‹ Traité pratique de médecine légale v. 2Chapitre 119 sur 166 · MORT CAUSÉE PAR LE CHLOROFORME · texte numérisé non relu

MORT CAUSÉE PAR LE CHLOROFORME

i.Anoii. — Voyet i ce sujet ce qui concerne les poisons.

rêlédu SI août 1860 prescrit que les pharmaciens seuls ont le droit de vendre ehloroforme au public, et qu'il ne doit être livré que sur une ordonnance Bée d*un médecin.

S 1. Oénéralitéf.

ms ayons déjà mentionné le chloroforme parmi les poisons qui tenl la mort par neuroparalysie ; les vapeurs de chloroforme, en ont sur le système nerveux une action précieuse, mais qui peut lir dans certains cas très funeste ; elles ont la propriété d*abolir lâbilité et de paralyser en partie la motilité, c'est ce que l'on MUT le relâchement de tous lès muscles, de la matrice et du ; lorsque celte action dépasse certaines limites, la mort suroa d'une manière foudroyante ou quelquefois lentement, et le après toutes les neuroparalysies, on trouve tous les organes Il les tissus parfaitement intacts.

point de vue médico-légal, cette question est très importante. ité le premier expert en Allemagne qui aie eu à faire Tautopsie aiyot qui avait succombé au chloroforme que lui avait admiun dentiste (obs. 328). L'emploi des anesthésiques est devenu enant si fréquent que les expertises de ce gCDre peuvent se nier non- seulement dans des cas de responsabilité médicale, lana des cas de suicide ou d'assassinat (2). inl de communiquer des principes généraux qui m'ont été s par mon expérience en cette matière, je rapporterai trois

knis prendrons le chloroforme comme type des anesthésiques ; ceux-ci amèeaqne tous la mort avec les mômes phénomènes.

Au mois de mars 1856, à Postdam, un dentiste réduit à la plus aflrtuse » IM avec du chloroforme sa femme et ses enfants, et se suicida ensuite. II. 28

&8& PARTIE THAMATOLOOIQUB. l

expériences que j'ai faites sur des lapins, mais que cependant je ne regarde pas comme complètement décisives.

On anesthésia trois lapins en leur mettant devant le aai at b tM>uche un mouchoir sur lequel on avait vorsé S grammes de ehloroforme, les trois furent attachés par les oreilles et par les pattes de derrière, et on eut bien soin de n*exercer aucune pression sur le cou afin de n*avoir pas à tenir compte d'une strangulation plus ou moins énergique. Les animaux revinrent à eux, et après une seconde dose ils succombèrent ; un court gémissement, des convulsions de la queue et des pattes de derrière précédèrent la mort.

Ces trois animaux furent disséqués aussitôt après ; l'ouverture du corps ne laiss^ pas exhaler l'odeur du chloroforme.

1^ Chez le premier, les poumons furent trouvés très afhissés, très anémiques, d'une couleur claire. La trachée et le larynx étaient vides, il n'y avait aucune trace d'écume, la muqueuse était pâle ; les gros vaisseaux étaient anémiques; le cœur avait encore quelques mouvement faibles et tremblants, et n'était pas affaissé, ses quatre cavités étaient exsangues. Il y avait une anémie remarquable dans le cerveau, le cervelet et les sinus; le foie était pâle et exsangue, la veine cave ascendante contenait beaucoup de sang, mais ne contenait pas de bulles d'air, pas plus qu'aucune autre veine ; la rate et les deux reins étaient exsangues ; la muqueuse de l'estomac et des intestins était pâle ; le sang avait une couleur rouge cerise. ^

2"* Le second lapin mourut avec la même agonie en une minute et demie. S. l'autopsie on ne sentit pas d'odeur de chloroforme; le cerveau et les sinus étaient aussi exsangues que dans le cas précédent ; les poumons étaient plus hypérémiques, leur couleur était violet foncé marbré de rose; le cœur frémissait encore, le côté gauche contenait quelques caillots, le côté droit était vide ; le foie était anémique, la vésicule du fiel était gorgée de bile, la trachée était pâle et sans écume, le sang en générai était rouge cerise^ les reins et la rate

MORT PAR LE CHLOROFORME. ^ EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX. ASb

élaienl exsangues, la veine cave contenait assez de sang, mais ne ren* fermait pas de bulle d'air ; l'estomac et les intestins étaient comme dans le cas précédent.

