AUTOPSIES TARDIVES. — EXHUMATIONS
fa sans dire qu'elle n'a pas lieu s'il s'est écoulé, depuis le temps de l'eiécution du crime, une période d'années par laquelle le crime se trouve prescrit, c'est-à-dire dans les dispositions du Code ci-dessus citées, après vingt ou trente ans.
Dans presque tous les cns, les signes mentionnés plus haut, tels que Télat des os, l'existence d'une grossesse, la maturité douteuse d'un fruit, l'état des cheveux, les corps étrangers, les traces d'un empoisonnement, peuvent être reconnus, après vingt et même après trente ans; de sorte que le médecin peut encore donner son avis. Lorsque le médecin-légiste est consulté d'avance sur l'utilité d'une exhumalion, il devra recommander l'exhumation si l'examen d'un des signes que nous avons nommés peut être utile à l'affaire.
Alors sa présence lors de l'exhumation est nécessaire, car le cer* cneil est souvent pourri et en morceaux, et le transport du cadavre pourrait changer l'état de certains symptômes importants. Ajoutez que si Ton soupçonne un empoisonnement par Tarsenic, il Tant prendre la terre qui entoure le cercueil , ainsi que les liquides qui peuvent s'écouler du cercueil quand on l'ouvre, et toutes ces précautions ne seront bien remplies que sous la surveillance personnelle du médecin. D'un autre côté, il faut bien considérer qu'une exhunifttion est une opération très longue et très dispendieuse, aussi le médecin doit con* seiller de ne pas la faire quand il n'a pas l'espérance fondée qu'elle puisse être utile (obs. 16A), par exemple, lorsqu'il s'agit de donner son avis sur une maladie interne douteuse, et que le cadavre est enterré depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois, en général lorsque les soupçons de la justice ne peuvent être contrôlés que par l'examen des parties molles.
Mais il ne faut pas oublier, nous le répétons, que les os se conservent très longtemps après la mort. Les os du roi Dagobert, que Ton a trouvé dans l'église de Saint- Denis en faisant des fouilles, étaient encore bien conservés après deux cents ans (Orfila). Déjà Haller avait prétendu avoir trouvé de la gélatine dans des os de momies datant de deux mille ans. Orfila a fait aussi des expériences, et a trouvé, dans des os datant de six cents ans, 27 pour 100 de gélatine. Je possède
68 PARTIE THANATOLOGIQUE.
le cubitus d'un adulle qui fut trouvé au mois d'août 18AA, tous mes yeux, a Pompeî; ainsi il était resté dans les ruines de cette ville un peu plus de dii-liuit cents ans; il est si bien conservé qu'on pourrait y faire des démonstrations anatomiques.
Ces curiosités ont une valeur en pratique, et prouvent que det o$ exhumée à la fin de la période la plus longue de prescripHon (trente am) peuvent encore offrir des renseignements. Gela est vrai, surtout pour les os crftniens, les os longs et les dents qui sont presque inaltérables, tandisque les os spongieux, comme les vertèbres, se détruisent plus vite. Mon expérience ne me suffit pas pour donner des renseignements précis sur les changements qu'offrent les os pendant les trente ans qui suivent la mort, je suis forcé de renvoyer aux auteurs qui, du reste, donnent sur cette question des théories très contradictoires (et encore ces théories sont-elles basées sur des observations personnelles), et qu'on oe doit accepter qu'avec réserve. Voici quelques cas d'exhumation (1):
Obs. 22. — Exhumation aprèf troi$ semaines pour vérifer si un enfant
est mort du croup.
.Un garçon de trois ans avait perdu ses parents dans la campagne, et fut trouvé mort trois jours plus lard. Il fut enterré ; mais au bout de trois semaines, le 21 juillet, il fut déterré pour que l'on vérifiât si l'enfant était mort du croup (!).
Toute la figure avait été rongée jusqu'aux os par des vers nombreux, ainsi que les téguments du crâne, de la nuque et du cou. Sur tout le corps il y avait des moisissures. Il n'y avait aucune blessure extérieure. Le cerveau avait disparu, et la duro-mére était comme un sac vide. En examinant la gorge, on voyait que les parties molles avaient été complètement détruites, et que toute la cavité était remplie de liquide putréfié et de myriades de vers. Le larynx et la Irachéô-artère étaient déjà un peu rongés et leur muqueuse dissoute dans un liquide putride. Il n*y avait pas de trace de concrétion membraneuse, les poumons étaient putréfiés, 1^ cœur mou et lâche, l'estomac, la rate, les reins, le foie étaient plus ou moins décomposés. Nous déclarâmes que l'on ne pouvait dire, même avec la réserve d'une probabilité, si l'enfant était mort du croup.
