‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 72 sur 98 · MALADIES MENTALES. — MANIE MÉLANCOLIQUE. A · texte numérisé non relu

MALADIES MENTALES. — MANIE MÉLANCOLIQUE. A

malgré leur imperfection morale, jouissent des autres facultés de Tûme à Tétai ordinaire, qui peuvent même être supérieurs, soit par l'imagination, soit par une autre faculté ; Thistoire en a offert des exemples. Il y a enfin des gens qui ont perdu presque complètement la possibilité de vouloir; famille, fortune, fonctions, rien ne peut les stimuler, ils sont tombés dans un état voisin de Tenfance. Hais que l'on se garde bien de faire de cette affection une espèce de maladie mentale. La cause : une conception délirante ; Teffet : un acte qui n'a pas été commis avec une entière liberté morale, voilà ce que doit constater le médecin légiste sans s'inquiéter du reste.

Le mélancolique, après ôlre resté longtemps dans cet état d'indécision que nous venons de caractériser , après avoir lutté longtemps contre l'inertie de sa volonté, finit par prendre une résolution que lui a inspirée sa conception délirante, résolution qui, malheureusement, est quelquefois terrible, par exemple celle de tuer ses enfants qu'il aime. Une fois sa résolution prise, il est soulagé, délivré de ses tourments, il en poursuit l'exécution avec une persévérance réfléchie, et à ce sujet, je ne puis résister à l'envie de citer le passage suivant d'Hoffbauer, qui me paraît frappé du coin de la vérité : « Chacun a remarqué en soi-même et peut s'expliquer que dans les » circonstances difficiles qui nous préoccupent et dont nous ne savons » comment nous tirer, noussommes heureux aussitôt que nous sommes » parvenus à prendre une résolution. Délivrés de notre indécision, » nous éprouvons une satisfaction pleine de quiétude qtai nous laisse » aux soins de l'exécution. Les circonstances qui nous effrayaient » nous paraissent moins terribles vues de près, alors nous sentons » que les craintes sont devenues inutiles, et que nous n'avons plus » qa*à faire appel à notre sang-froid. Or, le mélancolique qui a été > privé depuis si longtemps de cette satisfaction, s'y accrochera » avec acharnement aussitôt qu'il l'aura éprouvée, et il préparera » avec un calme surprenant l'exécution qui sera peut-être terrible, » nais qui pour lui n'est qu'un détail. »

Malheureusement cet état mental dont nous donnons des exemples (173 et 17A obs.) a été érigé en espèce par Hoffbauer, ainsi que

ptr quelques anteurs qui l'oat imité ; on a attribué les actes de cet mélancoliques à une t impulsion provenant d'une volonté rasciuée ». Cette définition ne signifie rien, car lorsqu'un crime a été commis, le criminel n'a-t-îl pas toujours été c fasciné > par quelque choie, les avanlagei qu'il peut retirer de son crime, la passion, l'envie, etc.

Cette c impulsion, etc. », de HoBbauer, n'est autre chose que œt 4t«t mental que Platner, dix ans avant lui, avait désigné sous le nom imnuHtia occulta. Platner restreignait sa théorie en ne l'appliquant qu'aux actions violentes. « £tt igitur amentia occulia ninu efconaftif animioppreui ad actionem violentam, hancaeliotum lecreto mppetentis et molimtit, tanquam mm opprtiiionii levamen it Uberationem. »

Ces définitions proviennent d'un temps dans lequel on n'était préoccupé qu'é donner des noms i tout, nuis nuintraant la médecine pratique a reconnu la futilité de cette manière d'agir, et l'on a renoncé A cette manie de nomenclature.

Du reste, il est singulier de voir sur quelles observations Platner s'est basé pour doter la science d'une nouvelle maladie. Cesontdeai cas, rien que deux cas, qui se sontprésentés à la Faculté de Leipiig, que l'on ne pouvait juger que par des rapports, et qui étaient d'une extrême simplicité.

Le premier concerne un homme borné, superstitieux, hjpocfaondriaque, qui se croyait poursuivi et persécuté par un de ses camarades, au mojeo d'iuQuNices mystérieuses et magiques. Pour se venger, U s'eierpa pendant longtemps i viser avec un pistolet chargé i balles, et un jour ae trouvant suffisamment préparé, il tira sur son prétendu persécuteur et le tua. Aussitôt après U se livra k la justice, avouait tout, tenant des propos teul i fait raisonnablea, et expliquant son crime en ncontant qu'il svail préféré être guillotiné plutôt i{ue de contianer 1 4tce peniculé.

Le second cas concerne une jeune incendiaire de dix-sept sus : ce ! aoiit des observations comme on en voit lieencoop, et pour U JPlalner n'a pas hésité k créer le mot amtntia oeciUla (!}.

On ne peut trop répéter que des hommes certainement aliénés, souffrant de manie mélancolique, savent très souvent ne rien laisser percer de leur maladie pendant un certain temps, et même, lorsque cette maladie est soupçonnée, ces aliénés savent se dérober aux investigations avec une habileté inouïe, expliquant avec beaucoup d'adresse une action qui a pu paraître extraordinaire de leur part* Toutes les maisons de fous en donnent des exemples.

Cela se rencontre surtout chez les suicidés maniaques. Ainsi vous voyez dans une société un homme dont le langage et les manières vous paraissent très raisonnables, dont Tesprit même parait absent de préoccupations; quelques instants après, cet homme se donne la mort, et Ton trouve dans ses papiers le récit des tourments qu'il a éprouvés depuis longtemps, et des longues luttes qu'il a engagées avec lui-même avant d'en arriver à cette résolution.

Je citerai quelques exemples : un homme instruit et spirituel, d'une honorabilité reconnue, et estimé de tout le monde, assassina un jour, sans aucun motif apparent, sa femme et ses enfants qu'il aimait tendrement. Il if avait jamais montré la moindre trace de maladie mentale. Il fut condamné (en Angleterre) à la peine de mort, mais dans sa prison une aliénation mentale évidente se manifesta, et il fut conduit dans une maison d'aliénés où il mourut un an après.

Taylor, un homme paisible et également reconnu comme estimable, se trouva réduit à la plus affreuse misère ; un soir il égorgea ses quatre enfants, afin de ne pas les voir jetés sur le pavé. Il leur avait serré la main amicalement avant de les tuer. Arrêté le lendemain, il avoua tout sans hésiter. Aucun témoin n'avait remarqué en lui le moindre indice de maladie mentale. Il allait être condamné, lorsque Ton apprit que sa grand'mère et que sa sœur avaient été enfermées dans une maison d'aliénés, et que cette dernière avait également tué ses enfants. Il fut acquitté comme aliéné.

Comme on le voit, il y avait chez ces hommes un talent tout particulier de cacher devant qui que ce soit le délire qui les tourmen-

tail, cependant je suis convaincu que si Ton avait bien connu la vie de ces hommes, leur conduite dans diverses circonstances, comme cela m*est arrivé pour mes observations personnelles, on aurait trouvé des indices de folie et l'explication psychologique que Ton cher*

chait.

Il n'y a donc pas i'amentia occulta j l'admission d'une telle maladie est, il est vrai, plus facile que la recherche de la vie intime des hommes, mais nous rejetons cette excuse trop facile pour les crimes,

et concluons :

Il fCy a pas d^ espèce particulière de manie qui puisse justifier l'admission de Tamentia occulta. Cette dénomination non scientifique et dangereuse doit être rayée de la science. L'examen approfondi de la vie de chaque homme est le seul moyen d* arriver à la connaissance exacte de son état mental.

2^ MAlflE FORUSUSE, MAIIIE SANS DÉLHIE.

Il peut sembler singulier que nous ne fassions pas de la fureur une classe particulière de la maladie mentale, quoique notre Code et bien d'autres la mentionnent tout spécialement ; mais en la rangeant avec la manie, nous suivons l'exemple des auteurs les plus distingués, tels que : Melzger, Roose, Jacobi, Ideler, etc., qui ont remarqué avec la plus grande raison qu'il n'y a pas de caractères différentiels entre ces deux affections.

Les actions violentes en elles-mêmes ne peuvent en rien infirmer cette opinion, car elles sont commises par des fous de toute espèce ; elles ne pourraient avoir de l'importance que si elles étaient commises en dehors de toute espèce de conception délirante, et c'est ce qui n'a jamais lieu.

EttmuUer, le premier, a parlé de melancolia sine delirio dans laquelle il y avait recta ratio sine delirio^ et Fine! est venu ensuite lancer dans la science sa fameuse théorie de manie sans délire.

Une fois ce signal donné par le grand aliéniste, de tons cAtés oo a

VU apparaître cette maladie qui a donné lieu à une foule de discussions savantes.

