GENRES DE MORT PARTICULIERS AUX NOUVEAU-NÉS
S 1. Généralîtëf.
I/enfant nouveau-né, comme TaduKe, peut succomber à une mort ■turelle ou à une mort violente. Les morts violentes telles, que la endaison, la submersion, la combustion, etc., ont déjà été traitées 108 les chapitres qui précèdent, et n'offrent rien de particulier pour is nouveau-nés. Il n*y a que certains genres de mort accidentelle et Brtaines blessures qui soient pour ainsi dire spécifiques à cet âge, ce )nt ces blessures et ces genres de mort que nous allons étudier ans les pages qui suivent. Nous nous baserons pour cette étude sur » dix-huit cents autopsies que nos fonctions de médecin légiste de érlin nous ont mis à même de faire.
Ces blessures et genres de mort spécifiques peuvent atteindre reniai avant^ pendant ou après la naissance, ce sont ces différentes poques qui nous serviront de divisions pour ce chapitre.
^ s. Mort de l'enfant avant ta naitsaoee.
L'homicide d*un onfant dans le sein de sa mère, commis par des lanœavres extérieures ou des médicaments internes, par la mère ou lar un tiers, avec ou sans le consentement de celle-ci, est puni de leines très graves. Pour déterminer si cet homicide a été commis, la iremière question qui se présente est celle de savoir si une violence txercée sur Taddomen d'une femme enceinte, un coup de pied par ixemple, peut tuer ou blesser le fœtus renferme dans l'utérus.
Il n'y a pas de doute à avoir sur les accidents que peut occasionner a contusion de la matrice tels que, détachement du placenta, comnotion cérébrale du fœtus, ruptures de vaisseaux, etc. (nous ne parons pas des blessures pénétrantes).
Pour les fractures des membres du fœtus, des observations rigoureuses ont démontré qu'elles pouvaient Hre produites par une con-
5M CitO -THANATOLOGIE DES NOUVEAU*NÉS.
tusion de Tutérus; certains auteurs prétendent que ces liions peuvent provenir spontanément de la contraction eiagérée des muscles; Barker (1) rapporte un cas dans lequel la spontanéité lui semble beaucoup plus vraisemblable qu'une violence extérieure : c*était l'enfant d'une femme qui pendant sa grossesse fit plusieurs chutes; celui-ci vint au monde avec des fractures des membres supérieurs et inférieurs ; les os étaient très fragiles. Murray (2) rapporte le cas d'une femme syphilitique et enceinte qui accoucha à sept raob d'un enfant ayant des fractures de l'humérus et du féiDur; cette femme n^avait subi aucune violence. D'après ces observations, la possibilité de la spontanéité ne peut être mise en doute.
Quant aux blessures mortelles de la tête, il est difficile d'admettre qu'elles puissent être faites dans Tutérus; en effet, 1* la tête est abritée par sa position dans l'eau de l'amnios ; 2* elle est garantie par sa situation dans l'utérus ; S"* il est très facile de prendre pour une blessure faite dans l'utérus une lésion provenant de l'acte de l'accouchement. Il faut encore considérer que les mères accusées d'infanticide attribuent toujours à une lésion de la vie intrautérine les blessures que l'on trouve sur le cadavre de leurs enfants, qu'il n'y a qu'un très petit nombre de blessures mortelles produites pendant la \ie intra-utérine ; enfin que ce petit nombre d'observations examinées de près, ne résistent pas à une critique sérieuse.
Le cas le plus ancien est dû à Valentin (3) : Une femme enceinte reçut dans une rixe un coup de pied dans le côté gauche ; quatorze semaines après, elle accoucha d'un garçon bien portant, qui mourut le lendemain. < Cute a cranio sépara ta in omnibus capitis ossibus, V. g, osse fronliSy osse syncipitis dextro et sinistrOy osse occipitisj rubicundœ quœdam et sanguine suffusœ maculœ^ grossi aut quartes Imperialis partis magnitudine repertit fuerunt,
(i) Schmidt, Jahr6., 1858, n^ 8, p. 195.
(2) Loc. cit.
(3) Cwrp. jur. lêg. conslans $ Pandectis, etc. Francfort, 1722, pars I, secl, ii, cas. 18, De conlusioneabdominisin gravida, aOorium causante.