(I) Voir le mémoire intéressant de Rander sur la squelctto-nécropsle médieolégale, dans mon journal (Vierteljahrtchrifl), vol. V,p. 206.
AUTOPSIES TAnDIVES. -* EXHUMATIONS. — OBSERVATIONB. 60
Ots. 33. — EwhunkUion aprèi vingt* trois jours pour constater «m
mnpoisonnêment par V arsenic.
La femme d'un médecin était en procès de divorce avec son mari. En première instance, le mari avait été condamné à rendre la dot de 1 2000 thalers (48 000 francs) . Le 8 mai, au soir, avant que la cour d'appel eût jugé raffaire, la famille mangeait de la salade de harengs. La femme, qui mangeait seule dans une pièce séparée, y reçut sa portion envoyée par son mari. Toute la famille resta en bonne santé, et la femme fut atteinte, la nuit, de vomissements ; elle mourut le i*' juin, après quatre jours de vomissements. Le mari la fit disséquer par un oiUcier de santé, de ses smis, auquel il parut étonnant de voir le mari verser, pendant l'autopsie, beaucoup d*eau de Cologne dans l'abdomen. Le cadavre fut enterré, mais, comme la justice eut vent de l'afTaire, elle soupçonna un empoisonnement ; le cadavre fut exhumé, et on nous le présenta pour en faire l'autopsie légale, le 24 juin, ainsi vingt«trois jours après la mort.
Le corps avait encore, presque dans toute son étendue, la couleur ordinaire des cadavres , seulement , au tronc et aux membres thoraciques, il y avait des places vertes et sans épiderme. L'estomac était extérieurement, ù sa partie postérieure, eoloré uniformément en rouge foncé, évidemment par suite de l'bypostase sanguine. Intérieurement la muqueuse était décollée en grosses bulles de putréfaction, on ne voyait ni corps granuleux, ni cristaux, ni inflammation, ni épanchement de sang, ni gangrène, ni perforation. Du reste on ne trouva aucune anomalie dans le reste du corps. L'œsophage, l'estomac, le duodénum, le sang, les urines furent soumis à l'analyse chimique qui fut dirigée naturellement à la recherche de poisons métalliques, spécialement de l'arsenic. Aucun de ces organes ne présenta des traces de poison. Nous dûmes déclarer que le soupçon d'un empoisonnement n'était pas confirmé. Les circonstances qui ont amené la mort sont néanmoins très singulières.
Obs. 24. — Ea^umation après vingt jours. Os fracturés. Pleurésie,
Dans ce cas on pouvait encore parfaitement poser un jugement. Une femme de qnatre-viofts ans avait été écrasée par une voiture, était morte dans un hôpital après n jours et avait été enterrée.
On fit l'exhumation vingt jours après. Le cadavre était encore assez frais (en fénier). Le ventre était seulement coloré en vert foncé , l'épiderme détaché en beaucoup d'endroits, la couleur des yeux ne pouvait plus être reconnue. Des bleslares sa trouvaient à la tète, mais elles n'intéressaient que les téguments et ne pouvaient être considérées comme mortelles, pas plus qu'une firacture transversale de l'oa lygomatîque. Cependant nous trouvâmes du celé gauche, cinq côtes cassées, et, aux parties molles, on voyait très bien les restes d'ecchymoses antérieures. La plèvre deçà côté était plus rouge du côté droit. Dans la plèvre gauche se trouvaient 2(K) grammes d'un liquide sanguinolent ; et cela n'existait pas dans la plèvre
^9 PARTIE THA^ATOLOGIQUE.
^ffnUf, n^yo« pAiifionfi dire qoe ce liquide n'était pas un produit eadavérique. Les d^m ^ftmmnn* adhéraient h la e9^e thoracique par des endroits purulents. Sur le \o\i^, ftii^f^ri^fir du poumon droit se trouvait une extravasation sanguine de la lar- ^finr A'ntifi yO-r^ti de 5 francs. D'aprAs cela, on devait admettre que cette femme hn\i m*9fUi par siift^ de fractures de cAtes et d'une pleurésie consécutive.