Examinons d'abord les faits sur lesquels repose rédifîcedePinel(l). Le premier cas de Pinel doit nous montrer d'abord c les premières nuances de cette espèce d'aliénation » : Le fils unique d'une mère trop indulgente était accoutumé à laisser un libre essor à tous ses caprices. < Quand on veut lui résister, l'impétuosité de ses penchants augmente ; il attaque avec audace; si un cheval, un mouton^ un chien rennuienty il les tue. En société, les jours de fête, il s*excite facilementy il frappe les personnes qui l'entourent, et est frappé. D'un autrç côté, quand il est tranquille, il parait tout à fait raisonnable, administre sagement ses grandes propriétés, il remplit ses devoirs sociaux, et est charitable. Des blessures, des procès, des amendes, ont été jusqu'à présent les seuls fruits de cette malheureuse passion des querelles; enfin, un jour il s'acharne contre une femme qui l'avait in* suite et la jette dans un puits. >

Tout le monde prendra cette histoire pour un fait divers de journal effrayant, mais pas pour une observation scientifique. Que prouve ce peu de données? Chez cet homme, un caractère méchant et peut-être d'autres causes que l'on ne connaît pas avaient-ils donné lieu à une manie? Quelle a été sa conduite avant et après le fait? Quelles étaient ses relations envers la femme tuée? Est-ce le fait d'un caractère violent i l'extrême, ne pouvant et ne voulant pas se maîtriser ? A toutes ces questions et à encore beaucoup d'autres, Pinel est encore à répondre.

Le secoud cas concerne un homme qui, de temps en temps, a < des accès de fureur » avec sentiment de brûlure dans les intestins, soif vive, constipation opiniâtre. La chaleur lui monte à la tête, la figure devient rouge, les artères temporales battent violemment, et cet homme est saisi d'une soif de sang irrésistible. Si un instrument lui tombe sons la main, il est poussé par une fureur irrésistible à tuer

(1) Traité médko-pkHosf^hique sur Vali^nalion mentale, 2« édition, Paris, 1809, p. 156.

la première personne venue. Du reste, il a, même pendant les accès, sa raison complètement libre, il répond directement aux questions posées, on ne découvre en lui aucune incohérence dans ses idées, aucun signe de délire. Il sent au contraire combien sa situation est affreuse, il est plein de repentir comme s'il avait à se reprocher ce penchant irrésistible. Il prévint une fois sa femme bien-aimée et lui cria de s'enfuir afin d'éviter une mort violente. Transporté & Thôpital, il lui arriva un accès, il se frappa avec un couteau la poitrine et le bras. Une surveillance de tous les instants et une camisole de force < ont arrêté te cours de ses projets de suicide ». (Est -il resté toute

sa vie, ou des années, ou des mois, dans une camisole de force??) Ce cas est plutôt un exemple de c monomanie homicide »» et sera à discutçr plus tard.

Mais le dernier cas de Pinel est le plus célèbre. Les insurgés (jui, pendant la révolution, se sont emparés des prisons pour affiranchirles victimes de la tyrannie, pénétrèrent aussi à Bicêtreoù Pinel était médecin, et trouvèrent un homme enchatné parlant c avec sens et raison >, et se plaignant amèrement d'être retenu dans une maison de fous quoique l'on n'eût rien à lui reprocher. C'est, disait-il, l*injustic« la plus criante, et il supplia les insurgés de lui rendre la liberté ; on le délivre, on le porte en triomphe avec les cris : vive la République! L'aspect de tant d'hommes armés, leurs cris, leurs figures allumées par le vin, réveille la fureur du maniaque ; il saisit vivement le sabre d'un de ses voisins, porte des coups à droite, à gauche, et Ton est obligé de le reconduire dans l'établissement. C'est là une des preuves principales de la mania sine delirio{l)l Des hommes comme Reil, Hoifbauer, Mittermaier, Hartmann et autres, n'ont pas hésité i se ranger du côté de cette théorie, tandis que Esquirol, Hendre,

(t) Ce qui «iH prouve eombien Pinel, d'ailleurt si plein de mérite, par de sa ihéorie, a mis de la légèreté dans « ses observations v.Dana une notedaiu le cas précédent, Pinel dit : « J'ai cité dans la première section, sur la manie périodique, d'autres exemples de la manie sans délire. » Quand on cherche Tendroit elle, on trouve ces mots : « Use Utamt très vive et recommandahle d'ailleurs par ses vertot domestiques, se livrait depuis longtemps sans frein et sans réserve à It

Jessen et autres l'ont combattue (1)1 On a essayé d'expliquer autres ment ce cas de Pinel, et de le ranger sous d'autres classes : fureur intermittente, idée fixe, irascibilité maladive, etc. Mais on n'a pas tenu compte de ce qui était essentiel, savoir l'exactitude de l'obser^p vation que l'on a admise sans discussion. Quel était donc ce malade de Pinel? Quelle était sa vie antérieure? Depuis combien de temps étaitil dans l'établissement de fous? Pour quelle raison y étaitril entré? Comment s'y était-il conduit? Quels étaient enfin les témoins qui nous ont appris qu'il parlait t avec sens et raison > ? Un rassemblement d'hommes gris que Pinel appelle hrigandsy et Pinel ne nous donne pas on seul renseignement venant de lui, sur son propre malade 1 Eat-ee donc une preuve qu'il était sans délire parce qu'il le disait à ces hommes, et qu'il demandait sa liberté ? Tout le monde sait que tons les fous parlent ainsi. Cette observation n'est donc pas scientifir que. n en est de même du c furieux sans délire » cité par Reil, qui, longtemps avant l'action de fureur qu'il avait commise, avait le peo^ chant irrésistible de jeter des pierres aux passants.

Tout le monde sait combien il est diflSeile de ramasser les symptômes nécessaires à un diagnostic, dans les cas où la manie n'est pas joQmaliëre, ou elle couve depuis longtemps, et atteint peu à peu soB paroxysme, symptômes que les malades sav^t si souvent cacher devant le médecin le plus exercé. Celui-ci fait souvent des explorations

«olère, poer Us motifs les plus légers : une simple occaiioa, «n léger retard dans réédition de ses ordrics, la moindre faute de ses gens de service ou de ses enfants étalent suivis d'un emportement violent et de quelques scènes tumultueuses. Ce malheureux penchant a eu son terme, et il s'est déclaré un égarement complet de k raisen. a (!!)...« On a reçu dans rbospice, k des époques diiférantesetdaaf vn fioafies|ipce de temps, trois jeunes filles devenues aliénées : l'une par le.epectac)e d'un prétendu fantôme vêtu de hlanc que des jeunes gens avaient offert, pendant la nuit, è sa vae ; l'autre par un coup de tonnerre à une certaine époque du mois; la troisiéoe par l'horreur que liii inspira un manvais lieu où elle avait été introduite par ruse. » On se demande avec mffiiMP ce que doivent pr(>uver jçt^ ^s tout i fait ordinaires, ce qu'ils doivent surtout prouver pour l'espèce manie sans dmrel (1) Voir Heneke, AUumékm^m, ete., S^édtt., voL il et V.

328 PAIITIE BIOLOGIQUE.

très nombreuses qui, quelquefois môme, ne suffisent pas, et ce ne sont enfin que les actes judiciaires et les dépositions de témoins intelligents qui l'ont vu depuis des années, qui peuvent donner quelque lumière. On saura donc à quoi s*en tenir sur le compte de ces histo* riettes que l'on appelle c observations».

Il n'y a pas un seul cas bien observé et complètement rapporté que l'on puisse accepter comme preuve qu'il existe réellement dans la nature une manie particulière qui serait la fureur sans délire. Jamais une telle preuve ne sera donnée, car cette hypothèse est une conlradictxo in adjecto. Le furieux dans ses accès est guidé par ses conceptions délirantes seules, sans quoi ce ne serait pas une action de fureur, et le malade de Pinel ne se serait pas escrimé contre ses libérateurs si réellement il avait été si c plein de sens et de raison», n faut rayer de la science cette hypothèse insoutenable Aemanie sans délire. Car pour la pratique médico-légale, elle est encore bien plus dangereuse que la théorie de Vamentia occulta^ elle a donné lieu à autant d'erreurs, et a servi d'excuse pour les crimes les plus affreux commis avec le plus complet discernement ; par exemple, on a attribué à une fureur aveugle, les coups nombreux portés à une victime déjà morte, par des criminels sains d'esprit, on a dit que c'était le résultat A* une manie sans délire. J'ai dit ailleurs (1) combien, il était firéquent que des assassins mutilassent leurs victimes déjà privées de vie. Quand on leur en demande la raison, ils répondent qu'après avoir porté le premier coup, ils se sont sentis saisis d'une c fureur > irrésistible qui leur a ôté la conscience de ce qu'ils faisaient. Cette explication supposerait une perte momentanée de la raison, cène serait plus une manie sans délire j mais ce n'est que dans des cas excessivement rares que cette perte de conscience a lieu ; ordinairement, an contraire, il y a réellement fureur sans délire si l'on veut , mais fureur criminelle ; et c'est pourquoi les misérables assassins sont coupables et méritent leur châtiment.

