‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 77 sur 98 · MALADIES MENTALES. — IVRESSE DE SOMMEIL · texte numérisé non relu

MALADIES MENTALES. — IVRESSE DE SOMMEIL

ivresse de sommeil voit et entend, mais la vue et Touïe ne lui apportent que des impressions illusoires. Si une chaise tombe à côté de lui, il croit entendre un coup de fusil; si une personne s'avance vers lui , il croit avoir affaire d un géant monstrueux. Comme la voix et la locomotion ne sont pas anéanties , il peut agir d'après les fausses impressions qu'il reçoit et ses actions peuvent être contraires à toutes les lois de la sociélé.

Nous allons donner quelques exemples :

Tout le monde connaît l'histoire du fameux Bernard Schidmaidzig, qui vit venir à lui, pendant la nuit, un fantôme blanc ; il se lève effrayé, et se trouvant en ivresse de sommeil, il saisit sa hache et tue... sa femme (1).

Un jeune homme avait souvent des rêves terribles. Une nuit que son père s'était levé, il entendit le grincement d'une porte; il saisit son fusil , et attendit en guettant celui dont les pas s'approchaient ; aussitôt que son père fut à sa portée , il le frappa en pleine poitrine (2).

Un homme, rêvant qu'il se battait avec un loup, tua d'un coup de couteau l'ami qui était couché a côté de lui (3).

Taylor (A) raconte qu un marchand dormait dans la rue ayant à la main une canne à épée; réveillé par un passant, il se précipite dessus et le blesse morlcllcment.

Le dérangement mental qui est prouvé par ces exemples, n'est autre chose que le produit de conceptions déliranles qui amènent un état de c manie > ordinaire , état dans lequel , comme nous Favons déjà dit, l'homme perd la connaissance du moi et la liberté de discernement. La règle à suivre pour le médecin légiste dans les cas de cette espèce est la même que pour les cas de manie.

Le sommeil présente encore un phénomène voisin de celui que nous venons d'étudier, et qui est le somnambulisme. Tout le monde

(i) Klein*», Annalen der Gesetzgebung^ vol. VIII.

(2) Henkc, Zeilschrift, 1851, page 346.

(H) CEsterreich Zeilschr, f. pracl, Ueilkundc, vol. 1, pape 42

(4) Knaggs, toc. cit., page 52.

sait que le somnambulisme s'observe surtout chez les enfants qui se lèvent pendant la nuit, courent au lit de leur mère, ou errent dans la maison jusqu'à ce qu'on les recouche. J'ai pu observer dans ma clientèle une famille dont les cinq enfants étaient somnambules; cet ct^t a cessé spontanément, comme cela arrive ordinairement, à l'époque de la puberté.

Le somnambulisme des adultes est excessivement rare ; aussi doiton être sur ses gardes devant les histoires merveilleuses de somnambules qui ont soi-disant nagé, grimpé, frappé, joué ou éerit. Les exemples que l'on cite sont , en général , des résultats de mauvaises observations, exploités par la superstition ou par l'escroquerie.

On a recommandé au médecin légiste de bander les yeux du prétendu somnambule et de lui faire deviner des noms ou des dates; celte manière d'agir est absurde. Un criminel que l'on prétend somnambule doit être jugé selon les lois psychologico-pathologiques ordinaires, car ce n'est pas autre chose qu'un homme qui rêve éveillé , un homme ivre de sommeil, et par conséquent un maniaque ordinaire.

Obs. 192. — CoM exercé sur une femme spi^âisant ivre de sommeil.

Le garçon de ferme H .. était accusé par le restaurateur F... d'être monté, dans la nuit du 26 au 27 mai, dans la chambre de sa femme, d'ôlre entré dans le lit et d'avoir exercé le coït avec elle. La femme F... dit qu'elle est habituée à se lever de très bonne heure, que le soir elle travaille très tard, de sorte qu'elle dort toujours d'un sommeil très profond, et que cette nuit-là elle a laissé faire H... sans s'apercevoir qui il était.

Je fus requis pour décider si l'action de l'accusé rentre dans le § 14i du Code pénal prussien, qui punit de travaux forcés celui qui commet un attentat aux mœurs sur une personne sans conscience ou sans volonté. On ne pouvait considérer la femme F... comme s'ctant trouvée dans un tel état.

Dans l'interrogatoire, elle dit qu'elle sentit <t tout à coup » que quelqu'un était couché sur elle et approchait ses organes sexuels des siens ; elle dit qu'elle s'est réveillée un peu et a dit : « Mon mari, c'est toi? »

Par cette déposition, il est évident que la femme F... a eu conscience de ce qui se passait, puisqu'elle a senti qu'un homme était sur elle, et qu'elle a demandé si c'était son mari. De plus , le doute exprimé par cette question prouve qu'elle a trouvé une difTcrence entre la personnalité de celui qui était avec elle et celle de son mari, et qu'elle n'a pu se trouver ni dans un état de sommeil ni dans un état d'ivresse de sommeil. Donc il y a eu conscience ; on ne peut douter qu'il n'j ait

eu chez une femme jeune (vingt-neuf ans), bien portante et d*une forte constitution, une complète volonté.

Je conclus donc : que la femme F..., au temps du fait incriminé, ne peut pas être regardée comme ayant été en état d'absence de conscience ou de volonté.

Obs. 193. — Aliénation et somnambulisme.

Ce cas concerne un garçon de quatorze ans. Il était peu développé pour son âge , quant à la taille et à Textérieur; son arrière-téte était plate; ses cheveux, épais et en broussailles, couvraient son front ; son regard était timide et indifférent, et se fixait souvent avec une immobilité tenace. Un rire insignifiant venait de temps en temps compléter l'image de la stupidité.

Le père déposa que son fils , depuis plusieurs années , quittait tous les mois la maison au moment de la nouvelle lune , et qu'il vagabondait alors deux jours et deux nuits. Par les sergents de ville qui l'avaient souvent ramassé, on savait qu'il errait dans les cimetières et dans les maisons neuves non encore habitées, etc. Le père ne savait pas la cause de ces excursions, puisque chez lui il avait « bon lit et bonne chère ». Tous les moyens avaient ctô inutiles pour le retenir à la maison ; lorsqu'on voulait l'enchaincr, il trouvait moyen de déchirer ses liens , de casser les vitres et de se sauver. Je ne pus obtenir de lui aucune réponse qu'un rire ^tupide; il ne savait pas môme prononcer son nom. Je déclarai qu'il était aliéné.

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