‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 83 sur 98 · MALADIES MENTALES. — MONOMANIE HOMICIDE. AÏS · texte numérisé non relu

MALADIES MENTALES. — MONOMANIE HOMICIDE. AÏS

porelle grave (inQammation chronique de Tutérus, abcès pelvien), était tombée, quelque temps avant sa mort, t dans une grande inquié- » tude, ayant toujours la crainte de faire mal à autrui ; cette inquié- » tude alla toujours en augmentant, occasionna des insomnies, et fut » bientôt accompagnée de larmes ; elle se tordait les mains en par- > courant la chambre, craignant toujours de se tuer ou de tuer ceux » qui rapprochaient. Un matin elle s'éveilla avec la conception déli- » rante qu'elle avait tué sa mère, etc. >. N'est-ce pas là un exemple des plus authentiques de manie mélancolique?

Le cas que rapporte Maschka concerne une femme, Anna P..., âgée de trente-huit ans, honnête et pieuse, et qui tout à coup coupa la gorge à l'enfant de son frère, âgé de dix-huit mois. La Faculté de Prague, consultée pour cette affaire, admit avec la plus grande raison que le crime avait été commis « pendant et par suite d'un accès d'aliénation mentale ». Or, on sait que, dans l'aliénation mentale, la manie mélancolique cause une altération profonde des sentiments moraux, que la vie, alors, perd tous ses attraits et devient insupportable, que le malade envisage la mort comme un soulagement à tous les tourments joignants qu'il endure ; qu'il la désire pour lui et pour tous ceux qu'il aime. Aveuglé de cette manière, l'aliéné peut sentir en lui la fureur se développer, la fureur dont il ne reconnaît pas l'horrible danger, que sa raison ne peut maîtriser et qui l'entraîne à la destruction ou au meurtre. Mais il n'y a rien ici d'inexplicable, rien qui doive faire admettre c un instinct isolé et dangereux », formant pour ainsi dire comme une tache dans une âme pure. L'action detuerli'est qu'une manifestation de la maladie, qu'un symptôme de la manie générale, et cette manie générale pourra être découverte dans la plupart des cas, si l'on veut peser toutes les circonstances de la vie du sujet, sans se laisser éblouir par ce qu'a de frappant le fait en lui-même.

Ainsi, la plupart des observations attribuées à cet instinct homicide, ne sont autre chose que des cas de folie ordinaire (1).

(I) Marc. {loc. ciL) a ramassé, outre les cas cités, six exemples de \â soidisant N monomanie homicide. » Il n'y en a p<is un seul dans lequel raliénation

AlA PARTIE BlOLOaiQUIi:.

3'' Enfin il existe des observations dont Texactitude et l'authenticité sont incontestables, qui sont dégagées de toutes les circonstances sur lesquelles nous nous sommes appesanti plus baut et qui B»ontrent des gens saisis d'un dérangement mental subit et passager, dérangement qui ne peut s'expliquer par aucune circonstance morale ou corporelle, et qui consiste i pousser au meurtre en vertu d*un f besoin instinctif, irrésistible >, toutes les autres opérations de l'esprit restant parfaitement intactes (Esquirol, Marc, Georget). J'ai moi-même observé cette aiïection , mais je dois ajouter qu'elle est excessivement rare. Je citerai quelques exemples ;

Esquirol cite (loc. cit.^ tome II), d'après GalL le cas d'une mère qui, surtout au temps de ses règles, souffrait d'une inquiétude iodé* finissable et se sentait saisie par la tentation de se tuer ou de tuer son mari ou ses enfants. Elle n'avait pas le courage de baigner son petit enfant; car lorsqu'elle le tenait dans l'eau, elle entendait une voix

mentale générale ne soit évïàenie. Cazêumlh {Annalet d'hygiènâ pubL^ t. \VI, p. 121) a compilé vingt-quatre cas arrivés en France, parmi lesquels plusieurs so rapportent à des femmes nouvellement accouchées, qui te sont senties prises de l'envie da tuer leurs enfants. Ces cas étaient tous des monomaniet passaf^èresi Umsles auirei, tans ex.cepti4>n, se rapportent à des sujets aUeinis d'aliénation gênéraie. Je ne citerai que le cas suivant pour prouver combien on a été léger dans l'admission de ces exemples « de désir instinctif » isolé, qui sont loin de mériter une telle explication : « Jeanne Desroches prend un couteau et se rend chez sa sœur dont elle trouve les deux enfants en bas ftge à calé d'uoa vieille femme ; elle tue à coup» de couteau, sa nièce, âgée de deux ans ; se rend à la demeure de sa mdre, lui dit bonjour, la renverse, lui donne plusieurs coups de couteau, puis lui brise la tète arec une pioche ; elle monte ensuite dans une pièce, au premier étage, brise tout 06 qui lut tombe sous la main (sic !). EUa va de là ehex une voisine, et lui fait, avec le même couteau, plusieurs blessures dont cette malheureuse mourut au bout de trois jours. Jeanne D... se rend aussitôt après chez une autre femme, rappelle dans la rue, puis se glissant dans la maison, elle tue son entant âgé de sept ans. Cette femme étant aeeourue, elle se précipite sur elle et lui fait plusieurs blessures ; puis enfin, se relire chez sa mère et se cache dans la cave. Dans ses interrogatoires, cette femme donne des détails sur les meurtres qu'elle avait commis, et ses réponses attestaient de la manière la plus évidente le dérangement de son esprit. » Personne n'en doutera. Il suffira de lire celte observation, qui oflTre un exemple journalier d'un violent accès de fureur* Mais où est donc, dans tous ces exemples, la « monomanie homicide m ?

