‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 69 sur 98 · MALADIES MENTALES. •» PROCÉDÉS DE L* EXPLORATION · texte numérisé non relu

MALADIES MENTALES. •» PROCÉDÉS DE L* EXPLORATION

quel est l'état de l'esprit du malade, avant Taudience fixée par le tribunal dans laquelle ils doivent donner leur avis. 2** Dans l'audience même, les médecins feront leur rapport sur la santé physique de l'individu, sur son « habilus », sa manière d'être, etc. Us rapporteront de même complètement et en détails le résultat des entreliens qu'ils ont eus avec le malade pendant les visites qu'ils ont faites, puis ils donneront un avis provisoire sur l'étal mental du malade. 3^ Excepté les cas évidents, les médecins devront donner plus lard leur avis détaillé par écrit en le motivant scienliftquemenl.

Généralités. — On voit par ces lois que les procédés de rexplo» ration pour décider Tinterdiclion sont différents dans les anciennes provinces de Prusse et dans les provinces rhénanes.

Dans les provinces rhénanes (où le Code français est en vigueur), la réquisition des experts est tout à fait facultative de la part des juges, ils peuvent ne pas y avoir recours, et c'est ce qui arrive très souvent. Les juges peuvent appeler un expert ou trois à volonté, et le législateur, pour montrer combien la liberté du tribunal est grande sous ce rapport, a soin d'ajouter que les juges ne sont pas du tout engages par le résultat de Texperlise.

Tandis que dans les anciennes provinces, toutes les fois que l'état mental d'un individu est en question, aussi bien dans les aflfaires civiles que dans les affaires criminelles, non- seulement l'expertise d'un médecin est nécessaire, mais encore il n'est pas stipulé que le tribunal n*est pas engagé par les résultats de l'expertise médicale. Cependant la nouvelle procédure criminelle dit que le tribunal doit plutôt suivre ses propres impulsions, et les jurés, dans la pratique ordinaire, ne se croient pas engagés par le résultat des recherches psychologiques du médecin.

Une autre différence dans la procédure des anciennes provinces, c'est que dans les affaires criminelles on ne demande qu'un méde« cin, et dans les affaires civiles on en demande deux ; ce n'est pas que Ton considère le diagnostic de la culpabilité plus facile que celui de la capacité de coniracter, mais par la raison simple que dans le dernier cas il y a deux partis dont chacun demande un médecin.

Le mode d'exploration dans les questions d'interdiction a cause d'aliénation mentale se trouve renfermé en partie dans l'ordonnance

'21 h PkKTlt blOLoaiQÛB.

ministérielle, du 1& novembre 18A1, en partie dans ce que nous avons dit dans la partie générale ; nous avons peu de choses à ajouter.

Lieu de l'exploration. — Avant tout, le médecin ne doit pas donner son avis s tans pede in uno, même si le tribunal le lui demande, ce qui lui arrive quelquefois en matière criminelle. On l'appelle à une audience où est débattue une affaire criminelle; l'accusé et toute Taffaire lui sont inconnus ^ il doit seulement assister aux débats pour s'instruire de ce dont il s'agit et donner son avis. Je ne me suis jamais cru en droit d'obéir à cet ordre, même si mon refus devait faire suspendre l'affaire. Je puis assurer que je n'ai jamais eu à me repentir de cette manière d'agir, même * dans des cas très importants pour lesquels j'étais tenté de donner un avis improvisé que je croyais vrai. Ma bonne chance m'a préservé de la tentation, qui m'aurait fait donner un avis que j'aurais eu peut-être à me reprocher, car une maladie mentale ne peut être reconnue par tout ce qui se déroule en audience publique. Sans parler des simulations qui, quand elles sont bien conduites, sont impossibles à reconnaître en quelques heures; il y a aussi des cas où l'accusé aliéné ne présente aucune trace de maladie mentale pendant tous les débats, soit par ce qu'il a une idée Oxe à laquelle on ne fait pas allusion, comme cela arrive souvent ; soit qu'il se maîtrise et n'est raisonnable qu'en apparence; ou bien, enfin, soit que l'aliénation mentale ne soit qu'intermittente et ne se présente pas. juste le jour en question. Les témoins, de leur côté, n'instruisent souvent pas le médecin sur les circonstances les plus précieuses à connaître, soit qu'ils ne les connaissent pas, soit qu'ils ignorent leur importance.

Il en est autrement si le médecin visite l'individu à son aise et dans la demeure de ce dernier ; s'il a soin, quand il est prisonnier, de lui faire donner ce qu'il faut pour écrire.

Il y a, ce que ne soupçonnent pas les laïques^ toute une ctosia d'aliénés qui ne lâchent la bride à leurs conceptions déliraiiles que lorsqu'ils se croient seuls et non observés, mais qui 8AV|W|| MN

MALADIES MENTALES. — PROCÉDÉS DE l'eXPLORATION^ 276 •

ils sont en société de leurs semblables, conserver une attitude ordinaire. Tandis que dans leur demeure on trouve, chez les uns, au milieu de la chambre, une poupée de paille habillée; chez les autres, toutes les serrures bourrées de papier sans raison, les portes et fenêtres barrées, des cahiers de papiers couverts d'obscénités et de stupidités, des cordes prétendues magnétisées qui traversent la chambre, la glace couverte d'un linge, etc. De sorte qu'en une demiheure passée chez eux on est plus avancé qu'en assistant à une audience d'une journée entière. Dans d'autres cas, ce sont les précédents qui donnent au médecin des indications importantes et qu'il doit toujours étudier avec le plus grand soin.

Des questions qu'il faut adresser. — Il est impossible de poser des principes généraux concernant les questions que le médecin doit adresser à un accusé pour déterminer son état mental, si ce n'est qae l'on ne doit pas demander à un homme soupçonné d'aliénation mentale de ces choses qui embarrassent même les hommes les plus sains.

Cette recommandation n*est pas aussi naïve et superflue qu*on pourrait le croire, car les rapports que nous revoyons dans la dépu^ lation scientifique renferment des questions dans le genre de celle-ci : c Qu'est-ce que Dieu? 9 faites par des médecins à des hommes que Ton soupçonne être aliénés.

En dehors de ces questions, chaque cas exige un examen s'appliquent à l'individualité. Le savant aliéné ne doit pas être questionné de la même manièreque le paysan. Il est important quand on a affaire à un malade dont les accidents ne sont que périodiques, de diriger les questions du côté de ses idées fixes, afin de voir l'influence qu'elles peuvent avoir sur lui. Il est aussi très opportun de ques-* tionner les parents et les voisins de l'aliéné présumé, ses camarades de chambre et ses gardiens, s'il est dans une prison ou s*il est à l'hôpital. Ce procédé est même recommandé ofliciellement en Prusse (voir l'ordonnance ciniessus citée).

De toutes ces communications^ le médecin doit choisir avec tact ceUea auxqnellti U 4aU l^tir fiti U celles qu'il doit rejeter.

Parmi les premières, devront être rangées celles provenant de gens impartiaux, tels que les employés de l'hôpital ou de prison , si ces communications sont en harmonie avec ce qu'il a observé et avec les lois psychologiques. Mais il faut se rappeler que les employés sonvent en contact avec les prisonniers, sont si habitués aux mensonges de toutes sortes qui leur sont faits, que souvent ils tombent dans l'extrême d'une incrédulité complète, et ne répondent au médecin qu'en niant toujours, même lorsque la maladie est évidente. Ces circon* stances, qui paraissent insigniflantes, hérissent de difficultés la mission du médecin.

§ 4. — PrécautioDf à prendre oootre les simalations.

Les motifs de simulation des maladies mentales sont en général les mêmes que ceux que nous avons signalés en parlant delà simulation des maladies corporelles, auxquels il faut encore ajouter la tendance à se soustraire à la punition d'un crime.

Ce que nous avons dit plus haut s'applique aussi pour le diagnostic des simulations des maladies mentales. Il est certain que ce diagnostic est plus difficile que celui de la simulation des maladies corporelles, il demande l'observation la plu^ exacte de toutes les circonstances en apparence les plus futiles, des moindres paroles ; il ré« clame la combinaison la plus sagace de toutes les circonstances du cas spécial ; ici il ne faut pas seulement avoir la connaissance scientifique des maladies mentales, mais la connaissance du inonde des criminels. Voici quelques principes que notre expérience personnelle nous permet de poser.

!•* Si l'accusé répète toujourç qu'il est fou, qu'il ne sait ce qu'il fait, ou comme le méchant gamin dont l'histoire est racontée (167*^ obs.), qui disait être atteint d'une « manie de persécution », il simule certainement. Les malades réels se plaignent bien de don'* leurs physiques dans la tête, de lourdeur, de chaleur^ etc. ; mais ils ne se plaignent pas de conceptions délirantes; car, du moment qu'ils les reconnaissent comme délirantes, elles ne le sont plus: Si le criniioel

soi-disant atteint delà manie de persécution sait qu'il se croit persécuté, il est évident qu'il sait qu'il n^est pas persécuté. Au contraire, les malades soutiennent bien plus souvent à ceux qui en doutent c qu'ils sont sains et pas aliénés >. Un simulant ne dira pas qu'il n'est pas malade, de crainte qu'on ne le croie.

2'' Il y a simulation quand un criminel, se plaignant de a faiblesse de tête » , répond à toutes les questions, excepté à celles qui 8e rapportent à son crime, tandis que sa faiblesse ne l'a pas empêché de retenir des dates, des nombres, etc. Dans le cas curieux 171, cette circonstance nous aida dans un diagnostic difficile.

3"* On doit aussi soupçonner la simulation lorsque l'accusé, à toutes les questions qu'on lui adresse, répond toujours : « Je ne le sais pas, je suis si faible de tête. > Quand il n'y a pas nullité complète de l'intelligence, ou idiotie, le malade répond ordinairement aux questions qui concernent son nom, le lieu de sa naissance; tandis que le simulant craint d'y répondre afin de ne pas se compromettre.

à^ On doit encore soupçonner une simulation lorsque l'accusé présente les symptômes de plusieurs espèces de maladies mentales. Si aujourd'hui il montre la folie la plus extravagante, et demain la mélancolie la plus profonde ; si aujourd'hui il voit le diable, tandis qu'il y a quelques jours il avait des hallucinations toutes différentes, ce n'est pas là le cachet d'une maladie réelle.

S"" De même si l'accusé, lancé dans une conversation longue, dans laquelle il n'est question que de choses insignifiantes, fait des réponses justes et appropriées, tandis qu'au moment où il croit que la conversation prend une tournure importante pour lui, il ne répond que des propos incohérents. Il va sans dire que je ne parle pas ici des idées fixes.

Des simulations de cette espèce ne sont pas rares. Un commissaire, accusé de complicité avec le meurtrier Holland (1), simula de cette manière une maladie mentale qui ne me trompa pas un seul

0) Voir 2* vol., cas 72. *

instant. Interrogé sur ses affaires ordinaires, il répondait avec beaucoup de sens; mais dès que je prononçais le nom de HoUand, il reculait de quelques pas, devenait furieux, prononçait des mots incohérents,^ parlant de Hollande, d'Angleterre, etc.; il Ait condamné.

Q" On doit encore soupçonner qu'il y a simulation si le récit du cours de la maladie ne peut s'accorder avec les lois médicales. Celui qui simule vous dira, par exemple, que sa maladie date d'une fièvre qu'il a eue ou d'une blessure qu'il a reçue au front, et dont vous trouverez peut-être à peine une petite cicatrice, et il sera impossible de déduire l'effet de la cause.

7° L'aliénation est simulée lorsque les accès de délire ne surviennent qu'aux moments propices pour l'accusé, par exemple lorsqu*il se sait observé, lorsqu'on le met en prison. Le cas 171 prouve que ce procédé maladroit est employé quelquefois.

Il y a un certain habitus physionomique chez les vrais aliénés, qui ne peut se confondre et qui est facile à reconnaître pour l'œil exercé. Sans parler de la figure du crétin, du dément complet, qui présente un aspect inimitable, une configuration bestiale, nous attirerons ratlenlion sur les besoins naturels, la nourriture, le sommeil, la chaleur, auxquels ne peut échapper aucun homme sain.

Celui qui résiste à une abstinence de longue durée, à une absence complète de sommeil ou à un grand froid (les aliénés se promènent quelquefois en chemise dans des chambres très froides), devra être regardé comme fou, car ce sont là des phénomènes que l'on ne peut simuler.

Une habitude bizarre qui se reacontre souvent chez les aliénèi est celle qui consiste dans Tamusenrent qu'ils trouvent à jouer avec lesrs excréments, à les étaler sur le mur, et même à les manger I Je ne puis pas croire qu'un homme qui veut simuler puisse avoir recours à un moyen aussi dégoûtant, et dans une telle circonstance, je me suis toujours décidé à rejeter la simulation, quand les autres symplômei ne présentaient rien de contraire à cette opinion.

Un banquier de bon^e rép«itation avait été compromis dans me

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affaire de faux et emprisonné. Une aliénation mentale survenue tout à coup dans la prison devait faire naître un soupçon de simulation, d'autant plus que l'accusé, au milieu de ses paroles incohérentes, prononçait des phrases se rapportant à ses affaires et à son accusation, par exemple : « Ma mère doit écrire âX... afin qu'il envoie les mille écus, » etc.; mais la fureur et le délire au bout de quelques jours devinrent permanents, sa physionomie s'altéra, et quand je vis cet' homme bien élevé, commencer à s'amuser avec ses excréments, je n'hésitai pas à le déclarer réellement aliéné. Il fut transporté de la prison dans une maison de santé où il mourut de paralysie.

Il y a une autre particularité concernant les aliénés qui est inconnue généralement de ceux qui simulent, et qui, du reste, est difficile à simuler adroitement : elle consiste en ce qu'un assez grand nombre de malades promènent de tous côtés des yeux hagards et répètent la question qui leur est posée comme s'ils voulaient la mieux saisir, par exemple, < Comment vous appelez-vous?» — « Comment je m'appelle? > — f Avez- vous des enfants? > — c Si j'ai des enfants ?» Si à cet interrogatoire se trouvent présents des parents, un frère, un cousin, le malade les regarde fixement comme s'il réclamait leur aide pour une réponse si difficile pour lui.