3^ Le troisième lapin n'était pas encore anesthésié après une minute et demie, et ne mourut qu'après trois minutes et demie : lors de l'ouverture du corps on ne sentit également aucune odeur de chloroforme ; le sang était rouge cerise et épais ; le poumon droit était affaissé, sa couleur était violette avec des bords blanchâtres, les deux poumons étaient presque exsangues ; la trachée était pâle, sans écume et vide ; le cœur n'était pas affaissé, sa moitié droite était vide, sa moitié gauche contenait quelques caillots ; les gros vaisseaux con* tenaient beaucoup de sang ; dans la tête il y avait anémie complète comme dans les deux cas précédents ; la vésicule du fiel était gorgée de bile ; le foie, la rate et les reins étaient normaux, la veine cave ne contenait pas de bulles d'air ; les intestins et l'estomac étaient pâles et remplis d'aliments.

On avouera que les résultats de ces trois expériences sont entière* ment négatifs ; il n'y eut que deux phénomènes qui furent communs ; l'anémie prononcée de tous les organes, et la couleur rouge cerise du sang. Nous ne trouvâmes pas d'air dans les veines, ce qui fut pourtant observé sur des cadavres huiqains qui avaient succombé au même genre de mort. Hartmann n'en trouva également dans aucun des animaux qu'il tua par le chloroforme.

Les trois lapins ne présentèrent également aucun des symptômes de la mort par asphyxie que Stanelli considère comme la cause de mort de ceux qui succombent à l'administration du chloroforme. Il est vrai que nos expériences n'ont dté pratiquées que sur des animaux, mais n'est-on pas en droit d'en déduire des probabilités pour ce qui se passe chez l'homme, d'autant plus que nos autopsies ayant été faites aussitôt après la mort, avaieiit toutes les chances d'être exactes?

iS6 PARTIE THANATOLOGIQITE.

S 9. HÔlglIOflM.

D'après ce que nous venons de dire, on comprend facilemenl ([oe le diagnostic de la mort par chlororormisation doit se baser plutôt sur les circonstances qui ont précédé et accompagné la mort que sur les résultats bruts de l'autopsie. S'il est constaté qu'un homme a été soumis à l'administration du chloroforme et qu'après quelques minutes il a eu une respiration oppressée, du rfllement, de la pftieur du visage, que de l'écume est sortie de sa bouche, qu'on a tu des convulsions des membres suivies d'affaissement, de perte de connaissance et d'immobilité, puis un ralentissement progressif des mouvements du cœur et du pouls, et qu'enfin la mort est survenue, alors on peut admettre, à moins de preuves du contraire, que la mort a été causée par le chloroforme.

Kn effet, toutes les observations d'autopsie faites après la mort par le chloroforme ne présentent que des résultats négatifs ou presque insignifiants ; si l'on étudie avec attention les douze cas compilés soigneusement dans le mémoire de M. Bérend, on voit que tout y est vague et que les résultats purement cadavériques ne sont pas même indiqués. Quand on y lit : « Les deux poumons étaient très hypérémiques à leur surface postérieure b, ou bien « les poumons étaient congestionnés en bas >, on reconnaît facilement que c'étaient des phénomènes cadavériques dont l'auteur a eu tort de tenir compte. Il en est de même pour la fameuse congestion des veines du cerveau, car tout le monde sait que ces veines sont toujours très remplies, à moins que le cadavre ne soit très putréfié. On parle aussi d'une couleur lie de vin de la muqueuse trachéale ; or, nous avons souvent répété que cette coloration bien connue n'était que le produit d'une imbibition du cadavre produite parla putréfaction.

