‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 68 sur 98 · PSYCHOLOGIE MÉDICO-LÉGALE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

PSYCHOLOGIE MÉDICO-LÉGALE GÉNÉRALE

Difficulté de la question. — Parmi les nombreuses questions qui se présentent au médecin légiste* il n'en est pas qui soit plus diflicile à résoudre que celle qui consiste à juger l'état mental d'un individu. En effet, les signes qui doivent servir de base au jugement sont très vagues et très difficiles à saisir. Le matérialisme a bien essayé de trancher celte difûcullé, et l'on a voulu expliquer les fonctions de l'âme par les règles anatomiques et physiologiques du système nerveux; mais ces hypothèses, permises aux hommes qui cherchent des théories, n'ont jamais été prises en sérieuse considération par les praticiens, car non- seulement elles ne sont d'aucune utilité, mais encore, dans certaines circonstances, elles ont eu des résultats très fâcheux.

La seule méthode que je trouve applicable en médecine légale

' pour juger l'étal mental d'un individu, c'esl la méthode empiriquo-

psychologique ; mais elle exige de la part de celui qui s'en sert des

* MALADIES MKNTALES. — GÉNÉRALITÉS. 255

i]ualités bien diverses : ainsi, outre une connaissance approfondie de la science, oulre une pratique de longue date, il faut encore posséder une grande connaissance du monde et savoir analyser et synthétiser parfaitement les actions des hommes.

Pour donner une idée de la lourde tâche du médecin dans cette circonstance, nous signalerons quelques-unes des difficultés qui se présentent à lui. D'abord comment poser la limite qui sépare la santé de la maladie mentale? Ne voit- on pas chez les hommes sains d'esprit, des différences énormes dans l'énergie des diverses facultés de râme?Et ne sont-ce pas de rares privilégiés ceux dont, par bonheur, les facultés mentales ont acquis un égal développement, ceux enûn qui jouissent d'une santé mentale complètement intacte? L'un, doué d'une mémoire très fidèle, possède un jugement très imparfait ; l'autre, plein d'une vive imagination, n'a aucune énergie dans la volonté; celui-ci a un caractère d'une gaieté et d'une vivacité extraordinaires qui l'entratne au delà des limites des convenances sociales; celui-là, doué d'un génie remarquable, imprime à toutes ses actions le cachet de son originalité, qui peut être poussée à un tel degré qu'il provoque le scandale.

D'un autre côté, les instincts, les afAétions, les passions, ne sontils pas autant de causes qui poussent les hommes à des actions devant lesquelles il est excessivement difficile de dire si celui qui les a commises était un fou ou un homme sain d'esprit?

Je ne saurais également trop appeler Ta Uention des psychologistes sur ces êtres abjects qui traînent depuis de longues années la moitié de leur vie dans les prisons, qui sont abrutis par des débauches de toutes espèces, et qui, ayant rompu depuis longtemps avec la morale et avec leur conscience, se laissent entraîner de vices en vices, de crimes en crimes. Il est certain que ces hommes, descendus jusqu'au plus ignoble avilissement, sont privés en grande partie de l'énergie du système nerveux, je dirais môme de l'énergie du discernement, et qu'il est presque impossible de déterminer s'ils ont oui ou non dépassé les limites de la santé mentale.

Nous signalerons aussi combien il est quelquefois difficile de re-

256 PAUTIE BIOLOGIQUE.

connaître un des critériums les plus importants, le motif qui a fait agir. 11 faut, en eflet, une expérience profonde du monde pour trouver les motifs bizarres de certaines actions, motifs qui peuvent être enfouis très profondément dans la conscience de l'homme.

Enfin, il y a à éviter le danger des simulations, souvent si bien conduites, et celui des dissimulations que les malades savent, dans certains cas, rendre méconnaissables. Nous parlerons plus bas de la théorie errouée à laquelle a donné lieu Thabileté de certains aliénés à maîtriser leur maladie et à la cacher pendant un certain temps.

Bul de l'exploration. — L'état mental d'un individu peut donner lieu ù une exploration médicale en matière civile ou en matière criminelle.

En matière civile, dans les aiïaires d'interdiction, lorsqu'il s'agit de déterminer si quelqu'un est capable de faire un testament, de déposer un témoignage, de prêter un serment, de remplir une fonction, d'administrer sa fortune, etc. , en un mot, s'il est capable de contracter.

En matière criminelle, lorsqu'il s'agit de déclarer si un homme accusé de crime ou de délit, se trouvait, au moment du fait, dans un état mental qui n^ loi a pii laissé c la faculté d'agir librement, > de telle sorte qu'il n'a pu prévoir les suites de ses actions c s'il n'y a eu ni crime ni délit, parce que l'accusé était imbécile ou dément au temps de l'exécution de l'acte > ; en un mot, s'il doit être déclaré responsable.

La signification psychologique du mot responsable est positive, et chacun a dans la conscience les principes de morale que nous allons essayer de résumer :

l"" Il y a dans l'homme un principe bon et un principe mauvais. 2° L'homme possède la faculté de discerner entre ces deux principes aussi longtemps que sa santé mentale est intacte (liberta^ judiciiy Mittermaier).

