‹ Traité pratique de médecine légale v. 2Chapitre 14 sur 166 · SIGNES DE LA MORT. — PUTRÉFACTION. — CONSTITUTION · texte numérisé non relu

SIGNES DE LA MORT. — PUTRÉFACTION. — CONSTITUTION

Les conditions qui modifient la putréfaction, tantôt l'accélèrent, tantôt la retardent, et si le cadavre A , après vingt-quatre et trentesix heures, a la même apparence que 1^ cadavre B, après quatre semaines, cela tient ou à des circonstances internes et individuelles on à des circonstances extérieures; il est bien entendu que la putréfaction ne se fait que par l'influence d'un contact extérieur, et que la viande fraîche, mise dans le vide, ne se putréfie pas.

A, Circonstances internes de la putréfaction.

Les modifications individuelles qui influent sur les progrès de la putréfaction sont :

!• Vàge. Je répète ce que tous les auteurs ont dit, que les cadavres des nouveau-nés, cœteris paribuSy se putréfient plus vite que les autres. Mais ce que je ne trouve mentionné nulle part, c'est que les cadavres des nouveau*nés que le médecin-légiste a à explorer sont, presque sans exception, soumis à des influences difl'érentes de celles des cadavres des adultes. Ils ont été exposés nus tout de suite après kav naissance f ou tout au plus couverts de quelques lambeaux ; jetés dans l'eau, dans le fumier, dans les fosses d'aisance ; tandis que pour les adultes il n'y a que certains noyés qui sont trouvés nus. Or, les habits dont est couvert le cadavre retardent la putréfaction. Les hommes âgés se putréfient plus lentement que les adultes, mais ici aussi la constitution a son influence (Voir le n° 3).

2*" Le sexe. — Je ne puis pas dire que le sexe soit une cause de différence. Vouloir invoquer c la constitution plus lymphatique de la femme >, c'est se jeter dans la théorie pure. Remarquons seulement que les cadavres des femmes, mortes de suite après l'accouchement, se putréfient vite, quel que soit leur genre de mort.

3" La constitution a une très grande influence. Les corps obèses, lymphatiques, se putréfient plus vile que les corps maigres et secs, parce que l'abondance des liquides dans l'organisme favorise la décomposition. G*est pourquoi les cadavres des vieillards se conservent mieux que tous les autres, étant ordinairement maigres et secs.

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4* Le genre de mort modifie essentiellement les progrés de la putréfaclion. Après une mort subite elle arrive plus tard qu'après la mort qui a succédé à une maladie de langueur accompagnée d'une décomposition du sang, le typhus, l'hydropisie, les vices organiques, la tuberculisation, les fièvres putrides, etc. La putréfaction envahit vite les corps très mutilés soit par des coups multipliés, soit par des forces mécaniques violentes, par exemple les accidents de chemin de fer. On ne trouve d'exceptions que dans le cas où la mort a été produite par des éboulements de terrains, des écroulements de murailles ; car, alors, le cadavre restant couvert de pierres, de planches, de décombres, de sable, de terre, l'air ne peut pénétrer directement jusqu'à lui.

Les asphyxiés par la fumée, l'oxyde de carbone, se putréfient vite.

Nous ne pouvons pas dire, faute d'en avoir vu, s'il en est de même pour les asphyxiés fui ont succombé à l'influence des autres gaz irrespirables. Les poisons narcotiques favorisent la putréfaction. D'autres poisons n'ont pas le même effet, surtout le phosphore.

J'ai observé que les cadavres dont le sang était intoxiqué par l'alcool, c'est-à-dire les cadavres d'hommes qui sont morts d'apoplexie en état d'ivresse, se conservent longtemps frais ; et l'odeur de l'alcool se perçoit très sensiblement dans les cavités (216* à 220'' cas). Tout le cadavre, pour ainsi dire, est conservé dans l'alcool.

Enfin, il est à remarquer que, dans les empoisonnements par l'acide suirurique, la putréfaction est retardée, vraisemblablement parce que l'acide empêche la formation de l'ammoniaque dans le cadavre, ou parce qu'il neutralise l'ammoniaque aussitôt qu'il se forme. Il n'est pas rare de trouver les cadavres empoisonnés par l'acide sulfurique encore frais, et n'exhalant aucune odeur quand on ouvre leurs cavités à une époque où, dans d'autres circonstances, la putréfaction serait déjà avancée.