(t) MOrder physiognomieen ( physionomie des assassins). Berlin, 185i«

Nous conclurons en disant :

// n'y a pas d'espèce particulière de manie que Von puisse appeler MANIE SANS DÉLIRE. Cette dénomination non scientifique et dangereuse doit être rayée de la science. L'examen approfondi de la vie de chaque homme est le seul moyen d'arriver à la connais-^ sance exacte de son état mental.

Z^ MAHÎE TRANSITOIRE.

On a trouvé le moyen de faire une espèce particulière de manie en se basant sur un des modes de développement de cette maladie.

Nous rappellerons que la manie -peut se développer de trois manières différentes.

Ou bien subitement par suite d'un ébranlement du système nerveux provenant d'une catastrophe, d'une émotion violente, et alors la folie persiste et est facile à reconnaître.

Ou bien plus souvent lentement, progressivement. Les habitudes et les mœurs de l'individu changent : le commerçant ponctuel et exact commence à négliger ses affaires ; l'homme qui aimait la tranquillité de son ménage, sort et court au dehors; la mère vigilante, qui ne songeait qu'à soigner ses enfants , les néglige et ne pense qu'aux futilités. Puis les malades commettent des actions singulières, ils font des écrits bizarres adressés à des personnes inconnues, à des magistrats, à de hauts fonctionnaires, ou bien ils cherchent à réaliser leur fortune, à vendre tous leurs biens contrairement à leurs intérêts. Les parents, les amis deviennent des indifférents, la femme propre, élégante et gracieuse, néglige son extérieur; celui qui trouvait du charme aux distractions intellectuelles reste dans un désœuvrement complet, évite les sociétés qui lui étaient agréables. Jusqu'alors, s'il n'y a pas eu encore d'incohérence dans les paroles, les proches croient à une maladie physique , mais bientôt l'aberration de l'esprit devient plus manifeste, l'incohérence des idées se trahit par celle des paroles, des plaintes inexplicables sont exprimées, le malade prétend

que sa moisson sera nulle, ses enfants vont mourir, sa fortune et son honneur sont compromis, une ou plusieurs parties de son corps sont altérées ou n'existent plus, et la manie qui était en voie de développement et cachée, devient complète et évidente.

Enfin la manie peut éclater subitement chez un homme sain d*esprit sous Tinfluence d'une cause quelconque, sans suivre son cours ordinaire , dans ces cas elle s'épuise pour ainsi dire dans un seul accès après lequel l'égarement mental cesse pour toujours.

Ces trois modes de développement se rencontrent également dans les maladies corporelles ; et nous sommes étonné que le troisième mode de développement de la manie ait donné l'occasion d'inventer un nouveau mot et une nouvelle maladie.

Voici dans quelle circonstance cela eut lieu.

Le conseiller d'État Lemke (1), il y a quarante-trois ans, vivait paisiblement en très bonne intelligence avec sa femme et s'était acquis Testime de tout le monde. Une nuit sa femme entend dans sa respiration un ràlemenl qui l'inquiète, elle le réveille subitement; celui-ci la saisit comme un furibond , la traîne à la fenêtre et veut la jeter dans la rue ; heureusement les voisins accourent aux cris poussés par la malheureuse et arrivent à temps pour s'opposer à ce dessein. Le médecin appelé trouve le moyen de calmer Lemke; celui-ci se rendort et le lendemain n'a plus aucun souvenir de ce qui s'est passé. J'ai connu cet homme et je puis afSrmer qu'il est resté, tout le reste de sa vie, l'esprit complètement sain. Ce cas n'est autre chose qa*un exemple de manie développée par l'ivresse de sommeil dont l'effet a disparu en même temps que la cause. Cette affaire a cependant acquis une célébrité très grande ; on l'a trouvée digne de servir de base a une nouvelle espèce de maladie mentale que l'on a appelée c manie transitoire, n Cette funeste théorie, si elle était admise, conduirait à rimpunité de tous les crimes. Heim, qui a beaucoup prftné la « muAè transitoire > , en est arrivé à cette conclusion inouïe : < H est certain » que beaucoup d'hommes qui sont morts de la main du boorretn eo

(t) iiom, ArefttMs. tSiV, ma, I, paf t TI. 7^

> qui ont passé leur vie dans les prisons, étaient complètement inno- » cents et étaient atteints de a manie transitoire >.

Si nous étudions avec soin les autres cas que les auteurs rapportent comme des exemples de manie transitoire, nous voyons que tous n*étaient que des manies ordinaires ou bien des états d'exaspération causée par l'ivresse de sommeil, par une colère violente, par les douleurs de l'enfantement on par une irritation intestinale (1).

Ainsi nous admettons très bien que la manie puisse faire subitement invasion dans l'esprit d'un homme sain sous l'influence de l'ivresse de sommeil, d'un accouchement, de l'insolation, etc., et disparaître après un accès pour ne plus revenir ; mais ce sont des accès qui ne diffèrent de la manie ordinaire que par leur durée, et nous concluons :

Jl n'y a pas d'espiee particulière de maladie mentcUe appelée MANIE TRANSiTomE. Cette dénomination non scientifique et dangereuse doit être rayée de la science. L'examen approfondi de la vie de chaque homme est le seul moyen d'arriver à la connaissance d$ son état mental.

Nous allons donner des observations personnelles de cas se rapportant à ces trois prétendues maladies : Amentia ooculta, Kanie SANS délire, Manie transitoire.

Ob8. 178. — Blaicht assassin de ses enfants.

Le 17 janvier 18.., le menuisier B... avait coupé la gorge à ses deux enfants légitimes, Paul, âgé de quatre ans, et Charles, ftgéd'un an et demi ; ceux-ci étaient morts instantanément.

Ce crime affreux frappa d'étonnement tous ceux qui avaient connu Blaicb, car le caractère de celui-ci, fa vie antérieure, son affection pour ses enfants, ne pou-

vaient le moins du monde faire prévoir un tel acte odieux. Tous les témoins étaient complètement d*accord dans leurs dépositions qui toutes montraient l'accusé comme un homme tranquille et honnête. Ces dépositions, jointes à mes observations, permirent de porter un jugement psychologique exact sur cette action.

(t) Voir les Mémoires de Pyl, vol. VIII , page 236 ; le Journal de Bwke^ volume XIV , pages 134 et 165 ; Marc, Maladies mentales^ vol. II , page 374 ; les Observations de JeiMO.

332 PARTIE OIOLOGIQUC.

Blaich était marié depuis cinq ans, il avait eu quatre enfonts. Le deuxième était mort bientôt après sa naissance, et le dernier ne vint au monde qu*aprèsson crime. Son mariage Tut très heureux, comme l'affirment sa femme elle-même et tous les témoins. 11 chérissait ses deux enfants et avait, selon ce que disait sa femme, fait continuellement tous ses efforts pour rendre sa famille heureuse. Le témoin R... dit que Blaich habillait ses enfants très proprement, les montrait avec orgueil, et leur achetait souvent des cadeaux « quoiqu'il n'eût pas beaucoup d'argent. »

Il existe un certificat de son mattreE... qui Ta toujours regardé comme un homme honnête, tranquille, assidu, laborieux, très moral et digne de toute confiance.

Le témoin M..., qui l'a connu dès son enfance, dit qu'«il aimait trop ses enfants ». Le même témoin ajoute que dès l'année 1845, il a remarqué un changement singulier dans l'état corporel et mental de l'accusé. Pendant l'été de cette année, dans une dispute à laquelle il ne prenait pas part, il avait reçu par hasard des coups sur la tête.

Depuis ce moment il se plaignit beaucoup de douleurs, de vertiges, de faiblesse de la tête, et d'après M..., il commença à devenir triste, et à avoir «des idées fixes 9. Il disait surtout avoir trouvé le mouvenwnt perpétuel; il couvait continuellement son idée, dessinait sans cesse sur sa table daa dessins qu'il cachait nignev^' sèment^ et dit un jour à M..., qu'il avait enfin trouvé la solution du problème, qu'il aurait les trois tonneaux d'or que l'on avait promis en Angleterre, avec lesquels il bâtirait une nouvelle église dans son pays, etc. Les conseils de ses amis ne pouvaient détourner Blaich de cette idée qui l'occupa continuellement jusque dans les demian temps ; il construisit une machine qui ne le satisfit pas complètement, aussi, il continua ses recherches assidues. Sa femme eut l'idée de brûler sa machine afin de le détourner de cette préoccupation ; mais elle n'obtint pas le résultat qu'elle espérait. M... raconta encore que Blaich avait construit cette machine dans son atelier, et qu'il y travaillait la porte fermée et les fenêtres bouchées.

Une telle conduite devait étonner ceux qui le connaissaient.