(n%, 2.*f, — ' Exhumation après cinq mois et demi, pour déterminer s^U y aeu
empoisonnement par Varsenk.
l/e 24 Janvier 18...« la veuve F... mourut à la campagne, dans une propriété qtfi appartenait h R..., et dans laquelle elle demeurait provisoirement. 1^ sieur h, , avait fait une promesse de mariage à la dccédée qui avait cinquante-cinq ans« et, mirci^tte promesse, il avait obtenu d'elle toute sa fortune qui était considérable. RientAt aprAs il se désista, et la femme F... eut beau le prier ou' de se-marierou de rrndre la fortune, il refusa obstinément. Les choses en étaient là, lorsque la f«f mme F, . . mourut nu milieu de circonstances assez bicarrés.
RienlAl après cette mort, B... vendit sa propriété et se retira dans une province éloignée. Mais les soupçons so soulevèrent sur son compte et sur celui de sa bonne V... qui était oncninte do lui. On jugea nécessaire d'exhumer le cadavre; nom aasIstAmf* h crlto opératlbn, qui fut faite le 10 Juillet; ainsi c'mq mois et demi après la mort de In femme F... Nous rapportons les faits les plus essentiels do pror>«-vnrlinl dn rnutopBin et de notre rapport.
Ln f^ndavrn était habillé. On ne put pas dépouiller les mains des gants dont elles ^lfli(<nt rouvertes ni les piods des bas cl des souliers, à cause de la boursouflure dn* pnrtin* mollos produite par la putréfaction. Les vêtements étaient couverts lin niolRisMurt*! tt dn vers innombrables. Le cadavre n'exhalait pas une odeur dn pulrénirtlon , mais plulAt collo du vieux fromage. La tète, dont la figure était pnr.ori* rpronnalusablr, était couverte d'un bonnet qui, lui aussi, ne put être Aie. La flgum était d'un gris noir, sèche, parcheminée, momifiée. Les globes des yp\\\ manqualmt, ainsi que les cartilages du net; la langue était incomplète; li«« iir«>llli*s étaioni ronsf*r\éo5, et on y voyait des boudes d'oreilles d*or. La Airmi» rondi* du oorps i*l drs membre» était encore complètement conservée. Toute la «urfitoi* Antérieure» du oadavro était d*un brun jaune rusé. La peau en était |mr^hitminén ^t ri« ooupait Oicilemenl. l«a surC^^e dorsale du corps était plus daire; n^nm«^(n« la p<»au on élnil égalemeni parcheminée. Les cavités extérieures ne OAHtonafrnt pan di» corpn élrangor»^ il n*\ avait pas de blessu^^ ni marque de strangtiUlliAn.
iVim» U th\\H abilominale, los viscéro» étaient dans leur situation ordinaire, ^ Mgwn^U étalant p<mr\u«dNm<' graisse aK^ndante, dure, mais encore bien AMlii^«N^. \a péritoine était pAle et normaK lYpiploon irfs gras, le foie gris et très t«M^UvMi^ïil« hiWniti' onoAre remplie; reM<>mac avait la grandeur ordinaire, tout 1^ Mt vMf M nffliisitf « mou au loucher et «rr.n aspect bran grîs. Il ftit lié et Até. tNt^ M V^vivril on xit sa mit^neute d'un gri$ noir, sans aucun vlcèie ou autre MMM^ <m W MWMil à Tavialyoe chimique ax-^'c un morceau du Ibie ;1es intestins, ^ €M^ |Hal« HMmA fllM M vidM, les reîm et la mtr rameIKs par la patréCK-
AUTOPSIES TARDIVES. — EXHUMAI lOMS. — OBSERVATIONS. 61
Uoo, la matrice de couleur rosée éUil encore très ferme et vide. Les grandes veines itaient exsangues, le cœur affaissé, la trachée-artère et le larynx étaient vides, eur muqueuse d'une couleur brun rouge. L'oesophage ne montrait rien d'extraorlioaire, on le soumit à l'analyse chimique. Le cerveau était réduit de volume par a pQtréfaotion.
L'analyse chimique démontra indubitablement l'absence complète de toute commaison d'arsenic. Toutes les parties examinées n'ont offert aucune substance énéneuse, on a trouvé seulement une très petite quantité de mercure.