Il reste réservé aux hommes de l'avenir de découvrir les résultats palpables de la mort par le chloroforme. Voici, quant à présent^ ce que mon expérience me permet de dire à ce sujet :

l** Le sang perd en général sa couleur ordinaire, il devient rouge cerise ou noirâtre ; dans ses douze observations, Berend a signalé ce

miHT PAR LE CBLOHOFOHME. — DIVGNOSTIC. 437

lénomèue ilix fois, l ne observalion de BUz (1) moiilre également résultat; une de Prichard (i) signale un s.ing foncti. Les obser- Uons faites sur les hommes ne t'accordent pas avec celles que M. Velpeau, Gtriirdin, Varrier, Graley et autres ont faites sur les imaux : ees deruiers prétendent avuir trouvé dans tous les vais- ■ux, même dans tes veines, le sang beaucoup plus clair; au conlire, nous avons toujours vu qu'il y avait plutôt excès de car- -nisation. C'est ce que prouvent également les observations de uigenbeck et DohiboiT, que nous communiquerons plus bas, et dans squelies il est rapporté que pendaitl la vie, au milieu du sommeil, nsi que pendant l'autopsie, le saug fut Ironvé liquide mais couleur encre. Ce phénomène parait donc constant, malheureusement il est pas spéciliquc, car on l'observe après bien d'autres genres de ort, tels que certains empoisonnements. Ajoutons que daoK t'obserition 325, que nous rapporterons plus lias, le microscope ne révéla icuu cliaagement dans la composition du sang. 2* Dans aucun auteur on ne trouve indiqué l'état d'anémie que )Us avons remarqué dans nos expériences sur les lapins et dans >lre observation 328 ; mais, quand on compare tous les auteurs qui It écrit sur ce sujet, on voit que pas un ne parle d'hypéréniie, mot int on abuse si souvent; nous en conclurons que dans la mort r le chloroforme, on trouve les cadavres plutôt anémiques qu'hyréraiques.

3° L'odeur de cklorofonne a été remarquée deux fois sur les douze iservalions de M. Bérend. Cependant les cadavres que j'ai vus n'ont mais présenté ce phénomène. J'ai déjà dit plus haut que les lapins rlesquelsnousavons expérimenté nu le présentaient égalementpas; iinM. SeilTertdit ne l'avoir trouvé ni dans le sang, ni dans le lait des imaux; on peut conclure de là que le phénomène est, sinon rare, moins pas constant.

i° Dans onze cas, le larynx et la trachée ont été di^crils trois fois

(l) DeuUche Klinik. 1858, n' 1.1.

\H SdbMdl'i Jahrlmclnr, etc., 183s, n'

488 PARTIE TIlAlfitOlAHlIOtJE .

plut OU anoins injectés, abstraction faite de la coloration a He detin i dont nous avons Tait justice plus haut. Sur nos trois lapins, nom n'avons rien trouvé de semblable, mais dans l'observation S25 nom l'avons observé. Dans plusieurs cas, la couleur de la trachée n'est pas même rapportée. Stanelli attribue une grande valeur à ce phénomène, lui qui considère l'asphyxie comme la cause dé mort de ceol qui succombent par le chloroforme. Ici Stanelli est dans Terreur, car, quand même ce phénomène serait très fréquent, ce qui n*est pas, je ne vois pas qu'il puisse à lui tout seul prottVer l'asphyxie, et il s'explique très bien d'une tout autre manière. En effet, on sait combien le chloroforme exerce sur les muqueuses une action irritante; d'un autre côté, on sait également que la muqueuse de la trachée et du larynx est très susceptible et s'injecte très facilement toutes les fois qu'un autre corps que l'air est mis en contact avec elle ; on volt par là que, si dans quelques cas rares la muqueuse trachéale est injectée, on ne doit l'attribuer qu'à l'action dti contact direct des vapeurs de chlorofortne.

