction de sa simulation. Je lui criai à l'oreille : < Vous êtes accusée d'avoir blessé gravement la femme Lemke. » Elle répondit : a Ce n'est pas vrai. > Je continuai à crier : a Mais la femme Lemke ne le dirait pas si cela n'était pas vrai > ; et je continuai vite et très bas : « car elle n'est pas menteuse. » L'accusée poussait le désir de la vengeance tellement loin qu'elle sacrifia sa simulation au plaisir de répondre : c Si, elle est une menteuse ! > Le mensonge était dévoilé, l'affaire suivit son cours.

10° La surdi-mutité est très rarement simulée dans les cas médicolégaux, et pourtant j*en ai vu deux cas.

Un de ces cas était très maladroitement simulé. La femme W...,

née de X,.., d'une très haute noblesse, était traduite devant le tribunal pour vagabondage (!) et voulait se faire passer pour sourdemuette à l'audience ; mais le soir elle causait avec sa camarade de prison jusqu'à ce que celle-ci s'endormît. Elle se trahit elle-même quand on la transporta dans une autre prison en protestant vivement contre cette mesure et avoua qu'elle avait simulé.

A..., un repris de justice, comparaissait devant le tribunal; après avoir répondu aux premières questions, il cessa subitement de répondre, faisant entendre par des gestes et par écrit qu'il venait de devenir subitement sourd-muet, et que cela lui était déjà arrivé il y a quelques années (!). On nous requit pour expertiser cet homme. Nous avions, il va sans dire, la conviction qu'il mentait. Au milieu de la conversation par écrit que je liai avec lui, à un certain moment, un aide frappa derrière lui le plancher avec un bâton ; il ne se tourna pas, ce qui fit découvrir son mensonge ; car il est certain que le sourd-muet sent lorsqu'un plancher sur lequel il se trouve est mis en vibration. J'ai fait cette expérience très souvent dans notre grand établissement de sourds-muets et je suis persuadé de son exactitude. Les sourds-muets véritables , derrière lesquels on fait dans une chambre un petit bruit, par exemple en frappant avec le pied, ou même en laissant tomber une petite clef, se tournent tout de suite du côté du bruit. Ils aiment à montrer par un sourire touchant qu'ils se trouvent en relation avec le monde. Donc la non-réaction fait conclure qu'il y a simulation. Notre voleur A... recouvra sa parole après deux jours de diète.

Ajoutez qu'un autre sourd-muet, et mieux un instituteur de sourds-muets, reconnaîtra celui qui simule à la manière dont il fait des gestes. Quoique la surdi-mutité soit très facile à dévoiler, un cas qui s'est présenté au professeur Haschka(l) mérite d'être raconté. Un vagabond, soupçonné de simulation de surdi-mutité, ne sentait pas les bruits que l'on faisait derrière lui, et un instituteur de sourdsmuets déclarait que les gestes de cet individu n'avaient aucun rapport

(1) Prager, Viertu Schrift 1857, III, p. H1.

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avec ceux des sourds-muets. Néanmoins, M. Haschka n'ayant pu obtenir de lui un seul son articulé, ni en le réveillant subilement, ni en l'endormant par le chloroforme, le déclara non-simulant. Qui def^ deux avait raison (1)?

(1) Nous n'i^outerons pas d'observations à ce chapitre qui en contient, du reste, déjà beaucoup, ainsi que les chapitres précédents.

MALADIEîj MENTALES. — LÉGISLATION. 253

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