Après les empoisonnements par l'arsenic, la putréfaction a lieu selon les lois ordinaires ; mais on sait qu'elle peut être interrompue par la momification sur laquelle nous reviendrons.

SIGNSS DE LA MORT. — PUTnÉFACTlON. -*- AIH ATMOSPHÉRIQUE. S7

Il est certain qoe tooies les circonstances que nous menons d'énu» mérer ont bien une valeur générale, mais il existe de plus des circonstances inconnues jusqu'à présent, qui favorisent ou qui empêchent la putréfaction.

Je citerai comme exemple l'observation suivante :

J'ai examiné, le 20 mars 1848, quatorze hommes presque tous du même dge^ de vingt-quatre à trente ans, vivant tous dans les mêmes conditions (des prolétaires ouvriers) ; ils se trouvaient dans la même chambre de la Morgue ; ils avaient succombé sur les barricades, leiS mars, tous au même genre de mort et à la même heure. Il y avait certainement là les mêmes conditions, et, cependant, il a'y en eut pas deux qui offrissent les mêmes signes de putréfaction.

Dans un autre cas, deux époux presque de même âge, de cinquante à soixante ans, avaient été asphyxiés en même temps par l'oxyde de carbone. Les cadavres avaient eu à subir les mêmes influences extérieures jusqu'au moment de notre exploration. Néanmoins, quatre jours après la mort, au mois de novembre, le cadavre du mari était vert sur le ventre et sur le dos, la trachée-artère colorée, couleur lie de vin , tandis que la femme, quoique très grasse, s'était conservée très fraîche. Il est certain que dans ce cas la différence du moment précis de la mort ne peut être alléguée, car elle ne peut être tout au plus que d'une heure.

B, Circonstances extérieure! de la putréfaction.

Les circonstances extérieures ont, sur la putréfaction, une influence bien plus grande dans le retard ou dans Favancemenl de son apparition, du moins celte influence est plus connue. Ces agents sont : l'air atmosphérique, l'humidité, la chaleur. On a voulu aussi cpmpter la lumière et Télectricité ] mais on doit considérer que ces deux agents sont déjà compris dans l'air, et que, d'un autre coté, leur influence est encore assez problématique.

1' Uair atmosphérique, -^ Tout ce qui favorise eu empêche son

contact avec la substance animale morte (végétative) accélère ou retarde la putréfaction. C*est pourquoi les cadavres qui restent en plein air, par exemple les pendus, se putréfient plus vite que les cadavres enterrés ou submergés ; les cadavres nus ou légèrement vôlusse putréfient plus vite que ceux qui sont vêtus, surtout d'habits étroits et peu perméables. Il est fréquent, chez les hommes qui sont lires de Teau encore habillés, de trouver encore fraîches les jambes couvertes par la tige des bottes, tandis que Tépiderme des autres parties du corps est déjà soulevé ou détaché. Un tailleur bossu s'était pendu, la putréfaction était déjà avancée; mais le thorax présentait une grande différence par la raison que le décédé portait un pansement collant en grosse toile qui était rembourré du côté opposé à la scoliose, afin de cacher sa difformité.

La terre, selon sa composition, peut empêcher ou favoriser le contact de l'air. Selon que le sol est mou et poreux comme du sable, ou gris et ferme comme de l'argile, le cadavre inhumé se puirifiera plus ou moins facilement. Mais pour le sol l'humidité rétablit l'équilibre et égalise à peu près la facilité de la putréfaction, car cette humidité, elle aussi, comme nous le verrons tout à l'heure, a une grande influence sur la décomposition. Le sol sablonneux qui contient de la chaux est plus sec ; celui qui contient de l'argile ou de la tourbe est plus humide.

Il est certain que les cadavres qui, comme ceux des nouveau-nés, ne sont enterrés qu'à la surface de la terre, se putréfient plus vite que s'ils étaient enterrés profondément.

Par la même raison, on doit tenir compte de l'objet qui enveloppe le cadavre dans la terre ; c'est ce qu'Orfila a prouvé par de nombreuses observations. On sait que les cercueils en sapin se pourrissent très vite et tombent bientôt en poussière, ainsi que leur contenu ; tandis que les grands de la terre restent longtemps intacts dans leurs cercueils solides de bois dur, de plomb, de pierre, surtout lorsqu'ils sont renfermés dans plusieurs cercueils emboîtés les uns dans les autres. Au contraire, les cadavres enterrés nus dans la terre se pourrissent très vile.

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