3° Ces deux principes distingués, l'homme a la liberté complète de suivre celui qu'il veut ; il a la liberté du choix ^ « la liberté morale d (libertas consilii, Mittermaier).

h"" Tout homme sait ou doit être considéré comme sachant que, malgré la liberté du clioix^ il doit suivre les inspirations du bon principe et résister aux tentations du mauvais principe.

5"" Tout homme sait également que s*il succombe aux tentations du mauvais principe, il aura à subir les punitions que lui infligera son juge intérieur, sa conscience.

Telles sont les lois éternelles qui servent de base à la morale et au moyen desquelles on juge la responsabilité.

Seulement, Torganisation de la société a voulu que l'on remplaçât le juge intérieur, la conscience, par une autre juridiction destinée à sauvegarder les intérêts de tous et à punir s'il y a lieu.

D'après cela, la responsabilité d'un individu, c'est la possibi^ lité psychologique de juger ses actions selon les dispositions de la loi.

Nous avons dit que le sentiment de la culpabilité était inné; il n'en est pas de même de la capacité de contracter , qui demande un* certain développement moral, une sorte d'éducation et d'expérience de la vie. De là une grande différence pour le psychologue dans le jugement de ces deux questions. On trouvera des enfants ayant parfaitement la conscience de la criminalité d'une action et qui ne pourront faire un acte, administrer une fortune, etc. L'observation 171 montrera l'exemple d'une voleuse c imbécile » interdite, et qui fut condamnée parce que je prouvai qu'elle était responsable de son crime.

La définition que nous venons de donner de la responsabilité laisse entrevoir assez clairement que le médecin n'a pas à l'apprécier, car celui-ci ne doit avoir pour but de son expertise que les phénomènes delà nature, et n'a pas à s^inquiéter de l'interprétation des expressions du Code; cependant nous avons cru devoir y insister, car il nous est arrivé souvent d'être questionné par le tribunal sur la responsabilité, quoique, d'après la loi, le médecin n'ait qu'à déterminer si l'accusé est ci imbécile )», « dément :», ou € furieux >.

Cette manière d'agir de la part des tribunaux prussiens est d' autant plus une anomalie que ^les législateurs se chargent eux-mêmes

2^8 PARTIE BIOLOGIOUE.

d'apprécier la culpabilité des enfants, et des mineurs sans consulter l'homme de science.

Les axiomes que nous avons énoncés plus hayt prouvent combien ilestinsensé pour le médecin de vouloir prendre en considération certaines circonstances qui doivent atténuer ou aggraver la culpabilité; par exemple, la condition particulière des femmes grosses, des sourds-fQuets, des épileptiques, etc. En effet, chacun de ces états peut bien être une cause d'aliénation mentale ; mais cette aliénation ne différera en rien de celle d'un maniaque ou d'un furieux ordinaire, et devra être jugée absolument de la même manière par le médecin légiste.

C'est donc à tort que l'on a érigé en spécifiques tous ces cas qui ne le sont pas ; et je ne puis trop blâmer cette tendance regrettable de iouîonrs cl assi fier en médecine légale, tandis qu'au contraire tous les efforts doivent tendre à V individualisation et à l'éclaircissement de chaque cas particulier.

Degré de culpabilité, — Nous avons déjà dit que les limites entre la santé et la maladie mentale ne sont pas mathématiquement posées, c'est pourquoi je pense qu'il serait difficile de ne pas admettre des degrés de respÀsabilité.

C'est ce que le législateur a compris en admettant la possibilité de circonstances atténuantes qui peuvent faire varier la punition entre des limites assez étendues assignées par le Code au même crime.

§ 1*'. — Diagnostîo médical de la responiabilité.

Les signes corporels appréciables de l'aliénation mentale ne peuvent être que des aides précurseurs dans le diagnostic et ne peuvent avoir que le titre de probabilité, car il n'en est pas dont la présence entraîne nécessairement l'existence de cette maladie.

C'est donc vers le diagnostic psychologique que le médecin doit surtout diriger son étude; il doit combiner toutes les circonstances se rapportant à la vie antérieure, au caractère et aux tendances de l'ac-

MALADIES MBUTALES. — DIAGNOSTIC. ÎM9

cusé ; peser sa manière d'agir avant, pendant et après Taction, etc« Je vais énumérer et discuter les circonstances qui peuvent faciliter la tâche du médecin dans cette question.

l"" D'abord le crime est-il un fait isolé dans la vie de Taccuséy ou bien devait-on s'y attendre d'après la conduite antérieure et n'est-ce que le résultat d'espérances criminelles?

Ce point est important à constater, car il est rare qu'us homme qui pendant toute sa vie est resté fidèle à l'honneur, change tout à coup de conduite, s'il n'y est pas poussé par des circonstances psychologiques provenant, soit d'une maladie mentale, soit d'une violente passion, circonstances qui, au moment où il commet son crime, lui ôtent plus ou moins la li))erté du choix de conduite.

Les observations 173 et 17i montreront deux exemples de faits isolés dans lesquels deux malheureux pères assassinèrent leurs enfants, qu'ils avaient toujours aimés avec tendresse.

