II
SA PARTIE THAKATOLOGIQUE.
lies molles sont en bouillie et, pins tard, se dissolvent tout à fait et disparaissent. Des os entiers, surtout ceux du crâne et des extrémités, sont à nu. Les os des extrémités sont souvent, déjà à cette époque, détachés de leurs articulations par suite de la destruction des ligaments et des aponévroses. Il n'y a plus une trace de physionomie. On ne peut plus reconnaître s'il y avait des seins de femme ; de plus, comme les organes génitaux extérieurs sont tout <^ fait détruits, on ne peut plus fixer le sexe du cadavre par son hahitus extérieur, excepté lorsque, ce qui arrive quelquefois, la disposition des poils au pubis peut encore être reconnue. On sait qu'une interruption nette des poils indique le sexe féminin, tandis que la continuation des poils jusqu'à l'ombilic indique le sexe masculin. On peut du reste, si on fait l'autopsie, vérifier le sexe d'un cadavre par la présence ou l'absence de l'utérus (Voir de la 14' à la 16« obs.) (1).
SaponiHcation.
La putréfaction colliquative s'arrête quelquefois par la saponification. Cela arrive surtout quand le cadavre gît dans l'eau ou dans un terrain très humide, et d'autant plus facilement que le corps est plus gras ; aussi est-ce plus fréquent chez les enfants que chez les adultes. Outre ces deux circonstances, il en est d'autres qui sont inconnues et en vertu desquelles certains cadavres se saponifient plus tôt que d'autres placés dans les mêmes conditions.
Il y a saponification lorsque l'acide oléique se combinant à l'ammoniaque, il se forme le gras de cadavre , l'adipocire (2). Il est difficile de déterminer, en général, à quelle époque ce phénomène de saponification commence. Il est certain que les fossoyeurs du cimetière des Innocents à Paris, dans lequel on fit pour la première fois des expériences sur le gras de cadavre (Fourcroy), se sont trompés en assignant le terme de trente ans â la production de ce*savon.
(1) Pour 1« procédé particulier de putréfaction des noyés, voir la partie spéciale, et, plus loin, la putréfaction du fruit dans la matrice.
(2) Sur la théorie de la formation de l'adipocire, voir Orfila, /oc. cil. Une analv^e chimique de WetliereU, im Arch. der Phartnacie^ 1857, février, p. 203.
SIGNES DE LA MORT. — PUTIIÉFACTION. — SAPONIFICATION. 35
Quand il se forme, c*est beaucoup plus tôt. M. Devergie dit : « Il faut un an environ pour obtenir la transformation en gras de la totalité d'un noyé, et trois ans à peu près dans la terre pour arriver à ce résultat. > Quant à moi, je puis citer, parmi mes observations propres, outre Texemple d*un cadavre (SO"" obs.), qui présenta une saponification partielle après quelques semaines, le cas d'un enfant nouveau-né qui n'était resté enterré, dans un jardin, que pendant treize mois dans un terrain très humide, enveloppé dans de grosses toiles, et dont un tiers du corps était déjà saponifié (voir lA*" obs.). Enfin j'ai vu récemment un cas présenté par un fruit venu avant terme, dont le cadavre était enveloppé d'adipocire ; ce fruit n'avait été enterré que depuis six mois et demi dans un jardin. Je crois donc devoir admettre que la saponification n'a pas lieu en moins de trois à quatre mois dans l'eau, et en moins de six mois dans un terrain humide. Je veux parler de la saponification totale ou presque totale, car ce phénomène commence plus tôt à se manifester.
Une fois formée, cette saponification ne peut pas être méconnue. C est un produit homogène blanc ou blanc-jaunâtre, gras, s'affaissant sous la pression du doigt, mou, fondant à la chaleur, d'une odeur qui n'est pas désagréable et qui rappelle celle du fromage. Les muscles et leurs aponévroses présentent les premiers cet état; mais il n'y a pas un seul organe, soit interne, soit externe, qui y échappe. Les parties saponifiées deviennent une masse informe, dans laquelle on ne peut plus reconnaître le type original.
D'après les expériences de Gûntz, le gras du cadavre a un volume et un poids plus considérables que ceux de la graisse que possédait le corps. C'est une circonstance importante quand on veut fixer l'âge d'un nouveau-né par le poids du cadavre; c'est d'autant plus à noter que le cadavre, retiré de la terre et saponifié, est déjà rendu plus lourd par le terreau qui y adhère. Je n'ai jamais vu un cadavre complète^ mtni saponifié, ce qui s'accorde avec ce que dit M. Devergie (4).
;l) Ubf. de Mponification. 14% 15% 26% 29% 30% 320« obs.
36 PARTIE THANATOLOGIQUE.
Mornincatioii.
En n'ayant égard qu'à la conservation du cadavre, il n'est pas étonnant que l'on ait divisé la momification en grasse et en sèche (1). Mais la « momification grasse » ou saponification est visiblement et chimiquement tout à fait différente de la momification proprement dite ; aussi doit-on séparer ces deux phénomènes, quoique nous les ayons trouvés réunis sur le même cadavre (26*" obs.).
On appelle momification cette dessiccation complète particulière du cadavre au moyen de laquelle il conserve son aspect général et même sa physionomie quoique défigurée, et il revêt une couleur brun-rouille. La peau devient alors sèche, dure comme du parchemin, fermement adhérente aux os. L'odeur n'est pas du tout celle des cadavres putréfiés, mais celle du vieux fromage. Les organes internes, en partie disparus^ sont transformésen une masse noire brune, sèche, et sont impossibles à reconnaître à l'œil nu ; dans la partie abdominale surtout, les viscères réunis en une seule masse sont difficiles à distinguer.Toussainta fait des recherches microscopiques et chimiques sur la momification, qu'il a jointes à celles qui existaient déjà dans la littérature médicale (2).
Les Egyptiens savaient déjà que ce phénomène pouvait être produit artificiellement par des injections d'arsenic et par d'autres méthodes d'embaumement. Mais les conditions générales de la momification naturelle sont très peu connues même maintenant. Elle se présente sur les cadavres renfermés dans les caveaux et sur ceux qui sont exposés, n'importe de quelle manière, à un courant d'air desséchant. On peut en voir un exemple sur un cadavre qui repose depuis soixante ans à Charloltembourg, près de Berlin, dans un caveau fermé seulement par une grille de fer, et qui est parfaitement conservé et momifié. D'un autre côté, la momification s'observe aussi sur des cadavres qui sont soustraits au contact de l'air et enfermés dans
(t) Siebenliaar. Encyclop. Ilandbuch dcr gcr. Arzneik. Leipzig, 1838, I,p.474. (2) Voir mon journal {Vierleljahrsschrift, 1857, XI, p. 203).