MALADIES MENTALES. — INTERVALLES LUCIDES
Knaggs, regarde une action commise dans un intervalle lucide, comme une action imputable à un homme sain.
D*un autre côté) quelle difficulté pour un médecin que de décider qu'un homme aliéné est décidément guéri et qu*il ne se trouve pas dans un intervalle lucide ! Les maisons, d'aliénés renvoient tous les jours comme c guéris » des malades qui retombent en aliénation. C'est avec raison que Ton a construit dans certains pays, à cet effet, de grands établissements de fous convalescents dans lesquels les malades vont, pour ainsi dire, faire leur quarantaine avant de rentrer dans la société. En effet, où est le critérium diagnostique au moyen Juquel on peut discerner la guérison réelle de Tétat latent formé par l'intervalle lucide?
On peut peut-être citer un symptôme important , c'est lorsque le malade se souvient de ses conceptions délirantes, les reconnaît comme telles, car cela ne se rencontre pas dans l'état pseudo-lucide. Encore ce symptôme est-il très ditîicile a bien apprécier devant l'habileté de certains individus aliénés à cacher ce qui se passe en eux .
Burrows, qui certainement était un homme d'expérience, renvoya de sa maison de santé un jeune lord qui semblait depuis plusieurs mois complètement guéri ; il écrivait à sa mère les lettres les plus raisonnables, etc. ilevenu dans le château de sa mère, il se conduisit très raisonnablement encore pendant un certain temps, lorsqu'un matin il se lève, court dans le village et revient les habits éclaboussés et déchirés. Sa mère lui fait quelques légers reproches, alors il saisit une lourde pincette dans la cheminée et la tue !
Un Prussien noble, devenu fou par excès de sot amour-propre, fut retenu longtemps dans un établissement célèbre et fut renvoyé en apparence complètement guéri. Immédiatement après son arrivée û Berlin il me rendit une visite, et dans un long entretien il me sembla guéri, posé et tout à fait raisonnable dans sa conversation. MaîSy à un certain moment, il déboutonna son paletot par hasard et je vis sur son habit une décoration faite avec du papier doréy et il me dit en changeant sabitement de ton et d'un air contant de loi-mime : a Cette décoration m*a été donnée à cause de mes
ihS PARTIE BIOLOGIQUE.
rapporis avec la famille du roi » ( les Hobenzollern). Il n'y avait pas gaérison, pas même intervalle lucide réel.
Ces exemples prouvent combien les erreurs sont communes dans cette question, et combien elles peuvent être funestes. Je ferai remarquer qu'une longue durée de la lucidité apparente ne peut même pas être une probabilité de guérison, car on a vu la pseudolucidité durer même plusieurs années.
Ainsi la difficulté est très grande, mais ajoutons qu'en Prusse elle n'existe que pour les affaires civiles, dans ces cas alors le médecin devra juger selon sa conscience, en tenant compte de toutes les circonstances du fait. Mais pour les affaires criminelles, le médecin n'a qu'à déclarer si l'accusé a été € dément ou imbécile au temps du fait » ; si au contraire au moment du fait l'accusé était en état de lucididé, c'est au juge à apprécier la manie périodique de ce dernier comme circonstance atténuante.
50 IDÉE Fixa, HONOMANIE.
Les limites psychiques de la maladie présentent aussi des différences : ainsi tantôt la manie est générale, on l'a appelée alors folie, démence ; tantôt la manie est partielle, on l'a appelée manie isolée, limitée, idée fixe, monomanie.
Dans le premier cas, la chaîne logique des fonctions intellectuelles est brisée, les perceptions, les pensées surgissent en désordre, se heurtant et se remplaçant dans un pêle-mêle inextricable, la conscience du moi est perdue,* les actions du malade ne sont guidées que par une imagination capricieuse, vague et sans but.
Tandis que dans les cas d'idée fixe, l'esprit n'est tourmenté que par une conception délirante, et il n'y a pour lui aliénation mentale que dans un petit cercle d'idées se rattachant à cette fausse conception. Sous tous les autres rapports il a son libre essor, il parait et il est réellement complètement sain (1). On lui a donné, en France, le nom de monomanie dont l'étymologie est très juste.
(1) Denkwiirdigkeilen xur med. SUUislik uni SlaatsarzHeikunde, Berlin, 1846 {Biographie eines fixen Wahns^ p. 165).
Mais en France , et ailleurs , on ne s'est pas arrêté là, il a fallu trouver des noms qui précisassent mieux encore la maladie, et se basant sur la nature de l'idée fixe, on a fait la monomanie homicide, religieuse, erotique, etc. Pourquoi, pendant qu'on y était, ne pas faire des noms particuliers parmi les aliénés atteints de monomanie homicide, pour ceux qui attaquent les femmes, ceux qui attaquent les enfants , ceux qui attaquent les princes, ceux qui attaquent les soldats, et Ton aura ainsi autant de maladies mentales qu'il y a de fous dans le monde !
Les exemples d'idée fixe ou monomanie sont très nombreux dans la littérature médicale, c'est en efTet une affection très fréquente.
Quelquefois ce ne sont que des conceptions anormales de peu d'importance qui peuvent être maîtrisées avec facilité, des écarts de l'imagination auxquels l'esprit s'est habitué. Par exemple, Kant, le grand philosophe de Kœnigsberg, était habitué pendant ses discours à fixer les yeux sur le bouton de l'babit d'un de ses élèves, et un jour cet élève fut malade et ne put assister à la leçon, Kant aussitôt après être monté en chaire s'écria : c où est le bouton? » et ne put rien ajouter autre chose. Nous pourrions citer encore bien d'autres exemples analogues.