Dans notre rapport nous dîmes : « Il y a peu de chose dans les actes sur les cir- «Qstances qui ont précédé la mort. Nous ne connaissons pas l'histoire de la malalie ; uous ne pouvons pas même avoir des renseignements du médecin de village TÛtL soigné la malade. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il y a des circonstances accèseires qui feraient croire qu'il y a eu empoisonnement. Lorsque, au commencement !• la maladie, des amis de la femne F... venaient pour 4a visiter, la bonne leur refuahla porte en disant que ni la femme F... ni le sieur B... n'étaient à la maison, ou •îea elle disait que le médecin avait défendu que la femme F... reçût des visites. ^a le médecin dément cette assertion. Cependant quelques amies pénétrèrent Bsqu'à.elle ; elle était dans une chambre tout à fait sombre, que la bonne n'éclairait •*en hésitant. La femme F... dit que le vin la dégoûtait, elle frissonna lorsque ses ■lis lui conseillèrent de prendre la tasse qui était devant elle. Elle se plaignit de Mleors de cou, d'écorchures de la bouche, de grandes douleurs dans l'estomac, e vomissements continuels. B... avait recommandé de jeter les excréments de la ï» de manière que les botes ne pussent les trouver et en manger ! La cuisidépose que la bonne, dans les derniers temps de la maladie, a préparé elle* tous les mets que devait manger la malade, et qu'elle a versé dans le potage m médicaments, quoique la malade lui eût déclaré qu'elle n'en voulait plus prenre. La cuisinière dit avoir entendu de la bonne des propos comme celui-ci : • Si i diable voulait ^enir chercher cette vieille, o Les deux accusés attribuent la mort vue grande intempérance de la part de la femme F... ; cependant tous les témoins 'accordent à dire qu'elle a été toujours très sobre. 11 est à noter que B... a fait (ai{« eoteirement avec précipitation, et, lorsque l'instruction commença et que B... fut rrèlé, il voulut se peudre dans la prison ! »
Après avoir expliqué que toutes ces circonstances ne pouvaient donner aucune
aie à une expertise médico-légale, nous continuâmes : u Les deux accusés déclarent
li'à la fête de Noël il y eut un dîner dans lequel la femme F... mangea et but
betucoup, absorba surtout une grande quantité de vin de Hongrie *, aussitôt après le
ter elle commença à vomir, fut malade pendant quelques jours, mais se rétablit
tetM. Au milieu de janvier elle tomba encore une fois malade, elle se plaignait de
liiisoD, mal à la gorge, constipation, elle toussait et avait la lièvre. Deux jours plus
M elle fut rétablie par des remèdes diaphorétiques, de sorte que le médecin ne
Vâ^escrivit plus rien. Mais ces données ne correspondent pas avec les dates des
ovionnances. Le jour de la mort de la femme F..., le médecin dit : « Je la trouvai
*ï*ai un embarras gastrique ». C'est tout ce que ce médecin (I) trouva chez une
■osnole.
62 PARTIE THANATOLOGIQUE.
D'un autre cdlé, la cuisinière de la maison déposa : « Le matin du jour de sa mort, la malade se plaignait de vives douleurs et d'un sentiment de brûlure dans le ventre, qui lui donnait toujours envie de boire de Teau fratche ; elle mourut subitement, en ayant eonsclence de son état, ses derniers excréments étaient fluides et verts ». Le témoin dit avoir vu, pendant la maladie, des écorchures et des ulcères dans la bouche de la femme F....
D'après ce peu de données, il n'y a sur la maladie de la femme F... (jue des probabilités et des hypothèses. Il est certain qu'on a quelques symptômes qui se présentent après des empoisonnements par substances corrosives, les vomissements firéquents, l'oppression de l'estomac, les « douleurs affreuses » , le sentiment de brûlure dans le ventre et les ulcères de la bouche. Tandis que ce qui ferait douter d'un empoisonnement, c'est que les vomissements ont été observés dans la première maladie, et les douleurs du ventre ne se sont montrées que dans la seconde, et surtout que la mort est venue subitement, la femme ayant tuu'.c »a connaissance. Tous ces symptômes appartiennent aussi à d'autres maladies. On ne peut donc pas, d'après les renseignements que nous avons sur la maladie de la femme F..., conclure qu'on a feit prendre du poison à cette femme (1), d'après les dispositions du Code.
