EXAMEN CHIMIQUE DES TACHES DE SANG
D'après cela, H. Rose remarque avec raison que s'il se dégage de 1* ammoniaque dans une liqueur provenant du grattage d'un instrument de fer et chauffé jusqu'à l'ébullition, cela ne peut pas prouver la présence du sang que l'on soupçonnait y être. Lorsque, par une chaleur peu intense dans une éprouvette sèche, l'ammoniaque est éloignée de la rouille grattée sur le métal, il fafut, si cette rouille contenait du sang même en très faible quantité, que par une chaleur plus grande, l'odeur comme empyreumatique qui s'exhale par la carbonisation de toute matière albumineuse, soit perçue, et on verra, à la partie de Téprouvette non chauffée, se déposer l'huile empyreumatique brune et fétide.
Un moyen encore plus sâr de distinguer le sang de la rouille, c'est, après avoir fondu une petite quantité de rouille avec un volume à peu près égal de potasse, ou mieux de soude, dans une petite éprouvette de verre, de refroidir la masse avec de l'eau, puis de filtrer la solution, de mêler avec une petite quantité d'une solution de fer contenant de l'oxyde de fer et de sursaturer avec de l'acide muriatique. S'il y avait du sang, il restera une quantité plus ou moins grande de bleu de Prusse qui se dépose, dont la couleur ne paraîtra lerte que si la quantité de solution ajoutée a été trop grande. Rose assure, et l'on peut bien s'en rapporter à l'affirmation d'un tel auteur, qoe par cette nouvelle méthode le sang est reconnu avec sûreté dans de la rouille, même s'il ne s'en trouve qu'en très petite quantité. Il lait observer que ces phénomènes peuvent être produits par toute matière azotique sans qu*il soit besoin du sang ; cependant, lorsque b rouille est produite seulement par l'oxydation du fer à l'air hunùde,ces phénomènes ne se montreront certainement pas (1). Quant 9QX recherches des taches de sang sur d'autres objets, surtout sur les étoffes, voir plus bas.
(I) Quant aux expériences de H. Rose sur le mélange d'oxyde de fer hydraté et ^ttnf, liafi qu6 sur la recherche du sang sur un objet qui est resté sur un terrain nebe d'I^nnine, voir son Mémoire important ci-dessus cité.
§7.— Proeédé du meortrier dans l'ezéeulîon du crime.
D'après les dispositions légales citées plus haut, les experts doivent déclarer si : < les blessures ont pu être produites par les instruments présentés, et si Ton peut, par la position et Tétat de la blessure, juger le procédé et la force qu'a employés vraiseaiblablement le coupable. »
Ordinairement la réponse à celte question n'est pas très difficile, si Ton veut se rappeler les effets différents que produisent les différents instruments tranchants, piquants, contondants, etc., surtout lorsqu'il s'agit de répondre à celte question : Telle blessure a-t-elle pu être produite par tel instrument? Quand on a devant soi un crâne fracturé et une hache ou un marteau, on n'hésite pas à répondre oui.
Hais il arrive souvent que le juge d'instniction va plus loin, surtout si l'accusé nie obstinément ou si les circonstances sont douteuses; il demande alors au médecin : Les blessures ont-elles été produites par cet instrument? Il est certain que dans beaucoup de cas on ne peut pas répondre positivement h cette question, car la blessure mortelle a pu évidemment être produite aussi bien avec la hache A qu'avec la hache B, aussi bien avec le couteau qui s'applique sur la blessure qu'avec tout autre couteau de même dimension. Afin de ne pas s'engager dès le commencement, car l'instruction ultérieure fait souvent surgir des faits nouveaux et inattendus, il est bon d'avoir la précaution de dire que les blessures ont pu être produites avec cet instrument et qu'elles l'ont été avec celui-là ou un instrument semblable.
Une réponse négative est plus facile h donner ordinairement, c'està-dire que le médecin peut, dans la plupart des cas, déclarer que la blessure n'a pas pu être produite et n'a pas été produite avec l'instrument présenté, et cette déclaration est dans beaucoup de cas d'une très grande importance pour la justice, car elle i^eut faire rejeter les mensonges de l'accusé, comme dans d'autres cas elle le protège
PROCÉDÉ DU MEURTRIER DANS l'exécution DU CRIME. 121
lorsqu*!! est dénoncé et accusé d'avoir blessé un homme d'une manière que le médecin juge impossible.