Mais l'idée fixe peut avoir le cachet d'une véritable conception délirante, elle peut prendre de plus en plus empire sur le malade, finir par le maîtriser complètement et le pousser aveuglément au crime ou au suicide. C'est ce qui est arrivé pour un jeune homme dont j'ai raconté l'histoire en détail ailleurs. Ce jeune homme était étudiant en médecine et réussissait parfaitement dans ses études, mais élait atteint de l'idée fixe qu'il rougissait toujours et que dans la rue tout le monde riait en voyant son infirmité. Il venait me voir souvent et je remarquai que sa maladie augmentait ; alors prévoyant quelque malheur, je lui conseillai de se peindre la figure en rouge, de celle manière personne ne pourrait voir sa prétendue infirmité ; il reçut ce conseil avec joie et le mit à exécution, pendant quelque temps il se trouvq soulagé, mais un jour il accourt chez moi et s'écrie : c Cela traverse ! » L'idée fixe avait repris le dessus, le
malheureux s'imaginait que la couleur de ses joues se voyait à travers la couleur dont il s'était peint. A partir de ce moment la mala* die alla à grands pas et ce malheureux jeune homme ne pouvant résister à ses tourments, se suicida.
J'ai soigné deux autres hommes atteints d'une idée fixe, l'un se figurait être dangereux pour ses semblables et considérait comme un devoir pour lui de les éviter. Tous les matins il avait soin de vider toutes les eaux de sa chambre, afin qu'il ne restât pas une goutte qui pût empoisonner les personnes qui vivaient avec lui; Sitôt qu'il apercevait une femme avec un enfant, il se détournait de son chemin pour éviter, disait-il, un malheur; cependant cet homme était doux, aimable en société, très estimé pour son bonorabi- Uté.
L'autre était un employé subalterne , il avait depuis sa jeunesse une c monomanie > singulière ; aussitôt qu'il apercevait un fouet dans une boutique, il éprouvait de violents désirs de volupté qu'il satisfaisait lui-même à l'instant, et commettait ainsi de honteux attentats aux mœurs en public (1). Cet homme était, pour le reste, complètement raisonnable, je l'ai connu ainsi que le précédent jusque dans sa vieillesse.
Je citerai un autre exemple qui ne s'est pas présenté à moi, mais qui est trop curieux pour que je ne le choisisse pas entre mille. Un Anglais (2) qui pendant toute sa vie s'était montré complètement sain d'esprit, laissa par testament une grande partie de sa fortune à son propriétaire à la condition que ce dernier ferait avec ses intestins des cordes i violon, et avec le reste de son corps c cristallisé , des vwres optiques », il ajoutait : < Je sais que l'on me traitera d'excentrique, mais j'ai un grand dégoût pour les appareils fuuèbres et je veux que mon corps serve à quelque chose d'utile. » Le testament fut attaqué par les héritiers naturels, mais il fut déclaré valable parce que le Code anglais reconnaissant la complète capacité de
(1) Hoffbauer ferait de chaque cas de celte sorte une espèce particulière.
(2) Knaggs, <oc.ct(.,p. 48.
contracter des c monomaniaques » , il fut admis que le testament avait été fait dans un moment de lucidité (1).
De tels maniaques partiels ou monomaniaques sont-ils responsables de leurs actes criminels ou civils? Cette question se présente souvent en médecine légale. Je ne ferai que citer la théorie ultraphilanthropique et absurde qui consiste à admettre que les c monomaniaques » ne sont pas responsables parce que les parties saines de l'intelligence ont dû être sympathiquement altérées. Pour résoedre cette question, consultons Texpérience : Nous voyons que des milliers de c monomaniaques » sont restés toute leur vie dans le même état sans qu'il se manifeste en eux aucune réaction générale, sans pouvoir s'affranchir de leur idée fixe ; ils en sont cependant maîtres, ils la reconnaissent comme telle, l'avouent en riant même, souvent enfin, ce qui est de la plus haute importance pour le diagnostic, ils consentent à ce que l'on combatte leur idée fixe. Ceux-là évidemment sont responsables même des actions commises en vertu de leur idée fixe.
Mais lorsque l'idée fixe a pris dans l'esprit de profondes racines, que cessant d'être un jeu habituel de l'imagination, elle pousse le malade sur la pente dangereuse d'une passion violente, telle que l'amour propre, la colère, la jalousie, etl'entratne à commettre une action coupable, alors on peut admettre qu'il n'y a plus liberté morale, et le malade est à considérer comme un maniaque général. Un tel malade ne peut pas supporter que Ton touche à son idée fixe sans qu'une réaction maladive ait lieu.