Nous verrons plus tard que cette théorie du fait isolé, mal interprétée, a dgnné naissance aux hypothèses les plus insoutenables.

2"* Les motifs du fait (causa facinoris). — Ils ont donné lieu & de nombreuses discussions; les uns les ont déclarés insignifiants; d'autres très importants pour le jugement psychologique de l'accusé.

On a dit que les motifs des actions des hommes étaient si profondément cachés dans leur conscience, qu'il était impossible à un tiers de les dévoiler, si ce n'est à Dieu lui-même ; ce n'est pas là une objection scientifique, et par conséquent elle ne peut avoir aucune valeur ; c'est un moyen commode de cacher une difficulté sous le manteau d'une phrase.

Nous considérons comme plus sérieuses les objections suivantes : a. Les motifs des actions des hommes varient avec les nombreuses différences de leur individualité.

6. On trouve des criminels certainement coupables, qui commettent des actions criminelles par les motifs les plus futils. c. Il y a des catégories de crimes et délits qui manquent de motib

saisissables, et qu'on ne voudra certainement pas ne pas ranger dans la série des actions imputables, par exemple, les attentats aux mœurs, les crimes commis par le fanatisme politique, etc. Nous allons répondre à ces objections.

a. Il est indubitable qu*il y a autant de motifs divers que de divers caractères ; ainsi A... a eu pour mobile un motif qui pour B... jusqu'à Z... n'aurait pas eu le même effet*

Markmann voit dans une auberge une fille ayant une chemise blanche dans son panier ; il lui prend envie d'avoir cette chemise; il la suit dans la rue, l'attaque et la tue.

Un jeune homme, H..., employé dans l'administration des forêts, avait sa fiancée au bras dans un jardin public, il reçoit d'un autre jeune homme un soufflet dans une discussion subitement soulevée; hors de lui, il tire de sa ceinture un pistolet chargé qu'il portait toujours dans l'exercice de ses fonctions; il tire sur son aggresseur, le frappe au cœur et le tue sur le coup.

Nous n'avons pas besoin de dire que H... n'aurait pas commis ce meurtre pour posséder une chemise ; que Markmann n'aurait pas eu un sentiment d'honneur aussi susceptible et qu'il aurait plutôt satisfait sa vengeance par de simples coups de poing. Et pourtant, chacun avait son motif en commettant son action.

Celui qui voudra juger une action devra donc se mettre au point de vue de celui qui Va commise, et non à son propre point de vue, règle générale que l'on doit toujours suivre dans cette question, et qui aurait pu éviter mille erreurs.

6. La futilité du motif. Cette futilité n'est souvent qu'apparente pour celui qui regarde la question en désintéressé. En effet, voici son raisonnement: « Comment Markmann a-t-il pu assassiner pourune chemise? comment Brettschneider (qui tua son camarade pour avoir sa bourse contenant 12 sous) a-l-il pu assassiner pour si peu de chose? Ces hommes doivent être fous ! »

Une telle logique fait honneur à la morale d'un homme du monde ; mais c'est une preuve d'ignorance de la part d'un expert. Pourquoi pas assassinai et crime imputable pour 12 sous? La futilité du motif

peut aussi bien prouver la rare perversité de Taccusé que sa nonculpabilité.

Car, de même que la vie d*une mouche n*est rien pour nous et que nous la tuons sans remords afin de nous épargner une piqûre désagréable, de même Bretlschneider, qui, comme l'instruction Ta prouvé, était descendu jusqu'au dernier degré de la perversité, n'a pas hésité un instant entre la possession de 12 sous, qui devait le nourrir pendant quelques jours, et la vie d'un homme dont le sommeil rendait son crime si facile.

Combien de fois une simple injure ou un soufflet adressé par un fermier à une paysanne n'a ,'pas poussé celle-ci à incendier la maison ? La disproportion entre la cause et l'effet semblait trop grande pour permettre une explication aussi simple. Il faut, disaiton, qu'il y ait une autre cause, ne serait-ce qu'une aberration de Tinstinct poussant à l'incendie. Et pourtant il est facile de considérer que cette fille était sans la moindre éducation, d'un mauvais caractère, encore à moitié enfant, et qu'elle pouvait bien être poussée à satisfaire sa vengeance d'une manière aussi facile. Qu'on se place là encore au point de vue de celle qui a commis l'acte et on appréciera le fait dans son vrai jour.

c. Crimes en apparence sans motif. — Il est vrai que quelquefois il n'y a pas de motif si on prend ce mot dans son sens restreint; si l'on entend par là possession, gain, avantage, ce que veut avoir le faussaire, l'assassin, non pas le régicide ou celui qui viole. Hais le vrai motif (causa facinoris) n'est autre que la tendance raisonnée qui pousse à satisfaire illégalement un désir personnel^ un désir de quelque sorte qu'il soit, soit de possession, soit pour assouvir les sens, soit d'amour- propre pour se faire un nom dans l'histoire et même dans des cas assez fréquents < la joie de faire une malignité i^ ; très souvent c'est ce dernier motif qui pousse à de petits délits ou à des crimes soit des enfants, soit des jeunes gens , qui éprouvent du bonheur à casser des lanternes ou à incendier ses maisons. Ici appartiennent aussi les méchantes gamineries si difficiles à expliquer et qui se répètent de temps en temps, consistant à verser

de l'acide sulfurique sur les habits de personnes tout & fait inconnues, les piqueurs et autres (1). (Voir les obs. 205 à 211.)