MALADIES MENTALES. — MONOMAME HOMICIDE.* &l£

qui lui criait : c Laisse-le tomber, laisse-le tomber >. Souvent elle avait à peine le temps ou la force de jeter loin d'elle un couteau avee lequel elle était sur le point de poignarder quelqu'un qu'elle aimait. Il lui est arrivé, en ouvrant la porte de la chambre où toute sa familit dormait, de vile la refermer et de jeter la clef au loin afin de ne pas succomber à l'affreuse tentation. Du reste, cette femme, è ce qu'il paraît, avait Tesprit complètement lucide.

La femme H... (Cazauvielh, loc. cil.) éprouvait, par instant, l'envie d'immoler ses quatre enfants qu'elle aimait cependant éperdument; cette malheureuse femme était toujours dans la crainte de ne pouvoir se maîtriser, pleurait et se désespérait, et se sentait tentée de se jeter par la fenêtre ; elle avait soin de fuir sa famille, et de chercher un refuge chez une de ses voisines en écartant de ses regards couteaux et ciseaux ; et cependant pas d'autre trace d'aliénation mentale.

Un hypocbondriaque(l) avoue qu'un jour, tenant entre ses mains un couteau très pointu en présence de son enfant, il lui vint subitement rhorrible pensée que s'il plongeait ce couteau dans la poitrine de son enfant chéri, il serait tourmenté de poignants remords toute sa vie. Il chassa bien vite cette idée, mais malheureusement elle revint souvent, et s'acharna après lui sans que les distractions pussent y mettre un terme.

Je citerai les cas suivants de ma propre observation :

Une jeune demoiselle, âgée de vingt ans, de bonne fimille, mais d'un canactère très irritable et exalté, était affectée de l'horrible envie de tuer sa gouvernante, pour laquelle elle éprouvait cependant une «flection pleine de reconnaissance. Cette idée fixe, qu'elle avait longtemps combattue, l'envahissait de plus en plus et avait fini par lui ôter tout repos. Ses lettres respiraient le plus grand désespoir pour cette affreuse inOrmité morale. Elle fit cacher, loin de ses re* gards, ciseaux, couteaux, et jusqu'aux aiguilles à tricoter; elle cesat de coucher dans la même chambre que la (j^ouvernunte; enfin, je lui

(1) Reii ei HoffiMuer. IMrUgâ I, |). 588.

il 6 « PARTIE BIOLOGIQUE.

conseillai un voyage d'un an en France et en Italie, qui eut le meilleur résultat.

Un de mes amis se trouvant dans sa soixantième année, a, quand il se fait la barbe, la pensée bizarre de se couper les deux yeux. Depuis vingt ans, tous les jours, cette idée se présente à son esprit ; heureusement elle n'a jamais pris un caractère dominant, mais tous les jours il se dit : c Si, maintenant, j'entrais dans la chambre où se

> trouve ma famille, avec les yeux en sang et complètement aveugle,

> — quel malheur ! >

On ne peut donc nier que des idées de meurtre ou de sang tout à fait contraires à nos sentiments, peuvent surgir dans notre esprit et même y prendre racine ; mais je n'admets pas qu'il y ait là quoi que ce soit c d'indéfinissable », et qu'il faille pour cela admettre une espèce particulière de maladie mentale. Je vais donner l'explication qui me paraît devoir être appliquée en cette circonstance.

Les hommes ont soif d'émotions. Tout ce qui émeut, épouvante, fait frémir, a un attrait particulier et bien connu pour l'imagination. Les causes célèbres sont lues avec avidité dans toutes les classes de la société. Les romans les plus fantastiques, les drames les plus effrayants trouvent toujours un grand nombre d'amateurs. Beaucoup de gens courront là où ils croient avoir peur. L'imagination aime à se créer spontanément des idées terribles, afin d'interrompre la monotonie de la vie ordinaire. Vous êtes sur une haute montagne, devant un précipice, au haut d'une tour, l'idée suivante vous vient : c Si je » me précipitais dans un abîme, qu'est-ce qu'on en dirait? » Ou bien vous vous penchez du point le plus élevé pour éprouver un instant de vertige. Vous êtes dans une église, un jour où un service solennel a réuni une très grande quantité de monde : « Si la voûte

> s'écroulait, quel sauve qui peut ! » Vous avez de beaux et doux enfants que vous chérissez jusqu'à l'excès : c Mon Dieu ! quel mal-

> heur s'ils mouraient, surtout si c'était moi qui en fusse la

> cause! »

C'est ainsi que surgissent en nous des pensées qui sont de purs caprices de notre imagination, et qui ont quelquefois, à cause de

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