(f ) Nous citerons un cas intéressant qui s'est présenté dans un village de Bourgogne. Deux individus, unis par les liens d*une vieiUe amitié, avaient été envahis chacun par une idée fixe différente. L'un se figurait que tout le monde voulait l'empoisonner, l'autre croyait que sa femme le trompait. Ces deux hommes n'avaient pas conscience de leur propre maladie, mais chacun s'apitoyait sur celle de l'autre. Le malheureux persécuté s'efforçait de raisonner son ami sur l'impossibilité de l'infidélité de sa femme, le pauvre jaloux mettait tous ses soins à persuader l'autre que personne n'avait envie d'attenter à ses jours. Ils se soignaient ainsi tous les deux avec une sollicitude touchante, et vécurent pendant bien des années dans les mêmes dispositions d'esprit. {Note du'traduotettr, )
Je citerai Thistoire d'an huissier qui avait la réputation d*étre un homme rangé, travailleur et tout à fait estimable, et qui depuis dix ans avait l'idée qu'il était l'héritier légitime de la couronne, et que c'était à son préjudice que le roi actuel était sur le trône ; au bout d'un temps très long, il commença à rédiger des actes déraisonnables et sa santé mentale devint douteuse pour ses proches; j'eus é l'explorer. Sa conversation était claire et très raisonnable, il s'expliquait avec précision sur l'ensemble de ses affaires et de ses occupations; mais lorsque je lançai, avec intention, dans la conversation, les mots «ordonnance royale », aussitôt sa figure changea, ses traits devinrent altérés, inquiets, il répondit avec vivacité : c Taisez-vous, il n'y a que moi qui ai le droit de faire des ordonnances royales >. J'avais touché le côté faible, sensible, malade de son intelligence, il en sortit un cri de folie.
Ici se rapporte ce que l'on appelle les caprices des femmes enceintes. Ce sont des idées fixes enchaînant plus ou moinsl'intelligence et pouvant laisser intacte la liberté morale ou la détruire complètement. Pour tous ces cas il suffit de bien apprécier si l'individu jouissait de la faculté de discernement au moment du fait. C'est pourquoi, quoique le mot « monomanie » réponde assez exactement à un état particulier d'aliénation mentale , je le rejette comme les autres noms fabriqués inutilement et je conseille Vexamen approfondi de la vie de chaque homme comparé aux règles diagnostiques générales.
Obs. 180. — Idée fixe maUriséâ- — Faculté de contracter.
Le cordonnier U... était interdit à cause de manie religieuse (comme ne pouvant pas calculer les suites de ses actions). Il demandait que la tutelle fût levée et nous étions requis pour explorer son état mental.
Cet homme, âgé de cinquante-six ans, était corporellement sain, ses conceptions délirantes religieuses ne l'avaient pas quitté, mais elles n'avaient plus Ti pire qu'elles exerçaient autrefois sur lui. Je le poussai souvent sur ce tiyett il répondit qu'il voulait garder pour lui toutes ces « choses a , qu'il ne pouvait ea parler à personne, et qu'il s'en garderait hien, puisque cela avait été la cause de ses malheur, et par là il voulait parler de son interdiction.
Néanmoins je m'efforçais toujours de revenir sur ces idées, et je réussis malgré lui à le foire parfer sur ce sujeLi U racoota «|a'il était d^jà mort et dit d'un Isa solennel que DlAi lui apparaissait da la«|ie ao lioi|ia sous la figura d'au vkSM
vénérable. Il était convaincu qu'il avait avec Dieu des rapports fréquents. Je trouvai sur sa table des feuilles écrites en partie par lui, en partie par sa femme, qui étaient des extraits de journaux concernant des malheurs, des incendies, des inondations. Je lui demandai des explications à ce sujet, il me répondit d'une voix solennelle : « Quand on m'a interdit, j'annonçai que Dieu me vengerait en punissant le monde de celte injustice, les journaux viennent tons les jours conflrner cette prophétie ; je collectionne ces preuves pour ma propre satisfaction. » Quand je lut fls remarquer que ces idées étaient celles d'un aliéné ; il me répondit : « Ce n'est pas seulement pour me punir, mais c'est pour se venger de l'humanité que Dieu m'a frappé ainsi ».
Il est inutile de citer autre chose, puisque par ce qui précède il est évident que U... continue à être atteint de conceptions délirantes religieuses. Mais jamais il ne persiste dans ses idées, au contraire, il les abandonne très vite avec intention, et parle alors raisonnablement, surtout si on lui parle de sa profession de cordonnier : j'ai même observé chez lui une connaissance très complète de son état, et tout ce qu'il m'a présenté en fait d'écrits sur ce rapport est tel qu'on peut l'attendre d'un homme de son rang. Il a acquis des connaissances de la loi et des formes judiciaires qui sont en rapport avec ses affaires ; il a écrit là-dessus des pages qui, quoique dans un mauvais style, révèlent un raisonnement que personne ne pourrait accorder à un aliéné.
Do ce qui précède là je conclus que les conceptions délirantes de U... sont resserrées actuellement dans un petit cercle, qu'il a reconquis l'empire sur elles et qu'il n'a maintenant qu'une simple idée fixe. Comme le fait prévoir l'expérience de chaque jour, en dehors dq cette idée fixe il se conduit comme un homme complètement sain d'esprit. Pour savoir comment U... se comporterait si son idée fixe venait loUer avec sa raison dans l'exercice de ses devoirs, je lui demandai comment il agirait si en faisant un contrat Dieu lui apparaissait et lui ordonnait d'agir contrairement à son intérêt ou à celui des parties ? Il me répondit que cela ne pouvait arriver, puisque Dieu lui apprend seulement à se conduire toujours honnêtement ; que du reste Dieu le laisse libre. 11 n'est pas croyable que cette idée /Ixe, qui est enfouie au plut profond de l'âme de cet homme, puisse avoir une influence I&cheuse sur see affaires, et rien ne prouve que ce que dit U... ne soit pas vrai quand il racunto qu'il cache avec soin son idée fixe.
Par conséquent U... n'est ni « complètement privé de l'usage de sa raison, ni privé de la liiculté de réfléchir sur les conséquences de set actions. • Donc il eei dans un état dans lequel il peut se passer de tutelle.