6"* J'ai trouvé dans une de mes autopsies des bulles d'air mêlées avec le sang, on trouve ce phénomène également mentionné dans trois cas. Prichard dit en avoir trouvé d'assez nombreuses dans les veines de la pie-mère; Holmes (1) qui a ramassé trente-neuf observations, le signale dans trois cas. Mais il faut bien se rappeler que la putréfaction donne lieu à la production de bulles de gat dans les veines, et dans mon observation le cadavre était déjà un peu putréfié, et j'ai dû tenir compte de cet état et laisser dans le doute la cause de la production de ces bulles. Les observations que j'ai trouvées dans les auteurs n'ont pas complètement dissipé ces doutes.

Dans le premier, à Paris, la mort par le chloroforme eut lieu le 20 mai, l'autopsie ne fut pratiquée que vingt-sept heures après, et on trouve signalées dans le rapport « la putréfaction avancée et l'odeur infecte du cadavre >.

Dans le second cas, à Langres, en France, c'était une femme qui

(l) Schmidt's Jahrbucher, 1859, u" 3, p. 305-

MORT PAR LE CHLOROFORME* —DIAGNOSTIC. AftO

moiinit chlorofomoisée le 23 août, ainsi en plein été, et rootertiilre du corps ne se fit que trente- trois heures après. On peut supposer, quoique ce ne soit pas dit dans le rapport, que dans ce cas la putré-* flMrtioii devait être avancée.

Le troisième cas enfin se présenta en hiver, c'était une Anglaise qui mourut par suite de l'administration du chloroforme le 28 février, al fut disséquée vingt-six heures après. Ici on peut admettre que la putréfaction n'était pas avancée, encore faudrait-il savoir dans quel odlieu le cadavre est resté pendant ces vingt-six heures, c'était peut-être dans une chambre chauffée.

Il n'y a que les observations de Langenbeck et DohloCT, que Ton trouvera plus bas, dans lesquelles sans putréfaction avancée on tnmva de l'air dans les veines.

Voici l'opinion singulière de Stanelli à ce sujet :

c On voit souvent pendant les opérations chirurgicales des buUea

> d'air sortir des artères et des veines (?), il est donc permis d'ad- 1 mettre que, une fois que l'organisme est saturé de chloroforme,

> celui-ci reste à l'état gazeux dans le sang et finit par amener la » mort par suite du trouble qu'il produit alors dans les mouvements » du cœur, comme tous les gaz introduits dans le torrent de la cir- » eulation. J'ai fait respirer à des lapins du chloroforme concentré,

> j'ai vtt la respiration avant de cesser devenir plus accélérée ; après » la mort, lorsque j'Ottvris le cœur, je trouvai assez de sang et des

> bulles d'air qui étaient surtout dans les oreillettes, et qui dans le

> poumon simulaient un emphysème. Dans les artères coronaires du

> eosur, je trouvai également plusieurs fois des bulles rangées comme

> des perles séparées les unes des autres par des goutelettes de sang, » et que Ton pouvait faire changer de place en pressant légèrement >\é vaisaeau. Je ne puis dire si ces bulles de gaz étaient du chloro*'

> forme, je ne pus en reconnaître l'odeur. Lorsque je n'ouvris la

> cavité pectorale qu'après vingt-quatre heures, jamais je ne retroti- 1 vai ces bulles, il y avait alors dans le cœur plus ou moins de

> caillots. J'ai fait respirer à des lapins du chiuroforme mêlé avec de

> l'air, puis, après un certain nombre d'inspirations, j'ai fait mourir

hkO PARTIE ' THANATOLOOIQUE .