Quelquefois, dans des rixes auxquelles ont participé plusieurs personnes, il y a plusieurs individus accusés d'avoir commis le même meurtre. A s'est servi de l'instrument X, B de l'instrument Z, etc., et il s'agit de déterminer quel est celui qui a causé la mort. Dans cette circonstance la justice se repose presque entièrement sur l'expertise du médecin. Nous rapporterons plus bas beaucoup de cas très intéressants, qui montreront des exemples d'affaires semblables. Ce qu'il y a de plus difficile, en général, c'est de répondre A la dernière partie de la question : Si par la position et la grandeur des blessures on peut conclure quelle a été la manière de procéder du coupable, ainsi que l'intention et la force qu'il a employées. C*est justement dans les causes capitales de meurtre et d'assassinat que cette question est toujours posée, car presque toujours l'accusé nie» Il dit n'avoir pas attaqué la victime au lit, ou bien ne pas l'avoir reil»* Tersée, ne pas l'avoir frappée, au contraire elle s'est jetée elle-même sur le couteau dont il }g menaçait. La direction des blessures, leur largeur, leur profondeur, leur nombre, la comparaison avec les instruments présentés, peuvent souvent donner la contre-preuve évidente de la manière d'agir de l'accusé, comme nous le prouverons plus bas. Avec un peu d'expérience on ne se trompera pas. Toutes ces affaires sont jugées devant des jurés qui se font eux-mêmes une opinion sur la manière de procéder du coupable, et cette opinion est très bien à la portée des laïques.
Obs. 58. — Violences mortèllei attribuées à des soufflets, Rupture du foie.
Le 25 novembre 18..., à midi/les habitants d*une maison entendirent du bruit te le logement du sieur R...; ils distinguèrent la voix d'une femme en colère et les pUintas et les prières d'un enfant , puis un gros soupir, le bruit d'un corps ieténrle plancher, et les mots « Lave-toi », enfln un cri rauque et un râle.
En pénétrant dans la chambre, on trouva 1^ bonne de R .. avec la fille de celui-ci, ^|éede dix ans (qui venait de sortir de Técole) ; la femme était dans une violente colère, l'enfant gisait à ses. pieds, la figure couverte de sang, les cheveux en désordre. La femme fut arrêtée et déclara jusqu'à la fin de rinstruction, qu'elle n'mit donné à l'enfant que deux soufflets et encore par-dessus son chapeau de
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paille, qu'alors elle s'est jetée par terre par méchanceté, et que, relevée par elle, elle s'y rejeta de nouveau ; niant obstinément toute autre violence. On trouva sur le plancher et au bas des meubles des traces de sang.
A notre exploration, nous trouvâmes, outre des écorchures nombreuses, quarante ecchymoses assez grandes à la tète, au tronc et aux extrémités ; de plus, \e% deux yeux, le nés, les lèvres, les deux oreilles étaient tuméfiés. Les fesaes étaient couvertes d'ecchymoses bleuâtres. Sur le ventre il n'y avait rien. Le cerveau était hypérémique, au milieu de l'hémisphère gauche une extravasation de sang foncé de 2 grammes et une autre de 6 grammes à la base du crâne. Le cervelet, ainsi que tous les sinus, étaient hypérémiques. Le cœur et les poumons contenaient peu de sang ; la trachée-artère avait dans son intérieur un peu de mucus rouge foncé ; Is cavité abdominale contenait 500 grammes de sang foncé liquide ; le foie était déchiré, ce qui avait donné lieu à l'hémorrhagie. La déchirure avait 8 centimètres de longueur entre le lobe droit et le lobe gauche et traversait toute la substance.
Il fallut admettre que la mort était survenue par hémorrhagie interne produite parla rupture du foie; mais il ne pouvait pas être douteux que celte rupture n'avsit été causée que par une violence extérieure, car le foie ne peut pas rompre, quand il est sain, sans une violence extérieure. La manière dont la violence avait 4té exercée ne pouvait pas être déterminée par la seule ouverture du cadavre. On pouvait seulement assurer que de simples soufflets n'avaient pas pu tuer Tenfant de cette manière. Il était également évident que l'hémorrhagie du cerveau qui, par elle-même, pouvait amener la mort, n'était pas le résultat d'une cause interne, ear l'enfant, peu de temps avant sa mort, était revenue très bien portante de Técole, et des hémorrhagies du cerveau n'ont pas lieu subitement à cet âge et dans ces circonstances. Il était également certain que les nombreuses lésions extérieures ne provenaient pas de la seule chute de l'enfant par terre ; ajoutes que l'on trouva plus tard les boucles d'oreille de l'enfant, brisées et dispersées dans la chambre. L'accusée fut déclarée coupable et condamnée à vingt ans de travaux forcés.
Obs. 59. — Coups dans le ventre regardés comme cause de la mort,
H«.. et R... buvaient ensemble dans une auberge, lorsqu'ils commencèrent à se disputer. Puis ils sortirent ensemble et marchèrent à un quart de lieue de la ville dans laquelle R... devait entrer en service. Il était tout à fait ivre ; il déclara plus tard être tombé à cet endroit par terre et avoir reçu de H... beaucoup de coups de pied dans le ventre; ce que naturellement H... a nié. Uu quart d'heure plus tard, le maître de R... le vit « et n'observa dans sa démarche rien qui pût lui faire croire qu'il était ivre. » R... se plaignit bientôt des douleurs violentes dans le ventre, il passa la nuit dans le grenier d'une maison dont le propriétaire déclara l'avoir vu • très ivre. » Cependant il avait grimpé sur une échelle de six à huit échelons sans aucun secours. Ses douleurs devenant plus intenses, on le transporta le lendemain dans un hôpital où il arriva à midi. On constata : <f une forte contusion des parois du ventre et des organes internes », ce qu'indiquent une grande sensibiliié,