Cette affaire, arrivée il y a seise ans, ne s'est pas représentée ; ce qui prouve que la conclusion du rapport était juste.
C'est en me basant sur ces mêmet principes que j'ai jugé un grand nombre d'alfliires semUables qui se sont présentées à moi.
Obs. 181 . ^- AiMUimat d'un ^prétmidu rival par un monomane.
HoAunn avait aiaaitiné le 15 septembre, avec son couteau de poche, son voisin di cfaMAre «pil avait été son ami, l'ouvrier Hundt.
S5i PARTIE BIOLOGIQUE.
Dans les premiers iaterrogatoîres il raconta que Hundt, c avait séduit sa femme et en avait fait une femme publique » ; il n'avait pu supporter cet affront de la part d'une femme avec laquelle il était marié depuis vinf^buit ans, et dont H avait eu dix enfants. Il n'avait pas vu sa femme avec Hundt, mais • il aurait )»ien juré dis fois qu'ils avaient eu des rapports ensemble, toutes les preuves étaient là. a Convaincu de cet adultère, Hoffmann avait eu avec cet homme, surtout dans lea dernien t«mps, des luttes et des rixes fréquentes. Un jour enfin fl se battait avec Hundt à coups de poings, mais pas avec un couteau, d'après ce qu*il raconte, et il le tua. « Il n'y a personne qui puisse dire que j'aie eu un couteau dans la main ; si quelqu'un le jure, il fait un faux serment. » Quand on lui dit que Hundt était mort de sa blessure, il répondit : « Ah ! il est mort ? Alors il a dû se blesser gravement. S'il est mort, cela me fait de la peine, je n'avais pas l'intention de le tuer; je ne l'aimais pas à cause de ses rapports avec ma femme; maii Je voulais seulement le battre, • etc. Quand on lui montra le couteau en lui demandant si c'était le'sien, il répondit : « Je ne sais pas, j'ai un couteau pareil ». A la confrontation du cadavre il fut tout à fait froid et indifférent, sans Uiiaaer paraître la moindre trace de repentir.
Quinte jours plus tard, dans l'interrogatoire du 29 septembre, il nia avoir fsR ia blessure et déclara : a Ce que j'ai dit est aussi sacré que Amen dans l'église, je n'en retire pas un mot. A présent je ne puis plus me rappeler ce que j'ai eu avec Hundt, du reste vous l'avez déjà noté ; que dois-je raconter ? vous savez bien tout; je ne puis pas aujourd'hui le répéter encore une fois, ma tète est trop lourde, j'ai firoid, mes bémorrhoïdes me sont montées à la tète et à la poitrine, tellement que je ne puis plus r^ister aux douleurs que j'éprouve; je vous prie de me déchaîner pen« dant la journée afin que je puisse prendre du mouvement dans la prison. > Le juge d'instruction nota que la maladie de Hoffmann ne semblait pas feinte, qu'B était très pâle, qu'il tremblait de tous ses membres et qu'il était sur le point de s'évanouir à chaque instant.
Dans l'interrogateire du 19 octobre l'accusé dit aussi : « Je n'ai rien i avouer, ee que j'ai dit est vrai; si ma femme vient, examinei-la, voua verrez jusqu'oè peut aller la perversité d'une femme ébontée • . Il dit que sa femme et Hundt se sont donné de nombreux rendez -vous. «Cela allait nuit et jour sans interruption ; Hundt s'est simplement tué par ses excès, et U n'est pas mort d'une blessure >.
Louis Hoffmann s'est marié il y a vingt-huit ans et a eu de sa femme dix enfants qui sont encore vivants ; il vivait jusqu'à l'année dernière de la profession de commissionnaire. Six mois avant son crime, il commence à faire des reproches à si famme sur ses rapports adultères avec Hundt, que cette dernière, âgée de cinquante et un ans, nie complètement et avec énergie. Dans les dernières semaines (avant le crime) Hoffmann arrangeait son lit contre la porte avec une planche et un oreiller, de telle sorte qu'il était certain de tomber dans le cas où on ouvrirait la porte. De plus il mettait un cadenas et une corde à la porte, cette corde empêchait d'ouvrir, et pour être bien sûr qu'elle n'avait pas été dérangée, il y faisait le soir des nœuds qu'il comptait le lendemain. Quelques semaines avant le fait il avait promis à son gendre un thaler pour veiller une nuit. Malgré toutes ces précautioiis
il ne cassait de dire que sa femme allait chaque nuit dans le lit de Hundt, et un jour que sa fille pour plaisanter dit que sa mère était passée par la fenêtre (qui était au troisième), il répondit : «Tu as raison, ta mère sait grimper».
La nuit avant le fait, raccusé ne s'est pas couché du tout, il passa la nuit assis, la tête appuyée sur la table. Le lendemain il vint dans la chambre de la femme B... el dit : « Aujourd'hui je provoque ce misérable en duel, voici un couteav ». A once heures le portier le vit brandir un bâton dans la cour, il lui semblait un pea ivre ; alors il prévint Hundt, connaissant Tinimitié qui existait entre ces deux hommes. Après le dîner, HolTmann, assis sur une chaise, posa sa tète sur le lit, et au bout de cinq minutes il se leva brusquement, sauta par dessus sa flUe, appela Hundt dans sa chambre et lui dit : a Pourquoi veux-tu faire mettre dam le journal que tu as été l'amant de ma femme pendant neuf mois? je t'avertis que maintenant cela va finir. » Après quelques autres injures il donna un coup de couteau à Hundt et reçut un coup de manche à balai sur la télé. Il est à remarquer que le fait eut lieu presque sous les yeux de plusieurs habitants de la maison, puis il retourna dans sa chambre où on l'arrêta bientôt.