L'autopsie ne peut pas non plus nous amener à cette conclusion. Il est llcheux que cette autopsie n'ait pu être foite que six mois après la mort, alors que la pu* tréfoction avait déjà produit des ravages sur tous les organes; néanmoins, il faut le dire, on a pu, dans des cas d'empoisonnement par l'arsenic, arriver è des résultats précis après des exhumations de cadavres plus anciens. Il est vrai qu'on a observé sur le cadavre de la femme F... un certain degré de momification; mais il aérait téméraire d'en conclure qu'un empoisonnement a certainement eu lieu, car on a vu la momification ehet des cadavres de toute espèce, lorsque les conditions favora* Mes i ce phénomène se sont présentées. Nous ne savons pas si le terrain du cimetière du village est favorable à la momification, et il faudra savoir si d'autres cadavres inhumés dans ce même cimetière montrent après six mois ce même phénomène. L'autopsie ne nous montre pas d'autres phénomènes résultant d'un empoisonnement.
Nous avons dit n'avoir trouvé aucune combinaison d'arsenic que l'on peut cependant reconnaître in mtntmo, et que l'on a seulement découvert une très petite quantité de mercure. Or, on ne peut regarder cette substance comme un « poison •, puisque l'on sait que tous les jours on ingère des médicaments contenant du mercure à une bien plus haute dose. Il est néanmoins singulier que l'on trouve ce mercurei puisque le médecin traitant dit qu'il n'a jamais donné de préparations mercurielles à la malade, et qu'on n'en voit pas dans ses ordonnances. On peut expliquer peutêtre la présence de ce mercure par l'habitude qu'ont les malades de prendre très souvent des médicaments qui ne leur sont pas ordonnés : ainsi la femme F... a pu prendre des pilules laxatives qui se trouvent facilement à la disposition de tout le monde. Nous concluons, par tout ce qui précède, que, au point de vue médico-
(1) L'ancien Code demandait 8*i! dtaU certain que le poison eût éié donnd et s'il dtait vraisemblable que dw phénomènes obscnrûe en eussent é\é le r&ultat.
AUTOPSIES TARDlVBft. — EXHUMATIONS. — OBSERVATIONS. OS
léfai, on D6 penl pas dire si l'on a fait prendre du poison à la femme F... » Ce cas s'est présenté II y a très longtemps ; maintenant, de nombreuses ol»ser- Titions sur les empoisonnements, sur la putréftiction et sur l'évaporation de Taclde anénieux, nous feraient donner une conclusion un peu différente et nous n'bésfterioDs pas i donner une réponse plus positive.
Obs. 26. — ExhwnalUm après neuf mois. Fractures, gras de cadavre*
Momification.
Un garçen de quatre ans avait été tué, disait-on, par la chute d^uneporte-cochère et avait été enterré. On fit l'exhumation.
Le cadavre avait des Iraits complètement défigurés. La couleur du corps était d'un noir brun sale, la surface était couverte de moisissures. Le cadavre était roide et, à beaucoup d'endroits, surtout aux extrémités supérieures et à la face, il était moaiifié, au point qu'on, pouvait le couper comme du bois.
La surfiice interne des téguments de la tête était saponifiée. La suture lambdoïde du côté droit était disjointe de quelques millimètres, rarrière-tôte présentait une fracture de deux pouces de longueur, le cerveau était diminué de volume et transformé en bouillie grise, la base du crâne était fendue par une fracture qui commençât au rocher droit, traversait la selle turcique et aboutissait au rocher gauche. Les poumons, diminués de volume, étaient complètement anémiques ; il en était de même du csor qui était grisâtre, et dont on pouvait encore distinguer le tissu. La trachée et faesophage étaient saponifiés -, l'estomac encore reconnaissable contenait quelques restes de nourriture, l'épiploon et le mésentère étaient saponifiés ; la rate et le foie, gris, exsangues, nageaient quand on les mettait dans Teau, les reins étaient saponifiés ainsi que les intestins, la vessie était vide, la veine cave n'avait pas de sang.
Les blessures de tète n* avaient pu être faites après la mort dans cette forme et 1 cette étendue, et devaient ftiire admettre qu'une forte violence avait été produite
à la t£te de cet enftmt, et dont les suites avaient amené la mort.
Ois. 27. -^ Ecdiumalion des restes d'un enfant après deux ans, afin de constater
s^Uy aeu empoisonnement par Varsenic.
Dans ce cas je fus consulté par un tribunal étranger, pour savoir si l'on pouvait opérer un résultat scientifique en exhumant trois cadavres d'enfants que l'on soup- {«wait avoir été empoisonnés par leur mère, il v a douze, huit et deux ans.