Je rappellerai les mouvements distraits et inquiets de beaucoup d'aliénés qui se tordent les mains, tiraillent leurs habits, ne peuvent pas rester longtemps sur leurs chaises, etc. Je rappellerai aussi le rire continuel et sans motif qu'ils ne peu<vent expliquer, et d'autres petits indices physionomiques que l'on trouve souvent chez les maniaques de toute espèce ; je ne les ai trouvés mentionnés dans aucun ouvrage, peut-être parce qu'ils sont jugés comme trop insignifiants, et pourtant quand il s'agit de poser le diagnostic d'une simulation douteuse, ils sont de la plus grande importance.

Obs. 160. — Charles S..., le prince de Mecklembourg .

Le marchand Charles S... était accusé de nombreux faux et de tentatives d*eiii* poisonnement. Il avait montré à des personnes dont il voulait s'attirer la conûaoce de faux papiers d'après lesquels il devait avoir déposé une somme de 10 000 francs au trésor de la ville de N... Ces pièces avaient été fabriquées avec beaucoup d'habileté, néanmoins la fraude fut reconnue et S... fut arrêté.

Le 7 septembre, au premier interrogatoire, S... fit des aveux, il déclara qu'il était le fils du marchand de draps S.., encore vivant, qu'il avait un frère aîné aliéné (ce qui a été confirmé) et une sœur bien portante. Jusqu'au dernier interrogatoire, il n continué les mêmes aveux et en outre il a exposé une foule de circonstances exactes qui ne nous intéressent pas ici.

D'après le rapport du juge d'instruction , « S... n'a jamais montré la moindre trace d'aliénation mentale , il s'est montré plutôt un menteur habile et raffiné, de sorte qu'il n'y a pas à douter de sa culpabilité. » On n'avait pas fait attention que la femme de l'accusé , qui dans ses dépositions et ses pétitions n'avait jamais parié de maladie mentale , avait le 1 1 novembre, pour la première fois, déclaré que « son mari avait eu souvent des moments de folie, car ce qu'il disait et faisait montrait une absence de raisonnement. »

L'accusé fut dans un premier jugement condamnée six ans de travaux forcés et à 6200 écus d'amende. Ce jugement lui fut lu le 20 novembre, il déclara vouloir faire un appel, désigna un défenseur, demanda à être recommandé au directeur de la prison pour pouvoir faire des travaux par écrit, et supplia qu'on le laissât se mettre en rapport avec sa femme afin de se procurer la somme nécessaire pour payer son amende.

Cinq jours plus tard on lui accorda les objets nécessaires pour écrire. Les écrits de S... sont datés du 30 novembre et consistent en deux lettres à S. M. le roi de Prusse et le grand-duc de Mecklenbourg-Strelitz et en un soi-disant écrit de défense.

Au roi il se présente comme prince du sang , le prie de le faire transporter aa château royal pour que, « sous les auspices de son cousin le roi, les aflTaires qu'entraînent pour lui sa naissance royale et d'autres fatalités de cette sorte aient une fm. • Au grand-duc il déclare qu'il est « le fils légitime du feu duc N... de Mecklembourg- Slrelitz ». Il dit qu'il serait d'autant plus facile de faire des recherches au moyen de son « ambassadeur » (qui n'était autre que l'avocat H..., son défenseur) que « le personnel de feu son père » était encore à sa cour. Mais « afin que l'apanage de sa maison ne coûte pas trop au pays, il offrait ses services au roi de Prusse et laissait au prince L... son liéritage «.

Dans des écrits de toutes sortes couvrant onze pages in-folio , il se plaint de $a double hernie et de sa faiblesse corporelle et dit m que la fatalité est en grande partie la cause de la faute dont on l'accuse , en méconnaissance des circonstances qui l'ont forcé de quitter pour un instant la voie du juste dans laquelle a marché notre Sauveur J.-C. «

Puis il demande les enquêtes les plus apprufondieset les plus discrèlMi il parie

MALADIES MENTALES. — OBSEUVATIONS. 28!

de sa « majesté innée », il espère que le roi voudra bien oublier sa feule, puisqu'il peut lui être utile dans sa maison, dans son état et dans son armée. « Il suffit, dit> il, de donner d'abord ici quelques avis sur la Russie, il faut nous fortifier pour pouvoir faire front à ce colosse, il faut augmenter l'armée, mais il est grand temps aussi d'équiper une flotte pour notre Prusse. Ainsi je veux créer une flotte, » etc.

Puis il raconte qu'il a appris de son « pseudo-père a ou de son « ita d ictus père » le marchandage à Hanovre, et parle de son frère aliéné avec des détails très justes. Puis il change de ton, dit qu'il s'est « battu en duel » à Gottingue , que demain il fera beau temps, qu'il y aura parade, et son avocat H..., « qu'il nomme j^ar la présente son conseiller intime », est prié d'annoncer au roi qu'il y paraîtra en uniforme de colonel des gardes et qu'on doit préparer des chevaux, des armes, des uniformes pour son état-major.

Il raconte que de Hanovre il est allé dans un commerce à Brème , où il est resté deux ans; en 1827, il est retourné dans son pays, et que là ont commencé ses malheurs. Sa « mère adoptive » (le mot adoptive a été ajouté après) est morte, etc. Enfin, il dit que a un aveuglement et une paresse inconcevables » l'avaient empêché de faire valoir plus tdt ses droits de prince.

D'après cela on ordonna une recherche sur son état mental, et Ton entendit beau* coup de témoins.

Sa femme déposa en ces termes : « II se lève souvent la nuit, se met à écrire pendant des heures entières, parle beaucoup de sa grande fortune et très souvent ne se souvient plus de rien le lendemain. Puis il n'est pas rare qu'il me prenne pour une antre et dise par exemple la nuit qu'il voudrait savoir ce que dirait sa femme, si elle savait que je suis couchée près de lui ; souvent aussi il m'a raconté qu'il était le flls du feu duc de Mecklembourg-Slrelitz. »

Le docteur S..., qui a traité l'accusé pendant deux ans, déclare que S... est un homme excentrique, probablement assez pauvre d'intelligence, qu'il lui avait communiqué les détails les plus minutieux sur sa famille (le témoin ne dit rien du soi-disant prince) , mais il ajoute qu'il n'a jamais remarqué en lui aucune trace d'aliénation mentale.

L'avocat K... et son neveu, qui connaissent intimement depuis longtemps l'accusé, en parlent comme d'un homme très léger, excentrique , mais n'ont jamais remarqué en lui « la moindre trace d'aliénation mentale ». Ils ajoutent cependant que dans la famille S... il y a eu une certaine tendance à la folie, et qu'outre le frère aliéné , la sœur en a montré des traces.

Les sieurs V... et G... (qui ont été trompés par les feux) disent que S... a toujours été un homme parfaitement raisonnable.

La déposition du père, le marchand S..., est importante. Il dit que son flls s'est souvent livré à des actes extravagants envers les étrangers , envers sa famille et envers son père lui-même, actes qu'il attribue à « sa vanité excessive » .

Mais il ne peut pas dire qu'il ait eu un dérangement mental, a II savait très bien ce qu'il faisait et devenait traitable lorsqu'il le fallait. Quant à ce qui concerne ce qu'il dit de sa naissance princière , le père ne sait pas si cela tient plotdi à la foHe qu'au mensoDgB »*^

Le tribunal de son pays dit que S... a souvent trompé et volé son père, qu'il y a môme êu entre eux des rixes assez sérieuses. Dans un procès jugé à Mecklembourg, concernant un nommé N... et complices, on a découvert que S... a tenté d'empoisonner son père avec de l'arsenic , afin d'arriver plus vite à la possession de son commerce.

Voici un extrait de mon rapport : « J'ai exploré très souvent l'accusé , Je suis arrivé aux résultats suivants : Le marchand S. ., Agé de trente-huit ans et de grandeur moyenne, a les cheveux fbncés, abondants, un teint jaune , le regard perçant et désagréable , la figure assez belle , le front bien développé , quelque chose de décidé dans les traits et le maintien. Il ne semble pas attacher beaucoup de soins à ta mise extérieure. 8a parole est coulante, quelquefois élégante, cohérente et indique un homme à moitié instruit, ce que révèlent également son extérieur poUeé, ses compliments, etc. CorporellementS... n'est pas sain. La couleur de sa figure, les taches sur la poitrine et le ventre, montrent une lésion des foactions de la digostion, et il est possible que son irascibilité dont on a parlé plus haut en •oit la cause. Il est atteint de deux hernies inguinales et souffre d'une constipation continuelle ainsi que d'une faim et d'une soif excessives qui le poussent à boira très souvent de l'eau froide ; ses urines sont abondantes et normales. Il n'y a pas de dérangements appréciables au foie ou à la rate.

A ma première visite, le 9 décembre de l'année passée^ je commençai mon etttre- Uen par parler de sa hernie et je passai à son séjour à Hanovre. 11 en causa longtemps avec facilité et même volubilité, puis arriva à sa position actuelle et dit « qu'ails lui était doublement désagréable à lui qui était né prince », phrase qu'il lançait oiiic firécipUation. Quand il parlait de sa femme qui était enceinte, il disait toiyours tt mon auguste épouse » et ajoutait qu'il était impatient de savoir si elle accoucherait d'un prince ou d'une princesse. Sans avoir l'air d'agir avec intention, je tâchais toujours de le replacer à la réalité de son origine, je réussis à lui arracher ces inots : « Mon frère qui est fou me ressemble beaucoup, n A l'occasion de son irascibilité et de celle de son père, je lui dis : C'est peut-être un défaut de famille? 11 me répondit: M Oui, c'est ainsi dans toute notre famille. »

Le I A du même mois, je trouvai S... étendu sur son lit ayant pris un vomitifs cause d'embarras gastrique. Son regard était libre et naturel, la langue encore 110 peu couverte. Il recommença bientét à parler de Sa Majesté et du grand-duc, qui, disait-il , l'avait visité il y a quelques jours , chose à laquelle j'eus l'air de ne pss faire attention. Je lui dis que je connaissais un médecin de son pays et je m'informai s'il avait encore des gens de son pays ici. Il me nomma comme je m'y attendais l'avocat K... qu'il me dit être son parent. Je lui demandai quel était le degré de parenté , il me répondit que le père de cet avocat s'était marié avec la sœur de son père. Deux camarndes de prison se plaignaient que S... faisait du bruit le soir, parlait du roi, etc.

Le 23, je le revis , il avait battu la veille un prisonnier dans la cour et la nuit à une heure du matin il avait fait tellement de bruit que le garde avait été obligé d'intervenir. Ce jour-là je répondis aux idées fixes de l'accusé et je lui dis de réfléchir sur l'invraisemblance de ses prétentions. Je lui 4is qu'il ïi» resiiemblait pas

du tout au duc N..., nur quoi il répondit : o Non ! c'est très curieux, alors je ne puis pas m'expliquer pourquoi il m'a toujours aimé. • Quand je lui demanda! peurquoi il n'avait pas fait ses réclamations plus iôL — « Parce que, ayant vécu heureusement, je n'ai pas cru devoir changer de position , mais maintenant je crois devoir fiire valoir mes droits, i* Son regard était plus inquiet «et il se plaignait de douleurs d'estomac, la langue était légèrement couverte.

Le 27 du même mois. S... se plaignit k moi de sa fiim toujours eroissante et de •ee fréquentes envies d'uriner dont nous avons déjà parlé plus haut. Je lui demandai •'il pensait que j'étais dupe de ses singeries. H me répondit : « J'ai beaucoup réfléchi et pourtant il me semble bien que je dis la vérité, je me suis méfié éê votti dès l'abord, croyant que vous éties envoyé par mes ennemis «, c'est ainsi qu'il désignait la maison du grand-duc. Je revins à son état corporel et je lui dis ^ne ses urines copieuses annonçaient une maladie très curieuse, le diabète. — Gomment aves-vous eu cette maladie très rare et curieuse, qui est touiours héréditaire (ce qui n'est pas vrai)? Voire père l'a-t-il aussi? S... réfléchU un instant et répondit : « Mon père ne vit plus. »

Le 3 du même mois, je trouvai l'accusé enchaîné parce que la veille il avait frappé un de ses camarades de prison ; il semblait ce jour-là tout changé, il était très grossier et disait des obscénités, il répondit à mes questions : t Qu'est-ce que cela vous regarde? Procurez-moi plus à manger et à boire! » Il revint encore sur son « auguste épouse », sur son héritier attendu et sur son titre de '< prince «, etc.

La conduite de S... ce jour-là me fit donner à mon entretien le IS janvier, une autre direction. Sans atécune raison il revint à me parler du duc* Je lui dis d'un tua aigre que j'avais assez longtemps entendu ses niaiseries et que je ne l'avais ménagé que parce qu'il était nuilade. A présent qu'il se portait bien, il devait me laiiser tranquille avec ses sottises dont j'avais apprécié la valeur depuis looftemps. L'impression que produisirent ces mots fut remarquable. S.*» fui eompléiement interdit, il réfléchit un instant et répondit à voix basse et timidement ; « Mais j'en suis bien convaincu et je suis Aché que vous ne vouliez pas y croire. «

Quinze jours plus tard, il me dit que son <r auguste épouse » était née G..** et m'expliqua couramment les avantages et l'histoire de son mariage.

Tels sont les résultats principaux de mes nombreuses visites faites à S..., sur lesquels je base mon rapport concernant «e son état mental aetuel, et sa culpabilité à l'époque du fait j> .