Il déposa dans le premier interrogatoire : « C'est l'adultère de ma femme avec Hundt qui m'a poussé à cette action ; Hundt était devenu mon plus grand ennemi et j'eus l'idée de le tuer » ; mais il retira presque aussitôt cet aveu en disant qA'il avait voulu seulement faire k Hundt une blessure dont il se souvint, et si Jusqu'alors il avait nié s'être servi du couteau c'était par peur de la punition,
La déposition de sa femme prouve aussi qu'il y avait ches l'accusé un désir de vengeance depuis longtemps médité. Elle dit que dans les dernières six semaines l'accusé a souvent menacé d'assassiner un de ces coquins par lesquels il voulait dire sa femme, Hundt ou B... Elle dit aussi que ce couteau avait été dérobé depuis six semaines aux objets du ménage et caché par Hoffhiann dans sa redingote.
HofTmann est âgé de soixante-six ans et pour son âge est encore alerte al vigoureux. Ses yeux ont quelque chose de perçant, ce qui, joint à un demi-sourire de la bouche, lui donne une expression ironique. Son maintien a quelque chose de décidé, ses discours sont brefs, rapides, quelquefois même ce ne sont que d%§ monosyllabes ; il est facilement irritable, sensible aux contradictions et devient alors violent ou taciturne, de sorte qu'il est impossible de continuer l'entretien. Ses fonctions corporelles sont normales et il se porte bien, comme il le dit luimême ; il a seulement la couperose des buveurs. Quant à son caractère, tous les témoins sont d'accord pour dire que c'est un homme querelleur qui a tous les Jours des disputes avec sa femme et sa famille ; il semble cependant que ces dépositions se rapportent surtout aux derniers temps.
Sa femme et le portier de sa maison s'accordent à dire qu'ils ont remarqué en lui un changement notable depuis six moii. HofTmann commença i s'adonner à la boisson, se mit à boire dans la journée et surtout dans les six dernières semaines, il revenait presque toujours ivre à la maison : il ne mangeait rien et ne semblait vivre que d'eau-de-vie. C'est alors que tout le monde eut peur de lui et l'évita. C'était, dit sa femme, « comme s'il avait perdu sa raison ; son idée que j'avais des rapports avec Hundt devint une idée fixe dont on ne pouvait le détourner. Déjà
dani lei ■nnéei précédanlei il étajl jaloux, mai* il la tranquillûiH quand il ne TOjatt plui M« prétendu» rivaux. Pour Hundl, ce fut autre choM, le voyant *«avent, puisque nom demeurions porte n porte, un loupton ne flt qu'augmenter de Jour an jour».
Dans la prison, iprè* quelques «enuines, la conduite de l'accuté changea beaucoup. IWjii, le i notembre, le pasteur Bl.., «nnoucs que HoffUann l'a prit de le liMrer de la venfeanee de >a femme, qui entrait toujours dans la prison entourée de Aammei, et le tourmentait juiqu'su moment où il l'appelait par ion nom; alon immédiate ment elle diiparaisMit.
Ce* viaiuni , qui se renouv allèrent et le tounnentèrent, turent la cauie des aveux du 10 novembre. Il dit : ■ Je dois tUe puni de mort-, je vois S, 10, 15 femine* qui m'observent, cela me rend malbeureux ; elles devinent, par mon haleine, ce que je pente ; elles tournent dant ma paillasse, et, avec leur souffle, m'enlèvent tout ce que j'ai dam le cieur, ■ etc.
A ma première visite, je commençai mon entretien au sujet d'une bleaaure qn'd avait eu nez, et de suite Hoffmann le mit k parler avec volubilité; ■ c'est justement cela... ils m'ont abtmè le nei...iils pénètrent jusque dam monime... ; c'est terrible... il* me regardent d'en haut par une glace et par des trou* dans les murailles.. ,, etc. B Je lui demandai s'il n'avait pas des viiiont d'animaux, comme cch irrire dan* le délire des buveurs ; il me répondit sfHrmalîvemenl ; il avoua avec la plus grande sincérité qu'il avait caché le couteau, mais revint sans ceaie sur lu idée* énoncée* plu* haut ; ses paroles et son maintien portaient le cachet d'wit pro/bnde connicfton. Il en a été de même de tau* les entretiens ultérieurs que j'eu avec Uollinann. Il ne discute pas les objections qu'on lui fait, ce qui est très caractéristique ; il se contente de secouer la tète avec ironie. Il versa plusieurs foit de Teau sur le rebord de la fenêtro, psrce que, disait-il, Is nuit dernière il ; ■ eu jusqn'l quinze femme* qui l'observèrent.
Le 31 décembre, quand j'entrai dans sa cellule, je vit la fenêtre cachée par un bêlai ; quand je demandai des eiplicalioat à ce sujet, il Dt seulement des signe* de ttia aCQrmatift, en disant : ■ Vous le savei dèjl ■ .