Je conseillai de faire d'abord Texhumation de l'enfant mort le dernier. Quelque temps après, on m*cnvoya les restes de ce cadavre avec du terrain provenant du I cimetière. Le cadavre avait été pris du cercueil par le médecin de l'endroit, et mis
dios an vase ; on joignit une caisse dans laquelle se trouvaient les copeaux que l'on bel tosiiours dans les cercueils pour remplir les vides, les parois du cercueil et des pvctttes de terrain qui eatouraieot le cercueil. Le médecin -légiste de l'endroit dé^
6à PAUTIE THANATOLOGIQUE.
Clara dans le procès- verbal : « Le cadavre est celui d'un enfaiil de quelques semaioes, la forme ronde du corps est encore reconnaissable, le corps est devenu si friable, par suite de la putréfaction, qu*il s'écrase au toucher et tombe en miettes ; les os de la base du crâne, les vertèbres et les autres os sont intacts et a leur place, cependant les ligaments sont détruits par la putréfaction comme toutes les partios molles On ne peut plus reconnaître ni les mains ni les pieds. Les vêlements se distinguent à peine. »
J'ouvris le vase qui contenait le cadavre, étant assisté du chimiste assermenté, M. Schacht; nous trouvâmes des copeaux bruns, quelques os du crâne et une mas;e d'humineen putréfaction qui devait être regardée comme des restes départies molles et d*os putréfiés. Ces substances furent soumises à une analyse chimique pour voir si elles contenaient du plomb, du cuivre, du mercure, du bismuth, de l'antimoine ou de l'arsenic.
Nous trouvâmes que les restes du cadavre et les copeaux ne contenaient pas la moindre trace d'arsenic, mais qu'il y avait dans toutes ces substances une très petite quantité d'oxyde de cuivre. Ce fait ne pouvait pas faire conclure qu'il y avait eu empoisonnement par une substance cuivreuse; car, abstraction faite, qu'une partie des copeaux entourant le cadavre adhérait au cadavre et se trouvait dans toutes les épreuves, ce qui pourrait faire admettre que le cuivre provenait du bois, ^enfant était vêtu avec des étoffes de linge ou de coton, et le cuivre est contenu dans les substances végétales, comme le prouvent les recherches de Sarxeau, John,Meissneret autres; de plus, les recherches récentes de Wackenroeder {4ffvftlp der Pharmacie, octobre 1853) ont démontré que le sang humain en contient souvent des traces. Vu ces circonstances, nous déclarâmes qu'il était impossible de reconnaître s'il y avait eu empoisonnement, et les deux autres cadavres ne furent pas exhumés.
Obs. 28. — 05 exhumés.
Au mois de mars 18..., je fus requis par les tribunaux pour examiner des os humains afin de déterminer depuis combien de temps ils avaient été enterrés, et de déclarer si on pouvait y trouver des traces de violence. Je dis dans mon rapport:
• Ces os sont ceux du crâne et des membres supérieurs et inférieurs. L'individu auquel ils appartenaient doit être mort à l'âge de vingt à trente aiis. On ne trouve aucune trace de violence, les os sont intacts. Leur couleur jaune et leur fragilité me portent à croire qu'ils sont restés longtemps dans la terre ; mais il est impossible de fixer une époque exacte. Néanmoins je suis porté à croire qu'ils sont dans la terre depuis un temps plus long que celui nécessaire à la prescription des crimes les plus graves n. Cette déclaration suffit à la justice, et cette affaire fut abandonnée.
Obs. 29. — 0$ d'un iiouveau*né cahumé, Adipocire.
Dans un jardin de Charlottenbourg on trouva les os d^un enfant, qui me furent présentés avec la mission de déterminer : « si ces os appartiennent à un cadavre
▲UTOPSIKS TAHDIVES.— EXHUMATIONS. — OBSERVATIONS. 05
enfiinl nouveau -né, si cet enfant a vécu et combien de temps, et s*il y a longnpc que Tenfant est mort. «»
Oatre le« os , il y avait un morceau de toile grossière qui était couvert de nvx , une grande quantité d'adipocire ou gras de cadavre d'un jaune blanc, iféeuz, fondant à la chaleur, enveloppait les os, surtout les deux fémurs, l'os Mrtal, les os iliaques et le maxillaire inférieur ; aussi les os étaient difficiles à pÊnr de ces enveloppes. Ces os étaient :
1* Un os temporal avec trois fentes ayant à son plus grand diamètre 6 centièlret 1 /2 de longueur et 5 centimètres de largeur.
