‹ Traité pratique de médecine légale v. 2Chapitre 45 sur 166 · INSTRUMENTS CONTONDANTS · texte numérisé non relu

INSTRUMENTS CONTONDANTS

petites plaies longitudinales, ce que, du reste, je n'ai vu que rarement. Les ruptures transversales sont très rares, elles ne sont ordireinent pas uniques, elles sont plus souvent multiples et parallèles. Noicides exemples de ruptures exceptionnelles.

Obs. 53. — Forme rare de rupture du foie.

Vd enfant de deux ans et demi présentait une forme très rare et très curieuce de niptiire du foie. La mort était survenue en une demi-heure. Depuis le milieu de Tabdomen jusqu'à la troisième vertèbre lombaire, s'étendait un lillon^arge d'un demipoQce,d'un rouge brun parcheminé ; dans l'abdomen il y avait 100 grammes de sang foncé provenant d'une rupture du foie ayant un aspect tout particulier ; tout le bord Ankht droit était broyé et comme rongé par des animaux, le péritoine était ecchy • iBosé dans la région lielvienne, dans tout le corps il y avait anémie. La veine cave tétait Tide^ le cœur également, les poumons pàle$. Les veines de la pie mère étaient comme ordinairement remplies de sang.

Obs. 54. — Division complète du foie.

^cas est également très curieux. Une tiUc de quatre ans avait été écrasée et ^ii morte au bout de quelques minutes. Extérieurement il n'y avait pas de traces de '^rôni remarquables, excepté une légère ecchymose au front gauche, une autre h laraQUbras droit et un sillon ecchymose à la jambe gauche, rien de plus. Aussi Pouvaiton diagnostiquer d'avance une rupture du foie. EUe existait en effet, mais ^"< était d'une espèce particulière que je n'ai jamais rencontrée depuis. Le foie ^it complètement déchiré dans son sens vertical et divisé en deux parties, la (^^ antérieure était libre dans la cavité abdominale. La rate présentait deux '"Ptures transversales qui ne pénétraient que jusqu'à la moitié du parenchyme. Dins la cavité abdominale se trouvaient 500 grammes de sang liquide.

Us autres organes al> lominaux ne se rompent presque jamais, excepté la matrice pendant Taccouchement, et la rate dont lesrup- •>rtt sont ordinairement transversales (obs. 34, 54, 91, 97 et 108). Les ruptures de l'estomac et des intestins (obs. 97), des épiploons (^^meobs.), des reins, des grands vaisseaux, de la vessie, sont très 'ares, et ne se présentent que lorsqu'il y a écrasement général. H- Devergie dit que les ruptures de la vessie sont assez fréquentes, "Mil il ne prouve celte thèse singulière par aucune observation personnelle; il dit seulement deux mots de deux cas observés par tlWres, mais sans description spéciale. Je n'ai jamais trouvé sur le

lOS PAIITIE THANATOLOGIQUE.

cadavre une seule rupture de In vessie vide ou pleine, et quand elle est vide il est évident que la rupture ne peut avoir lieu que s'il y a écrasement du bassin.

S 3. Armes à fea.

Ce sont les pistolets, les carabines, les fusils (les canons et les mortiers, que M. Devergie mentionne, ne me semblent pas appartenir h la médecine légale!)

Les coups portés par ces instruments séparent la continuité des (issus, perforent, déchirent ou écrasent les parties dures et molles, et, par suite, ils amènent la mort ou par destruction d'organes importants ou par hémorrhagie. Les armes à feu sont rarement examinées par le médecin-légiste. Car, lorsqu'on trouve un cadavre qui a é»é assassiné, les coupables ont eu le soin de ne pas laisser l'arme ; il n'y n que les cas dans lesquels un homme étant mort par suite d'une blessure par arme à feu et l'arme se trouvant près de lui, on doute si la mort est le résultat d'un crime ou d'un suicide. Je dois ajouter (|ue la présence ou l'absence de l'arme ne peut rien prouver, car l'assassin peut l'avoir laissée dans sa précipitation a se sauver, et, d'un autre côté, le suicidé peut avoir été volé après sa mort. Du reste, je trouve que l'examen de l'arme n'a pas ordinairement beaucoup d'importance pour le juge, dans les cas de mort par armes à feu. Quanta la question : une arme a-t-elle été tirée et quand at-elle été tirée?