Je n'béaite pas à affirmer que Scb... ne fait que fimu/er. On ne peut nier qu'il se présentait chez cet homme un ensemble de circonstances qui pouoaient prédisposer à la production et au développement d'une aliénation mentale. Un homme qui a une maladie abdominale, qui a une « vanité excessive » (caractère qui prédispose à l'aliénation mentale), qui est « excentrique, exalté «*, qui est enclin à abuser des boissons alcooliques, un tel homme peut plutôt que mille autres devenir fou. De plus, son frère étaot atteint d'une folie incurable, sa sœur ayant des moments d'absence, il pouvait y avoir là une maladie mentale héréditaire. Mais en médecine légale, il ne s'agit pas seulement dç simples possibilités, mais de preuves autant que

possible. Or il est évident que les circonstances que nous venons de mentionner ne peuvent pas faire conclure que S... est aliéné.

En effet, l'impétuosité de son caractère n'est qu'un indice trop insignifiant pour que nous en discutions la valeur. Quant à la possibilité d'une folie héréditaire, les actes ne contiennent rien sur l'état du frère de S..., on ne sait pas quelles sont les causes individuelles, corporelles ou psychiques, qui ont pu produire son aliénation. On n'a sur l'état de la sœur que la déposition de l'avocat K... dans laquelle il n'est question que d'un on-dit. Il serait d'autant plus inexact de vouloir, de l'état de santé de son frère et de sa sœur, conclure que l'inculpé est fou, que même si les mêmes traits de folie existaient chez le frère et la sœur, ou ne pourrait pas encore par cela seul faire la conclusion que la' conduite en apparence folle de S... est à attribuer aune maladie mentale héréditaire dans la famille de S...

La pétition de la femme de S... du 11 novembre ne peut pas être passée sous silence, car s'il fallait accepter comme vrai ce qu'elle contient, ainsi que sa déposition orajc, il faudrait admettre que l'accusé était déjà atteint de conception délirante avant l'acte dont il est accusé. Je ne puis l'admettre, i|uoique la déposition écrite date du 11 novembre et que le jugement du mari date du 20 du même mois; car comment se fait-il qu'elle n'ait pas fait plutdt celte communication si importante pour lui et pour elle, et qu'elle ait tout à coup, le 11 novembre, après trois mois d'emprisonnement, fait cette déclaration spontanément?

Il n'est pas du ressort du médecin légiste d'insister sur la circonstance importante qu'il a pu exister très bien une communication entre les deux époux par une voie quelconque afin de s'entendre sur la conduite à suivre, mais il est d'une grande importance psychologique de diriger l'attention sur ce que, encore le 29 octobre^ très peu avant le jugement, elle écrit une pétition et elle ne parle pas de Fétat mental de son mari , état qui pourtant est si important dans le procès, et qu'elle n'en parle que quinze jours plus tard. De telles circonstances ôtent toute valeur aux dépositions de la femme de S. . , et je ne m'y suis arrêté si longtemps que parce qu*elles forment en apparence l'argument principal contre mon opinion sur l'état mental de S...

De plus, il y a encore une raison importante qui prouve qu'au commencement de son mariage S... n'élait pas poursuivi par l'idée fixe de sa naissance princière, comme le prétend la femme S..., c'est que dans une affaire postérieure à l'époque de son mariage il a dit au marchand G... pour le tromper que son père était un riche commerçant de Mecklembourg. Il est certain que celte assertion était guidée par un intérêt que tout le monde comprend , car dans ce cas le titre de fils d'un riche commerçant lui servait plus que le titre de fils d'un prince défunt; or, il est contraire à tout principe médical qu'un homme atteint d'idées fixes non-seulement les cache, mais encore en énonce d'autres tout à fait contraires»

Même si l'on supposait qu'au moment de son crime il a élé tourmenté d'une idée fixe ne se rapportant pas à ce crime, il est évident qu'il n'en est pas moins coupable, car ce serait certainement étendre le domaine delà non-responsabilité au delà des limites raisonnables, que d'y comprendre l'exislence d*une idée fixe en elle-même. L'idée fixe n'est autre chose que le produit d'un esprit lié à une conception délirante,

et l'expértence a démontré dans un grand nombre de cas que des hommes tourroenlés d'une telle monomanie ne montrent , en dehors du ressort de cette monomanie, aucune trace d'aliénation ni dans leurs paroles ni dans leurs écrits , aussi longtemps qu'ils ont conscience de leur idée sans pouvoir s'en affranchir. Ce n'est que si l'idée fixe s'est emparée de la raison au point qu'il n'a plus la conscience que cette idée est délirante ; s'il vient à faire des actions entreprises par suUe de ton idée fxe , c'est seulement alors que ses actions , si elles sont criminelles , ne peuvent être jugées comme eelles des autres hommes; mais alors le monoma- Diaque deviendra maniaque.

Si, par exemple. S... l'année passée, ayant l'idée fixe d'être un prince de Mecklembourg, avait abordé ou ennuyé le roi , etc., il aurait agi en vertu de son idée fixe, tandis que la fobrication de billets faux afin de se procurer de l'argent pour faire un commerce de comestibles ne touchait en aucune manière à cette monomanie.

Or il est prouvé que l'accusé, avant comme au moment de son crime, était complètement en possession de ses facultés intellectuelles. Ni son père, ni aucun témoin entendu, n'ont jamais vu en lui une seule trace d'aliénation mentale ; la manière avec laquelle il est parvenu à fabriquer ses faux prouve un raisonnement intact, un plan calculé, une astuce appropriée; et l'action imputée est en harmonie avec la » légèreté sans borne » de S... , d'un homme qui ne recule devant aucun moyen, pas même le parricide, pour arriver au but d'une existence indépendante, bourgeoise. D'après cela je n'hésite pas à répondre à l'une des questions posées que Scft... était respon» table au momerU où il a exécuté son crime.

Puisque j'ai prouvé que S... n'avait aucune idée fixe avant son crime, il est certain que la rmmomanie actuelle qu'il présente n'est que le résultat d'une simulation intéressée, car celle-ci doit être la suite de celle-là. Ce n'est pas là la seule raison qui me fait nier la monomanie actuelle , il y a aussi des raisons directes. Je dois citer d'abord l'extérieur, le maintien et la manière de s'habiller de S. . . Malgré la modestie du costume des prisonniers , il est extraordinaire qu'un homme, qui se croit prince, se tienne avec aussi peu de soin. Qu'on voie dans les maisons de fous les rois et les princes, que l'on compare leur maintien et leur fierté avec l'extérieur de S... ! Il parle bien de son « auguste épouse » et de son futur héritier, mois d'une manière qui ne peut tromper que des écoliers et à travers laquelle on aperçoit la fraude. Mais ce qui est bien plus important , ce sont ses nombreuses contradictions dans ses discours, dans ses écrits et dans ses conversations avec moi. C'est une contradiction psychologique énorme que de dire qu'il n'a pas fait valoir ses titres plus tdt , parce qu'il s'était trouvé heureux dans sa position. Si réellement il se croyait prince de Mecklembourg, il ne pouvait pas se trouver « heureux » dans son obscure et misérable position.

11 prouve son mensonge lui-même en faisant du bruit le soir et en battant lef prisonniers, ce qu'il n'a pas fait au commencement, et prenant le parti de m'insulter seulement à ma troisième visite. Comme beaucoup de simulants, il a maladroitement entremêlé les symptômes de l'idée fixe à ceux de la fureur.

J'attache aussi beaucoup d'importance aux inconséquences qui ont trahi S... dans ses conversai ions avec moi. S'il avoue que son frère aine lui ressemble, queriratci»

t86 ^mtiE bioLuoiqDK.

UliU tit cDDununBà toute U famille S..., qua la pire da l'aTOcat K... t'«(oiar1i (vae la mbut de m>d para, il avoue qu'il eit S... el oablie qu'il nt prJnM, tandis qu'un milada u'outdia Jenuii son rtle, car il ne le joue pu. Enfln, je dali faire romarquar combien l'accuié dans lea éetilt cherche * t'exeuaer da son erina. S'il a • quitté la voix du juste , e'eil la Tatalitâ et la farra des cIioïbs qui en sont en fnnda partie la causa ■. — Si on l'en croit , 11 n'a pas loulu voler , mais fliira un eaprupt hjpolbèqui sur la forlune de sa mAre ou de sa grand'mire (aiitii poi lar M/orluM princtfre). Eu parlant ain>i, il montre bien qu'il ett en Mat da raconnaltre qu'il a quitté la voie du juite , il sait la culpabilité da sa* actions, et ticbe de sa soustraire k la punition. Malgré lui il avoue qu'il posside encore la Taculté da diiceroar lebiendumal.Onne peut expliquer touteaeea eontradiclionsqu' en adtattlanl que S... n'est pas affecté de manie ni générale, ni particulière. Si l'on eoniidèrede plus qu'on pouvait très bien s'attendre que S... commettrait un pareil acte d'iprii la réputation dont il jouît, si l'on rÉIléctiît enDn que sa prétendue mononuaie n'est lurveaus que quand il l'eit vu sous la coup d'une peine iofamaote, on comprendra que ja cooclui :

Que l'acciui Charlet S... doit iirt regardé comma rwiporuable tMutli blés m momenl oii ■! u commii nm crima f w mninfanani, M (u* sa ioi-4iiant mania n'aal fli'une pitra ùmutalion.

S..., par suite de ce rapport, rut condamné à subir ■■ punition, ivant de raatrer en prison , il m'avoua que uaiolenant qu'il n'avait rien à fagner, il pouvait dlr« qu'il avait voulu nous tromper tous, et qu'il était conimi de mon rapport I

Obi. 1 81 . — Aitaqui da funur pandont rawillance.

Le menuisier Claus, qui avait été tréa souvanl puni, était sous la cosp d'ut grave condamnation pour un nouveau crime qu'il vouait de commettre. A la fin da novembre, npréaun court emprisonnement, il commanda 1 tenir da« propaa Incohérents et à faire des grimaces, mais aveo si peu d'habileté que toat 1« nonde *it te«l da auile qu'il simulait.

Houi lui fîmes donner chaque jour une doucbe, ce qui le rendit plu* calma <l la Qtcesserdc battre ceux qui étaient autour ds lui, etc. Hais 11 parut déi lors hMl d'esprit et répondilauxqueitionsqu'on lui posait: « Je ne sais pas. n que quand on l'j forfait, etc. -, de sorte qu'on noua demanda, une lob l'ir finie, s'il était capable da paraître en audience.

I^nsidérant sa conduite antérieure et actuelle, nous répandîmes affirmatiaMMiL

Le 7 février, il arriva au banc des accuaès, suasilUapréail eomnMica àa'aglMt violemment et è crier avec fureur, de sorte qu'à pain* ai deus Msplajéa da pallM pouvaient le tenir. La C«ur demanda c* que je penuit da ealta Moduila. U umà on ne pouvait sa tromper sur U eondnjta da raesaié.

J'expliquai par des raisons Irit tadlai t aooipraidrai mtn» par Ckaa, fya ailiM était tout i fait sain d'esiiril ; je n'hâiilai pas à U lin de lui déclarer à haute nilx que ce qu'il ruissil ii'ëUil pai dt \a folie, mais unu comiilin mat jouée. A l'itutant C... darint tranquille, le* dibati eurent lieu e| G... (M condamné.

MjOADIES mentales. — OBSERVATIONS. 387

Obs. i62. — Prétendue faibUist demémoire. Parjure.

LifemmaS... avait en lft49cu[naiandsi]ei babil» pour ton fils, et pEua tard dam no proeËi qui eut lien parce qu'elle ne les ivail pas pajièa, ella jura qu'elle qb Isa avait pas commandéi. Tout faisait soupçonner un fau^ icrment , maii pendant l'ia- «IrucltOQ ta femme S... se plaignii d'une grande fiiblesie de mémoire. On nou) demanda li « la laémoire de l'accuiùe a pu BoufTrir au puinl que l'an puiise adnellre qu'elle ne ae toit pat rappelée le 20 novembre 1 S50, en prâtanl terment, la comnunde qu'elle avait faite en I84S. ■

Daos les enlretieni que j'eus B\ec elle, elle te trahit bienldt en répondaol avec justesse à des questions que je lui lançai dans la conversation uns avoir l'air d'y atlacher il« l'imporlance , queiliont telles que celles-ci ; Quel âge ont votre mari, vos enfants! Quelles ont été leurt maladie* dans leur jeunesse! Puis nous parlâmes •< des malheurs de l'inalruclion qui se dirigeait contre elle et des suite* llclieuses qui pouvaient en réiulleri u la femme S... ne manqua pas de répondre aussi sur ce ton, elle parla de sa position malheureuse, de sa pauvreté, de son embarrat BU moment où il lui a fallu prêter serment, tout cela à mots couverts, aUn d'obtenir de moi un rapport favoralile ; ainsi elle montra involontairement la faussclâ de sa biblesse de mémoire et montra la ruelle causa faciaoris. Elle avait oublié loa rAIfl. 11 va sans dire que je répondis négativement à la question posée.

Obs. 163. — Prétendu» perte de connaissance après raccouehement. Mort de Ceafant,

Le lAtepiembre.la nile E..,, âgée de Irenle-six ans, étant d^à accouchée, il j a quiniB an* , avait mis au monde un enfant qui, d'Après l'autopsie, a été reconnu comme ajrant vécu. L'accusée avait caiihé sa grossesse, quoiqu'elle i connût très bien H position >. Elle raconte que le jour de son accouchement elle sentit un simple IriHon, puis enlanta sans s'; attendre et sans douleur.

Ellaélait couchée dans son lit et couverte d'un drap, elle disait avoir laissé l'enlsnt trois i quatre heures mu* le drap, entre te* cuisses, parce qu'elle ne le croyait pa» vivant. Puis elle disait aussi ■ avoir arraché le cordon près du ventre de cet enfant mort u et l'avoir mil dans le lit à cdté d'elle. Le lendemain, elle s'tiabilla , Miveloppa l'enbnt mort dont elle avait caché la naissance, et le porta dan* un endrait public où elle le dépa*a.