MORT DK L'BlirAIfT AVANT SA NAISSANCE.' 5A7
qu€B iamen omnino recpntes cutn sanguine videhantur. Pariliier amnes suiurœ pluêquam in reeens naîis ohservatur, distabaniy ut off« ad digiîi laUtudinem sibi invieem imponi potuerunt. > Hais le foMus était très putréfié, puisque le foie était mou et noirâtre, dt aarlê que c digilis eomminui potuerit » ; les poumons, du moins oiioi eu côté droit, étaient noirâtres, c utparlim putredi^ elc, et kraekium dexirum laîusque dexirum fere nudum el articula deê" Èiiutum videhantur^ imo totum corpus ita pêne canstituium ermt! > Ce cas, oomme il est facile de le voir, ne proufe rien, il nous offre lee désordres habituels des fœtus putréfiés dans l'utérus.
OncitePloacquet comme admettant la possibilité de ces blessures. On voit^en consultant l'original (l),quece1ui-ci, en citant une obser-^ lelioB de Gardner et une autre de Glockengiesser soulève au con«* traire des doutes à cet égard. Le cas de Gardner concerne un accouchement laborieui ; Tenfant naquit avec une bosse è la lète et une fracture des vertèbres, c II semblait qu'il avait eu une blessure qui,
> vu l'âge de l'enfant et le degré de putréfaction, devait dater d'un a mois avant l'accouchement ; je demandai à la mère s'il lui était » arrivé un accident pendant sa grossesse, elle raconta avoir reçu » deoi. mois auparavant un coup dans le ventre et être tombée sur a le bord d'une grande corbeille. » Ainsi la chute date de deux mois, et la blessure d'un mois; Taccouchement a été laborieux, et le fcBttts toit putréfié ! Il est probable que les fractures provenaient de racoottcbement. Le cas de Glockengiesser nous montre un fœtus dont € le crâne était partagé en cinq pièces >, il n'est rien dit de raccoudiement.
L'observation de Monde (2) a donné lieu à un rapport remarquable de la faculté de Greifswald : < L'enfant n'a pas été blessé avant sa a Baisaance par une violence faîte à sa mère, et n'en est pas mort,
> comme on le dit, quatre jours avant sa naissance. On doit plutôt
> admettre, quoique l'aulopsie et l'histoire de raccouchemeut soient
(1) Abhandl. iiber die geivalisamen Todesatisn^ 2^ édiL Tubingue, 1788, p. 281.
(2) Henke, Aeilschrift, lîl, p. 277,
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> très incoroplèles, que les blessures graves de la tèle ai la fracture Il de Tos pariétal ont été produites pendant raccouchemeal. »
Dans l'observation d*Âlbert (1), la mère, deux jours avant raccoachôment, était tombée sur . une pierre : Tenrant naquit mort. L*ofi pariétal gauche, dont l'ossification était plus avancée qu'à Tordinaire, était séparé des articulations des os voisins, il ; avait enfoncement de cet os tont le long de la suture pariétale, ce qui formait une fente de 22 millimètres à travers laquelle on voyait sortir ie cerveau ; les bords postérieur et antérieur étaient également un peu enfoncés, mais le bord inférieur, au contraire, proéminait de qodques centimètres au-dessua du temporal. L'os lui-même ne présentait pas de lésion. N'est-il pas extraordinaire qu'une violence assez grande pour produire un tel désordre n'ait pas amené la fracture de Tos qui était anormalement ossifié ? De plus, on a oublié dans cette observation de mentionner un point capital, le degré de putréfaction.
L'observation de Becker (2) se rapporte à un accouchement daos lequel la présentation de l'enfant a nécessité l'emploi du forceps.
Le cas d'Heyfelder (3) concerne également un accouchement dans lequel on a dû employer le forceps.
iSchmidt (à) rapporte un cas dans lequel l'enfant sembla .mourir après un coup qu'avait reçu la mère sur le ventre du côté droit. Il y avait un renfoncement de la partie médiane de l'os frontal dont la circonférence n'était pas ecchymosée ni altérée en quoi que ce soit ; on trouva à Tautopsie un peu de sang ecchymose à Tendroit enfoncé; l'os n'avait pas changé de couleur ; non loin de la grande fontanelle se trouvaient deux petites fissures insignifiantes. Le cas était singulier, mais il était plus vraisemblable d'admettre toute antre explication qu'une blessure pendant la vie intra-utérine.
Le cas de Schmidt (5) nous montre que même après de très fortes
(1) Henkc, Zeitschrift, WIII, p. 44i.
(2) Henke, Zeitschrifl, XXVI, p. 239.
(3) Schmidt, Jahr6t/c/icr, VIII, p. 125.
(4) Neue Denkschr.^ etc., i812, î, p. 60.