M. Boutigny, pharmacien à Evreux, a fait des expériences sur les phénomènes qui se passent dans la crasse qui tapisse la batterie d'un fusil n pierre, selon que celui-ci a été déchargé depuis plus ou moins longtemps. En voici les résultats :

€ Il divise Fes cinquante jours de ses observations en quatre périodes :

» Dans la première période qui n'est que de deux heures, la crasse a une couleur noir bleu. Elle ne présente pas de cristaux, on n'y voit pas d'oxyde rouge de fer, ni de-trace de sels de fer. La crasse, enlevée avec un pinceau imbibé d'eau distillée, donne, après Gltration, une

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liqueur légèrement ambrée; cette liqueur colore en chocolat l'acétate de plomb, en vertu du sulfure de potassium que la crasse renferme encore à celte époque.

> Dans la deuxième période, qui est de vingt-quatre heures, la

crasse est moins foncée en couleur ; elle ne présente pas de cristaux,

elle n'ulTre pas d'oxyde rouge de fer ; mais Taddilion de leinture de

noix de galle, dans sa dissolution filtrée et limpide, la rend trouble

et commence à y déceler Texislence d'un sel ferrugineux.

n Dans la troisième période, dont la durée est de dix jours, on observe sur la crasse une foule de petits cristaux sous. le couvre-feu et sous la pierre (ces cristaux sont d'autant plus allongés qu'on s'éloigne davantage de l'époque à laquelle l'arme a été ttrée). Il existe sur la partie du canon correspondant a la batterie, et particuiièremenl au bassinet, des taches nombreuses d'oxyde rouge de fer (probablement plutôt de carbonate) ; la dissolution provenant de cette crasse donne, par l'hydro-cyanate ferrure de potasse et la teinture ^eooix de galle, les colorations bleues et violettes des sels ferrugineux.

> La quatrième période dure jusqu'au cinquantième jour. Il y a beaucoup plus d'oxyde rouge de fer sur le canon, et la liqueur prove- Q<iot du lavage de la crasse ne donne plus la réaction des sels ferrugineux (1) p.

OrGla, en parlant de ces expériences, n'hésite pas à dire que, d'après les résultats de M.^Bouligny, il est possible de déterminer, à quelques jours près et même à quelques heures près, l'époque à Inquellel'arme a été tirée. Quant A moi, je suis bien loin d'être de celte opinion.

Us expériences de M. Boutigny n'ayant pas été répétées, ne peuvent avoir une telle importance en médecine légale pour les cas où il peut s'agir de la vie d'un accusé. Ajoutons que la grande assurance avec laquelle M. Uoutigny pose ses conclusions nous les rend sus- P^les; car il est évident que les différentes qualités de poudre em-

{^)hurnai de chimie médicale^ 1833, septembre.

110 PARTIE THANATOLOGIQUE.

ployées doivent constituer sur la batterie de Tarme des différeoles crasses; puis la proportion de salpêtre dans la poudre varie de 62 pour 100 à 76 pour 100, le charbon de 12 pour 100 à 18 pour 100, le soufre de 10 pour 100 à 20 pour 100. Le degré de rhuraiditc de l'air pourra aussi influencer, puis les armes à capsules el remploi du coton-poudre ont rendu ces expériences tout à fait superflues.

Mais je vais plus loin, je prétends que dans celle circonstance U médecin n'est pas un expert compétent s'il n'est pas habile chasseur ou adroit tireur, et il devra conseiller au juge d'appeler des fabricants d'armes, des gardes-forestiers ou des chasseurs comme experts. Il arrive souvent que parmi les douze jurés il se trouve un ou plusieurs bons chasseurs, et le médecin en débitant devant eux des théories qu'il a trouvées dans les auteurs, s'expose à perdre le prestige que lui doflne la dignité de sa position, en parlant devant des counaisseurs de choses qui lui sont étrangères. Une telle maladresse enlèvera aux jurés beaucoup de leur confiance dans son rapport tout entier.

Il en est autrement pour ce qui concerne les efl'ets de l'arme à feu sur le cadavre. Ici le médecin rentre dans son domaine, car il s'agit d'observer un phénomène de la nature. La nouvelle invention de balles pointues apporte des modiGcations dans les efl'ets sur le corps humain. Nous exposerons plus loin (partie spéciale) en parlant de la mort par armes à feu, les détails qui se rapportent à cette question.

S 4. — Initrutnents itraDgaUDif ,

11 n'y a pas de corps long, flexible et ne cassant pas facilement, qui n'ait pas encore été employé comme instrument strangulant : des cordes, des cordons, des fichus ou mouchoirs de toutes formes, des étofl'es de toute espèce, des ceintures, des bretelles, des nattes de paille, des bandes, des manches, des jambes de pantalon, etc. Ils agissent, comme on sait, en empêchant l'entrée de l'air dans les voies respiratoires, ou en interrompant la circulation par une forte pression sur les vaisseaux et sur les nerfs; cette pression peut avoir pour effet dj paralyser les nerfs. Leurs effets locaux sur leeou sont hsmarques

INSTRUMBNTS 6TRANGULANTS. IM

sifngulaloireê doDl nous parlerons plus tard en traitant de la mort pmr pendaison (partie spéciale), car il s*y rattache la question de la pendaison avant et après la mort.