Je dois remarquer qu'il existe des individus qui éprouvent une joie réelle dans le mal, une sorte de volupté dans la cruauté, et ces »ntiments poussés très loin ont trompé les observateurs jusqu'à leur faire admettre la non-culpabilité. Chez tels gens, doués qoelquerois d'une horrible cruauté, nous voyons une jouissance dans le mal qu'ils font aux animaux et une véritable joie à l'aspect de leurs tourments, et nous avons vu depuis Néron et Tibère, presque à chaque siècle, de ces natures hideusement bestiale!), trouvant les plus délicieuses voluptés dans le spectacle de la mine, des tortures et des meurtres les pins cruels. Nous en citons des exemples :

Le comte de Charleroi (Bourbon) se rendit coupable de planeurs meurtres, entre autres il tira un coup de fusil sur un domeatjque qui était sur un toit» absolument comme il l'aurait fait pour un animal dangereux. (Pottr loi, ce prince dégénéré, la vie d'un homme n'avait aucune valeur.)

Un scélérat, raconte Botlex, jeta on enfant â l'eau, et resta dans on voluptueux contentement en le voyant se débattre contre la mort.

Les terribles femmes Jager et Gottfried empoisonnèrent lenn maris et leurs enfants, et se réjouissaient à l'idée des horribles sonf- Irances qu'elles causaient.

La femme Pohlman, indigne da nom de mère , attrapait dei guêpes, qu'elle enfermait avec son enfant qu'elle voulait tuer (2).

Il ; a des auteurs qui, pour de tels cas et antres semblables, chef chent partout des manies, des gens que nous pourrions appeler manio-maniaquet, qui voient là un instinct malade, une passion

(1) Dint Ibi iQtiéM 1817 et 1830, i Aufibourg, quïnM SUei furent bleuiu daoi dot aUiquM Qocturnei. Chariea Benlls, igé de Ireote-iept ani, ivoui lo ■Totr bl«wéei tOutM et auura l'itre donni Uuta* 1«* painet poMiblei afin de m pu 1m blMUr dangerautemeat (cet aveu Nt Irât important pour ju^er *od èUl nwatal pondant la ùit). Il l'neuaa diiant qu'il avait été pouiié par un ■ insUncI irrMitlbtev ■ On troan ahei lui aapt poigoard*. La Cour le déclara coupable ei il lèiqnalKanad'M

C0Vair2*voL,cuS

du meurtre (noue ne voulons pas parler de la monomanie homicide)| tandis que ce sont des actions réfléchies, commises par des hommes aont la perversité est poussée jusqu'aux limiles les plus diaboliques, ei qui suivent les caprices les plus excentriques de leur déplorable et hideux pervertissement.

Nous n*hésitons pas à dire que si on trouve un motif réel comme ceux que nous venons de définir, en se mettant au point de vue de Taccasé, on pourra admettre la culpabilité au moment où Taction a été commise, et vice versa. Il va sans dire que ce motif lui-même ne doit pas être basé sur une conception délirante, comme par exemple Hoffmann, qui tua son rival à cause d'une jalousie chimérique ; il ne faut pas non plus que ces motifs soient en désharmonie complète avec les lois de la nature et des sentiments humains, par exemple les cas où les parents tuent des enfants bien-aimés pour les soustraire aux souffrances de ce monde, des cas où des malheureux assassinent par suite du désir qu'ils ont d'être guillotinés (voir les cas 173, 17â, 176), cas dans lesquels des circonstances aussi particulières rendront le jugement facile.

3^ Il sera toujours important de rechercher si TaccUsé a commis l'action en suivant un certain plan. Mais c'est une circonstance qui aidera peu le diagnostic, quoiqu'il semble naturel de penser qu'un plan raisonné annonce une raison saine, et un plan non raisonné une raison malade.

En effet, les crimes dont le plan n'est pas médité sont commis tout aussi souvent par suite de la séduction des circonstances (« l'occasion fait le larron » et d'autres criminels), par suite de la violence des passions que par des gens aliénés. D'un autre côté il arrive souvent que des aliénés, dont la non-culpabilité est hors de doute, usent d'une grande ruse et mettent dans la combinaison de leur plan tout le soin d'un homme raisonnable, par exemple lorsqu'il s'agit de se sauver de la maison de santé. Un aliéné qui était renfermé dans une maison de santé à Londres, avait volé avec adresse, à des ouvriers qui travaillaient à la maison, un morceau de métal dont il fit une scie avec laquelle il lima les barreaux de fer de sa fenêtre, et exécuta wn plani

médilé depuis longtemps, de prendre la fuite. Tout prouvait la préméditation la plus calme et la plus suivie. Une fois dehors, il se dirigea droit jusqu^au palais du duc de Wellington, où il se fit annoncer comme son fils aine (1).