(5) Med. 7.eilung d. Ver, fiir Heilk., 1834, p. 152.
MORT DE l'enfant AVANT LA NAISSANCE. 5^9
rîolenees exercées sur l'abdomen d^une femme enceinle, renfaiil peut roDtinuer â vivre. Une femme enceinte de huit mois tomba sur le lord d'un tonneau, eut une abondante hémorrhagie du vagin et t'évanoait ; on appliqua des sangsues. Quarante-sept jours après, die accoucha sans difficulté d'un enfant bien portant, dont Tos frontal irmt présentait un enfoncement de A millimètres, sans qu'il y ait Messure de la peau ; cet enfoncement, qui avait presque la forme f nne étoile, avait tout à fait disparu trois mois après.
Witizack (1) raconte qu'un enfant mourut par suite d'une version ; la mère avait fait une chute trois semaines auparavant, il y avait un Mifoncement de l'os frontal et de l'os pariétal droit. L'autopsie ne fut pte Taite.
Il faut considérer que, d'après l'opinion d'accoucheurs distingués tels que Osiander, Carus, d'Outrepont, etc., les enfoncements des os lu crâne des enfanls peuvent être produits pendant la grossesse par une pression continue de la tête du fœtus contre les vertèbres, ou par des fayperostoses. Cela peut aussi avoir lieu pendant Taccouchenent, même quand ce dernier n'est pas très laborieux.
Voici deux 'cas très singuliers :
M. Blot rapporta à l'Académie de médecine de Paris qu'une pri- Diipare Agée de vingt-sept ans, se trouvant en mal d'enfant, mais les nembranes de l'amnios n'ayant pas encore été percées, tomba du lenxième étage dans la cour ; elle eut une fracture du fémur et pludenrs contusions : la tête de l'enfant avait traversé l'orifice de la mariée, on sentait dans cette tête beaucoup de crépitation; il fut retiré complètement de la matrice au moyen du forceps après quelques égères tractions ; le tissu cellulaire sous-cutané du cr&ne présentait {uelques ecchymoses ; au-dessous de l'aponévrose, qui était intacte, il y avait dans la région des deux pariétaux une extravasation de sang Qoir et liquide ; les deux pariétaux étaient fracturés ; pas de lésion lu cerveau.
L'observation de Maschka ressemble beaucoup à celle qui précède :
(I) Jfad. ZeUung, 1811, n* 82.
ÔÔO BIO-TUANATOLOGIE DBS N0UTSÂU«4lto.
Une femme enceiuie de huit mois tomba du second étage sur k ni ; elle eut une fracture des deux fémurs et mourut six beares s|Mrèi. Le fmtus trouvé dans l'utérus présentait plusieurs fractures des deux 08 pariétaux avec des extravasatioos sanguines et des eoagvktisBS i la surface externe et interne de la cavité crânienne.
Ces deux dernières observations surtout nous obligent i admetire qu'il est passible de tuer un fœtus au moyen de violemeeê evercées sur l'abdomen de la femme enceinie. Mais il faut bieo se rappeler que de tels accidents sont très rares, tandis qu'il arrive très souvent que des mains criminelles attentent à la vie d'un enfant aus* sitôt après sa naissance et que très souvent des brulalitéa asaai graves, exercées sur une femme enceinte, ne lèsent en rien le fcetni. Dans les cas douteux, voici quels sont les points principaux sur lesquels devra se diriger Tattention de l'expert :
1* Rechercher si l'enfant a respiré ;
2** Vérifier la proportion qui existe entre les dimensions du bas* siu et celles de l'enfant ;
3*^ Explorer avec soin le corps de l'enfant afin de bien constalsr s'il ne s'y trouve pas des égratignures, ecchymoses ou blessures ; ' k" Examiner le degré de consistance des os crâniens, surtout s'il y a fractures de ces os ; rechercher s'il y a anomalie dans l'ossification; dans certains cas, examiner l'état du cal et du sang extravasé;
5* Considérer avec soin toutes les circonstances de la violence en question ;
&" Considérer quel a été Tétat de santé de la femme pendant le temps qui a séparé la violence de l'accouchement ;
7° Considérer comment s'est passé l'accouchement, s'informer si le forceps a été employé. Quelquefois, dans ce dernier cas, il s'élève une plainte contre l'accoucheur qui est accusé d'avoir produit la lésion par impéritie médicale.