^ ces lapins eu les empêchant de respirer d'une manière quelconque; > dans ces cas, jamais je n*ai irouv/i aucune bulle de gax ni dans le » cceur ni dans les vaisseaux. »

Peut-on expliquer pourquoi du gaz, se trouvant dans les vaisseaux aussitôt après la mort, ne s'y trouve pas vingt-quatre heures après!

Après avoir bien réfléchi sur mes expériences et sur celles des auteurs, je persiste à dire que, jusqu'à ce que de nouvelles rechercba sérieuses aient été faites à ce sujet, il faut attribuer la présrace des balles de gaz dans les veines à la putréfaction qui semMe se foin relativement plus promptement après la mort par le chloroforme^ et qui commence par la décomposition du sang^

6^ Dans les douze cas compilés par M. Bérend, dix fois le eaur a été trouvé affaissé sur lui-môme comme une bourse vide, le même phénomène s'est présenté dans mes deux observations. Biax, dans le cas qu'il a rapporté, dit que le cœur était € affaissé, pâle et vide >. Ce phénomène, qui certainement est digne d'attention, parait donc constant. Quoiqu'il ne se soit présenté dans aucune des expérieiices que j'ai faites sur les animaux, et dans lesquelles l'autopsie a été pratiquée tout de suite, je ne puis le considérer comme un produit de la putréfaction, car je ne l'ai jamais rencontré sur d'autres cadavres, même très putréfiés, qui avaient succombé à d'autres genres de mort.

7° On sait peu de choses sur l'état des poumons après la mort par le chloroforme; la moitié des observations connues indique une anémie de ces organes; l'autre moitié, au contraire, signale une hypérémie.

On a cherché à retrouver le chloroforme dans le sang au moyeu de l'analyse chimique, notre célèbre chimiste M. Mitscherlich affirme que c'est impossible, el l'expert chimique de Berlin, M. Hoppe, après avoir fait de nombreuses expériences, a acquis la même conviction. Aussi nous doutons de l'exactitude du procédé de M. Jackson, qui dit avoir réussi à en découvrir chimiquement l'existence chez une femme (1).

(1) Archivder Pharmacie, IS57, fév., p. 211.

MORT PAR LB CHLOROFORME.— > BMPOISONNBMBMT CHRONIQUE. &&1 S 4. <— Bonp^îioaBt OMiit tliroatqve par !• oUorolbroM.

Le 12 décembre 18**, une femme defant s ubir ramputation d^one jambe, fat endormie au moyen du chloroforme ; elle ne revint pas toat & fait i elle après Topération, et après onze jours de demi* anesthésie, elle mourut le 23 du même mois. C'était un empoiton^ mmeni chronique par le chloroforme. Cette obsenration me fit prifoir que les experts rencontreraient souvent de grandes difficultés dans les questions de ce genre. Plusieurs auteurs furent de mon avis, car il se présenta par la suite un certain nombre d'exemples analogues, et il fallut admettre que dans certains cas le chloroforme pouvait avoir des effets rétrospectifs mortels.

S*il est déjà difficile de reconnaître que la mort est due au chlo* roTonne et non à l'opération au milieu de laquelle succombe le malade, combien la difficulté n'est-elle pas plus grande, lorsque la mort l'arrivé qu'après plusieurs jours ; lorsqu'il faut tenir compte de la maladie du sujet, des effets souvent dangereux de l'opération?