Elle avuut ensuite dans un autre inlcrrogaloire ■ avoir senti que quelque chose riiHail hors de sou «entre, » quoique le frisson lui eût fllé " presque toute con- Mhwt* ■• ifitt trois lieures a peu près, peiidjnt lesquelles elle eut une " fièvre qfd l'aniil Mipéehée de bouger m, elle dit avoir senti n quelque ctiuse de froid » wx rnltiri et ce n'est qu'alors qu'elle comprit qu'elle était accouchée, puisque i»Ê^k M moaunt elle n'avait pas eu osseï de connaissance pour « se rendre 1 Gvmplu ' du ce qui lui i^luit urnvi. Elle prit alors l'enfant qu'elle trouva • Troid el \t le uioiudie sigcii: Ji: vie. Elle se conlrediaait donc avec ce qu'elle avait

jt auparavant.

L .4'^ptâii la récit dt;s téuiinna, ce ifù l'est passé pendant les trois heures en

quftslion. Comme elle s'était plainte en rentrant chez elle de maux de tête, la cuisinière lui apporta du thé de camomille, et trouva l'accusée au lit dans la chambre à coucher, couverte jusqu'au cou ; à la question : Àvez-vous très mal à la tête? que lui posa sa cuisinière, l'accusée répondit : « Les douleurs sont encore violentes, mais cependant cela va mieux. » La cuisinière n'a remarqué rien de singulier, si ce n'est que sa maîtresse avait la fîgure rouge, elle ne s'est surtout pas aperçue qu'elle eût perdu connaissance, puisqu'elle lui répondait juste à toutes les questions.

La mère de l'accusée qui rentra à midi , c'est-à-dire une heure après celle-ci, entendit aussi sa flllu se plaindre de maux de tête violents , après trois heures elle revint auprès du lit avec sa fille cadette et y resta jusqu'au soir. Ilest inutile de dire que la femme E... causa très bien avec sa mère et sa sœur, puisque son état meatal trois heures après l'accdVichement n'est pas en question.

Dans un interrogatoire postérieur, la femme E. . . raconte : « Je suis revenue à moi au bout d'un certain temps , je vis la tasse de thé qui se trouvait devant moi , je réussis à en prendre quelques gorgées et aussitôt le frisson me reprit et je perdis de nouveau connaissance, u

L'autopsie a démontré que l'enfant a vécu, qu'il est mort par suffocation ; mais nous n'attribuons cette mort à aucune cause active, nous pensons qu'il est très vraisemblable qu'elle a été produite par l'abandon de cet enfant nouveau-oé entre les cuisses de sa mère et sous le drap pendant trois heures.

On nous demanda si ce que disait l'accusée était croyable ; je répondis que la perte de connaissance plus ou moins complète pendant Taccouchement n'est pas très rare, il est surtout fréquent de voir au dernier moment décisif de Taccouchement une perte de connaissance momentanée causée par les violentes douleurs et la congestion cérébrale. De plus cette congestion peut durer plus longtemps, prolonger la perte de connaissance et produire des états réellement dangereux. La perte de connaissance, dont il est question dans ce moment, de trois à quatre heures, serait l'intermédiaire entre les deux états que nous venons de mentionner. La manière dont cette perte de connaissance a eu lieu est extraordinaire, surtout les secours de l'art ayant manqué, quoique nous ne voulions pas nier sa possibilité. Voici les raisons qui cependant nous font douter de sa réalité.

La femme E.>. dit être accouchée pendant que sa famille dînait; or il est confirmé que le dîner était (ni et que la cuisinière qui lui apporta le thé avait déjà diné. Au moment où on lui apporta ce thé, elle était déjà accouchée depuis très peu de tempfi mais elle n'était pas sans connaissance, car elle a parlé très raisonnablement avec sa bonne, qui ne lui a trouvé. rien de singulier. Il est important de remarquer qu'elle n'en est pas à son premier accouchement, qu'elle est accouchée il y a quinie ans et qu'elle a déjà trente -six ans. Ce ne sont pas là des circonstances qui permettent d'admettre une ignorance complète de ce qui concerne l'accouchement, elle devait surtout savoir qu'avant et pendant l'accouchement, même quand celui-ci se fait vite, on perd une grande quantité de sang par les parties génitales, et l'on ne peut croire qu'une personne qui se plaint de maux de tête, ne s'aperçoive pas qu'elle est couchée dans un lluide chaud. Elle avoue elle-même qu'elle a senti « quelque chose lui glisser du ventre >), cependant elle tâche d*éviter la contradiction en disant

qu'elle s'est rétablie un instant et qu'elle est retombée dans sa perte de connaissance. Cette assertion n*est pas croyable, car l'expérience nous montre qu'il n*y a jamais une telle intermittence dans les accès de l'évanouii^sement, surtout si l'on n'emploie pas les secours de l'art et si des saignées n'ont pas amené une amélioration momentanée. Or, si la femme E... avait conscience de son état lorsque la cuisinière lui apporta le thé, il faut aussi admettre qu'elle était en état de donner à son enfant les secours nécessaires, et qu'elle devait savoir que l'enfant pouvait suffoquer dans le lit entre ses cuisses. D'un autre côté, il est impossible de croire que cette femme ne s'est aperçue de la présence de son enfant que lorsque celui-ci était déjà mort.

Nous avons trouvé les poumons de l'enfant remplis d'air, ce qui prouve qu'il a dû respirer, remuer et peut-être crier sous la couverture, comme tous les enfants lorsqu'ils viennent de naître. En supposant que cet enfant ait suffoqué sous la couverture, il est impossible qu'un bout de trois heures il ait été froid et roide.

D'après ce qui précède je conclus :

QuMl n'est pas possible que l'accusée, pendant et après l'accouchement, ait pu être dans un état d'évanouissement qui l'ait empêchée de donner des secours à son enfant, et que l'accusée ment en disant qu'elle n'a pas remarqué un signe de vie de la part de son enfant.

Obs. 164. — Capacité de contracter,

La veuve L..., très endettée, qui avait souvent simulé des maladies corporelles pour se soustraire à la contrainte par corps et que j'avais explorée à ce sujet avait à déclarer sur serment l'état de sa fortune.

Elle prétendait à cause « de démence » ne pouvoir prêter serment. C'est ce que j'avais à décider. Je la trouvai au lit, comme toutes les fois où elle s'attendait à ma visite, roaia toute habillée, ce dont je m'aperçus en découvrant la couverture. Cette femme était assez habile et savait bien mener la simulation. Elle répondit par exemple à ma première question concernant son âge : « Quatre-vingt, soixante-dix, soixante, ah ! très vieille ! » Mais en la poussant un peu , elle revenait bientdt à la raison et ne présentait aucun symptôme de faiblesse d'esprit, malgré toute la peine qu'elle se donnait. Quand je lui demandai ce qu'elle possédait, elle répondit: c Rien , absolument rien. » — Alors si cela est vrai , pourquoi ne voulez- vous pas le déclarer sur serment? » — Elle ne répondit rien et se mit la couverture au dessus de la tète.

La conclusion n'était pas douteuse.

Obs, 165. — Capacité de contracter.

Ce cas est un de ceux qui arrivent tous les jours , mais je le cite parce qu'il est intéressant sous un certain point de vue.

Une vieille dame de soixante-huit ans, de bonne réputation et bien élevée, qui depuis longtemps avait été interdite comme imbécile, c'est-à-dire « incapable de calculer les suites de f es actions » (mots de la loi), était sous tutelle et demandait à i. <9

en être délivrée se disant rétablie au point où la loi le demande , c'est-i-dire revenue à l'usage complet et libre de sa raison*

Ce cas offre un aperçu très instructif sur l'état d'un esprit aliéné et confirme par une source authentique la théorie psychologique connue qui dit que les aliénés ont souvent encore un vague discernement entre le bien et le mal et qu'avec cette connaissance vague ils peuvent se maîtriser jusqu'à un certain point. La disciplina qui existe dans les maisons de fous est basée sur la véracité de ce ftût.

Chez notre malade guérie, Taliénation avait commencé il y a quinse ans et avtit dnré pendant plusieurs années ; elle me communiqaa avec beaucoup de calme on grand nombre de détails sur les excès dans lesquels l'avait poussée sa manie et m'analysa avec beaucoup de clarté tout ce qui s'était passé en elle. Elle avait en pendant quelque temps l'envie de jeter des pierres dans les vitres, mais elle savait que cela ne devait pas se faire, aussi elle je^att avec précaution afin que les vitres ne cassassent pas ; et elle était heureuse quand elle réussissait dans ses précautions ! Elle voulait déchirer son paravent de papier, mais, disait-elle, puisqu'il avait été mis dans sa chambre avec intention afin de la détourner de l'idée de déchirer des objets plus précieux, elle le laissa intarct. Elle montrait la même logique dans beaucoup d'autres circonstances et ne pouvait décrire combien était extraordinaire et incroyable ce qui s'était passé en elle. C'est ce que l'on entend souvent de la bouche des malades guéris, mais rarement avec des détails aussi intéressants.

Obs. 166. — Capacité de contracter.

Dans un procès, le marchand V.. . prétendait qu'à cause de sa santé il n'était pas en état de faire un exposé de sa fortune en prêtant serment.

J'avais à donner mon avis sur son état mental et sur la possibilité de sa détention. Voici un extrait de mon rapport : >< Supposons que V... est malade, il n'y a pas de raison pour admettre que l'exposé de sa fortune lui soit impossible. S'il prétend qu'une addition seule suffit pour lui occasionner une congestion, il dit une chose contraire à toute expérience. Il n'y aurait que dans le cas où on le forcerait à trop travailler ou à travailler trop vile qu'il pourrait y avoir inconvénient pour sa santé. » ie déclarai donc que V... était en état de faire une exposition de sa fortune, en loi accordant plusieurs semaines afin qu'il pût se rendre compte à son aise de sa position, qu'au besoin sa santé n'empêcherait pas de l'emprisonner. Le rapport loi fol communiqué , et l'exposé de sa fortune ne se fit pas attendre.

Obs. 167. — Prétendue « manie de persécution n chez un grand criminel.

Ce cas très intéressant concernait un homme profondément perverti, ayant été souvent condamné. Je fus chargé de l'explorer afm de décider s'il avait réeUemeat ou s'il simulait une maladie mentale. Deux médecins d'aliénés avaient déjà fiiit un rapport où ils déclaraient qu'il y avait aliénation mentale.

C'était un barbier du nom de Teck , âgé de vingt-six ans. ie le vis pour lapfe-

mière fois à un interrogatoire où j'assistais comme simple spectateur sans qu'il sa doutât de ma présence. Je fis mon rapport après l'avoir examiné plus tard dans sa prison.

J'eus de suite le soupçon que Teck simulait , et ce soupçon parvint ensuite au degré de certitude. Teck est corporellement tout à fait sain. Ainsi aucun signe phy^ aîque ne peut faire croire qu'il ait une maladie mentale. Il est vrai que son regard est singulier, mais quiconque a fréquenté les criminels ne reconnaîtra dans son regard perçant que l'effronterie et non l'aberration de l'esprit. C'est bien ce que preuve sa eonduite dans la prison, où il refuse de travailler sans reculer devant les punitions. Dans les entretiens que l'on a avec lui, Teck dit tantét qu'il est fou , tantdt qu'il est eomplétement sain, selon que la tournure de la conversation le demande. Pour faire mon exploration , je jugeai utile de le mettre à la diète et de le faire isoler* Il protesta vivement disant « qu'il était complètement sain de corps et d'esprit. » D'un autre côté il se plaignit qu'on l'avait injUslMiiiot renvoyé de l'hôpital à la priira, car il avait été renvoyé non guéri , el que la prjson n'était pas un séjour eonvenable pour des aliénés. « En tout cas, diaait-U, Il (but la permission de mofi père et je demande à être envoyé à l'hépital. û

Il est très important de remarquer que l'hôpital ofhre beaucoup moins de sAreié que la prison pour la garde des prisonniers et que Teck s'en est déjà évadé.

Si l'on demande à Teck quelle est la nature de sa conception délirante, il répond i M Je souffre de manie de persécution. • Cette expression prise dans la nomenclature scientifique des auteurs modernes, a été retenue par Teck , qui la reflète sans te douter qu'elle devient pour lui un indice de simulation préparée.

Ses prétendues persécutions consistent en ce qu'il se sent « électrisé m par des forces invisibles, ce que croient être vrai les médecins de la Charité et de la prison. Ces sortes d'hallucinations se rencontrent, il faut le dire, souvent chez les aliénés* c'est pourquoi on a appelé des aberrations mentales de cette espèce mante de per» séculion.

Mais jamais un malade n'avouera qu'il souffre de manie de persécution, et même Il ne croira pas le médecin qui le lui dira. On conçoit en efTet que lea malhêiireux qui souffrent d'hallucinations croient qu'elles représentent des eiMMes réelles et ne se doutent pas que ce ne sont que des aberrations de leurs sens. Aussi ils tiennent pour fous tous ceux qui ne croient pas à leurs hallucinations et pensent qu'il n'y a qu'eux qui soient raisonnables. Du moment que Teck sait que sa « manie de persécution » est une manie, il sait qu'il n'est jpos « électrisé ».

Mais Teck, dit-on, a encore d'autre» faiblesses d'esprit. Il a inventé une voiture allant plus vite que le chemin de fer ; il raconte au milieu des discours les plot embrouillés que son invention contribuera à diminuer la cherté des vivres , etc. Aujourd'hui même il a eu recours à un nouveau stratagème et il nous dit qu'il a trouvé le mouvement perpétuel.

Ces circonstances nous prouvent encore que Teck simule. La manie de perié' OMliOfi réelle (quand on veut la reconnaître comme espèce) est une idée fixe qui ne ressemble pas à la manie générale que nous offre Teck par sa conduite. 11 n'est rien moina qu'ordinaire de trouver chez les malades les deux forme? de maladie. Il est

également exlraordinairc que des innlades comme Teck qui croient avoir fait une découverte comme celle du mouvement perpétuel ne s'occiiipenl pas a décrire longuement ce qu'ils ont trouvé, ù dessiner et à écrire de pleins cahiers. Or on a donné à Teck tout ce qu'il fallait pour écrire et dessiner, et depuis quatre semaines qu'il est oisif dans sa prison, il n'a pas pensé un seul instant à écrire ou à dessiner. Cette circonstance en apparence insignifiante est de grande valeur pour le juge* ment de son état mental.