S* Un os occipital presque entier, avec sa protubérance extérieure très vbible, ml de la base à la pointe de 5 centimètres et large de 4 centimètres 1 /2 ;
3* Un fragment semi-lunaire d'un os temporal, 5 centimètres de hauteur, 5 cen- ■êtres 1/2 de largeur, auquel adhéraient encore quelques cheveux blonds ;
4* Un os frontal avec la protubérance visible» il y avait de l'arcade oculaire jusqu'à
pointe 5 centimètres de hauteur et autant de largeur ;
5* Deux os maxillaires inférieurs ayant chacun 5 centimètres do longueur ; w hauteur i la suture était de 1/2 centimètre;
0* Un petit os plat, mince, sans forme bien déterminée, qui devait appartenir à M ethmotdal ;
7* Deux os maxillaires supérieurs ayant 26 millimètres de largeur et 22 mlUiiilret de hauteur ;
t* Uo lambeau déchiré en beaucoup d*endrôits, long de 5 centimètres, large de
CiÉfaiètres 1 /2, mince comme une feuille de papier à lettre provenant de l'apocrânienne, et qui était couvert de cheveux blonds ayant 2 centimètres de
f* Cinq fragments de vertèbres, dont trois avaient leurs apophyses épineuses ; m eorps de ces vertèbres pouvaient être tranchés avec un couteau et on en aperevBt le tissu spoBgieux.
10* Un grand morceau d^adipocire duquel on avait retiré les deux os iliaques ; eux-ci étaient bien conservés, ils avaient 30 millimètres de hauteur et 31 milli* sètres de largeur.
Il* Une masse caséeuse enveloppée dans de l'apodicire, d'un brun jaune, devait ilR regardée comme du méconium d'après son odeur.
12* Un humérus de 5 centimètres de longueur dont le bout inférieur avait 2 centeètres de largeur, et le bout supérieur I centimètre ; cet os était enduit d'un tissu micuUire rouge brun. 13* La clavicule gauche de 30 millimètres de longueur, assez dur. \t* L'omoplate gauche ayant 32 millimètres de longueur, 2 centimètres de larleviila partie la plus légère; racromion proéminail d'une longueur de 4 milli- ■èlm; IS* l*n fragment de Tomoplatc droit avec sa crête.
16* Douze cétes dont la plus petilo avait 5 centimètres, la plus grande 6 centi- ■Mires de longueur, assez dures et bien courbées, n* Us deux fémurs ayant chacun 8 centimètres de longueur, la tète avait a. 5
CG PARTll;: THANATOLOGIQUE.
i centimètre d'épaisseur, la partie médiane 1/2 centimètre, la partie inférieure 2 centimètre, du reste assez durs (1).
1 S^ Deux tibias et deux péronés, chaque tibia long; de 5 centimètres ; le bout supérieur était large de 1 centimètre, le bout inférieur de 1 centimètre 1/2, le milieu de 1*08 avait 6 nf^ilUmètres de largeur, chaque péroné avait 5 centimètres de long, le bout supérieur était large de 4/2 millimètre, le bout inférieur de 6 millimètres ;
D'après ces données nous déclarâmes :
i*^ Les os sont ceux d'un enfant nouveau-né ;
9* Leur configuration et leur dimension prouvent que l^nfant a été viahUy et que très vraisimblablemmt il est né à terme ;
3® On ne peut pas dire si l'enfant a vécu après sa naissance ;
i'* Vraisemblablement l'enfant n'est pas resté dans la terre plus longtemps qu'un an à un an et demi.
Obs. 30. — Déterminer Vdge d'un fruU déjà ioponifté.
Ce cas montre combien la saponification peut se faire vite. La fille L... était accouchée secrètement et avait caché le cadavre de son enfant. Elle avoua l'accouchement, mais prétendit que le fruit n'avait pas plus de trois à (|ttatre mois. J'eus à vérifier la véracité de cette déclaration.
Les seins de cette fille laissaient échapper les gouttes d'un lait gras. Les taches et les rides qui se trouvaient sur le ventre ne pouvaient rien prouver dans •• cas, car cette femme disait être accouchée déjà antérieurement ; on voyait encore un peu de lochies, Torifice du col de la matrice, qui était déchiré, était encore ouvert de la grandeur d'un centime. Je déclarai que la fille L.., était accouchée depuis quelques semaines *, mais, vu la qualité du lait et l'ouverture encore présente de Toriflce de la matrice, il était très vraisemblable que le fruit auquel elle avait donné naissance avait plus de quatre mois.