J'emprunte au mémoire de M. Bérend les deux observations suivantes de mort par empoisonnement chronique du chloroforme :

1* G..., peintre en bâtiments, ftgé de trente-six ans, ayant l'hobitnde de s'enivrer, arriva, le 5 février 1850, dans le service de H. Laogenbeck, il avait une tumeur à l'épaule gauche ayant à peu prêt la grosseur d'un tète d'enfant, et présentant de la fluctuation ; OM fil une ponction qui laissa échapper à peu près 2 litres de liquide* Le lendemain (6 février), M. Laogenbeck jugea nécessaire de réséquer l'omoplate gauche, quoique le malade eût la figure abattue et présentât un pouls petit, de 110 pulsations. On endormit le malade avec du chloroforme, et on pratiqua l'opération qui ne dura pas moins de trois quarts d'heure ; chaque fois que l'anesthésie était complète, on cessait de tSiire respirer du chloroforme, et chaque fois que la sensibilité semblait revenir, on en recommençait l'administration. H. Langenbeck observa â trois reprises différentes que le sang prenait une eemUur d'encre. Après l'opération, le malade reprit complètement connaissance, la sensibilité redevint intacte. Le soir il y eut des vomis-

&A2 PARTIS THAHATOLOOiQUB.

sements subits qui se reproduisirent chaque fois que le malade voulut boire. Le 7 février au matin, la figure était pâle, le pouls petit el très fréquent, les vomissements continuaient ; i huit bmres, tout à eoup on ne sentit plus le pouls, les mouvements du eoeur détinrent k peine sensibles, tandis que la respiration resta libre et régulière ; pei après le malade sentit de l'oppression, une saignée que l'on pratiqu laissa coulei^ du sang aqueuxy noir comme de /'encre. Au bout de peti de temps la mort survint : l'opération avait été pratiquée depaii dix-sept heures.

L'autopsie fut pratiquée avec beaucoup de soin, voici quels en tarent les résultats principaux : rigidité cadavérique ordinaire, tonle la peau blanchâtre, par conséquent pas de putréfaction ; les âaiis de la dure-mère ouverts laissèrent écouler ISO grammes de sang liquide, couleur d'encre ; on ne sentit pas l'odeur du chloroforme en ouvrant les cavités ; les veines de la pie-mère oontenaient du sang liquide et pas de bulles de gaz ; les méninges étaient légèrement injectées ; la substance du cerveau était pâle, à quelques endroits même anémique, la consistance en était normale ; sur le péricarde se trouvait une épaisse couche de graisse; les veines des panns du cœtir contenaient du sang noir et aqueux mêlé d'une grande quantité de bulles de gaz ; le cœur gauche contenait beaucoup de caillots, le cœur droit, ainsi que les gros vaisseaux, contenait une asaes grande quantité de sang en partie liquide et en partie coagulé ; le cœur n'était ni gonflé ni flasque ; les poumons étaient ballonnés, pftles et anémiques; l'artère et la veine pulmonaire contenaient beaucoup de sang, et on en vit sortir des bulles de gax en grande quantité ; le foie, la rate et les reins avaient du sang noir, mais leur tissu était pâle ; les gros vais* seaux de l'abdomen étaient également gorgés de sang noir, et laissaient échapper des bulles de gaz.

M. Langenbeck fit observer que a la fin funeste de l'opération ne 9 peut être expliquée que de deux manières : ou une surexitation > suivie d'un épuisement complet du système nerveux produit par 1 l'opération, ou une action vénéneuse ultérieure produite par le » chloroforme >.