Le marchand R... assure que Blaich lui avait toujours fait l'impression d'un homme exalté qui croyait beaucoup à son talent et à son habileté, de sorte qu'il avait toujours craint que Blaich ne perdît la tête.

La veuve S... l'a connu pendant plusieurs années, toujours mélancolique, et l'a entendu tenir des discours incohérents. Sa femme aussi a remarqué que, depuis son mariage, il ruminait continuellement des idées extravagantes.

Cette disposition mentale ne pouvait que s'aggraver par la position malheureuse dans laquelle il se trouvait. Gagnant peu, il faisait des dettes et il fallait mettre des objets en gage. Son état mental Ait de plus en plus remarqué comme extraordinaire. Dans les derniers huit jours qui ont précédé le crime, il allait çà et là dans son atelier avec inquiétude et n'avançait pas dans son travail ; d'après ce que dit M..., il était pâle au point que celui-ci lui conseilla de consulter un médecin.

Les témoins G... et S... l'ont entendu dans les derniers jours « parler à tort et à travers j»; il fixait longtemps un seul point avec des yeux « hagards ». Sa femme confirme toutes ces dépositions, et ajoute qu'il avait l'haleine courte, le sommeil interrompu, une forte fièvre, des crachements de sang et des douleurs a la poitrine

et à la tête. Il avait li figure rouge, parcourait sa chambre avec inquiétude, répondait à peine aux questions, et disait souvent qu'il avait été gravement offensé |Mur ses camarades qui lui avalent torturé Tftme; et montrantsa (été, il ajoutait: il y a li quelque chose que je ne puis pas chasser.

L'accusé lui-même confirme toutes ces assertions, et raconte que, tourmenté par la chaleur, il n'a pas pu boire assez d'eau, et malgré le froid (janvier), il dit qu'il a couché les fenêtres ouvertes parce qu'il étouffait toujours ; il ajoute qu'il sentait dans sa tête quelque chose qui allait comme une montre. Le menuisier F... l'a vu dans cet état quelques heures avant son crime.

n a exécuté ce crime affreux en profitant de l'absence momentanée de sa femme ; il plaça les enfants devant lui, leur coupa le cou avec un rasoir, et étendit par terre les deux cadavres, l'un à côté de l'autre. Il dit qu'il ne sait pas pourquoi il a fait cela, mais il ajoute «qu'il n'a pas pu laisser passer les moqueries dont il était l'objet, lui et son père d. Immédiatement après son crime, il essaya de sa coup&rla gorge^ mais il n'en eut pas la force. Il monta au grenier, tâcha de se tuer avec une hache, mais ne réussit pas, puis il essaya de se pendre, mais on arriva à temps pour le faire revenir d'un commencement d'asphyxie, et il fut transporté à l'hôpital. Quand il Ait guéri de ses blessures peu importantes, quatre semaines plus tard, il se plaignit de nouveau de vertiges, bourdonnements d'oreilles, éblouissements, chaleur & la tête, oppression ; mais il put, le 14 mars, être renvoyé comme « guéri a. A la confrontation avec les cadavres, nous le vîmes se jeter sur les enfants en s'écriant: « Ah ! mes pauvres enfants ! » Puis sa voix s'éteignit et il fut tellement ému qu'il fallut attendre longtemps avant d'obtenir une réponse aux questions qu'on lui adressait ; il s'écriait : « Ah ! qu'ai-je fait, où est resté l'honnête homme d*aulrefois, ah ! j'étais si bon et si honnête ! » Son émotion augmentant il fallut interrompre la séance.

Le résultat de mon expertise est le suivant : « Blaicb a trente-quatre ans, il est de stature moyenne, de figure pâle, configuration du crâne normale, ses traits expriment la sincérité et la bonhomie. Il se plaint encore d'une oppression dans la poitrine et dans la tête, comme si l'une et l'autre allaient crever. Le sommeil est inquiet, rempli de rêves. Les fonctions digestives sont normales et le pouls est très accéléré. L'auscultation montre que Blaich souff^re d'une hyperlrophie du cœur, qui explique ses plaintes. A la tête, je trouvai encore les cicatrices des blessures dont il est parlé plus haut.

Pour ce qui concerne son crime , il s'exprime envers moi comme dans les interrogatoires. Il parle de son amour pour ses enfants « tel qu'il n'est pas possible qu'il en existe un pareil », et s'étonne « d'être devenu ce qu'il est, lui qui avait été toujours si honnête, et avait tant fait pour le bien-être des siens ». Il dit tout cela avec un ton de profonde conviction, qui ne peut faire naître le soupçon de simulation. A cette question : vous n'aviez pas pensé combien ce que vous alliez laire était horriblement criminel? Il répondit toujours qu'il n'y avait pss songé, qu'il s'était senti trop blessé au cœur, que ses camarades, dans l'atelier de R..., l'avaient trop taquiné, etc. Je me suis entretenu avec lui aussi sur son mouvement perpétuel. Il est remarquable combien tout son être change quand on touche à cette question.

S3i PABTIE BIOLOGIQUE.

et de» qu'on exprime un deule tur la poiiibiUté de U réiMsite, il t'anime ausiitfit •t dit ; rieu n'eit impoHible i l'bomme, une Toii qu'il a en lui le feu Mcr6, et qu'il veut irriver k un but; l'Amérique n'a-t-elle pti été ■ ùmentét ■, nulfré l'apinicia contraire dei contemporaint, et il ajoutait, avec Juatetie, l'biiloire de l'cmiE d« Cbrlitopbe Colomb. U dit qu'il était auparavant dant une fauiie route, nui* qu'il ■ changé de ijalènie. U conBrme ce qui eat dit dana lea aotea de «on ainour-pro* pn, en rtcon tant que wi canuradei ne «avaient pai laireune table, tandiique loi, prenait quelquea planche) et en trèi peu de tempi c'était Iiit. Je dois encore ol>lerver qu'il n'y a pas chez lui le moindre repentir.

De tout temp* on a, avec droit, dans lei cat de reapoiuabililé douteuM, eaaùdérécommelepoint le plus impertant celui de aavoir ai l'on devait «'attendre à l'exécution de l'action de la part de l'accuié, o'eit i-dir« ai elle eit une rrnitttrtTiiiii naturelle de «on caractère. 11 eat certain que, pour BUich, on doit répondra néptivement.

Un père li tendre ne tna paa se« enbnta «ani raiioni une telle Tiolalion de* lait Im plut aacriet de la nature uontre tout de «uile chei l'ac«uti un état mental tua lequel cei loji ont été aboliet, et bit admettre un dérangement ptjehique ajant «Itéré U Dieulté de l'impreaiion et celle de la volonté. Ce bit vient, pw Muepliao, à l'appui de la théorie ai dangereuie par laquelle on juge la respontabîlilé par le fait seul. Je dis dangereuse, parce que Is jugement pgjchologique doit ae bat» 4'aboTd tur l'exiileDce d'une maladie mentale et dq «ei cauttt, et en déduire que l'action a été commiie «oui ion influence, tandit que daot cette tliéorie on adBti que le fait en lai.mtme prouve déjà l'aliénation mentale. Mail auiaï r«xia>enea d'une telle maladie cbaa Blaich ett facile à prouver, même à priori. Doux droroflancea corporelles et une mentale de grande importance t'unittaient poor proviiquer un dérangement des fonctions mentales ; je vaux dire la hlotaure refue à la Ute il y a quelques années et U maladie du ciBur, lîntiqne l'ainonr-propre eiceitirde l'accuté, constaté par tout le monde. L'influence d'une teule de cea cauiei • touvenl luID pour rendre des hommes fous, et chea Blaieb, toutei lea Iroit oot agi entemble. Tout le monde laitqoe lei bletturet il la tête peuvenl avoir ce faneite •ITet , nuit ce que (ont le raonde ne tait pat, c'ett qu'une hjpartrophia do tam am^ne souvent une profonde hjpocfaoudrie, une trisleate mélaneoUqne qui t'ttfnente avec les progrès de U maladie. Un tel malade éldouï par h vuitA, te utit a[^lé à des destinées lupérieures, il conçoit l'idée de trol jlMtel,- moins tel efforU ont de suocét, plut il couva lea idéet. Plu malide, moins U se trouve content de «es résnltati. De là une latte c entre vouloir et pouvoir, lutte daoi laquelle déjà mille antr«« eaprila plu hrta ^h celui de Blaich, moina dlipotéiqae lui à un dérangeaient iiMnUl,aal bit naatige et ont perdu leur raison. Lorsque enOn il urin Bu étal dut toqocl ill MMtdtnnnu ■ ineapabtea de réfléchir tur let oontéqnaneet de kart nslluna, al «t Si m laltaent poutier par im inttiact irréfléchi, alon fli na tant pha im^mmUm et lewiaetiou. C'ett dauea tau qn« j'ai toanè■flaMalMiM^ dnat «m fMMlb^ il prive de u libeiiè m

Obs. 174. — Dietrich, ctssaisin de son fils.