L'examen de Tinstrument strangulant doit être fait par le mé'^

decin*légiste pour constater si le sillon trouvé sur le cadavre a pu

être causé par l'instrument. Une grande quantité d'observations me

permettent d'assurer qu'il est souvent très difficile de déterminer cette

question; car les instruments les plus différents peuvent produire les

oDèoies effets. En général, cependant, les liens durs, tels que les

cordes de chanvre, produisent des marques excoriées et en partie

parcheminées, tandis que les corps mous, tels que les étoffes de soie et

de bdne, ont moins souvent cet effet. En général aussi, la largeur de

b marque correspond à celle de l'instrument strangulant. Les fichus

iODt souvent garnis d'ourlets ou de franges nattées et de bordures

de toute espèce, qui se trouvent en contact avec la peau, y laissent

leur empreinte et souvent l'écorclient.

D'uD autre côté, les instruments strangulatoires larges, comme des ceintures, des bretelles, peuvent produire un sillon très étroit d'après h position dans laquelle la pendaison a eu lieu, par exemple, si le iieiié n'a été placé que dans une anse de l'instrument largo et que celui-ci n'ait presixé que par une partie étroite de ses bords.

Enfin la profondeur du sillon dépend de la pression plus ou moins innde avec laquelle l'instrument a étranglé. J'ai vu des cas où on oaundt pas pu mettre un doigt entre l'instrument et le cou, tandis foe souvent le lien est plus lâche ; mais le corps, par son poids, a sulB pour que la pression à un certain endroit ait déterminé la mort. Tontes ces circonstances doivent être examinées de près. Nous reviendrons plus tard, au sujet de la mort par pendaison, sur l'étude du sillon strangulatoire.

L'instrument strangulant peut encore devenir l'objet de l'examen lorsqu'on ne sait s'il y a eu meurtre ou suicide, alors il est très impertint d'étudier comment est fait le nœud du lien. 11 y a, comme ^^i^iy une grande quantité d'espèces de nœuds. Les boulangers ont loe manière particulière de nouer les sacs, les tisserands ont aussi un

112 PARTIE THANAT0L06IQUE.

nœud particulier, ainsi que beaucoup d'artisans; on ni*a quelquefois demandé si tel nœud était un nœud de boulanger? Le médecin doitil dune tout savoir? Il est absurde d'exiger de lui la connaissance de tous les instruments techniques et toutes les manipulations des ouvriers. Tour les mêmes raisons données plus haut pour les armes à l'eu, je conseille à tous les médecins de toujours déclarer leur incompétence dans de pareilles questions. Que le juge, dans ces cas, appelle des ouvriers du métier.

§ s. — l>cs taches de sang sur les instruments.

Dans les affaires de meurtre, assassinat, blessure, viol, etc., le médecin est souvent appelé à constater si les' taches qui se trouvent sur des instruments, meubles, portes, murs, vases, vôtements, sont des taches de sang ou non. L'accusé nie ordinairement, et les taches suspectes dont il ne peut expliquer la nature sont souvent les charges les plus importantes contre lui. Ou bien il avoue que les taches sont bien des taches de sang, mais il dit qu'elles proviennent du sang d'un animal, ou bien quelquefois il prétend que ces taches de sang proviennent du sang d'une femme ayant ses règles. Dans d'autres circonstances, quelqu'un se tache avec du sang d'animal afm d'accuser un tiers. Je pourrais citer des exemples présentant ces diverses circonstances, et je n'épuiserais pas encore les particularités qui s'attachent aux taches de sang. Comme cette question est de la' plus liante importance, il n'est pas étonnant que l'on ait cherché h déterminer avec certitude les moyens de la juger. Mais ce n'est que dans l.)s temps les plus modernes (1) que l'on a pu atteindre ce but, car

(1) Voyez Ornia. MM. lég.y 2'" édilion, p. nfii. I.assaignc, Revue médicale^ aoOt, 1 82 1 . IJarruel, Anuales (Vhygicne pxihiviue^ 1829. (.hcvallior, Annales de Poggendorf, 1838, numéro [). n.irriicl et Lesiieur, Archives de ?«(<i. , 1833, I, 2' scric. n. Ilose, dans ma Vieticljahrsschrifl , 18:i3, IV, \k 295. C. Schmidl, die Diagnostic verddchliger Fkcke it% Criminalfailen,

.Milau et Lcipzij^, 18i8.

t]. Ritler, Ueber die Ermittelung von BlutSdincn^ und Excremenlenfiecken in CriminalfiiUen^ Wùrzburg, I85i.

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