Il n*y a dans que les cas où le plan lui-même est empreint du cachet de l'aliénation mentale que ce caractère peut servir au diagnostic psychologique. Un monsieur de X..., autrefois officier, habitant Potsdam , voulait aller à Berlin pour obtenir une faveur du comte de***. Il partit le matin en suivant un régiment qui se rendait à Berlin, et dans lequel il n'avait aucune connaissance ; à moitié chemin, se trouvant fatigué, il s'arrêta et monta sur une voiture de meubles pour achever sa route, tandis qu'il y a des ctiemins de fer de Potsdam à Berlin, qui partent toutes les deux heures, et que ce même monsieur avait assez d'argent dans sa poche pour faire ainsi le voyage beaucoup plus vite et beaucoup plu& commodément.

La paysanne L..., aliénée depuis plusieurs années, nourrissait l'intention d'égorger ses trois enfants légitimes. Dans ce but, six jours avant son crime elle déroba en cachette le rasoir de son mari et le ca4*,ii3iif.Mais ce rasoir était le seul que possédait le mari, et il s'en scrvaiMtous les deux jours; au moment où il lui manqua, il le demanda à sa femme, avec laquelle il habitait seul une maison déserte. Et où avait-elle caché le rasoir? Dans une vieille armoire qui était toujours ouverte, et qui depuis longtemps n'avait plus de clef. Le mari le trouva, s'en servit et le remit sur la cheminée à sa place ordinaire sans se douter de rien. La malheureuse femme le prit de nouveau pour exécuter son crime. Si cette femme n'avait pas été aliénée, n'aurait-elle pas pris d'autre précaution pour commettre ce crime? Ces exemples, que l'on pourrait multiplier, prouvent 9 u'tïeit erroné de penser que la préméditation seule implique la culpabi' lité; c'est pourtant une erreur que font souvent les hommes étrangers à la médecine (voir l'obs. 176).

(t) Kiiagg*s, Vnsoundne%z of mtnd considered in relation io the question of ra^ pofxsibiiity for criminal acts, London, 185i, p. 14.

à"" On doit rechercher si l'accusé a fait des tentatives pour se soustraire à la punition, et s'il a été jusqu'à faire des préparatifs avant l'exécution du crime dans cette intention. Dans le dernier cas, il aura, par exemple, eu recours à un travestissement ou à une défiguration, soit en se coupant la barbe, soit en s'en mettant une fausse, il aura préparé une preuve d'a/tit, ou un moyen de fuir, il aura eu soin de commettre son action la nuit et sans témoin. Toutes ces circonstances peuvent faire croire qu'il a eu conscience de la criminalité de son action*

Hais il est très important de bien considérer si toutes ces précautions ont été raisonnées et dirigées avec réflexion vers un même but, ou si ce n'est pas seulement le résultat d'un esprit malade qui très sou-', vent a encore un discernement vague du bien et du mal, et qui quel- ■ quefois, lui aussi, fait, avant de commettre l'action, qu'il prémédite des préparatifs de cette espèce. Alors ces préparatifs eux-mêmes seront empreints du cachet de la folie^ et ils seront d'un grand secours dans le diagnostic. Ainsi, la paysanne L..., dont nous avons parlé plus haut, au moment où elle voulut tuer ses enfants, eut soin de suspendre son tablier devant la fenêtre de sa chambre, dans laquelle elle appela Tuu après l'autre ses enfants et les égorgea, tandis que son mari était aux champs. Or, comment cette précaution étaitell# prise? D'après la dimension de son tablier il fut prouvé qu'il ne pouvait recouvrir qu'un tiers de la fenêtre et devait permettre encore aux passants de voir parfaitement ce qui se passait dans la

chambre.

Le tapissier Schultz, qui égorgea lui aussi ses quatre enfants bienaimés, eut soin d'éloigner sa domestique, le seul témoin possible du meurtre prémédité. Pour cela il écrivit à un curé qui demeurait de l'autre côté de la ville et envoya cette lettre par la domestique. Or, ce curé était inconnu de Schultz, et la lettre contenait seulement ces mots : « Monsieur... signé Schultz. »

' Cependant, le manque de preuve de préparation ne peut pas acquérir le titre de preuve ; car il arrive souvent que le malfaiteur réellement coupable n'est pas à même de pouvoir faire ces prépara-

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tirs comme par exemple pour les crimes commis dans le feo de la passion ; et, dans celle circonstance, il agit comme l'aliéné, aveaglément, et sans calcuW, dans la majorité des cas, les saites de ses actions ni leur criminalité.

Il faut juger autrement les tentatives ayant pour but de se sonstraire lia punilioa,qui ne sont faites fu'opr^r l'action, par eiample lorsque l'accusé se sauve, nie, cache le corps du délit.

Le malfaiteur coupable fait ces tentatives dans la plupart des cas ; mais le malfaiteur dont les mobiles sont la vengeance, le fïinatisme politique, souvent ne prend pas ces précautions ; quelquefois même le crimiael endurci, se confiant à la bonne étoile qui l'a déji protégé jusque-là; se présentera hardiment sans faire un pas pour se soustraire au châtiment. Ces hommes se comportent alors comme l'aliéné, qui reste impassible dans sa Irîsie naïveté.