Ce cas ressemble beaucoup au précédent, mais la folie avant le crime avait été moins remarquée par Tentouragc de l'accusé. Le tisserand Dietricb, homme de petite taille, chétif, âgé de cinquante-trois ans, se leva un matin pendant que sa femme travaillait déjà dans la chambre à côté, il alla chercher une hache dans k cuisine, s'approcha du lit de son plus jeune fils qui dormait encore, et lui fendit la tête à coups de hache. Il raconta tranquillement son action horrible commise presque devant témoins, et se laissa arrêter sans résistance. Nous explorâmes l'accusé pendant l'instruction, avant d'avoir connaissance des dépositions des témoins. Il avait une tuméfaction de la partie gauche du foie avec tous sek symptômes. Dans la première nuit après son arrestation, il eut dans la prison un fort vomissement de sang, sa digestion était très dérangée, pas de défécation, de sorte qu'il fallut le transporter à l'infirmerie. Loin de se plaindre de cette maladie, il n'en parlait que si on le questionnait vivement ; il répondait avec la même indifférence et avec k même apathie aux questions concernant son crime.

Il attribuait le changement qui s'était opéré en lui et dont il avait bien conscience, moins à sa maladie abdominale qu'à la piqûre d'une mouche sur le dos de la main gauche, il y a un an ; cela lui avait causé des ulcères malins dont on voyait encore les cicatrices (pustules malignes ?).I1 dit qu'à partir de ce moment il a éprouvé une inquiétude intérieure qu'il décrit dans sa manière brève de parler, conmie tràe pénible. Elle l'a envahi, cinq ou six semaines avant le crime, et poursuivi continuellement jusqu'à l'exécution de celui-ci ; il n'avait pas eu de repos en pensant que lui et ses enfants étant si pauvres étaient menacés de mourir de ftim en peu de temps, quand je lui dis que, d'après ce que j'avais appris, sa pauvreté n'était pas fi grande puisque sa femme et ses deux enfants atnés l'aidaient dans son travail, et qu'il pouvait tous les jours manger de la viande. Il ne put se laisser convaincre.

Le jour avant le fait, raconte-Ml, il avait à remettre à son maître un morceau de tissu, mais il s'aperçut qu'il était tout à fait sali et qu'il en manquait plusieurs au* nés ; cek l'avait plongé dans une grande anxiété, car il se voyait tout à fait incapable de travailler, et il avait encore à payer son loyer. Par cela il conclut qu'il valait beaucoup mieux que lui et les siens quittassent le monde. Cette idée l'avait tourmenté pendant plusieurs nuits pleines d'insomnie. C'est alors qu'il a commis son horrible crime avec sang-froid le 23 juillet. Il dit n'avoir pas pensé aux suites de ■on action ; je lui objectai qu'il avait à subir une peine sévère : il répondit toujours avec k plus grande insouciance, qu'il l'avait doublement méritée, et que son crime était « inconcevable et affreux ».

Ce n'était pas l'indifférence bestkle du criminel froid et endurci, c'était plutôt rindiférence apathique d'un homme qui a fini tout rapport avec le monde et avec hri même. Il Ait Men «n peu troublé lort de sa confrontation avec le cadavre de son ik, aak rien Boini que repentant on ému.

■■Ifré IMtea eet données. Je crus devoir suspendre ma conclusion, ignorant sa tit Mlirieim, et» en effet, ce ne furent que les actes recueillis dans l'instruction

fàwméÊûaètmA plus ticd ks éléneoU d'une décision. 11 AU déclaré queDietiicb

élait un homme aimant la solitude, qui était en bonne intelligence avec tout le monde dans la maison dans laquelle il avait védu pendant dix ans, « tranquille, rangé et travailleur p . II avait toujours payé son terme régulièrement, et il est important de noter que le propriétaire dépose qu'il n'aurait jamais pensé à le tourmenter pour payer. Personne n'avait jamais observé une dispute ou une violence dans cette lamille tranquille, dans laquelle l'enfant le plus jeune qui a été tué, était regardé comme le Benjamin du père. Importante était la déposition d'un témoin qui disait avoir vu Dietrich travaillant les jours de fête comme les jours de semaine, du matin au soir, plus importante encore celle du fabricant pour lequel il travaillait, qui di^ quele morceau d'étoffé remis par Dietrich, le jour avant le fait, n'était ni sali, ni incomplet ^ chose de laquelle le maître avait essayé en vain de le convaincre. Nous citâmes dans notre rapport le métier de l'accusé, sa vie sédentaire, sa maladie abdominale grave, son caractère, la contradiction inexplicable entre la tendresse pour son enfant et son crime, sa conduite pendant et après le fait, l'aliénation mentale évidente déjà avant le fait. ( Nous mentionnâmes à cette occasion la théorie de Vamentia occulta qui, à tort, aurait pu être appliquée ici, et tout ce qui a été dit là-dessus plus haut.) Nous répondîmes à la question posée : « que le tisserand Dietrich était aliéné au temps du fait, qu'il l'est encore, qu'il a commis le crime dans cet état mental, et doit être regardé comme non responsable «. Il fut trainsporté dans une maison de fous , dans laquelle il mourut un an plus tard, de paralysie générale (1).

Obs. 175. — êianieprovenafUdeblessum à la télé.

Ce cas aussi appartiendrait à la classe de la soi-disant amentia occulta ; il est curieux à cause de la conduite de l'accusé après le fait. Il fut condamné en première instance à deux mois de prison; sur la demande du défenseur, la cause fut portée en cour d'appel où l'on mit en doute son état mental ; alors on me posa cette question singulière : a Scbmatle est-il maintenant, et a-t-il été au moment du fait, en libre jouissance de ses qualités morales ? »

L'accusé ^bmatte s'était trouvé avec l'ouvrier St. . . et quelques autres personnes, le soir, dans l'atelier de V... Tout à coup Schmatte saisit une latte, frappe St...,

(4) Plus tard il se présenta un cas semblable. C'était une soi-diunt preuve d'amentia ocetUlê dont Tadaiitsion était complètement superflue quand on envisageait bien le cas individud. Il s*i^ sait d'un homme moral, bonnéte, tranquille, qui aimait tendrement ses quatre enfants et qui a matin leur coupa la gorge à tous les quatre, et en tua deux sur le coup. Aucun témoin n'anit vu chex lui aucun dérangement mental avant ce fait, il avait prémédité son aiiMiin longtemps, l'avait exécuté avec un grand calme , et se montrait pendant rinstmetioa tranquille, résolu, et en apparence raisonnable. Et il fallut l'exposition la plus explicite poar esavaincre les magistrats de l'existence réelle d'une manie mélancolique et des conceptions dâiraaics auxquelles elle donne lieu. Entre autres faits je citerai comme prouvant l'aliénatioo, le i écrit de sa main huit jours avant le fait, que l'on trouva lorsqu'on fit la perqiUsilioa de la et qui élait complètement absurde. De plus, lorsqu'on amena ce maUieureax devant tes petits cadavres de ces enfants, rangés sur une table de maibre, il resta cidme et huMMciant il regarda le pied de l'un d'eux; on lui demanda peurquoi, il répondit : c C'est piree qoe le pstt Charles avait autrefois des engelures, et je veux savoir si elles sont goéries ». Il fàt traaepoflé dsis une maiiton de fons.

Cl le blesse grièvement. SI... dépose qu'il ne peut s'expliquer la conduite de Schmatte qui Ta frappé « sans aucune raison et sans que le moindre mot ait été échangé entre eux, si l'on n'admet pas que Schmntte a des moments de folie ». Depuis quelque temps, ajoute St..., il s'est conduit de telle manière qu'on l'a pris pour un « fou tranquille •.

Le témoin E... dépose aussi, que Schmatte a frappé sans qu'il y ait eu la moindre dispute, et qu'il a remarqué que sa figure exprimait, à ce moment, un vif mécontentement ; il prononça les mots « ennuyeux » et « insupportable • ; mais en général il se faisait remarquer par «sa mélancolie et son silence >.

L'accusé n'a jamais nié le fait qui lui est imputé ; il raconte : « Ce qui m'a fait agir, je ne le sais plus, je fus très souvent ennuyé et tourmenté quand j'étais avec St.«.,il se battait toujours aussi avec mes autres camarades, et était très querelleur ; il voulait me persuader de battre mon maître, ce que j'ai refusé. Vraisemblù" bUmenl (sic !)il m'aura tourmenté le jour où je l'ai frappé, de sorte que j'ai agi dans la chaleur de la colère, je ne savais pas ce que je faisais. Du reste, je m'en suis bien repenti lorsque je vis les résultats de ma conduite, et j'ai fait offrir à St. .. une indemnité. Aussitôt après l'accident, je me suis sauvé de Berlin sans prendre de l'argent, quoique j'eusse ^encore 85 écus dans mon tiroir. En route, je dormis à la belle étoile sous les arbres, je me nourris de prunes sauvages ; c'est ainsi que je courais dans le monde sans savoir où, car je m'étais trop affecté de l'événement» . Il arriva à Hambourg au lieu d'arriver à Osnabruck qui était le but de son voyage. Il ne fit que passer par Hambourg et se rendit à Huntebourg, vers sa fa* mille. Puis il retourna h Berlin, après avoir reçu une lettre qui lui annonçait que St... était content de l'indemnité offerte.