Quels motifs Teck peut- il avoir pour simuler? Les actes, le caractère et la conduite de cet homme en donnent l'explication la plus claire. Teck est un des criminel» les plus incorrigibles, il a été condamné déjà à sept ans de travaux forcés à cause de vols nombreux ; il a encore à faire trois ans de celte peine. Nous avons déjà parlé de son souhait bien fondé d'être transporté à la Charité ; lorsqu'on lui dit que lui-même a affirmé qu'il était sain d'esprit, il répond que si on ne veut pas le transporter à la Charité, il demande à aller à Spandau ou à Brandebourg (ces deux prisons sont des maisons de détention et non pas des bagnes comme celui où il se tiwve maintenant). Si Ton considère que d'après le rapport du médecin de la prison « les premières traces de la maladie mentale disparurent aussitôt qu'on le retira de l'isolement et qu'on lui permit une occupation en plein air et en société et que la maladie mentale recommença dès qu'on l'isola de nouveau » ; on trouve facilement le motif de la simulation , car tout le monde sait que les criminels fout des efforts inouis, commettent même jusqu'à des crimes pour être transportés dans une autre prison. J'observe encore que Teck joue son rôle avec effronterie, mais s'oublie souvent en accompagnant ses propos incohérents par un sourire singulier, qui prouve qu'il se moque lui-même de ce qu'il dit.

Je conclus donc que Teck n'est pas aliéné, simule une aliénation mentale, et peut être laissé dans la prison où il est.

Obs. 1G8. — Prétendue démence.

Un juif, nommé Samuel Walter, fils d'un horloger, était venu un soir pour demander au cordonnier F... du vieil or et du vieil argent. Le cordonnier lui en montra; Walter lui demanda à l'emporter afin de le faire évaluer, mais le cordonnier refusa. Là-dessus le premier lui commanda une paire de bottes et lui dit d'aller dans sa famille où on lui en commanderait cinq autres ; il donna le nom d^Ahramum, Devenu confiant, le cordonnier F... lui laissa les marchandises en or contre unécu d'arrhes. Le juir partit et ne revint plus, be cordonnier se rendit dans la maison indiquée , où on lui déclara que l'on ne connaissait pas de famille portant le nom d'Abranison.

Six semaines après, le cordonnier F... trouva par hasard Walter dans la rue, l'arrêta de suite et l'amena au bureau de police ; là l'accusé nia avoir acheté des objets en or, ce qui cependant était affirmé par des témoins. Il raconta seulement qu'il avait été chez F... pour lui commander une paire de bottes, que les époux F... lui avaient montré du vieil or, en le lui proposant pour quatre francs, et il avait accepté; mais, étnnt sorti, il s'aperçut que le métal n'était autre chose que du laiton;

alors il revint chez le cordonnier et il ne trouva que le commis qui le battit jusqu'à ce qu'il eût perdu connaissance.

Le père de l'accusé fait valoir que son fils est atteint de maladie mentale, qu'il a très souvent des convulsions, et il cite à l'appui une attestation du docteur D... qui se trouve dans les actes du conseil de révision pour le service militaire , dont son fils avait été dispensé a comme imbécile n. L'attestation du docteur D... dit seulement que « depuis quelque temps le fils Waller soufTre de rhumatisme et qu'il a une faiblesse d'esprit ». H ne parle nulle part de convulsions, ni d'aliénation mentale.

Pour faire mon expertise , je me rendis le 24 chez Walter ; je ne trouvai que le père, qui était soupçonné do pousser son fils ù simuler une maladie mentale. Après un entretien avec Waller père, je trouvai ce soupçon tout à fait confirmé. Il employait beaucoup d'astuce dans ses réponses, qui étaiei4 plutôt des faux-fuyants, et faisait tous les efibrts possibles pour mettre des entraves à mon expertise. Il disait , par exemple, que son fils n'était jamais à la maison , parce qu'il avait à sortir toute la Journée. Quand je lui demandai : «• A ({uelle heure dtne-t-il? » il répondit : «Quand le dtner est prêt, à midi, une heure, trois heures, cela dépend, n etc.

Je citai officiellement le fils chez moi ; il vint le jour même avec son père, qui, comme nous venons de le vuir, le laisse cependant ordinairement aller seul. Samuel était âgé de vingt et quelques années, et paraissait en bonne santé. Je fis sortir le père. Quant au fils, je ne pus entendre de lui une seule phrase cohérente. II se traînait dans ma chambre comme moitié paralysé, les bras pendants, la tôte sur la poitrine, position dont je ne pus le faire sortir. A toutes mes questions il répondait : « Je ne sais pas » même lorsque je lui faisais voir que je connaissais très bien ses actes. Je fus obligé de cesser l'entretien. Cependant je n'avais pas le moindre doute sur la simulation de Samuel. Toute sa manière d'être n'était nullement celle d'un homme réellement imbécile. Ajoutes que si cette difficulté de la marche, cette paralysie étaient réelles, l'accusé ne serait pas en état de marcher seul dans les rues pendant des journées entières, qu'il s'égarerait au contraire à chaque instant, et serait ramassé tous les jours dans la rue par la police. Son père cependant le laisse sortir seul, et il lui semble nécessaire de l'accompagner ckes moi.

Puis l'accusé a dû pendant l'instntction se tenir autrement, sans quoi il aurait été impossible de communiquer un seul instant avec lui. Il n'y a aucune raison d'admettre que son état mental se soit changé de cette manière dans l'espace de deux mois. Et le père n'aurait certainement pas passé sous silence une cause quelconque de l'aggravation de la maladie de son fils, s'il avait cru qu'elle eût quelque' importance. Si l'on compare enfin la conduite actuelle de l'accusé, et celle qu'il a tenue il y a huit mois lors de son vol, lui qui maintenant simule mal un crétin et ne fait que balbutier les mots : « Je ne sais rien », a commis à cette époque un vol en se servant d'un faux nom, et ensuite a su mentir pour se disculper.

Il n'est pas possible que dans un espace de temps si court une maladie mentale ait pu s'emparer de lui ù ce point sans une cause très grave, |)ar exemple, des lésions sérieuses à la tète ; surtout |»uis(]ue le père dit que dès sa première enfance, son fils.

ayant faii une chute, a été atteint de cette imbécillité. Tout cela n*est très vraisemblablement que mensonges, mais il est certain que si la maladie mentale avait été la suite d'une lésion à la tète survenue dans la première enfance, cette maladie aurait pris une autre marche que celle de Samuel, et ne serait pas arrivée à ee paroxysme tout à coup à vingt ans. D'après cela, je conclus que Samuel Walter simule l'imbécillité et est responsable du crime qu'il a commis. Il fîit condamné.

Obs. 169. — Démence et surdité simulées.

S..., tisserand, âgé de cinquante et un ans, accusé d'inceste réitéré avec sa fille, donna par sa conduite l'occasion d'explorer son état corporel et mental. Son bavardage incohérent semblait celui d'un fou ; la difficulté qu'il avait à entendre semblait celle d'un sourd. Mais en étudiant un peu cet homme, on voyait de suite qu'il simulait ces deux affections.

Lorsque je dirigeai l'entretien sur des objets insignifiants, et lorsque je n'eus pas l*atr d'attacher de l'importance à la conversation, il parlait comme un homme complètement sain, tandis qu'il retombait dans son incohérence dès qu'on touchait à son crime. De même pour sa surdité, qui disparaissait quand je lui parlais à voix ordinaire de choses concernant son métier, etc., mais qui revenait dès qu'il s'agissait de son crime, même lorsque je m'exprimais avec la voix la plus haute. La conclusion ne pouvait être douteuse.

Obs. 170. — Prétendue fureur sexuelle maladive.

Un ehimiste D.., âgé de cinquante-trois ans, marié, encore vigoiireux« était accusé d'ovoir commis les actions les plus impudiques avec trois petites filles de neuf â onxe ans. Pendant l'absence de sa femme il avait attiré les trois eolHMs dans sa chambre. 11 avait d'abord dit aux enfants de s'amuser et de sauter, puis il avait commis sur elles des attentats odieux.

L'accusé raconte à Taudience que lorsque la [»e(iie Marie lai raconta que la petite Augustine se faisait passer la main sous les jupons par les petits g arceot, il élait entré dans une telle « exaltation » qu'il avait été entraîné d'une maniera inésistible à embrasser les enfants, mais il ne se rappelle pas les autres impudidtés. Lorsque après un certain temps la connaissance lui revint, il sentit une sueur sur aon front. Depuis trois mois déjà, il avait remarqué la maladie qui le tourmentail : k l'aspect de petites filles il se sentait saisi subitement d'une espèce de fureur, et éprouvait le besoin de les prendre et de les mordre. Il attribue cette « maladies à l'influence des préparations d'arsenic et de cyanures auxquelles il est exposé comwft chimiste depuis les années 1845-1848, et qui ont « altéré son système nerveux »•

L'accusé m'a fait les mêmes récits et y a ajouté des explications plus explicitas. Il dit qu'il attribue ces funestes influences à une électricité négative qui s'eat emparée de son corps, et qu'il cherche depuis longtemps comment il pourrait se rétablir par l'électricité positive.

Il raconte qu'il lui est apparu en songe un ange représenté par une petite fille ayant des ailes; cet enfant lui avait montré avec le doigt ses parties génitales et

avait mU les doigU à sa langue. Il avait pris cette vision pour un conseil à suivre dans la recherche de sa guérison.

ie dia dans mon rapport : « Tout ce que raconte cet homme n'est que menion^s, il cherche à éviter la punidon de son crime en prétendant qu'il a été poussé par une force irrésistible, mais je puis affirmer qu'il n'en est rien. Il a pro* ùié de l'absence de sa femme, il a défendu aux enfants de parler de ce qu'il avait fiût, il leur a promis des gâteaux s'ils se taisaient, et a prouvé par cela qu'il n'avait pas perdu conscience de ses faits et gestes, ni même ignoré la criminalité de son action. Quand je lui objectai que l'impression de son prétendu rêve n'a n'en de commun avec les obscénités dont il s'est rendu coupable, mais prouve plutêt qu'il a été poussé par un désir impudique, il ne me répondait que ceci : « Je ne me rappelle pas. » La non-responsabilité ne doit pas être supposée, mais doit être prouvée. Dans la cas actuel il n'y a rien qui puisse venir à l'appui des arguments de l'accusé. Je dois donc conclure que « D..., quand il a commis son crime, était responsable ». D... fut condamné. *

Obs. 171. — La visionnaire CharloUe- Louise Gloser,

Le cas de la femme Glaser a fait à Berlin une grande impression. C'est une des observations les plus curieuses en psychologie médicale. Il est en effet rare qu'une femme ait pu tromper pendant dix ans les magistrats les plus expérimentés ; rare qu'une femme ait induit en erreur sur son état mental six médecins, l'un après l'autre ; rare qu'une telle tromperie n'ait pas été dévoilée pendant le séijour d'uoa année dans une maison de santé ; rare de voir mettre en jugement une femoM aa trouvant encore en interdiction.

Dans mon rapport dont je ne puis ici que donner des extraits, je fis d'abord un curriculum viUs, rédigé d'après les sept volumes d'actes.

La femme Glaser a été trouvée la première foia en 1847 sana domicile et aaaa légitimation, et fut mise en prison. A cette époque, elle s'appalait aussi Kuffnar, ae disait âgée de vingt- trois ans, et racontait qu'elle ne connaissait pas ses parenta, tandis que dans ces dernières années elle a désigné un ouvrier nommé Martin comme son père. Elle se dit à une autre époque saltimbanque et fille adoptive d'un saltimbanque nommé WoMbrUk, avec lequel elle dit avoir voyagé, mais qui la laissa dans le fossé d'un chemin, dana un état maladif grave et sans connaisaancô. Toutes ces assertions ont été prouvées comme purs mensonges, un saltimbanque nommé Wohlbriick n'ayant jamais existé, etc.

Le 1 1 août elle fut renvoyée de la priaoa où elle avait été renfermée pour vagabondage, mais le 26 du même mois elle fut arrêtée de nouveau pour la même raison que la première fois, et de plus parce qu'on soupçonnait qu'elle ae livrait à la prostitution. On la trouva syphilitique. Le S2 octobre, guérie de sa naladie, elle fut transportée de l'hôpital à la prison où elle nia avoir jamais été syphilitique, et renouvela tes mensonges concernant le saltimbanque Wohlbriick, ete.

Renvoyée de la prison le 31 mars 1848, elle fut arrêtée le 2 avril, parce qu'elle ■'avait pas de domicile, et amenée au bureau de police. Conduite en prisen, elle

raconta à l'officier de santé de la prison : « Qu'elle était sortie l'avant-veille de Thôpital où elle est restée un an à cause d'une maladie mentale ». Celui-ci fait son rapport et ajoute : o Elle souffre encore maintenant d*une si grande faiblesse d'esprit qu'elle ne peut dire le nom ni l'adresse de sa tante chez laquelle elle dit avoir demeuré » .

Deux jours après son arrestation, l'officier de santé de la maison (4 avril 1848) atteste que la femme Glaser dans la prison i* est agitée, maligne, dangereuse, injurie tout le monde, fait du tapage, déchire ses habits, tâche de tout briser, etc. • D'après cette conduite très raisonnée, que tout le monde peut imiter, l'officier de santé qui maintenant du reste est depuis longtemps revenu de cet avis, conclut qu'elle est aliénée et demande qu'elle soit transportée à l'instant à l'hôpital à cause de « manie furieuse partielle » ; elle y fut mise le 6 du même mois. Le médecin du ferrice des aliénés, le docteur R... fait son premier rapport le 18 mai. « Cnefois son agitation calmée, elle raconte avoir appartenu à une bande de saltimbanques et avoir nfené une vie déréglée, pour laquelle elle se fait les plus amers reproches. Par suite de ses remords continuels, elle fut, dit elle, pendant la nuit tourmentée de visions diaboliques, elle se voyait entourée de fantômes noirs sans tète et de flammes de l'enfer, etc. Ces visions, dont elle parvient quelquefois à se débarrasser, la poursuivent dans certaines circonstances avec tant d'acharnement qu'elle est obligée de prendre la fuite. Un jour enfin, continue le docteur R..., elle vit dans un étalage de magasin un crucifix, elle s'est agenouillée suppliant que Dieu la délivrât du diable. Elle attira sur elle l'attention, et comme elle ne put légitimer sa personne, elle fut arrêtée comme vagabonde. Dans la prison les visions du diable revinrent, elle cassa les vitres et fut transportée à la Charité ; cette conduite me donne la conviction qu'elle est atteinte d'aliénation mentale ».