&" Le rtptntir est, comme tout le monde le sait, un symptôme, 1res peu sâr pour guider le médecin dans la recherche de la responsabilité, car on connaît, quand od a eu des rapports avec le monde des malfaiteurs, quel emploi ils font de ce moyen. Il y a d'abord da actions qui excluent le repentir, ce sont la plupart des vols, les attentats aux mœurs, les crimes commis par «engeance, etc. Chez bm- Goup de natures avilies, il faut une excitation plus grande pour réveiller la conscience. Qui a jamais vu un votenr de prnfetsion ayaot du repentir? Et même malheureusement pour des crimes pins gravei, on ne voit souvent pas se réveiller le repentir, même après un laps de temps assez long, comme je l'ai montré ailleurs (1). On observe pla- \ûl chez la plupart des grands criminels un endurcissement incorrigible du cœur. J'ai vu un grand nombre de meurtriers avec lesqurii j'avais été en rapport dans la prison, et qui, au moment de montai l'échafaud ou d'aller au bagne pour la vie, ont conservé leor mtaè figure glaciale, leur indifférence et quelquefois même leur léfèntit et jusqu'au dernier moment présentaient le spectacle le plu uvrant. D'un autre côté, la plupart des aliénés se c de cette manière quand ils ont commis un crime.

it)Phttiomàmltâètfi>«W-tH»rS, Berltiti I8SI.

MALADIES MENTALES. — • DUGNOSTIC. 267

Il peut aussi arriver qu'un homme soit aliéné au moment où il commet un crime et ne le soit plus, lorsqu'il se trouve devant le juge d'instruction et devant le médecin, et alors son repentir est d'autant plus profond que son action a été commise plus involontairement. Tout cela prouve que le repentir doit être jugé avec les plus grandes précautions.

6*" Il n'est pas non plus facile d'appliquer au diagnostic la possibi-' Kté pour Vaccusé de raconter les circonstances du faity par exemple, s'il sait dire l'époque, décrire la localité, raconter ce qu'il a fait le jour même, etc., car l'oubli peut être simulé par des scélérats. De plus, il arrive que des hommes aliénés certainement coupables n'ont pas le souvenir, mais il ; en a aussi qui se rappellent très bien ce qu'ils ont fait, car la mémoire est la faculté de l'âme la plus tenace et que beaucoup d'aliénés conservent dans un état complet d'in-* tégrité. Le nommé Sorgel, certainement aliéné, avait tué un vieillard qu'il prenait pour le diable et savait parfaitement décrire ce vieillard t qui avait des cors », son habillement, sa stature, etc., de même que Gnieser (ITë*" obs.), aliéné, qui raconta dans l'instruction toutes les circonstances les plus particulières de son crime.

T Un symptôme très important^ mais qui a donné lieu à bien des erreurs dans les rapports médico-légaux , c'est l'état intellectuel (pas moral) de l'accusé, quel a été son genre de vie avant ou du moins assez longtemps avant le fait incriminé. Il arrive dans les cas criminels que des témoins, des parents du prévenu, viennent dire qu'il a toujours été c bête, insensé, niais, bon à rien »; de tels témoignages sont importants, car ils peuvent, à tort ou à raison, faire admettre la non-responsabilité. Hais la faiblesse d'intelligence, la niaiserie, ne constituent pas la non-culpabilité et là, comme toujours^ on doit considérer toutes les circonstances du cas spécial : l'origine, l'éducation, le caractère, les tendances, les sympathies de l'accusé, quel rapport il peut y avoir entre l'action incriminée et rétat de l'intelligence de celui qui l'a commise.

Une fille était accusée et convaincue d'avoir tué son enfant. Les témoins faisaient tous des d^fWÎIWM à déçbirgej disant qu'elle

ne savait pas la valeur de l^argent, qu'elle ne savait pas compter, etc.; c'était la fille cadette d'un campagnard, elle n'avait reçu que pendant très peu de temps une instruction très insignifiante, et dès que ses forces le lui avaient permis, elle avait gardé les troupeaux jusqu'au moment de son crime. Les témoignages de bêtise parurent alors sous leur vrai jour, car si cette fille ne savait pas compter, c'est qu'elle ne l'avait jamais appris, et ce n'était pas le moins du monde une preuve de son manque d'intelligence. Mais quand même il y aurait eu réellement manque d'intelligence (ce qui est arrivé dans mille autres cas), il n'y a certainement pas de rapport avec l'infanticide qui n'en est pas moins imputable. Car le discernement n'a pas sa racine dans l'intelligence, mais dans le siège, des instincts moraux, dans la conscience, et une fille, quelque bête qu'elle soit, sait et doit savoir qu'on ne tue pas son prochain, qu'on n'assassine pas son enfant. Si cette même fille avait commis un autre crime, par exemple une escroquerie sous l'influence d'un tiers; comme ici il s'agit de connaissances acquises, d'une appréciation de l'objet en question, alors ce manque deTintelligence pourrait^ je ne dis pas devrait, être mis dans la balance du juge.

Cet état inférieur d'intelligence peut atténuer la culpabilité d'un criminel aux yeux du médecin, qui alors pourra proposer aux juges d'admettre c une responsabilité diminuée ».