<^ 3« •— Mort de l'enfant pendant sa naitsanee,
La mort de l'enfant à sa sortie de l'utérus a lieu plus souvent naturellementque par des causes violentes, surtout dans les grossesses hors
MORT DE l'enfant PENDANT SA NAiSSAVCE. 661
mariage* A Berlin ^ des episDU légitimes et ^ des eofonts illégitimes naissent mort-nés. Les maladies que Ton' trouve ches ces eniants sont : des positions anormales dans Tutérus» des difformité dans la conformation, des hydropisies» des pemphigus. L*étudede ces affections n'appartient pas à notre domaine médico-légal, nous traitarons seulement ici les épanchements sanguins sous-cutanési les céphalématomes, les blessures de télé, les défauts d'ossiflcation, U compression ou Tétranglement du cordon, la constriction de la mar trîce.
1* JÈpanchêmenU sanguins sous-cutanés. Céfhalimaîomê. «^ La genre de mort le plus fréquent de l'enfant pendant sa naissance est rhypérémie du cerveau, quelquefois cette hypérémie est accompagnée d'hémorrhagie; et très souvent cette hypérémie, au lieu d'être dans la cavité crânienne, se trouve entre le crâne et l'aponévrose épi* crânienne. Les extravasations prennent alors un aspect gélatineux et sont ordinairement situées du tiers postérieur des os pariétaux jusqu'à la moitié de l'os occipital; quelquefois plus en avant jusque vers le front, selon la présentation offerte par le fœtus. Les téguments de la tète ne changent pas de couleur extérieurement ; souvent même, sur les cadavres frais, on n'aperçoit pas de gonflement, quelquefois cependant on trouve sur des enfants qui sont mis au monde en «ecret, et qui, par conséquent, ont dû naître \ite et sans de très grandes difficultés, on trouve, dis-je, la tumeur cedémateuse formée par cette lésion.
Lorsqu'on sépare l'aponévrose épicrânienne de l'os, on aperçoit le sang coagulé dans les mailles du tissu cellulaire, ou bien une couche de sang extravasé de couleur foncée et épaisse de 2 millimètres sur l'oa. Dans certains cas ces extravasations sont circonscrites et en groupais.
Il est très important de connaître la fréquence de ces extravasations sanguines spontanées sous-aponévrotiques, afin de ne pas les prendre pour des ecchymoses produites par une violence extérieure. Empressons-nous d'ajouter que ces épanchements à eux seuls ne sont pas une cause de mort, car on les trouve chez des enfants qui
ont certainement succombé à une autce aOeclion, et même sor des enfants qui naissent bien vivants et chez lesquels ce phénomène n'est pas remarqué à cause du peu de désordre qu'il amène; alors peu de temps après la naissance, Tépanchement est résorbé et ne laisse plus de trace. Donc, lorsqu'il existe sur un cadavre, ce n*est pas lui qui a - causé la mort, mais Thypérémie cérébrale simultanée. Cette hypérémie cérébrale peut atteindre un enfant dans l'utérus avant si naissance aussi bien que pendant sa naissance.
A cette affection se rattache la maladie connue sous le nom de eépKalématome. Cette maladie n'a pas en médecine légale l'importance qu'on loi donne souvent, elle ne se rencontre que très rarement dans la pratique, par la raison toute simple que le médecin légiste n'a à expertiser que des enfants nouveau-nés, et que le céphalématome ne se manifeste ordinairement que plusieurs jours après la naissance. Et en supposant que le cas se présente, il est impossible de confondre un céphalématome avec une ecchymose.
2* Blesêurei de téu^ défauts d^ ossification des os crdmens. — Il est hors de doute que les os crâniens pea?ent éprouver ob enfoncement ou une fracture pendant et par suite de l'acte de l'accouchement. Tous les accoucheurs ont constaté ce fait. Cependant le médecin légiste rencontre rarement dans ses expertises des fractures ayant cette origine, car elles sont, comme nous venons de le voir plus haut, le résultat d'accouchements laborieux, et comme nous Vavons souvent fait observer, le médecin légiste n'a généralement i expertiser que les enfants qui sont mis au monde en cachette et promptement. Dans les cas exceptionnels où un enfant ayant succombé à des blessures de tête graves résultant d'un accouchement laborieux serait présenté à Texpertise, le jugement ne pourrait être difficile, car la mère n'aurait aucun intérêt à cacher les longueurs et les difficultés de sa délivrance. En général, du reste, il s'agit, dans de tels cas, d'un enfant mort- né, et alors il n'y u plus d'iutérét pour la justice dans TafTaire.
Il en est autrement d'un simple enfoncement des os crâniens, celui-ci, en eiïet, peut se présenter dans les accouchements qui ne