Schmatte dit avoir été toujours malade, et surtout avoir souffert de vertiges et quelquefois « avoir perdu tout à fait connaissance ». Il a déjà été traité dans les hôpitaux pour une arthrite et pour une variole. Il dit qu'il a été aliéné il y a neuf ans, et ce fait est confirmé par le magistrat de Huntebourg, le 13 avril. Ce même magistrat témoigne que Schmatte, lorsqu'il arriva de Berlin, était presque nu et dans un état de folie. Du reste û assure que Schmatte jouit d'une bonne réputation dans son pays.

Il existe encore un acte important, c'est une lettre assez confuse de l'accusé, adressée au tribunal, datée du 8 juin, dans laquelle il annonce son changement de domicile, et dit qu'il attend sa peine tranquillement, quand môme ce serait la mort. Dans cette lettre il dit : « Je reste seul autant que je le poux ; lorsque la colère devient violente, l'homme fait du mal sans le savoir. La colère n'a jamais poussé au bien. J'ai des douleurs au cœur et à la poitrine qui me montent jusqu'à la tète, de sorte que je me sens troublé, et si je ne me tenais pas, je tomberais par terre. J'évite tous les hommes querelleurs si cela est possible, mais quelquefois e*e8t impouible. m

Enfin, d'aprèf la note du juge d'instruction, « les forces mentales de S... sont affubliea et certainement son jugement est très borné », mais il n'a pas été obaervé de dérangement mental pendant tout le cours derinatruetion.

L'aecttié est agi de trente-cinq ans, de force et de constitution moyenne. La 1. 32

Mnibnnition de un crins n'offre riGn d'anormal, l'expreHion da let Iraiti ot ilouca et respire la bonhomie, Icb jreui lont petila, prolonda, le regard est rague M lame. La voix de SchmaKe Hl wurde, la parole lente, baue et traînante. H o'j a lur son corpi aucun ijrmpianie appréciable de maladie, maii il dit qa'fl souffre encore mainlcnsnt de vcrtig;ea, de douleurs dans lei merabrei, et qu'il a la sommeil îaqulel, affectioiu dont il décrit les tymptAmai réeU. Quand je le meta aor le sujet de son action, il me dit, quant au motif, absolument la mïme eboae que ce qa'iladitdanileaaclea.elil n'est pas difficile de reconnaître, dans ses discours, qu'il est doué d'un grand fond de moralité. Il est, dil-il, tout à fait blimable de le rfrel» 1er contra son maître, et c'estjualemenià cela que S... avait loulu le pousser. Mais il ne pouvait déterminer la raison pour laquelle il l'avait frappé le jour en qneslioa. Il rappelle, avec une mémoire Hdèle, toutea ses maladies aotérieurea, et son juge. ment sur lei ehoaea ordinaires de la vie est en rapport avec aon degré social.

L'exploration ne me fit pas découvrir d'idées fliea pu plus qu'un autre genre d'aliénation menlala. Mai» il aérait erroné d'en conclure par là qu'il n'j a pas eu ches lui léiion de la volonté.

Las cas où la lésion d'une faculté mentale est profondément enlboie dans l'ind)* vidu, de sorte que rien n'en transpire à la surEice, aont asies fréquenta comme on la voit dans touloa les maisons de sanlé, mais il ne lemble nullement néceasaire, ea pratique médino-légaie , d'admettre pour cela une espèce distincte, > omeMis oeeulta ». On sera porté , avec droit, à admettre un dérangement profondénuat enfoui cbes un individu, ai cet individu en apparence lain d'esprit commet de* mlions qui peuvent faire surgir des doutes sur sa santé morale. Et c'est |>i*tenent la cas diez l'accusé. H est conllrmé par les actes, qu'il j a quelque* années, il a «ntlM d'une tristesse mélaneolique, qu'il a quitté la maison de santé a«ns être tout k fsil guéri. Hous avons dit que ses camarades la regardaient comme • fou InnqnUla >. Holons que ce* assertions se rapportent au temps qui a immédiatement précédé le fait, l'action porte elle-même le caractère d'un fait isolé; il dit bien qu'il aal snelin à la colère, mai* aucun témoin n'en parle, et au contraire. Il n'j a pas dt preuve* de brutalité antérieure ; Scbmalle est regardé comme un homuM paisfbli, et le roagiilrat de son pays déclare qu'il jouit d'une bonne réputalioa. Si un tri

«Dlralner de* suiies dangereuse*, et lait cela devant témoin*, on doit ■dmetlrii ^elque aevère que l'on soit, qu'ici la limite d'uoe action nUm eal pasate.

On ne peut paa cependant Ui**er puser inaperçu qu'une e«twa faefmor^ m manque pa* en apparence, comme la déposent le* témoin*, poiaqua l'aeeuatllt mémo avoue avoir eu un certain ressentiment contre St., et q^'onientondataiMli ■ enmiyeux • et ■ insupportable > . Hais tupposons qu'un tel roHmitlnBDt ait oW chei l'accusé, son tait n'en est pas. plus explicable ni plu* confct— »■» rt|li» éi douloir et de l'agir, car un liomme sain n'aurait pa* exard h na|NaM dtairi lémoina, et surtout sans que son adversaire lui en eût albrt l'aecMi^ W la p

S'il y avait encore un doute sur la itcrancemenl mental de l'aeciiaé provaMal desa maladie non-foMe, ee doute semit icsrié pnr la conduito da Sobmalte après l« fait. Ce n'Mt pas là ftiil», U tentative de se dérober 1 la pttno ononvut qui

pourrait faire croire qu'il a commis son action en comprenant sa criminalité, car Texpérience psychologique démontre que dans des cas nombreux, chez les fous indubitables, même dans l'état de lésion de volonté, il y a encore un sentiment vague du bien et du mal. Et même cette fuite dans les conditions dans lesquelles elle a eu lieu, mérite d'être étudiée. Il possède une somme considérable plus que sufiliante pour le faire arriver vite et commodément dans son pays, il quitte Berlin sans argent, et erre dans les forêts, couchant au mois d'octobre en plein air, se nourrissant de prunes sauvages, et il arrive à Hambourg sans savoir comment. L'idée de simulation et de mensonge doit être écartée par le témoignage du magistrat de son pays qui dit qu'il est arrivé dans un état d'aliénation mentale, et qu'il y a été traité « sans succès » ; sa manière d'être fait admettre que maintenant encore il n'est pas guéri de sa mélancolie. D'après cela je conclus que « Schmatte, maintenant et au temps du fait, a perdu la libre jouissance de ses qualités morales ».

Obs. 176. — Assassinat d'un garçon par un maniaque mélancoUque.

Nous rapportons un extrait du rapport explicite concernant ce cas, parce qu'il prouve que, non-seulement la manie évidente n'a pas été reconnue par les parents du malade, mais encore parce qu'il prouve que les aliénés, dans certains cas, préparent l'exécution de leurs actions avec la préméditation la plus habile, jusque dans les plus petits détails.

Jean Gnieser, homme de cinquante-deux ans, petit, faible » paralysé de tout le cdté droit par suite d'une apoplexie, autrefois marchand de meubles, puis rentier, se faisait aider dans son ménage par uu petit garçon qui était le (Ils d'un de •et amis, et qu'il aimait beaucoup*.

Gnieser était las de la vie et voulait se suicider. Il essaya d'abord de se couper la gorge ; j'ai vu la cicatrice d'une blessure au cou. Il flt aussi une tentative pour se noyer qui ne réussit pas « parce qu'il y avait là des témoins » ; alors ridée lui vint d'assassiner le petit garçon qui le soignait, afln d'être passible de la peine de mort. Il éparpilla des pièces de dominos autour d'un billot à fendre le bois, qui §6 trouvait dans la cave, pensant que quand le garçon descendant avec lui pour fendre le bois Terrait ces dominos, il se baisserait pour les prendre, il mettrait sa tète sur le billot, et qu'il serait ainsi dans une position commode pour qu'on pût le frapper avec une hache et l'assassiner.

Ainsi pensé, ainsi fait !