MORT PAH LE CHLOKOFOIIHB. — EMPOIBONNBIIBNT CHRONIQUE. 443

i* R..., OQfrier, ftgé de Tingt-trois ans, entra, le 6 janvier 1849, à l'hApitai de Hagdebourg, il avait une tumeur des os métatarsiens du pied droit. Après plusieurs essais de traitement restés sans succiSi on se décida à pratiquer l'amputation de la jambe ; pour cela on eut recours à Fanesthésie par le chlorororrae. L'insensibilité n'arriva qu'après douze minutes d'inspiration de vapeur de chloroforme ; pendant ce laps de temps, le malade fut en proie à une très vive surexcitation, on s'aperçut en liant les artères qu'il y avait un tremblement eoilvulsif du tronc. Dans la journée de l'opération il y eut deux petites hémorrbagies qui n'allèrent pas jusqu'à produire une syncope, mais il y eut â cinq reprises différentes des convulsions tétaniques; la cinquième fois les convulsions devinrent générales et amenèrent la tnort ; l'opération avait été pratiquée depuis huit heures. Seite heures après la mort on fit l'autopsie du cadavre, il était elicoffi (hlis. Dans la cavité crânienne il y avait hypérémie des vaisseaux, dans quelques veines on vit des bulles de gaz ; les poumons non œdémateux étaient très hypérémiques ; le sang liquide était d'un rouge foncé ; tout le reste du corps, même le cœur et les grosses veines, présentaient une anémie remarquable, le cœur était flasque. Le docteur Fischer, qui a publié celle observation, regarde la mort comme ayant été causée par une hypérémie du cerveau et des poumons, il s'exprime en ces termes : « On ne peut nier qu'il n'y ait » les principaux symptômes de la mort par le chloroforme, le sang I foncé, les bulles de gaz dans les veines malgré l'absence de putré- I Taction, le cœur flasque; d'un autre côté, on a vu pendant l'opéra- » tion le sang prendre cette couleur foncée, et Tintoxicalion a pu i facilement se produire t)ar suite de la lenteur qui a présidé à Ten- ) vahissement du sommeil. La seule raison qui me ferait douter de la

> mort par le chloroforme, c'est qu'il n'y a pas eu mort subite. Hais

> H. Casper a fait observer, dès l'année 1850, la persistance de ) l'action pernicieuse de cette substance, qu'il a mémeappellée intoxi- » catiùn chronique. Aussi pouvons-nous admettre que dans ce cas le » diloroforme a eu cette action funeste qui ne produit qu'après un

> certain temps la paralysie des organes de la circulation. >

hhh PARTIE THANATOLOGIQUE.

U n'y a donc pas à douter que le chloroforme peut amener la mort autrement que subitement, et que Y intoxication chronique eiisie; ce priocipe a une importance médico-légale immeuse.

g 5. — Oonditioas lavoniaal la laort pftr !• «hlorolbrafte.

Cette question est utile à étudier non-seulement pour le cbirurgiea, mais encore pour le médecin légiste, quand il faut déterminer quelle peut être la culpabilité d*uu médeciu qui laisse mourir ainsi un de ses malades. Souvent les conditions prédisposantes sont d'an graad secours dans l'explication de Taccident ; mais il ne faudrait pas cependant leur attribuer plus de valeur qu'elles ne le méritent, car on doit se rappeler que, sur cent malades qui seront cbloroformisés dans les mêmes circonstances, quatre-vingt-dix* neuf s'en trouveront bien, tandis qu'un succombera. Voici ce que l'état de la science nous permet de dire à ce sujet :

1^ Les différences qu'il peut y avoir dans la préparation de cette substance ont peu d'importance, car, du moins en Prusse, ces préparations doivent être uniformes dans toutes les pharmacies, d'après le règlement cité plus liaut.

2"" Une différence plus importante est celle qui réside dans la dostj mais quelle est la limite à partir de laquelle la justice a le droit de trouver la dose exagérée et de poursuivre le médecin comme s'étant rendu coupable d'ignorance criminelle? Malheureusement cette limite est impossible a déterminer ; parmi les trois cas que nous eûmes à expertiser, dans les deux premiers on s'était servi de douze à quinie gouttes et dans le troisième de quatre à cinq gouttes. La dose la plus légère qui ait donné lieu à la mort a été de 6 à 9 grammes, d'un autre côté, Christison raconte que, dans un accouchement, une femme resta endormie pendant treize heures sans qu'il arrivât rien de fâcheux ni à Tenfant ni à la mère, on avait administré à cette dernière 2â0 grammes de chloroforme; j'ai vu moi-même, dans les hôpitaux, administrer des doses très considérables de chloroforme sans qu'il en résulte le moindre malheur. Ainsi, quand

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