• Le* enlendei-vous , — me dit-U une foi* en appelant mon attention sur les conversations k haute voix des prisonniers dans les cellules voisines, — le* voiU qai recommencent ! ■
La manie que l'on remarque dans les discour* et dans ta conduite de BoBlmaan eat-elle simulée ou non ! Pour quiconque l'obserte avec attention, il reasortira clairement que Hoffmann Ht simufe pot, et qu'il eil réeltemtttl maniafu». J'ai déjà parié de la profande conviction avec laquelle il s'exprime, il est pénétré de ta térité de ses visions. J'attribue peu de valeur dans ce diagnostic au tapage qu'il tkit la nuit, ■u balai qu'il a mi* sur sa fenêtre, elc, car tout cela pourrait être l'elTet d'une ma; mais ce qui a le plus de valeur, c'est ta conduite quand on veut bire une objactia* h ces conceptions erronéei. Un simulant n'agit pas ainsi : voalant Irompar le jaf* et le médecin, il clierche i les convaincre par mille mojeo* de la rèaliU ie m maladie; Hoffmann, au contraire, soutient qu'il a sa pleine niaon, «t ralM de discuter les objection* qu'on lui pré*eul0 ; il m contcnlfl de r^oadn i « (M «>
tandis que sa fig^ire ironique semble dire : « A quoi bon discuter avec vous? Il in*est tout à fait indifférent que vous croyiez ou non ce que je dis » .
Vouloir admettre qu*Hoffmann a recours à une double ruse en simulant la manie et en évitant de la faire paraître, serait d*aiitaiit plus erroné qu'il y a des circonstances qui expliquent cette manie. Ces circonstances sont : la passion de la jalousie et l'abus des boissons.
Dans mon rapport, je discutai l'influence de ces deux causes.
11 est certain que , pendant les six dernières semaines , il était presque tous les jours ivre, ne mangeait rien et ne paraissait vivre que d'eau-de-vie. L'influence funeste d'un tel genre de vie sur l'esprit d'un homme déjà atteint d'une passion violente comme celle de la jalousie, est certainement des plus funestes.
Le premier acte se rapportant au crime que nous allons examiner a été de cacher l'instrument plusieurs semaines avant de s'en servir. Cette conduite indique une préméditation évidente qui semble être sainement raisonnée, mais qui ne l'est pas. Chez beaucoup d'aliénés, on a cru celte préméditation bien réfléchie et convenablement appropriée quand il s'agissait de commettre une action défendue ; mais, chez Hoffmann , celte préméditation n'était pas convenablement appropriée ; ses préparatifs eux-mêmes portent le cachet de l'aliénation, car il prit un couteau du ménage dont l'absence devait être bientôt remarquée, et qu'il garda sur lui sans le cacher. Un criminel réellement responsable s'y serait pris autrement, et surtout il n'aurait pas dit à haute voix « qu'il voulait tuer un de ces coquins. » On voit que, avant le fait, il ne lui semble pas nécessaire de prendre des précautions pour échapper à une punition. Quant à l'exécution du crime, elle eut lieu presque sous les yeux de plusieurs témoins, tandis qu'il ne lui aurait pas été difficile d'attaquer Hundt en cachette. A eux seuls les discours de l'accusé avant le crime ne peuvent rien prouver absolument parlant, mais, joints à la conduite de celui-ci pendant et après le crime, ils forment un ensemble de faits dont on peut tirer une conclusion. La nuit qui a précédé l'acte il n'a pas dormi, et le matin il annonçait qu'il avait un couteau dans sa poche et qu'il voulait se battre en duel. Il boit trop comme à l'ordinaire ; il brandit sa canne dans la cour de manière qu'il parait ivre. Après le dtner, la résolution de l'accusé, longtemps méditée^ est enfin mûrie ; il saute par-dessus sa fille, engage une rixe avec Hundt, qu'il blesse mortellement.
L'aliénation mentale de l'accusé, existant déjà longtemps avant le fait, explique une telle conduite. Mais on peut objecter que le fait de Hoffmann ne manque pas d'une causa facinoris qu'il a expliquée, c'est-à-dire la passion de la jalousie, laquelle donne lieu si souvent à la haine et à la vengeance. Mais ici cette causa facmaris repose sans aucun doute sur une idée fixe. L'idée fixe en elle-même n'exclut pas toujours la responsabilité ; mais quand une action défendue a été commue et qu'elle eti le résultat de Vidée /toe, on ne peut nier que la raison a perdu tout son empire, que la liberté morale n'existe plus, et que la manie limitée (idée fixe, monomanie) • eeiié d'être limitée. On peut encore olijecter que l'accusé a d'abord nié, ce qui fait penser qu'il avait bien la cooscience de m criminalité ; mais, pour cela aussi, conaaKona l'ispérieace » noua verrunt que amnrent des boromes évidemment fous ont
pris des précautiMis très grandes poar échapper à une punition encourue. Ainsi , ils ont nié , ou se sont cachés, ou ont fui ; car la conscience du mal, dans ces cas , n'étant pas entièrement éteinte, il est naturel que le malheureux tâche de se soustraire à la punition ; et pour décider s'il y a responsabilité, il ne s'afit pas seulement de savoir si un homme a sa qu'il méditait une mauvaii* action, mais il est bien plus important de déterminer si des influences n'ont pas en sur lui une action telle qu'elles l'ont empêché de s'abstenir de commettre une action qu'il reconnaissait punissable. C'était le cas de Hoflknann.
Je conclus, d'après ce qui précède , que :
1** Hoffmann actuellement ne simule pas une maladie mentale, nuds qu'il ert réellement aliéné.
2^ La passion de la jalousie et l'abus des boissons ont causé cette aliénation avant le fait ; le crime a été commis dans cet état et sous l'influence de son aliénation.