Je regrette beaucoup de ne pouvoir en aucune façon partager cette opinion. Il est évident que ce rapport se base exclusivement sur les déclarations de la femme Glaser, dont nous avons démontré plus haut le peu de véracité, et qui seront encore mieux démasquées plus bas. Comme nous l'avons dit, l'idée lui vint dans la prison de simuler une maladie mentale, qui était beaucoup plus h,ci\e par de prétendues visions que par des accès de fureur. Mais même ici on peut lui prouver qu'elle ment, pour ce qui concerne la prétendue scène devant le Christ. On ne peut pas croire que cette singulière aventure soit restée inconnue à l'employé de police qui a arrêté cette femme, et que celui-ci n'en ait rien dit dans son rapport d'arrestation ; on n'en trouve pas un mot ! Que le docteur R..., avec sa connaissance éprouvée de la psychologie, parle des remords comme cause possible de maladie mentale, nous sommes de son avis, mais non pas lorsqu'il accepte comme réels les remords racontés par la Glaser; et pour défendre mon opinion, je m'appuie sur tous ceux qui depuis plusieurs années ont été en rapport comme moi avec cette femme dans les prisons et dans les audiences. On verra l'invraisemblance de remords chez cette femme dont nous allons continuer de dérouler la vie.

En attendant elle resta dans l'établissement des aliénés, et comme elle avait des attaques d'épilepsie, on fit une enquête pour obtenir l'interdiction judiciaire le 16 février 18 i9, et le 3 avril du même mois le jugement fut discuté. Dans cette

MALADIES MENTALES. — OBSBRVATIONS. 297

audience, elle répéta les menues mensonges qu'auparavant concernant Wohlbriick, le fossé du chemin où elle avait été laissée, en indiquant exactement les dales de ses entrées et de ses sorties à la Charité et à la prison. Mais les médecins n'ont été frappés qu'après cette preuve de mémoire quand on lui demanda combien il restait si on retirait 26 de 49, elle répondit : « Je ne puis pas vous répondre, ma léte est trop faible! » Les médecins disent dans leurs rapports qu'elle souffre de convulsions épileptiques et que les accès » comme elle le dit elle-même m, commencent par une période de fureur. Mais ils ajoutent : <r qu'il ne reste plus Actuellement de traces évidentes de maladie mentale, et qu'il y a guérison apparente. » L'affiaire fut remise à cause de ce rapport.

Le 1*' mai, la femme Glaser fut renvoyée à la maison d'incurables, et le 20 juin elle reçut la permission d'aller demeurer chez la femme Danter. Là arrive, pour la première foit^ ce qui devait arriver si souvent ; elle prend à son hôtesse un habillement complet et se sauve de la maison. Arrêtée le jour suivant, elle ne peut dire son nom, prétend qu'elle est Jésus-Christ, etc., mais trois jours plus tard, elle sait très bien réclamer sa bourse « contenant I thaler 10 gros et deux bagues d'or sur lesquelles sont des noms », objets qu'on lui avait confisqués! Un médecin, appelé comme eipert, la déclare malade, et « décidément folle'», la renvoie à l'hùpital d'où elle revient déjà le 9 juillet à la prison, comme « allant mieux ». Une telle amélioration chez une telle « folle » doit paraître étonnante et faire naître le soupçon d'une erreur.

Mise en liberté deux jours plus tard, le 11 juillet, elle fut reprise le 18 pour m vagabondage nocturne », et encore une fois envoyée à l'hôpital pour maladie corporelle, puis renvoyée après quatre semaines. Le 30 août, elle se rendit chez la veuve Kliche, s'annonça comme garde-malade de la fille de cette femme, demanda des habits au nom de la fille, et se sauva avec ces habits (et de deux). Il va sans dire que cette fois elle ne s'appelait pas Jésus-Christ, ne présentait aucune trace de maladie mentale, et ne parlait pas de ses visions diaboliques, etc. Elle (Vit prise et resta onze jours en prison.

Au commencement d'octobre de cette année arriva un épisode très curieux dans le procès célèbre de Schall. Il s'agissait de constater l'identité d*un homme assassiné, La femme Glaser, sans avoir été citée, vint déclarer que l'homme trouvé assassiné était son mari, portait le nom de Frohiich et était commissionnaire. Ce mensonge Ait soutenu avec une conséguence si réfléchie , qu'il fut ordonné une exhumation du cadavre que la femme Glaser ne reconnut pas. On fit les recherches les plus minutieuses pour vérifier ses assertions, et on trouva que tout n'était que mystification. Ainsi il n'avait jamais existé de FroUich. Ce qui prouve que ni les juges d'instruction ni personne autre n'a ma la soupçon qu'elle fût aliénée^ sans quoi l'on n'aurait pas fait ces recherches inutiles et coûteuses. Si l'on se demande quel intérêt a eu la femme Glaser à faire une mystification qui paraît sans but, qu'on se rappelle qu'une femme qui est qualifiée dans le rapport de police comme « la plus habile menteuse qu'on puisse trouver », peut avoir mille motifs pour agir ainsi ; que l'on se rappelle aussi que dans le procès de Schall on la soupçonnait de complicité avec le meurtrier.

29S PÀHTIE BIOLOGIQUE.

I^e 9 novembre, elle est renvoyée de la maison de force de Spandau dani une autre prison où, le 8 avril 1850, on reprend les débats de son procès dans lesquels on devait décider s'il y avait lieu de l'interdire comme imbécile , débats qui, pomme nous l'avons dit plus baut, avaient été renvoyés. Là elle est tout autre que devant le juge d'instruction, « elle a mille pères et mères, son père s'appelle quelquefois Pappendeckel, elle n'a jamais rien à manger, son jour de naissance est tous les jours, etc. » Elle injurie des mots les plus obscènes tous ceux qui se trouvent autour d'elle. Elle n'a pas besoin de répondre, car elle est plus que le juge, elle est empereur et roi (cette fidis pas Jésus-Ghrist ! ). Elle débite les phrases les plus incohérentes ; il est à remarquer qu'elle ne peut pas dire son non, que pour son âge elle répond qu'elle a trente on quarante ans, mais qu'elle peut très bien nommer les saltimbanques Lejars et Kolter (qui existaient réellement), cbes lesquels elle dit avoir été écuyère ! Kemarquons aussi qu'elle se rappelle très bien avoir été à l'hôpital dans le service des aliénés, et qu'elle dit sans qu'on lui en parle • le docteur R... devrait venir ici ». C'est là un trait asses caractéristique, car dans les autres audiences, el/e demande toujours Vêxper- U$e du docteur A..., dont l'opinion sur elle lui est très bien connue. Il est encore remarquable qu'elle ne dise pas un mot qui fasse penser à une monomaoie feligieuse ; quand on lui parle de religion elle répond : « Je n'en ai pas. Je suis turque , je suis athée » ; elle ne parle pas de ses visions nocturnes atxiiif qu'on lui ait demandé si elle n'avait pas d'hallucinations, elle répond alors « Oui, je vois le diable! » Les médecins n'hésitèrent pourtant (!) pas, considérant toutes les données de l'exploration, la vie antérieure vagabonde, le séjour à l'hôpital, les 'convulsions épileptiques, à déclarer « qu'elle doit être considérée comme imbécile dans le sens de la loi », La Cour, par un jugement du 15 mai, la déclara donc imbécile et elle Ait interdite.

Il est Ûcbeux que les médecins n'aient pas même pensé à la postibUUé d'une simulation ; mais il faut avouer qu'ils sont jusqu'à un certain point excusables, n'ayant pas connu complètement le caractère et la manière d'agir de la Glaser. Elle resta dans la maison de correction jusqu'au 30 octobre. Un médecin ayant déclaré que, quoique très irascible et d'une nature perverse, elle jouissait d'une santé mentale suffisante pour être mise en liberté, elle fut renvoyée chei une parente.

Pendant l'année 1851, les actes disent qu'elle fîit trouvée le S4 février dans la rue eu milieu d'un accès épileptique, fut transportée dans un dépét de pottee eè elle donna pour nom « femme Kuflher • .

fin 1853, le 30 janvier, elle Ait arrêtée, quand on sut qu'elle anraH lofé ches elle le voleiir dangereux Kuffner, avec lequel elle avait vécu en concubinage.

Le 16 août 1853, elle Ait eeeore anétée pmir vagabondage; elle te dit iMime Keflher, elle fut renvoyée le 13 a e p t etb te. Ole fut enceve arrêtée le 25 eelebrt peur vagabendage neetume. Elle désigna pkêeieun togememU qu'elle dit aviir eeeupéa, tout n'était que m ep t o eg e s; eUe Ait relèehée après un eertefai lempe.

Le U ecMre (ponr le t r ai ii è^a Mi)» oo «MMiice qu'elle s'est aauvée de II maisso 4e ta IBMM IWMtt, f|gi rmiit ffUfiM pur pitié, elle avall p^

derargeati elle ptfviil à échepfer an rueberclies dekipilkeelMM

pr'ue que le 7 novembre « pour prosUluUon noclurne ». Elle fut envoyée dans rb6piUl des syphilitiques duquel elle sortit le 6 janvier 1854, et déjà le S8 du même mois elle était reprise pour • ivresse > ; dans l'intervalle* le 15 janvier, elle i'était présentée pour coucher dans une maison appartenant à la veuve Lange, et pendant qu'elle s'était trouvée seule, elle avait pris cinq habits et s'était sauvée (et de quatre). Le 20 janvier, elle fit le même vol de la même manière; elle prit chef la femme Benler des habits et de l'argent (et de cinq). Pour la femme Lange, elle prétendit qu'elle avait laissé un certificat d'indigence cbes un directeur, M. Balk, et avait prié la femme Lange d'aller le lui chercher, c'est pêmdmU l'ébêeneeàe la propriétaire qu'elle commit le vol. Pour la femme Benler, elle lui avait emprunté des habits et de l'argent et s'était sauvée. Arrêtée, elle s'excusa sur ces deux vols en disant qu'elle était atteinte de faiblesse d'esprit. Elle prétendit qu'elle ne •avait pas si elle était fiancée avec KufTner et si elle afait le droit de porter son nom.

Le 9 février, on me demanda mon exploration, je fis remarquer combien elle •avait excuser êe% fautes avec astuce, qu'elle était tout à fait capable de discerner le bien du mal, je prouvai qu'elle avait « un caractère malin, irascible, pervers », mais qu'il n'y avait pas maladie mentale, je la déclarai responsable de ses actions.

Dans l'audience du 27 mars, elle simule l'aliénatien mentale. Elle (ait cer(atiieiii#ni exprèt de tourner toutes les questions, etc. Cependant, sans insister sur mes impressions personnelles dans cette audience, je me contenterai de citer le protocole dans lequel il est dit : « L'accusée parle sans qu'on puisse la cemprendre, elle loume avec intention les questions qu'on lui adresse, elle jure, tnaii dès qu*(m tot parie de choies ne touchant pas à son procès elle répond avec escaetitude u. CepMdant, elle fut si inconvenante dans ses réponses, qu'il fallut la faire sortir de l'audience. Les trois témoins entendus déclarèrent qu'ils n'avaient jamais vu en tUe le plus petit indice de maladie mentale ; je défendis mon rapport dont l'exaetitude fut prouvée par sa conduite postérieure, et la Gliser ftit condamnée « pour vola, escroqueries en récidive, déclaration de faux nom, ofEaiiae à un témoin », a ÊOL semaines de prison qui furent finies le 7 octobre. Déjà, le 87 novembre, elle lût reprise pour escroquerie, mais fut renvoyée parce qu'il n'y avait pas asseï de preuves.

Le 2i avril 1855, elle Ait reprise pour vols et escroqueries. Le 10 de ce mois aUe avait volé ches la veuve Schôn des habits et de l'argent (sixième fois), et le lendemain, chez la femme Fiirstenberg, elle s'était fiiit prêter des habits pour aller à la neee et s'était sauvée (septième Ams).