Peu de temps après, on trouva l'enfant enfoui dans la terre humide d'une cave^ enveloppé dans un tablier de coton *, il nous fut présenté pour que nous en fissions I l'autopsie. Il était déjà très putréfié, et aux extrémités, surtout àl'avant-bras droit et à la cuisse droite, la saponification avait commencé. Toutes les cavités étaient ouvertes, les os crâniens détachés, le cerveau avait coulé. Mais comme les extrémités supérieure et inférieure gauches étaient encore bien conservées, la dernière avait 20 centimètres de longueur et était encore très grasse et rondelette ; comme le poids du corps entier était de 3 kilogrammes ; comme la longueur, autant qu'on pouvait la reconnaître, était encore de dix-neuf pouces, je dus déclarer : que le fruit certainement avait plus de quatre mois, qu'il était même, selon toute vraisemblance, né à terme ou à peu près. Ainsi l'autopsie confirmait ce que nous avions dit lors de l'exploration de la mère. (Comparer cette observation aux obs. 14, 15, 26 et 29.)
(1) La ddcoiirertc du point d'ossiflcalion dcl'cxlrcrait*? inftVietirc du fémur n'était pas encort* f.iiic. Il aurait été intéressant de l'examiner dans ce cas.
ÂUfOPSŒS TAIlDIVËd. — KXUUMATiONS. - OBSHlRVATlOiNS. 07
[)m. 31 . — Exhmmalion d'un cadavre^ Irois fois répétée, pour des 'buis différents .
C'était une des causes les plus célèbres des temps modernes, unique en médeciue-légale, qui souleva une question tout k flUt noQVelle, celle du tatouage (voir plus bas le chapitre tatouage) ; c'était TaChire de Schall qui était accusé d'avoir lisassiné son camarade, le marchand Ebermann (1).
H a fallu exhumer le cadavre de la victime à trois reprises différentes, parce que l'on ne pouvait pas déterminer l'identité de la victime.
La première exhumation eut lieu neuf jours après l'autopsie, parce qu'une femme prétendit que son mari avait disparu et qu*elle croyait que c'était lui la victime. Elle déclara qu'elle reconnaissait le cadavre, mais plus tard on s'aperçut fà*eàkô était une inilme menteuse.
La seconde fois, le corps fut exhumé cinq mois après la mort, pour savoir s'il y avait des marques de tatouage que l'on savait être sur le bras d'Ebermann, et dont la présence, par conséquent, était de la plus grande importance à vérifier. Mais la putréfaction était déjà trop avancée pour que l'on pût déterminer s'il y avait eu ou DOD des marques de tatouage.
La troisième exhumation ne concerna que la tète seule, qui avait été coupée par l'Miatsin ; elle fut faite deux ou trois ans après la mort, parce que la maîtresse de la vietime, sur l'identité de laquelle on avait toujours des doutes, prétendait que !•■ amant avait des dents ê\ particulières, qu'elle les reconnaîtrait tout de suite. Nous eAoMie k examiner les os du crâne qui avaient été brisés par un coup de fusil. On dsoMUdait si le coup mortel était entré dans la tète par le derrière de l'oreille gau die, ce que l'on ne pouvait plus déterminer, car ce crâne avait été écrasé en miettes |iar les deux balles d'un fusil double, et la destruction produite par la putréfaction empêchait de reconnaître l'endroit où le projectile avait dû entrer. Le crâne n'était représenté que par des morceaux d'os cassés. Cependant, le maxillaire inférieur était encore frais, jaune et ferme (pas de ce jaune blanc et mou que les os ont plus tard), et avait encore toutes ses dents intactes. Ce qui est très remarquable, c'est fu'au menton il y avait encore quelques traces de barbe rouge, et celte barbe était implantée sur une petite portion de peau sèche et collée sur l'os qui, dans tout le reste de son étendue, était dénudé. On me présenta les dents, en me demandant si e&es ressemblaient à celles du frère de celui que l'on présumait être la victime. h déclarai qu'il existait une ressemMance entre les deux systèmes dentaires, ■ais <ioe je ne puis en tirer aucune conclusion positive <
Ce cas montre quelles questions singulières sont quelquefois posées au médecin- Itgisle.
(I) VoiruMNi jotiriMl, Yici'teljahrtschrifl, l, y. 274 ulsuiv.
68 PARTIE THANATOLOGIQUE.