3** Hoffiaiann est maintenant et était au moment de son crime non responsable de tes actions.
Hoffmann est mort paralysé dans l'établissement des aliénés.
Obs. 182. — TefUalive d*a$$atsinat. Idée fixe.
Le docteur 8... avaK tiré dans la me un coup de pistolet sur un jeune homme f«*il ne connaissait pas ; il l'avait manqué, et lui avait dit de venir avec lui au bareav de police, pour se faire arrêter immédiatement.
L'accusé est un homme de quarante- trois ans, maigre, stature moyenne, teint foncé, phytkmomie jnive, les yeux profonds, les cheveux noirs, longs et embrouillés, santé corporelle bonne. D'après ses dépositions, il a mené une vie asses extraordinaire. D'abord rabbin il se convertit subitement au christianisme, étudia le droit et l'économie politique, et prépara des jeunes gens aux examens, eut ainsi un auditoire d'à-peu-près soixante et dix élèves et un gain de 5000 écus. 11 dit avoir fait des œuvres littéraires ; quand il parle de son savoir, il prend une figure souriante où se peint une fausse modestie et un amour-propre mal déguisé ; il dit que ses écrits ont fhit grande sensation dans la science , et ont fait concevoir de lui de hautes espérances. Ces occupations ne lui suffirent pas ; il alla à Zurich , où il s'établit profinseur. <c Naturellement, dit-il, je ne pouvais être content là, car je n'avais que cinq élèves, et i Berlin j'en avais soixante et dix. Cependant j'étais plus tranquille. » Ses coreligionnaires l'avaient toujours tourmenté depuis sa conversion au christianisme; mais, réjouis de son insuccès à Zurich, ils l'avaient laissé tranquille. Il alla en Amérique pour s'établir avocat, mais trouva des diflBcuItés pour obtenir des droits de citoyen ; il revint en Europe, d'abord en Suisse, puis à Berlin. « D'abord, dit-il, je fus reçu avec beaucoup de considération, et je ne communiquai qu'avec des ministres et des présidents. » A cause de son savoir et de ses écrits, il rencontrait partout le respect et l'estime, et même «c il a des raisons de croire que la cour n'est pas restée étrangère à ces sentiments. » Mais cela a changé tout à coup ; fl ne ssit pas pourquoi on commença envers lui un système de persécution dont il parle avae des mots absurdes. Dans un entretien, il me communiqua que ses persécuteurs l'ob-
servaient conlinuellement par des trous au plafond, reropdchaient de traYailler, lui volaient ses idées; les manuscrits qu'il a iaits* qui valaient « iO liredericks d'or • par feuille, ont perdu leur valeur, car ses persécuteurs en ont extrait le meillenr avant Timpression.
Dans un autre entretien, il nie ce système de persécution ; mais il dit qu'une quantité de gens étrangers ont loué des appartements vis-à-vis de lui, qu'il a vu souvent des équipages s'arrêter d'où sortaient des hommes inconnus^ qui tout étaient des observateurs, des persécuteurs, des espions. Il dit que pour avoir du repos il a eu recours « aux ministres, aux présidents • ; mais enfin qu'il a été obligé de s'aider lui-même. C'est ainsi qu'il avait mis en sortant des pistolets dans sa poche, et ayant vu un jeune homme à barbe longue qui, ajoute-t-il avec humeur, • avait un extérieur très suspect et était un de ses mille espions «, il a tiré sur lui. U dit en souriant qu'il ne l'a pas attrapé, et ajoute qu'il va comparaître devant le tribunal comme accusé tandis qu'il devrait y être comme plaignant ; mais il n'est pas du tout inquiet de son sort ; il parle avec volubilité, sa figure est tou* riante et gaie.
Il n'est pas difficile de prouver que S... est aliéné, que l'amour-propre esl la racine de sa manie, et que c'est cette manie qui lui a fait commettre son crime. C'est certainement un homme d'une érudition peu ordinaire, je n'en ai pas des preuves par des actes , mais il a exercé pendant plusieurs années les fonctions de rabbin, puis celles de professeur de jurisprudence et il a su s'entourer d'un auditoire nombreux ; il parle plusieurs langues et a fait des travaux littéraires qui ne manquent pas de valeur. Cependant S... exagère son érudition et a une trop grnde opinion de lui-même. Il dit que les hommes les plus distingués, les ministrea, les présidents, le tiennent en grande considération, et qu'aucune position n'est digne de lui. Il trouve qu'à Berlin la position de professeur privé, quoique lui rapportant beaucoup, est au-dessous de son mérite. Il quitte Berlin afin d'être professeur d'académie à Zurich, où ses succès étaient incertains. Ces succès sont incomplets et il s'expatrie en Amérique. Sans aucun doute, par tous ces changements ea posi* tion ne fut pas améliorée ; son extérieur démontre même une grande misère. Il en est enfin arrivé au point où tant d'hommes de cette catégorie parviennent, ne trouvant pas la position à laquelle ils aspirent et qu'ils croient digne d'eux, ils attribuent leur mauvaise fortune à l'inimitié des envieux et des persécuteurs, parce que l'amour-propre les empêche de voir que la cause de cette mauvaise fortune est en eux-mêmes. Dans cette disposition d'esprit, le caractère s'aigrit, le jugement se (liusse de plus en plus, et bien souvent la raison fait naufrage.