S"" Hallucinations, — Les hallucinations, surtout celles de l'ouïe, qui poursuivent l'aliéné en lui criant : € Tu dois le faire, > sont souvent la dernière cause, quelquefois même la seule, qui .fait commettre le crime lorsque l'entraînement de plus en plus pressant devient irrésistible.

Allez dans les prisons, parlez aux grands criminels, et vous verrez si, la plupart du temps, la conclusion de votre entretien n'est pas celle-ci, lorsque vous aurez affaire à des hommes dont les crimes ont été prémédités : < Je ne comprends pas moi-même, à présent, comment j'ai pu arriver à commettre ce crime, mais il le fallait, cette idée me poursuivait jour et nuit, je n'avais aucun repos, et il m'a fallu nécessairement le commettre. »

De telles dépositions, qui consistent à se présenter comme victime d'une fatale nécessité sans que la volonté ait pu intervenir forment une excuse très commode pour faire croire à la non-culpabilité. Quelquefois les médecins se laissent séduire par cette explication ; aussi trouve-t-on de nombreuses erreurs qu'il faut attribuer à cette cause, car il est facile de recouvrir ces erreurs du manteau scientifique offert par les théories d*Hoffbauer et de Platner (€ amentia oc-* culta :»).

Pour se rendre compte de ces voix secrètes, il faut d'abord écarter un gi*and nombre d*accusés, qui, pour cacher la cause réelle de leur crime, présentent cette excuse facile, d'une fatale nécessité, etc. (Je démontrerai qu'en cela souvent même ils disent la vérité.) 11 faut encore retrancher le grand nombre d'individus qui sont enfants ou jeunes ou même plus âgés, mais complètement insensés, qui ne savent pas se rendre compte de ce qui se passe en eux, et qui, au bout d'un certain temps, ne peuvent retrouver les motifs de leurs actions que leur demandent le juge et le médecin, lorsque ces motifs ne sont pas très clairs et très frappants, comme la vengeance, l'envie de voler, etc., mais sont plus difïiciles à comprendre et à retenir, comme la c malignité ». De tels accusés, parmi lesquels se trouvent les jeunes incendiaires, ne mentent pas quand ils disent qu'ils ne savent pas du tout pourquoi ils ont agi, et qu'ils se sont sentis poussés irrésistiblement. Us font cette réponse même lorsqu'on ne les a pas poussés de ce côté.

L'existence de ces voix secrètes peut aider beaucoup le diagnostic de la non responsabilité dans les cas suivants :

a. Quand il est prouvé que depuis longtemps l'accusé a été atteint d'hallucinations qui se rencontrent surtout pour le sens de l'ouïe si fréquemment chez les aliénés ; mas alors il faudra prouver d'abord Taliénalion mentale.

b. Si le fait incriminé a été causé exclusivement par l'hallucination. Pour juger cette question, on trouvera des bases dans les hallucinations des rêves, et dans les extravagances commises dans Vivresse

t9Û t»AIltlE BtOLOGtOUK.

du sommeil (1). Ainsi le pauvre Schidmaidzig, si souvent cité, qui tua sa femme bien-aimée au milieu de Tivresse du sommeil, croyant se défendre contre un fantôme qu'il voyait arriver sur lui, a agi absolument sous Tempire de Thallucination et était évidemment non coupable.

Dans tous les autres cas qui ne peuvent rentrer dans les deux numéros ci-dessus, la voix qui crie : c Tu dois le faire, » n*est autre chose que la propre voix du mauvais principe qui crie dans la poitrine du criminel, voix qui, après une lutte plus ou moins longue entre le bon et le mauvais principe où sont pesés les avantages et les dangers de Faction, triomphe dans la conscience et fait commettre le mal. Plus les avantages paraîtront séduisants en continuant à méditer Taction, plus rhomme se sentira entraîné à agir, et il est bien explicable que dans une telle lutte il ne trouve « pas de repos », et qu'il lui semble de plus en plus c qu'il lui faut le faire » .

S 2. — Qaegtions da trîbmial mn médecin légiste.

Le médecin légiste est interrogé par le tribunal dont les questions forment la base et pour ainsi dire le squelette de son rapport. Il est donc intéressant d'étudier la manière dont ces questions sont posées, et l'on trouvera bon que nous nous y arrêtions. Le tribunal fait ses questions coipqae il veut; le médecin répond comme il peut. On a dit qu'il est préférable que le tribunal demande si l'accusé a agi librement ou non, plutôt que de demander s'il est iitteint de démence, d'imbécillité, etc. Nous ne sommes pas de cet avis, car non-seulement c'est contraire aux théories acceptées, mais encore il est dangereux de laisser au médecin une aussi grande latitude en le mettant sur un terrain où il ne peut tenir compte que de ses impressions individuelles. N'est-il pas possible, par exemple, que le médecin ait la conviction

(1) Nous entendons par là les actions commises dans l'état intermédiaire entrt le sommeil et la veille, quand le sommeil vient de cesser ou qu*U commenee. C'est la traduction littérale du mot allemand « Schlaftninkenheit. »

\^Sole du Iraductsur),

MALABIfiS MENTALES. — QUEI^TIONà DÛ TRIBUNAL. 271

que les instincts et les passions ont amené une lésion de la volonté?