Pendant l'insiruetien, elle nia tout, détailla avec ia plus gtwnàe fàéUné de méemirê les babils qu'elle prétendait avoir rendus à la femme Farstenberg, et désifMit rendroit et le jour où cela avait eu lieu. Cette fois encore elle fit au juge d'ÎMlrMtîoB l'impression d'une femme aliénée, et en requit mon expertise.

fti j'avais douté le moins du monde de la lucidité de sa raison dans mon expie précédente, la conversation que j'eus cette fois avec elle aurait sufll pour me eaihian elle simulait. Je tachai de gagner sa confiance, et j'y réoaais eempiâtenaal; ja lui cemaauiiiqttai en confidence que l'on savait très bien qu'elle «Mail pria éa rargtnt à la Fiintanbefg, et qu'elle devait dans ses réponses sa diriiVfiét aal avis. Etta Ait d'aooard avec moi, ella ma raconta que panonae

300 vkïiTiï: BiOLOGiQUfc:.

n'avait pu Tobserver, excepté un petit garçon ! Je lui dis comme avertissentent amical que Ton ne pouvait guère ôtre indulgent pour elle, puisque dès qu'elle était en liberté, elle recommençait ses vols ; elle me répondit avec calme que fi feulement celte fois on voulait lui pardonner, ce serait certainement la dernière fois. Jamais un homme aliéné ne fera un tel aveu, ne prononcera une telle phrase, qui prouve combien elle savait discerner le bien du mal ; je dus donc la déclarer tout à fait responsable. Pour détruire l'effet de mon rapport, elle se montra si violente dans la prison qu'on fut obligé de lui mettre la camisole de force. Le SO juin elle demanda un entretien avec son défenseur et demanda U citation i** du tisserand Adolphe Kuffner^ rue Wassman, 29, au fond de la cour, chez U veuve Felgenhauer ; 2*^ de la mère Herman, écaillère, rue de la Pierre, 5; 3*^ du tisserand Burmerter, rue des Fleurs, 9, chez la veuve Gerlach -,4* du tisserand Becker, rue de Prenzlau, 26, comme témoins à décharge .'Dans l'intérêt de sa défense, elle s'oublia, comme on voit, car elle, qui onze jours auparavant en audience, était « trop faible de la tête i> pour pouvoir dire son nom et sa demeure, peut nommer les noms, prénoms et adresses de gens étrangers avec tous les détails ! Un tel rapprochement parle de lui-môme * Quant à ce qui concerne « une faiblesse d'esprit M passagère, nous y reviendrons. Ce qui s'est passé à l'interrogatoire fst encore important sous un autre point de vue. A un certain moment elle se jeta sur les actes, les déchira, et l'on fut obligé d'employer la force pour la renvoyer. Dire que ce n'est pas là le fait d'un caractère pervers, violent, plein d'astuce, et vouloir mettre cette conduite sur le compte d'une aliénation mentale, c'est agir contrairement à toute expérience médicale, en admettant un changement si subit dans les manifestations mentales en un temps aussi court. De plus, en audience publique, elle se comporta d'une manière très inconvenante, injuria grossièrement la Cour, évidemment pour faire croire à une aliénation mentale; cependant sur mon affirmation qu'il n'y avait que simulation, les débats continuèrent. Le commissaire de police Pik, témoin, dépose : « J'ai interrogé la femme Glaser lors de son arrestation, je l'ai observée dans d'autres interrogatoires, elle m*a fait l'impression d'une personne saine d'esprit. Je sais pertinemment que toutes les fois qu'elle est libre elle est saine d'esprit, et que totUes les fois qu'elle est arrêtée elle simule VaUéncUion; elle m'a fait un aveu complet de son vol ». Les débats furent interrompus et remis pour des raisons de forme.

Pendant ce temps, le docteur R... fut requis comme second expert sur la demande du défenseur et parut à l'audience du 28 novembre. Cette fois la Glaser n'était plus violente, ni féroce, mais se traînait pliée comme une malade. Elle répondait tranquillement à toutes les questions ; elle eut une attaque d'épilepsie, qui ne dura que très peu de temps et qui n'empêcha pas que l'audience fût continuée. Neuf témoins ne disaient pas un mot d'une maladie mentale chez l'inculpée. Je déclarai de nouveau que la femme Glaser simulait une maladie mentale et était responsable. Le docteur R... déclara que lors du séjour de cette femme à la Charité, il n'avait eu aucune raison de la croire simulante, qu'il l'avait revue il y a quinze jours, qu'il lui avait demandé si elle voyait toujours le diable, et qu'elle s'était plainte alors d'être toujours encore poursuivie des visions du diable sous la forme

d'un bouc. Mais, continue l'expert, on ne peut pas déterminer par le fait de ces hallucinations quel a été l'état mental de Taccusée au moment où elle a commis ses vols. On ne peut donc pas dire quel était son état & cette époque, mais il est très possible <r qu'elle ait commis son vol dans un moment d'aberration d'esprit produit par une attaque d'épilepsic ». Dans ce procès la Glaser fut déclarée responsable, mais elle fut acquittée par des raisons purement Judiciaires.

En 1856 eut lieu la curieuse histoire pour laquelle la Glaser est maintenant soumise à une instruction judiciaire. On la trouva à Muncheberg dans la rue ayant des convulsions épilcpliques. et on la transporta à l'hôpital. Elle fut cette fois et resta muette! Même le lendemain, elle ne pouvait se faire entendre que par des signes, et elle faisait comprendre qu'elle avait été la victime d'un guet-apens. Ce nouvel épisode de la vie de la Glaser est de la plus haute importance. Jamais on n'a observé une privation de la parole même passagère, encore moins d'un jour, après une attaque épileptique, et une telle perte serait un cas unique en médecine. Si l'on suppose qu'il y a simulation, quel en a été le but? La réponse et l'explication de la curieuse mystiflcation que nous allons raconter, n'est pas difficile. La Glaser savait qu'elle ne pouvait légitimer sa personne, et qu'elle serait traitée comme vagabonde, et elle voulait trouver un faux-fuyant pour éviter une nouvelle punition. Elle simulait la mutité afin de gagner du temps et de trouver un mensonge ; la suite a démontré comment cela lui a réussi. Ce n'est que le troisième jour qu'elle écrit sur une ardoise le mot Kiiiger^ et le septième jour elle s'explique en détails. Elle dit qu'elle se nomme Charlotte-Louise-Emilie, femme Kriiger, marchande de petites bijouteries, née Kroschel, âgée de quarante et un ans, n protestante » (ainsi cette fois ni turque ni athée), et raconte l'histoire d'un assassinat tenté sur elle et son mari pendant un voyage qu'ils faisaient pour aller à la foire, et que dans le guet-apens nocturne elle avait perdu son mari et sa voiture. Cette femme qui se prétendait u faible d'esprit n invente maintenant un roman avec les détails les plus étonnants. Cette femme faible d'esprit décrit son mari, la voiture, le cheval, les coffres et les caisses, le linge avec le chiffre, les portraits et les habits (des pieds à la lôte) des deux assassins, le chien dont ils étaient accompagnés, etc. Dans (les interrogatoires longs et nombreux elle parle avec les plus grands détails, avec une admirable conséquence et sans voir une seule fois le diable ni prononcer une seule phrase incohérente^ qui aurait pu faire soupçonner une aliénation mentale, de sorte que le juge d'instruction se trouve forcé d'afficher un avis officiel et de faire les recherches les plus minutieuses pour ce soi-disant assassinat (I).

(1) Cet avis ofllcid caractérise trop bien la Glaser pour ne pas le rapporter textuellament : .4m c(mcernant un <us(usinat. Le 31 janvier, le marchand bijoutier Charles-Henri- Emile Kriiger. avec sa feiiiine Charlotte-LouiM>Einilie, née Kroschel, native de Klein-Poaemukel, caïUon de Bonert, allait dans sa charretto, traînée par un cheval, de Custrin ï Berlin, et se trouvait le soir, )i peu près h six heures, entre Jabn^fcldo et Muncheberg, lorsque deux honimca, accomp** gnés «rnn chien sorlii*ent d'un petit bois, se jetèrent sur la bride du cheval, frappèrent avec un bâton Kriiger, ({ui était descendu de la voiture, coururent à la femme Kriiger qui avait sauté de la voiture et voulait «o sauver, cl lui volèrent une bourbe contenant 46 à 48 thalers. \m femme

302 PARTIE BIOLOGÎQtJE.

11 va MHS dire que ioutM ces dëpotitions rCétaimt que d^knpudents fnm$onge$; il fiiUaii en atteodanl la garder & l'hôpital et la nourrir.

Par suite de cet avia oiBeiel, et après de nombreuses recherches, la police de Berlin soupçenna que eette prétendue Kriiger n'était autre chose que la Glaser , et

Rriiger arriva à pied à Muncbdiwrf et fvt pluaiaora joun priTÔe de la parola, da aoiia (|«'dla a'a |ya raconter ravenlure qu'à présent. On n*a retrouvé jusqu'à ce jour, ni le mari, ni la ebarrettt, m les voleurs. D'après les dépositions de la femme Kriiger, la voiture a quatre roues, est tMnle eo bleu, eOe a un brancard à un cheval, sur le derrière de la voiture se trouve une plaque coolcoant la Doitt G. KrûfieT. Les roues sont fraîchement peintes en vert. Sur un sabot en bois, attaché par «oe chaîne, se trouve le nom de Charles Krfiger en couleur noire. Au dessous de la voiture, 11 j a uM petite barre en bois où un petit chien épagneul noir et blanc est attaché, répondant aa nem de Lady. A la voitmv une jument, petite et noire était attelée, ayant afie tâche Maaebe aa flroat; sur le trait se trouve gravé le nom de C. Kriger. La voiture est c«mverte d'one voils formée par un linge soutenu par des arceaux , sur oe linge se trouvant éeritae en rooge den lettres C. K. Dans la voiture se trouvent : 1« deux caisses, avee deux cadenas, sur les couverciss sont les noms de C. Kruger, dans l'une sont des joiigoos d'enfants, Tautre est à moitié remplie de marchandises, couteaux, fourchettes, ciseaux, etc. ; 3* un coffre, non fermé, recouvnt de crin, dans lequel se trouva du linge sale, le linge d'homme signé G. K., celui de femme E. K. numérotés de 1 à G , les numéros 4 et 2 sales, et les numéros à partir de quatre propres. Le reste du linge consiste en chemises, bas, mouchoirs, etc. ; il y a dans.ce coffre un portefeuiDs ronge contenant les papiers qni légitimaient la femme Kruger ; S* nn plumeau, deux grands coofsine, le tout signé E. K. } 4* deux saea contenant de l'avoine ; 5* une mangeoire avec le neai G. Kruger ; 6* un aeaa avec nne anse de fer, portant le nom G. Krâgtr ; 7o un manteau de paat de brebis, noir ; 8» au devant |de la voiture se trouve «ne lanterne avec une petite chanddle.

Kriiger a quarante et un ans, de grande stature, avec moustacbea, vêtu d'un pantalon airié bras et gris entrant dans de grandes bottM ; un paletot brun avec un col de velours, un gilet rouge et blanc avec des boutons de nacre, un cacbe-nex tricoté rouge et blanc de la longueur de 6 aunes, un bonnet de fourrure gris, une chemise marquée en rouge C. K. 3., et une veste brune tricotée, fl avait un fouet couvert de cuir vert, il avait à la main quand il est descendu un pistolet chaigé, H portait sur lui un porte-monnaie brun avec élastique qui contenait ses papiers, une nu>ntre or£* naire avee une bdte en argent, nne chaîne et une clef en ader, nne tabatière en mêUà composé, dorée Intérieurement. La femme Kruger raconte que Tun des assassins est un hmnme assat grand et fort, cheveux foncés, barbe, favoris, n>ouslaches épaisses et rougeâtres nés pointa, visage bien portant, ayant à peu près trente ans. Il portait une redingotte de laine boutonnée, il avait son pantalon dans de hautes bottes et avait un gros bAton dans la main. Sa coiffure na peut Atre indiquée. Le chien, gros comme un chien de berger, couleur jaune, queue longne, répondait au nom de « Karo ».

Le complice était petit, figure chétive, avec des cheveux roux, courts, favoris de méÉne ooulanr tournant autour du menton, visage maigre et pâle. 11 avait une redingote foncée, un pantalon foncé n'entrant pas dans les bottes, et un cache-nex vert autour du cou, un bonnet vert avec de petits bonttftis en avant. Pendant le combat qui s'est engagé entre Kruger et les deux asaassiM, ce dsfnier a dû être blessé à la figure et a été nommé par son complice c Jules » ; il paraÎMait ige de treflte-huit à (rente-neuf ans. L'homme à la redingote de laine a pris à la lionme Kruger l'argent avec lequel elle essayait de se sauver et lui a rempli la bouche d'un moresss de mousseline. Tous ceux qui peuvent donner des renseignements sur Knigo*, sur la voiture, m snr un des d^ets sont priés instamment de le faire au plus vite chex le magistral le ptais vtoiiia. Ifuncheberg, le 7 janvier 1856.

on demanda qu'elle fnt ramenée à Berlin. Arrivée ici le 30 janvier, la Glaser eut recours à son moyen de défense ordinaire. Elle déclara qu'eUe avait quitté Berllii dans on accès de délire, et elle dit ne rien savoir de ce qui s'est passé à Muneheberg ! Elle fut transportée à l'hôpital et s'en sauva en volant (pour la huitième fois) â sa camarade d'hôpital une grande quantité d'habits.

Le 4 mai, reprise, elle s'excuse en alléguant sa soi-disant maladie irtentale que le commissaire de service appelle « certainement simulée » . An premier interrogatoire, elle se dit souffrante de t douleurs k hi tète », mais nie tout ce qu'on lui dit de son ▼ol. Le 27 juin, il y eut audience. Elle pria de renvoyer l'audience à un autre jour afin de citer le professeur B... qui dira «r qu'elle est aliénée ». Cette audience eut lieu le 23 juillet avec l'assistance du professeur R... et du soussigné.

Au commencement elle se montra tris tranquille, et discuta des particularités concernant son accusation. Tout à coup, au grand étonnement de la cour, elle commença à faire des signes aflSrmatifs en face la muraille et à lui parler. Puis elle s'écria & haute voix « Chasses d'abord le diable », et fit des grimaces de toutes espèces. Quand on lui demanda : • Où est le diable » ? elle répondit en montrant le procureur du roi : « II est là » ? et elle s'élança vers lui une chaise à la main. Le professeur R... fut entendu comme premier expert; il déclara la Glaser c réellement aliénée, tout à fait irresponsable, et ne pouvant même pas répondre aux questions du tribunal «, il s'appuyait sur ses a visions du diable » dans l'hôpital et sur son épilepsie de vieille date.

Mon avis, au "contraire, était que l'audience actuelle n'avait pu que corroborer mon opinion antérieure, c'est-à-dire que l'accusée est une voleuse pleine d'astuce qui simule une aliénation mentale. Je faisais remarquer que l'aliénation ne se montrait chez elle que lorsqu'elle se trouvait en accusation et cessait dès qu'elle était libre. Je ' citai l'aveu qu'elle m'avait fait dans une exploration antérieure, et dont j'ai parlé plus haut. Je contestai que l'épilepsie soit ordinairement liée aune cause d'aliénation mentale, car il y a beaucoup d'épileptiques dont la raison est intacte. Les débattf ftirent prorogés, on demanda des expertises écrites, et en attendant la Glaser fut mise en liberté. Mais déjà, le 21 septembre, elle fut reprise parce que (pour la neuvième fois) elle s'était sauvée de chez la femme Halen, emportant des habits.