Rien ne peut faire soupçonner une simulation chez l'accusé. Nous n'aveos pts besoin de dire que ce n'est pas une raison parce qu'il se prétend très raiconnable pour que ce soit vrai, car cela arrive tous les jours aux maniaques. Cette curieuse circonstance ne peut que prouver qu'il ne simule pas ; car les menteurs craignant qu'on ne les prenne au mot, n'ont pas le courage de m pas avoir l'air de ne pas croire à leur folie.
Noul pensons que S... souffre depuis longtemps d'idée fixe, qui consiste à se croire continuellement persécuté par des ennemis et par des espions. Et sen
oelion porte rèeUamentleucliei de ceila manie. Lui, juriiconiulte, datait uroiru qui l'altendiit an commelUnt un tHtMÎnat, el capendant il l'expoia à toalai tes nilaa qu'il connaît; il na tne païen guet- apeni, ne h Huve pai aprèa avoir eomnii Hn crime, il ne le nie pai ; maig an plein jour, an milieu d'una na aHiinte, 9 lira lur un bomme complélament Inconnu et lui Uil cnguita ine le plui fnnd calme de venir immèdiatemeni au bureau de police. Combien de follai conceplmu n'jB't-il pai dani cette conduite 1 Pouvait-il, lui le jurbconiolta, croire que la |Mi)iea le liÏNerait libre, que m vengeance, et une vengeance de cette eiptce. qui aurait pu ai Taeilement avoir dai luite* funeitei, lerail reconnue comme ItfilioM ! Couvait'il, a'ii avait eu it raîion, eapérer regagner ion repot perdu en tuant • no de ICI milh pereécuteun f k
Sani aucun doute ce tài manque de molifi raiionnablet, il est le réiultat d'une Moeaplion délirante qui n'a pat permis i celui qui l'a commia de rÉDAchir lar le> auilai de les actioni. Le préméditation, en vertn do laquelle il eat urli avec un piatolel chargé, ne peut ÏLre alléguée comme une objection à mon opinion, puiiqn'il est reconnu que dei aliénés da celle eipèce commellenl dei actions folle* et dèfeo- Aiea, prèméditéei depuis longtemps et auiquellei ils le sont préparés même avec beaucoup d'habileté, etc.
S... fut mil dam un établiiaement de Toui.
Oes. 183. — Blasphème dant un itM d'Mtucination rtligieuu.
Ce cal préiente une forme curieuse de monomanie avec caractère religieux. Le tailleur S... avait dam le milieu de 11 journée, en pleine rue, tenu lur la pertoone de Jénii-Cbrist les discours les plui obicénet, de manière 1 produire un aciadala au milieu d'un grand nombre de piisanta, et cela lani être le moîni da monde dins un état d'ivreiie.
S... eit un homme en apparence de lantj, Igé de cinquanle-eînq ans, proleitint et né Valterihauien, près Gotha. Dans les demiérei annéea h profeation de tailleur a été peu lucrative pour lui, et il est possible que celle circoni lance, jointe i ta vieiédentaire, ait été la cauie de sa maladie mentale. S... ae prononce tout 1 fait raisonnablement sur certains lujeli, leli que sur la profesaion de tailleur et aaa relations antérieures; mais dés que l'entretien devient religieux, le dérangement de sei pensées se fait jour. Il dit qu'il eil en prtion parce qu'il a bit une protestation évangélico-tutliérienne ; il considère comme un devoir pour lui da protester tant que la voiture de feu ne cera pas abolie; il veut dire par li lei efaemiu de kr depuis l'invenlion deiqueli il trouve que las droits des homnei ont éU abolis et lurlout le droit évingélique lulliérien. Quand il parle anr ca aujet, M figure plie s'échauffe, ion regard hagard devient étincalanl, sa pfajiionoBiie ordinairement doue* reipire la rage et ta colère, son front se contre da ridei, asi moutementa deviennent vUk, fl parle et agit comme un homme profonde maat ém. El va aans dire qu'il n'eit paa poasible de lui montrer combien ce qn'B M aat t in t deseita-, linii il ett impoaaibledelnîblrawTtirdel'idée que lonlieadeiu n'a (MéÙh daroierpi)!! qu'a habité lliM.
L'iclion incriminée est le résultat le plus direct de ses conceptions délirantes. Selon sa déposition, une voix le poursuit continuellement, qui lui ordonne de s'agenouiller et de prier ; et quand une circonstance 1 en empêche, par exemple quand il est eo pleine rue ou qu'il fait des achats, alors la voix le force de pousser eet propos obscènes qu'il dit ne pouvoir retenir. On ne peut admettre qu'il y ait ici simulation. On ne peut trouver quel motif a pu avoir S... pour un tel acte; puis on peut facilement voir que personne n'est plus pénétré de la perversité d'une telle conduite que lui-même. Il s'exprin>e là-dessus avec le cachet d'une profonde conviction, et il ne peut trouver aises de mots pour exprimer l'infime procédé que cette voix mystérieuse emploie à son égard. Il est furieux contre lui-même et contre son hallucination qui ne lui laisse aucun repos, même dans la prison.
Il est généralement connu que des hallucinations, surtout de l'ouïe, se présentent dans la manie; aussi chez S... cette hallucination confirme l'existence d'une manie réelle. Quoiqu'il soit rare que des hallucinations aient assez d'influence pour forcer un homme à tenir de tels discours, ce n'est pourtant pas sans exemple. Et il est évident qu'un homme qui s'est occupé de matières religieuses avec tant de prédilection, n'a pu tenir de tels propos qu'en état d'aliénation mentale et non pas avec intention criminelle. Je déclarai que S... était dément.