Parmi ses nombreuses dépositions, je cite la suivante qui fiiit entrevoir l'histoire générale du cas :

c J'étaii las de la vie, je voulais quitter le monde , je ne pouvais pas me tuer auM-nêine, et au milieu de met longuet insomnies où l'idée de la mort me tournentaii, k pensée de tuer ce garçon me vint. Hier, à midi, il arriva sur ma de- OMode, j'avais déjà préparé du bois dans un panier, et j'avais mis ma hache pardMêiia. Le garçon detcendii le premier dam Ut cave, je le suivis ; je pris la hache •I pMdaol <i»'il M baiatait peur prendre les quelques pièces de dominos, je lii dannai mt ta Mi|iie «o |r«ié eoop de haelia afln de le tuer ; il tomba et comà fitar al à (glmki ataravwiaaiqa'a n'était pat encore mort, je lui donnai

3iO PARTIE BIOLOGIQUE.

encore trois ou quatre coups ; puis je jetai rinstrument, je sortis de la cave, je fermai la porte et j'allai de suite au bui'eau de police pour déclarer ce que j'avais fait*.

Il entra dans ce bureau en disant : «j'ai assassiné un garçon, tâchei de me f^uillo' tiner bien vile ! »

Je sais, ajoule-til dans sa déposition, que j*ai fait une mauvaise action, mais je ne pouvais pas ne pas agir ainsi ; la pensée : le ferai-je ou ne le ferai-je pat, m'avait tant tourmenté que j*ai espéré, en le faisant, sortir bientôt de ce monde. Ce garçon ne m*a jamais fait de mal, ses parents non plus (ce qui fut constaté), naïf il fallait tuer celui-là puisque je n'en avais pas d'autre. Depuis trois semaines j'en avais l'intention ; j'ai réfléchi que le mercredi ou le samedi seraient les jours les plus appropriés, puisque ces jours-là il n'y a pas d'école après-midi : (l'assassinat eut lieu le samedi soir à trois heures de l'après-midi.)

Quant aux dépositions des témoins, son beau-frère dit que Gnieser avait été autrefois enclin à l'ivresse, qu'il lui avait toujours paru un homme ■ très borné », mais jamais ff dément ou imbécile». Onze jours avant le fait, Gnieser montre à i>on neveu un morceau de papier sur lequel était écrit : « Gnieser, rentier* » et lui fait observer qu'on l'appelle tantôt marchand de meubles et tantôt rentier, et que si le lieutenant de police apprend qu'il se fait donner deux titres, il le fera arrêter. Le neveu raconte qu'il avait encore d'autres idées bizarres. Le père du pauvre garçon assassiné dit qu'il n'a jamais observé en lui la moindre trace d'aliénation mentale, peu même le jour du crime^ lorsque Gnieser vint pour chercher le garçon. La sceur du garçon dit la même chose, « il était tout à fait tranquille comme à l'ordinaire «. D'un autre côté, sa nièce et les témoins H... et R..., quMt fréquentait beaucoup, ne l'avaient jamais vu ivre, pas même le jour du fait, mais ils déposent qu'il n'avait pis tout à fait sa tète à lui, et qu'il tenait quelquefois des discours confus et incompréhensibles. En outre, ils disaient qu'ils l'avaient toujours considéré conune un homme doux qui ne pouvait voir souffrir pertonnet et qui était toiyours de bonne humeur.

Dans les interrogatoires, Gnieser eut une conduite bizarre ; par exemple au milieu d'un interrogatoire il demanda : « quelle heure est-il î ii Quand on lui demanda pourquoi il faisait cette question, il répondit : c c'est parce que à cinq heures et demie on m'enchaine pour la nuit ». Une autre fois, il se réjouit de ce que l'interrogatoire était suspendu et dit: « Une autre fois, messieurs. Je serai à vos ordres ph» longtemps *> . Il ne put dire qu'elle était sa part d'une obligation de 1 300 tbalers i laquelle il avait droit; en général ses réponsSs non appropriées rendaient impossible toute couversation suivie avec lui.

Voici l'état dans lequel je trouvai l'accusé: Il se tient courbé et dit avoir été paralysé dès son enfance, à la suite d'une variole, de tout le côté droit ; la main droite est atrophiée et contractée, la jambe droite raccourcie, de sorte qu'il botte. 11 dit être, en outre, en bonne santé, ce que confirme l'exploration. I^a conQguratioa du crâne est normale, l'arrière-téte est un peu plate, son regard comme toute la physionomie exprime la bonhomie ; il porte ordinairement la tète baissée en avaot, et ne lève les yeux que rarement. H est très difficile de s'entretenir avec lui. Dfl hum ! un oui ! un non ! Voilà ses réponses ordinaires ; de temps en temps s'il croit avoir à dire quelque chose de bien évident, par exemple qu'il est bien facile de mou-

rir sur réchafaud, il lève la tète et parle avec un ton de profonde conviction, etc. Il eit important d'ajouter que l'accusé fit subitement, dans un interrogatoire, Taveu qu'il avait eu des rapports honteux avec le garçon, et qu'il l'avait assassiné dans la crainte d'être trahi par lui. Nais dans tous les autres interrogatoires, il nia ce dernier fait, et raconta que Je prêtre de la prison l'avait beaucoup tourmenté pour qu'il avouât ces rapports impudiques. Alors il avait pensé «t qu'il Tallait donner une raison et puis cela irait plus vite, il serait plus tôt guillotiné ».

Le père du garçon a nié avec certitude un tel commerce honteux.

Dans notre rapport nous exposâmes les principes posés dans le chapitre précédent et nous fîmes la conclusion que «Gnieser n'était pas responsable ». Il fut enfermé dans une maison de fous dans laquelle il est mort.

Obs. 177. — BUisure grave faite à un enfant par un prétendu maniaque.

L'auteur de la « blessure grave » (privation de la parole) , rapportée dans le cas 118, était un maître d'école qui avait frappé une petite ftlle avec beaucoup de brutalité et était mis avec raison en accusation.

La faute légère de l'enfant paraissait tout à fait disproportionnée avec la conduite de l'accusé, et Ton pouvait d'autant plus alléguer une aliénation mentale subite qu'il était constaté qu'il avait été traité il y a sept ans et il y a trois ans, dans un établissement de fous à cause de manie furieuse ; le Journal de l'établissement rapporte « que cette surexcitation maladive était surtout produite par un caractère violent et passionné, a

La violence était-elle la suite d'un nouvel accès de fureur maladive, ou était-elle la manifestation d'un tempérament se laissant emporter par la violence ? Ajoutez que, pour ce qui concerne les circonstances avant et pendant le fait, il n'y avait que les témoignages de petits enfants.

Nous rapportâmes qu'il y avait certainement à considérer que l'accusé a deux fois déjà souffert de fureur, car il est reconnu que la manie se renouvelle dans certaines occasions, même lorsqu'elle a paru guérie, alors la maladie n'était qu'à l'état latent sans être guérie ; d'un autre côté il est certain que cette maladie peut avoir des récidives même après des guérisons complètes. Mais dans le cas actuel il n'est possible d'accepter ni l'une ni l'autre de ces deux explications.

La preuve que M... a été complètement guéri, c'est qu'il est resté maître d'école pendant plusieurs années sans montrer la moindre trace d'aliénation mentale. D'un autre côté, ce fait n'a pas le caractère d'un accès de manie furibonde survenue en récidive ; car un tel accès quand il s'empare d'un individu ne se passe pas instantanément. Puis, l'accusé a prié avec instance, à plusieurs reprises, l'enfant de n'en rien dire à sa mère. Cette manière d'agir prouve qu'il a reconnu combien il était coupable , qu'il n'a pas été poussé par un accès de délire, mais par un coupable emportement. Quant à son état mental actuel, il n'y a pas la moindre trace d'aliénation. L'accusé est complètement tranquille, intelligible dans ses discours, essaie de s'excuser et de nier ses violentes brutalités, il se montre sous tous les rapports comme un homme sain qui sait ce qu'il dit et ce qu'il fait.

Je dus donc répondre à la question posée, que M... devait être regardé comme responsable de sa violence exercée contre l'enfant. M.... fut condamné, cassé de son emploi et depuis cinq ans n*a pas été un seul instant aliéné.

Obs. 178. — Accès de fureur subite n transitoire » survenue par causes

physiques.

L*accusé D..., batelier, âgé de quarante-neuf ans, pour lequel les témoins faisaient des dépositions excellentes, était accusé d'avoir endommagé le bien d'autmi, et d'avoir eu recours aux voies de ftiit envers des fonctionnaires publics.

Il était arrivé de très bonne heure le matin du 1*' janvier 18...., dans un restaurant, avait bu une tasse de café, et aucun de ceux qui se trouvaient dans l'établissement n'avait vu en lui la moindre trace d'ivresse. Après être resté tout à fait tranquille pendant quelque temps, il se leva subitement, courut à la cuisine auprès des flUes et leur déclara qu'il était le diable, qu'elles devaient faire sa volonté, et venir dans la salle du restaurant. Puis il retourna dans la salle, engagea une lutte avec les personnes qui s'y trouvaient, cassa les chaises et voulut battre le mattre de l'établissement.

