SIGNES DE LA MORT. — PUTRÉFACTION. — CHALEUR
2* Vhumiditc, — Sans eau ou vapeur d'eau il n'y aurait pas de * putréfaction. Mais les liquides propres du cadavre suffisent complètement à produire cette humidité. Ils s'évaporent peu à peu, rompent avec le temps les téguments, d'abord ceux de l'abdomen, puis ceux de la poitrine, enfin ceux du crâne, de sorte que le cadavre macère dans ses propres fluides. Â ce moment, des vers et des larves se montrent à la surface, d'abord aux plis du corps, paupières, oreilles, vulve, région inguinale, puis ils se multiplient par myriades, et complètent la destruction des parties molles.
Plus l'humidité du dehors parvient facilement, plus la putréfaction envahit vite. C'est sans doute la raison pour laquelle les cadavres des noyés qui restent dans l'eau se décomposent beaucoup plus vite que les cadavres enterrés. L'humidité jointe à la chaleur fait marcher la putréfaction à grands pas, lorsque par exemple les cadavres sont dans du fumier ou des lieux d'aisance (voir 15*" obs.); tandis que la sécheresse prévient la putréfaction, dessèche le cadavre et favorise la momification.
3" La chaleur: — Un haut degré de chaleur, en évaporant rapidement les liquides du cadavre, amène le dessèchement bien plus vite que l'absence d'humidité. Quand cette chaleur est à son plus haut degré et qu'il y a combustion, le cadavre est carbonisé. Mais la chaleur jointe aux deux autres conditions, l'air et l'humidité, favorise la putréfaction proportionnellement à son élévation. Il est connu de tout le monde que les cadavres se putréfient plus vite en été qu'en hiver. Des cadavres qui, en été, à une température de 18 à 22 degrés, sont aujourd'hui très bien conservés, seront peut-être demain ou dfprès-demain complètement putréfiés et presque impossibles à disséquer ; tandis qu'en hiver, à une température de — 6, — 6 et — 8 degrés, les cadavres, après dix et douze jours, sont encore assez frais.
La différence de température est encore très remarquable pour l'eau. Si le cadavre gèle soit dans l'eau, sott dans un sol humide, il reste très frais pendant longtemps, et le terme de milliers d'années n'est pas une exagération, car j'ai vu moi-même, au musée de l'Université de Moskou^ les téguments mous, il est vrai saponifiés, d'un mam -
SO PARTIE THANATOLOGIQUE.
*moulh déterré en Sibérie. En hiver, un cadavre tiré de Teau dii à douze jours après la mort, lorsque l*eau a de 2 à 6 degrés de chaleur, est encore assez bien conservé pour que Ton retrouve les traces de Tasphyxie; ce qu'en été on peut à peine retrouver après cinq ou six jours, quand Teau est à 18 ou 20 degrés.
On doit aussi considérer ici une autre circonstance, la température de Teau est plus basse dans les couches inférieures que dans les couches supérieures, parce que le calorique du soleil n'atteint pas ces couches inférieures. La putréfaction fait des progrès plus rapides ou plus lents, selon que le cadavre est à la surface ou est retenu au fond. Il faut tenir compte de toutes ces circonstances, et le médecin-légiste devra en être instruit lorsqu'il lui faudra juger l'époque de la mort par le degré de putréfaction, s'il n'est pas présent quand on retire le cadavre. Ajoutez que des cadavres retirés de l'eau, qui restent exposés à l'air, se putréfient excessivement vite. L'intervalle d'un seul jour, alors, amène de plus grands progrès que n'en auraient amené trois ou quatre jours de plus dans l'eau. Je ne pourrais pas dire si l'on doit attribuer ce résultat au changement des milieux ou à quelque autre circonstance.
4* Différence des phénomènes de la putréfaction provenant de la différence des milieux. — C'est s'exposer aune fâcheuse confusion que de décrire les périodes de putréfaction séparément dans chaque milieu, comme l'ont fait les auteurs les plus compétents dans cette matière, Orfila, Devergie et Gûntz ; de plus, c'est superflu, puisque le procédé de la putréfaction, depuis le premier instant jusqu'au dernier, est toujours le même, et qu'il n'est pas modifié dans son accélération seulement par les milieux, mais encore par la réunion des trois agents que nous venons d'étudier. Il me parait plus convenable d'adopter une règle générale pour chacun de ces milieux : Tair, l'eau, la terre, et, dans chaque cas particulier, on pourra, en outre, ajouter les autres influences qui ont pu agir. ^
Bien qu'il soit assez difficile de déterminer cette règle générale, je crois pouvoir, d'après mon expérience, poser la thèse suivante :
La température moyenne étant à peu prés égale ^ la puiréfac-