C. Tatouage
Gomme nous l'avons déjà dit dans la 31* observation» dans une affaire très grave, mnis eûmes k répondre à cette question : Des marques de tatouage qui existaient pendant la vie peuvent*^les ne plus 9e relronver sur ie cadavre? Cette question était tout à âut noavdle, et, tomme il n'en existait aucun précédent dans toute la littératve
LNSFKCTIN EXTÉfilËURË DES CADAVUES. — TATOUAGE. 83
ui^dicalei je ne pus U résoudre que par des recherches persennelies. Si la réponse étail négative, le cadavre inconnu que Ton avait trouvé ne pouvait être celui de l'homme que l'on soupçonnait et qui avait eu nt)loireroent des marques de tatouage pendant la vie ; et si cette identité n'était pas constatée, l'accusation contre l'assassin tombait d*elle*méme. Si, au contraire, on pouvait prouver que, seulement une fois, ces marques ont disparu, Taccusation se trouvait con« lirmée.
Chez nous, les marques de tatouage sont faites ordinairement par (les honunes et presque toujours sur les bras, quelquefois aussi sur la poitrine. Les peuples sauvages font ce tatouage sur tout le corps, et se servent de ce signe pour indiquer le rang plus ou moins élevé de l'individu dans la société. Le tatouage se lait au moyen de trois ou quatre épingles enveloppées jusqu'à la pointe dans un bouchon ou un morceau de bois, on les enfonce dans la peau sur laquelle on a d'avance dessiné la figure. Lee hommes qui aiment à se faire ces marques de tatouage sont ordinairement des soldats ou des marins ; ils dessinent un ou deux cœurs avec les initiales de leur bien-aimée, l'innée qui court, des épées croisées, des pipes, etc. Lorsque l'héoiorrhagie produite par les petites piqûres a cessé, on frotte dans les blessures fraîches une matière colorante, du cinnabre, de la poudre, ordinairement ces deux substances sont mêlées, ou de la couleur noire, du charbon, de l'encre, de la couleur bleue.
Pour savoir si ces marques peuvent disparaître encore pendant la
vie par une résorption des matières colorantes pendant l'acte de la
régénération continuelle du derme, je visitai les invalides de la Haison-
Rojale, parmi lesquels je trouvai trente-six hommes qui dirent
ivoir été tatoués (1). Chez l'un on voyait encore clairement des mar-
^Ms de tatouage après cinquante-quatre ans, chez beaucoup d'autres
ipis plus 4e quarante ans, chez deux autres les marques de tatouage
tvveit disparui sans laisser auQUoe trace, après trente^-huit et trente-
(l).Voir le tableau »pécial de ces tatouages dans moaiourual (VierleljahrsKhrift^ ^•l,p.îS8)*
Si partiiî: thanatolugique.
six ans» Le résaltat général de mes recherches lut que sur (rente-six qui avaient été (atoués, chez trois les marques avaient pâli, chez deux elles avaient en partie disparu, et chez quatre elles avaient disparu complètement. Donc, il y en avait un sur neuf qui avait perdu toute trace de tatouage. Dans Taudience publique dans laquelle j'annonçai les résultats de mes recherches, il se trouva un témoin, homme du monde, qui' montra son bras complètement intact et sans aucune trace des tatouages qu*il y avait faits dans sa jeunesse avec du cinnabre.
Un an plus tard, M. Hutin (1), à Paris, a répété ces expériences sur une échelle encore plus grande, dans le grand établissement des Invalides. Sur trois mille invalides il en trouva cinq cent six qui s'étaient tatoués autrefois. Ces recherches ont abouti aux mêmes résultats que les miennes. Les couleurs furent trouvées les mêmes que celles que nous avons nommées, et, comme cela a lieu ordinairement, on s'était servi du cinnabre. Les marques produites par cette substance disparaissent, d'après H. Hutin, très souvent; les marques faites avec (le la couleur noire ou du charbon pulvérisé restent pins souvent visibles, celles qui sont faites avec de la poudre, du bleu ou de l'encre palissent assez souvent, mais ne disparaissent ordinairement pas. Parmi les cinq cent six tatoués, M. Hutin trouva les marques complètement disparues chez quarante-sept. Ainsi c*est presque la même proporliun que celle que j'ai trouvée, un dixième.^
Cette question une fois soulevée a été encore étudiée par un autre iiiéJecin de Paris, M. Tardieu, qui deux ans plus tard fit des observations et publia un mémoire remarquable sur les tatouages (2), au point de vue médico-légal. Parmi soixante-seize individus qui avaient clé autiefois tatoués, il en trouva trois dont les marques avaient complètement disparu. Cette proportion est très faible comparée à la mienne et à celle de M. Hutin; elle est expliquée par M. Tardieu par le choix lie la matière colorante. Les invalides que nous examinâmes.
(1) Hahenhes sur les tatouages, Paris, 1855.
i2) Annales d'hygiène publique y ian\* 1855, p. 17 1<