Il n*est pas plus raisonnable de la part du juge de demander s'il y a € culpabilité >, quoique cela arrive quelquefois, car cette question ne doit être résolue que par le jury. Le domaine de la médecine reste renfermé dans Tétude des objets de la nature, dans Tétude psychico-anthropologique.

La législation prussienne, comme beaucoup d'autres législations, considère cette question au même point de vue que nous, car elle dit : € Il n'y a ni crime ni délit lorsque le prévenu était en état de démence oa d*imbécillité au temps de faction, ou lorsqu'il a été contraint par la force ou par des menaces auxquelles il n'a pu résister. » Donc la question à résoudre est celle-ci : L'accusé, au temps de l'action, était-il dément ou imbécile? Le médecin se trouve alors dans sa sphère naturelle ; mais le § AO du Code dit qu'il peut exister d'autres circonstances qui excluent la culpabilité, lorsqu'il ressort des témoignages ou du système de défense, qu'il y a pu avoir une autre raison de non-culpabilité ; ainsi on m'a demandé une fois : L'accusé est- il monomaniaque? c Hais, dit un jurisconsulte distingué, il faut alors, si de telles circonstances se présentent, que la question les renferme spécialement; par exemple, à l'époque du fait, la volonté était-elle lésée par l'ivresse, le demi-sommeil, le somnambulisme, la fièvre, etc.? Les traités de maladies mentales renferment une série de lésions de l'entendement depuis les caprices et les extravagances, la manie occulte et la manie partielle jusqu'à la fureur, depuis la faiblesse d'esprit, la stupidité, jusqu'à l'idiotie et Timbécillité complète. Tous ces états n'ont d'importance judiciaire que s'ils constituent la démence ou l'imbécillité (la démence partielle et les idées fixes sont aussi de la démence, si elles se sont emparées de l'homme, et si elles constituent une lésion de la volonté.) »

Il était important pour nous de citer l'opinion d'un jurisconsulte distingué, car elle s'harmonise complètement avec la nôtre et elle fait justice de l'habitude funeste et dangereuse de la théorie de la classiÇcation,

§ 3. — Procédés de l'exploralioa.

LÉGISLATION. — Code de procédure criminelle, § 280. — Le juge 4oit sans cesse avoir égardà l'état de Tesprit d'un prévenu et regarder spécialement si le criminel a agi avec pleine conscience. S'il trouve les indices d'une aliénation ou d'une faiblesse d'esprit , il doit avoir soin d'explorer avec Vassistance d'un expert l'état mental du prévenu. Ce sera la mission de l'expert de donner son avis sur la cause du dérangement mental et sur son origine probable. Code de procédure civile, tit. 18. — (Dans toute poursuite d'interdiction pour imbécillité, démence ou fureur).... § 6. Le juge ordonnera une exploration de l'état de la personne dont l'interdiction est demandée ; cette exploration desTa être faite par deux experts, en présence du curateur et des parents. Les deux experts seront désignés, l'un par le curateur, l'autre par les parents. /6id.,t6td., § 7. — Lorsque le curateur, les parents et les experts ne sont pat d'accord, l'unanimité des avis des experts décidera l'aflaire. S'il n^y a pas unanimité entre les experts, le juge choisira un troisième expert et fera répéter l'exploration, ou bien il demandera à chaque expert un rapport écrit et motivé, et il recourra aux instances médicales supérieures. Code de procédure civile {rhénan)^ art. 302. •— Lorsqu'il y aura lieu à un rapport d'experts, il sera ordonné par un jugement, lequel énoncera clairement les objets de l'expertise.

(Cet article ne concerne pas seulement les expertises médicales, mais les expertises de tous genres.) Ibid.j t&id., art. 303. — L'expertise ne pourra se faire que par trois experts, à

moins que les parties ne consentent qu'il soit procédé par un seul. Ibid,, f&id.,art. 317. — Le rapport sera rédigé sur lelieu contentieux, ou dans les lieux et aux jours et heures qui seront indiqués par les experts. La rédaction sera écrite par un des experts et signée par tous, etc., etc. !bid., tbtd., art. 318. — Les experts dresseront un seul rapport; ils ne formeront qu'un seul avis à la pluralité des voix. Ils indiqueront néanmoins, en cas d'avis différents, les motifs des divers avis, sans faire connaître quel a été l'avis personnel de chacun d'eux.

/&td., t6td., art. 322. — Si les juges ne trouvent pas dans le rapport des éclaircissements sufHsants, ils pourront ordonner d'office une nouvelle expertise par un ou plusieurs experts, qu'ils nommeront également d'ofllce et qui pourront demander aux précédents experts les renseignements qu'ils trouveront convenables.

Ibid.f t6td., art. 323. — Les juges ne sont pas astreints à suivre l'avis des experts

si leur conviction s'y oppose.

Extrait del'ordonnance du ministre du 14 tiowmfrre 1841, concernant les explo« rations et rapports médico-légaux sur les cas douteux d'aliénation mentale. — 1" Les experts doivent s'informer, par des visites réitérées chez les personnes qu'ils veulent explorer, et par des conférences avec leurs parents et leur médecin,

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