Les sergents de ville accoururent, il leur dit une multitude de sottises, ajouta qu'il était empereur, le seul empereur, etc., puis il les attaqua et fhippa sur un casque avec tant de violence qu'il en cassa la pointe. On le lia , il se défendit comme un furieux et arriva ainsi dans le bureau d'arrestation. Quand U eut dormi, le lendemain, il était tout à fait tranquille et dit qu'il n'avait aucun souvenir de ce qui s'était passé.

A l'instruction et à l'audience il raconta que souvent le sang lui monte à la tète, surtout quand il chaufTe la cabine de son bateau avec du coke ou du charbon de terre, de sorte que souvent en en sortant il lui a fallu se tenir à quelque chose aflo de ne pas tomber. Dans la nuit qui avait précédé le fait il avait chaufTé sa cabine avec du coke, avait lu jusqu'à près d'une heure un roman fantastique, et à partir de ce moment il dit ne plus se rappeler rien.

Je déclarai que l'on ne pouvait donner que trois explications k ce fait : d'abord ou bien cela tient à un caractère plein de malignité et de violentes passions, ce qai ne peut être admis d'après les dépositions des témoins, ou bien il y a une intea* tion cachée et une simulation d'accès impossible à découvrir ; contre cette opinion se présente le développement de force musculaire extraordinaire qui n'aurait pai eu lieu si l'accès de fureur n'avait été que simulé, ou bien enfin cela tient à une aliénation mentale survenue subitement. Pour admettre cette dernière hypothèse il n'est pas du tout besoin de recourir à une espèce particulière de <t manie transitoire § acceptée par beaucoup d'auteurs, car les symptômes de ce cas offk'ent un appoi suffisant pour le diagnostic d'une aliénation ; c'est la disposition corporelle de D... à des congestions cérébrales, le séjour nocturne dans sa cabine petite, fermée, remplie de gaz acide carbonique dont l'efTet est connu, qui a causé ce dérangement mental. Donc, considérant le fait isolé dans la vie de l'accusé, considérant le caractère de celui-ci, et l'absence de motifs, j'admets la non responsabOité de l'ic* cusé au temps du fait.

Obs. 179. — Tentative d* assassinat dans un état mental douterix.

Je rapporte ici un cas très intéressant, il offre encore une preuve de la nécessité de connaître tous les actes de la vie antérieure du sujet pour faire un rapport médico-légal exact, il prouve aussi avec quelle habileté les aliénés savent cacher pendant plusieurs années leurs dérangements moraux et comment on peut se tromper quand on ne connaît pas à fond la vie antérieure de Vaccusé. Je communique le cas chronologiquement comme il s'est présenté à moi, comme on le verra par les deux rapports suivants :

1. Rapport du 6 août 18... — nhe 21 juillet , Taccusé H..., cuisinier, eut une lutte violente avec sa mère qui, dans un état d'ivresse, dit-il, l'injuna et le frappa avec une casserole. 11 saisit un pistolet chargé, dans l'intention seulement de se défendre, dit-il, son frère accourut» appela deux sergents de ville et lorsqu'on voulut l'arrêter, il se mit à crier : « Celui qui m'attaque, je le tue. t* En effet, en disant ces mots, il mit le pistolet sur la poitrine du sergent de ville, fit partir le coup ; mais la capsule ayant été seule brûlée, le sergent de ville Schmidt resta sain et sauf.

n nie tout dans ses interrogatoires et dans toutes ses conversations avec moi ; il prétend toujours n'avoir eu l'arme dans la main qu'à cause de défense légitime. Sa culpabilité a été mise en douta, surtout parce que, il y a sept ans, il a été enfermé comme aliéné dans une maison de fous. Selon le journal de l'établissement, il était devenu fou par suite d'une banqueroute, et entra dans rétablissement comme « fou furieux, n II s'imaginait, avant d'entrer à l'hôpital, qu'il était condamné politique et qu'on le persécutait ; il poussait contre ses prétendus persécuteurs les menaces les plus violentes, cherchait to^jours à s'armer, montrait en même temps un penchant au fanatisme religieux ; il priait beaucoup, lisait pendant des nuits entières dans la Bible, etc. Il faut remarquer que cette conduite a été observée avant son entrée dans l'hôpital, tandis que déjà, à partir du jour de son admission, u on n'ob* serve plus de symptôme maladif en lui ; » et pendant les cinq mois qu'il resta dans l'établissement , il n'est parlé que de son caractère désagréable.

A la fin du mois d'août, il obtint une vacance d'un jour, et ne revint plus dans l'établissement. A partir de ce moment, ni sa mère ni son ftère n'ont remarqué en lui manie ni fureur ; seulement la première dépose qu'il semble tomber en n mélancolie religieuse , » car il lit continuellement la Bible, et le dimanche va trois fois à l'église.

L'accusé a trente-six ans ; il est physiquement sain, d'un extérieur convenable , sa conduite est tranquille ; son regard est franc ; il ne présente rien d'extraordinaire ; quand on cherche à explorer son état mental, on ne trouve non plus rien d'anormal. Nous n'avons pas trouvé chez lui de conception délirante, ni en matière religieuse ni sous un autre rapport. Ses pensées sont logiques, sa perception claire , ses réponses justes , sa mémoire non affaiblie, et il sait s'excuser habilement de ce dont on l'accuse. U dit qu'il lit la Bible avec le plus grand plaisir;

Zhh PARTIE BIOLOGIQUE.

niaii il va lan» dire que cela ne peut être regardé comme le réiulUl d'une mtlancolie religieuse- Parce qu'il a été aliéné il j a sept an* pendant peu de temp<. on ne peut pas non plus en conclure qu'il le aoit encore, car, dam ce long eapace de lempt, on n'a pai observé cliez lui d'autrei symplAmet. Sa conduite et le (ail dont on l'accuse, quoique atset biiarru, ne portent pas le cachet de l'aliénalion. fie plus, ni le Juge d'instruction ni les employas de 11 police n'ont remarqué en lui de) paroles incohérentes provenant d'une manie. Ces derniers disent : < H nom a semblé avoir SB raison complète b; le juge le trouve" complètement responsable!. Lui-même dit qu'il a a été très surexcité », et 11 a expliqué par là la raison de ta conduite.

D'après cela, ne connaissant pas d'autres données, je ne pouvait conclure autrement que H... n'est maintenant, et n'était, au temps du fait, ni dément ni imbécile, et est responsable.

II. Onae ttmainei aprii. — Il était devant le* jurés. Le détenteur pUida la non responsabilité ; il produisit des caliiers écrits de la main de l'accusé. Ces pièces me furent transmises au mots de décembre ; elles consistant en un Tort volume, tu grand nombre de lettres en partie sans adresse , en partie adressée* à des dames de li haute socièlé. Il se trouvait des feuilles entières remplies de rimes avec les non sens les plut absurdes et les obscénités les plus repoussantes. Heureusement la plupart étaient datées, et on pouvait voir que ces écrits avaient été bits pendant le* derniers cinq ï six an*. Le lU décembre, je Ils le rapport suivant :

Dans mon rapport du 6 aoAl, d'après mon oiploration de l'accusé, j'avais ii arriver i la conclusion que H... n'était alors, pis plus qu'au lempi dn bit, déawnt ni imbécile, et par conséquent complètement responsable. Il est vrai que le cane- 1ère de l'accusé porte le cachet d'une colère violente ; mal* la UmJlè entre un accès passionné encore imputable et un dérangement mental réel est Irèi difficile k déterminer, et on ne peut alléguer ce dernier pour excuser une action criaÙDeDt, quand il n'existe pas avant ou après la fait des aimpldmes de celte aliéDatioD. Le médecin légiste ne doit pas abandonner ce principe d'une saine pajchologie. Aa temps de mon exploration, je n'avais aucune preuve d'aliénation mentale antérieure; H... avait été reçu, iljr a sept ans, dan* une maison d'aliéné* comme alM furieux a ; mai* dans l'établissement, les médecin* n'avaient pas observé on **■! intttnl un dérangement mental. Ainsi, ce fait perdait beaucoup de «on imjtDrtaDca; el, ce qui est certain, c'est que, pendant l'année qui a prAcédè le &it, ni aa bnnUt ni se* maîtres n'ont observé la moindre déiangemenl mental. Ajontei qoe B..., dlns ses couvsnatians avec moi, n'avait jamai* trahi aucune trace de maladie iMalaie. Je cnu alor* ne paa ponTCtr Ure «■ autre Jugeneat anr lai.

Hm Uté, dM lUIi ooBTMUi Mnl arrivé* ft ou rnnnalwanra qui bot nnaagw rigMwwiitt J i f i t( r>ftW<i«M.*BBiifciiiimiUri«a iailiéofl»qa>é«»

la eonséquenca i H faeeu*^. embn»-

Hnt 1m dernières années juigve pm de jovn avanl le fait, donnent la preuic certaine qu'il loulTre d'une mmit piriodique. A firéieul son action tictraordmairt "c

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