La femme Glaser a à présent trente et quelques années, elle est assez maigre et a la figure pâle. Elle n'a pas de maladie corporelle, excepté un léger degré de tuberculisation des poumons ; mais elle a une paralysie incomplète du bras droit dont on ne peut déterminer l'origine. Son regard est perçant, désagréable et malin, sans être hagard ou indécis comme celui des aliénés. On ne peut contester qu'elle n'ait réellement des attaques d'épilepsie, car j'en ai observé moi-même. Très vraisemblablement cette maladie est ancienne. Le professeur R. . . a regardé avec raison ce fait comme très important pour évaluer son état mental, car on sait que l'épilepsie de longue durée exerce quelquefois une influence ficheuse sur l'état mental ; mais on sait aussi qu'heureusement beaucoup plus souvent cela n'arrive pas, et qu'un grand nombre d'épileptiques vivent longtemps sans que leur moral soit le moiifs du monde attaqué. Le médecin-légiste devra d'abord constater le fait de l'aliénation, et ce n'est qu'alors, s'il y a épilepsie, qu'on pourra admettre la

30i PARTIE BIOLOGIQUE.

cohérence de ces deux affections ; ce n'est qu'alors que l'épilepsie pourra avoir de rimportance dans la conclusion du rapport médical.

Ainsi il reste toujours à décider si la Glaser épileptique est saine d'esprit ou non? Le professeur R-.., te basant sur la conduite et les paroles de cette femme, qu'il croit sincère, la déclare atteinte de monomanie religieuse ou démonomanie. Ileit d'abord singulier que l'épilepsie produise telle forme d'aliénation mentale, puisque la règle ordinaire est que i ette maladie nerveuse produit plutôt une dépreisiou de l'entendement allant quelquefois jusqu'à l'imbécillité. Mais le docteur R... s'appuie sur une autre circonstance pour expliquer « ces visions du diable », il croit à l'influence des remords qui la tourmentent concernant sa vie antérieure, mais cm remords c'est elle qui en parle. On ne peut pas supposer un cœur sensible cbei la Glaser, car elle offre au contraire un exemple rare de brutalité, elle mystifie continuellement les magistrats, elle vole continuellement des gens pauvres, qui la plupart du temps ne l'ont reçue que par pitié. En outre, les remords ne sont ordinairement pas intermiltenU, tandis que les visions de la Glaser ont un caractère intermittent, sur lequel nous reviendrons. Néanmoins, le docteur R... « a traité la femme Glaser pendant un an dans la maison d'aliénés pour maladie mentale». Je fuis désolé d'être obligé de dire que le journal de l'hôpital que j'ai parcouru, ne confirme pas l'existence certaine de la maladie.' Elle fut reçue, comme nous l'avons dit plus haut, le 6 avril 1848, elle a raconté tous les mensonges dont nous avons parlé. ^ Au moment où on l'a reçue, dit le journal, elle montrait une grande inquiétude, tourmentée par ses nombreux péchés, elle voit des apparitions noires de prêtres et de diables ».

Pour le mois de mai, le journal dit : • On ne voil plus de maladie mentale », tt .on trouve quelquefois des maladies corporelles consignées, telles que catarrhe, rhumatisme, etc.

Pour le mois de juin, on ne trouve que « quelques accès de surexcitation, pendant lesquels elle jure et fait du bruit, et qui nécessitent des mesures violentes, mail la durée n'en est pas longue ». 11 n'est pas fait mention de « visions de diable •• Ceux qui connaissent la Glaser savent que pour elle, jurer et faire du bruit ne sont que les habitudes ordinaires de son caractère si souvent décrit

Au mois de juillet, " elle eut à souffrir plus curporellement que mentalement ». L'épilepsie, la dysenterie et les tubercules au poumon sont mentionnés, et le cahier ajoute tt mentalement elle ne semble plus souffrir » .

Au mois d'août, a elle entend des voix qui lui disent qu'elle est une pécheresse et qu'elle ne doit pas manger, aussi elle ne mange que quand on l'en supplie ». Ces voix entendues ne s'étaient pas encore présentées et ne sont plus revenues. Évidemment la Glaser avait entendu dans la salle des malades réels se plaignant de ces hallucinations de l'ouïe très fréquentes, et en avait profité pour sa simulation. Quant à son abstinence, c'est aussi le fait d'une imitation intentionnée, car ella n'en avait jamais parié, et il est très important de remarquer qu'elle consenti prendre de la nourriture quand on l'en supplie, tandis que les malades réels restent inébranlables dans leur résolution d'abstinence, et doivent même quelquefoii être forcés de manger. Une longue abstinence devait certainement Atre plus diffi-

cile à. simuler pour la Glaser que des visions et des violences ; ajoutons qu'il est très important de remarquer que chex elle on n'a observé d'insomnie ni a la Charité, ni ailleurs. .

- ' Au mois de septembre, le journal continue k enregistrer « les nombreux reproches, qu'elle se fait à elle-même, son caractère vicieux et entêté comme dans les mois. antérieurs. , . . ,

t Au mois d'octobre, outre les accès épUeptiques, le journal parle « de querelles avec ses camarades où Ton voit son caractère brutal; elle ne se. fait -plus de reproches à elle-même ». .

Au mois de novembre, « sa santé mentale est bonne » .

Au mois de décembre, « elle refuse de manger pendant quelques jours, disant qu'elle ne le mérite pas a. On ne dit pas cette fois si elle a fini par manger quand on l'en a suppliée.

Au mois de janvier 1 849, « en dehors des attaques d'épilepsie, son état mental est le même ».

En février, « légers accès de dysenterie ; du reste, pas de changement ».

En mars, « pas de trace de maladie mentale ». i

En avril, la femme Glaser fut renvoyée.

D'après cette description de sa conduite pendant le séjour d'un an à la Chiirilé, je ne crois pas me tromper en déclarant que si la Glaser est restée pendant un an dans le service des aliénés, on ne trouve dans le journal de ce service rien qui puisse confirmer que « elle ail souffert pendant un an d'une maladie mentale grave ». Excepté au commencement, on ne parle pas une fois de visions du diable, et encore, au commencement, on ne les juge que d'après ce qu'elle en dit. Or, pour quiconque a un peu l'habitude de voir les criminels et les simulants, et veut prendre connaissance de la conduite et du caractère de l'accusée, il sera évident que jamais celle femme n'a eu de visions réelles. Les malades atteints de monomanie religieuse offrent un aspect singulier qui saute aux yeux à première vue, et qui en un an aurait certainement frappé les gens qui ont examiné cette femme. Puis il est extraordinaire que quelqu'un atteint de monomanie religieuse dise qu'il est o turc ou athée », ce que certainement le docteur R... n'a pas su.

Celte femme se trahit par l'ignorance de la nature des maladies mentales, comme tous les simulants qui mêlent tous les symptômes les plus différents. Ainsi elle dit ailleurs : « Je suis empereur, je suis roi », ce que ne dira jamais un démonomanc fasciné par un ordre d'idées tout à fait difTcrent. La monomanie religieuse ne se montre pas non plus dans une forme intermittente, et remarquons que cette périodicité existe chez elle ; la maladie ne se manifeste jamais lorsqu'elle est en lUfûrlé, elle n'a alors ni apparitions diaboliques^ ni accès de fureur, mais ce n'est que lorsqu'elle est arrêtée ou en prison, et lorsqu'elle a à craindre une punition.

Aucun témoin n'a jamais vu en elle la moindre trace de maladie mentale. Que l'on n'aille pas dire que les laïques ne peuvent pas juger l'existence d'une maladie mentale, car a les visions » de la Glaser, ses cris, ses discours, le tapage qu'elle fait, sont des manifestations qui frappent tout le monde. Les mystifications pleines d'astuce qu'elle a faites avec succès n'auraient pas réussi, si ces manifesta- I. 20

tions de miladie menlale Rvaient pu être entrevuei. Elle ne fait au

profiter de celte toi-dlunt moladie mentale comme moyen de défense.

L'interrogalaire du 2 avril 1848 prouve surabondamment qu'elle n'a inventa M maladie que dîna ce but lonqu'elle ima^ne ce mensonp ; v je mit aortie annthier de l'hapllal au je »uit re«t6e uo *a k canae d'une maladie mentale ■. A ptiiea( qu'elle essaie de donner dea preuves à l'appui de ses mensongea, elle TSiit paraître alteinlB de fotie en récidive. L'aecu«ée ■ bîUe de tMe >> n'oublie jamais son but, elle ne peut dire Bon nom ni son adresse, miia sa mtmoire est assea Forte poor donner le nom et le litre du professeur H... dont elle demande toujoura l'arbilnie par des raisons sur lesquelles nous n'avons plus besoin do revenir. Dana loua les actes rédiféa en dix ani, concernant la conduite de cette femme, nous trouvons une énergie rare, une ein^nteriB inouïe, un plan combiné avec une aslucs extratrdinaire, mais pas un seul signe d'une malsilie des facultés moniales ae développaat 011 déjà développée. Cette facilité inouïe que celle femme a pour trouver des ratsources 3 pu tromper des médecins et des magistrats distingués, mais seulenMl des hommes qui sont en conlacl continuel avec les criminels, el qui, pour des criminels comme laGlaser, sonttoujoum sur leurs gardes. D' après ce qui précède, je conclus :

■ Que Charlotte GUter aimule une maladie mentale, et qu'elle ■ toujouTS Ht complètement responsable >.

Le 31 décembre 1890 était le jour llxé pour les débals; quand mon collèfM distingué eut prit connaissance dei ecus contenant la vie curieuse de cette femme, quand il l'eut examiné avec soin, il déclara avec son honorable loyauté bien coaaM qu'il était convaincu maintenant d'avoir été » grossièrement trompé» par la Glaier, et qu'il se rangeait complélemcnt de mon opinion. L'audience fut ouverte, cl n avertit la Claser de se tenir Iranquille, puisque la Cour avait acquis la conviclki que aa maladie n'était que simulée et ne pouvait plus lui être d'aucun aide. Cependant cela ne l'empêcha pas de faire les réponses les plus inconrenaotet, eti fUluI la juger tn son absence. Elle fut condamnée (1).

Obs. 172. — Prétendue aU^nalion mtntale clux «neoDleute.

La femme B... avait volé une pelisse de ta valeur de BOO francs. Daoi l'inatructian,M conduite extraordinaire excita des doutes sur son état mental. Ces doalM jwrurent d'autant plus fondés que la femme R... était restée il y a quelques années pendant un certain temps dins l'bôpitâl des aliëoùt. Elle y avait été ameoie sur la demande d'un médecin de prison après un vul antérieur . Le médecin dislN qu'elle était d'un caractère irascible et malin, et en même temps hjttériqM. Elle avait été autsitdt après ion entrée dans la prison transportée à l'infirmerie, ell)

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médecin déclara qu'elle élait alteiate d'aliénalion mentale, surtout de fureur partielle. Dans l'hôpital des fous elle fit du tapage, cassa les vitres, se dit reine de Prusse ; elle racontait que le Christ lui était apparu sous la forme d'une brebis blanche ; elle tombait aux genoux des médecins, elle laissait au-dessous d'elle ses fèces et ses urines, elle prononçait les discours les plus obscènes, et tout à coup devenait muette, ne balbutiant que des mots lout à fait incompréhensibles, etc. Cet état, dit le journal de l'hôpital, céda cependant bientôt quand on la menaça d'employer la force pour la calmer. Il est très singulier que ce journal noie le t2 novembre : « Il y a plusieurs raisons pour admettre une simulation», et que le médecin traitant ne parie pas de simulation dans son rapport du 17 décembre, mais au contraire déclare ({ue l'accusée est complètement privée de sa raison.

Je ne puis partager cetle opinion, je dois plutôt déclarer que la femme B... a toujours jusqu'à présent simulé une maladie mentale. Cette femme a trente-six ans; les médecins de l'hôpital ont déclaré qu'elle ne présentait point de symptômes de maladie corporelle appréciable, de sorte que ses plaintes de maux de tète, de vertige, etc., ne doivent pas être prises en considération. Son impudence et son abjection rare sont notoires, elle a déjà été punie dix-sept fois parla justice. Elle s'est vantée à moi d'être une femme publique inscrite, et a parlé avec effronterie de ses obscénités, dans le langage abject qui lui est propre. Mais hors de cela je n'ai pas remarqué en elle un seul signe de dérangement mental. Dans cette dernière arrestation, elle se livra, comme nous l'avons dit plus haut, à des exceniricités furieuses et quelquefois obscènes, mais tout cessa quand on l'isola. Elle ne tâche pas de s'excuser, et prétend au contraire que la pelisse lui appartenait, etc.

On pourrait prétendre que la femme B... a souffert autrefois de maladie mentale et qu'elle se trouve maintenant dans un intervalle lucide, mais contre cette opinion des faits importants se présentent. Le médecin de la prison, qui l'a envoyée autrefois à l'hôpital, a noté que l'aliénation mentale ne s'était manifestée qu'après qu'elle eut fait conniiissance avec sa voisine de lit V..., qui avait été d'abord envoyée à l'hôpital pour se guérir d'une fureur partielle et qui fut reconnue comme simulante.

Remarquons que les m-jdecins de l'hôpital ont très bien distingué que « dans les manifestations des concepliuns délirantes de la lènime B... il n'y a pas de cohérence même maladive, mais tout est si absurde (ju'il semble qu'elle ne cherche qu'à faire sauter aux yeux son impudence éhontée, et la fureur n'a plus reparu depuis qu'elle en a subi les suites désagréables ». Je me range complètement du côté de cette opinion ; ni le regard, ni le maintien, ni les discours de cette femme ne sont ceux d'une aliénée, je dois donc conclure : •< Que la femme B... ne souffre pas de maladie mentale et doit être regardée comme responsable » .

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