BLESSURES PAR ARMES A FEU. — Y A-T-IL FAUTE D'UN TIERS
Kusmaul (I) prétend le conlraire. Il dit que la rétraction coflTulsive de la main survient avec la rigidité cadavérique. Il dit que si Ton met un pistolet dans la main d'un cadavre pendant la période éi relâchement, on verra dans la période de la rigidité les doigts serrant tellement l'arme qu'il sera difficile de les en séparer. J'ai fait des expériences nombreuses qui m'ont prouvé que cette opinion est erronée. J'ai mis dans la main d'hommes qui venaient de mourir ëepnls quelques instants à l'hôpital, et certainement avant le com- Bencement de la rigidité , des morceaux de bois , des manches de pistolet et d'autres instruments, puis, fléchissant les doigts, j'ai enveloppé la main tenant l'instrument avec des mouchoirs , j'ai maintenu le tout serré avec du diachylon et j'ai attendu la rigidité. Dans Unis les cas, sans exception, l'instrument put être enlevé avec la plus frande facilité-, ainsi quand l'arme est serrée dans la main du cadavre il faut conclure qu'il y a eu suicide.
Malheureusement cette circonstance se présente très rarement. Des fractures des doigts, des écorchures dans la main sont moins importantes, mais cependant peuvent être ajoutées aux circonstances probantes. Les blessures de cette espèce peuvent avoir une autre origine et peuvent aussi provenir d'une lutte avec Tassassin.
On attribue une grande valeur aux taches noires qui se trouvent
quelquefois dans la main : si elles proviennent de la poudre brûlée,
fl est très probable qu'elles ont été produites par le coup de feu et
qu'il y a eu suicide, les exceptions sont très rares ; mais il faut être
bien sûr que la couleur noire de la main provient de la poudre brûlée.
Les ouvriers qui travaillent les métaux présentent une coloration noire
qù peut induire en erreur (obs. 133). Il faut laver la main avec soin,
on éloignera ainsi la rouille de métal, mais la poudre brûlée restera.
S'il n'y a pas de poudre brûlée, on ne peut rien en conclure, car
le soieidé peut avoir eu des gants que l'on ne retrouve plus après la
OKffl par une raison quelconque, ou bien il peut ne pas s'être servi
^ ses mains (obs. 128), et même chez ceux qui ont tiré le coup
0) i^rajer, VierteljahrsKhrift, 1856, 50« vol., p. 113.
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avec la maia et sans gant on ne trouve pas toujours de la poudre brûlée dans la main, pas plus que chez les soldats ou les chasseurs* La main n'est brûlée que quand Tarme a été employée avec maladresse et quand cette arme est à pierre; les blessures â la roainsoal également le résultat de maladresses, c*est pourquoi dans la plupart des suicides on ne trouve aucun signe aux mains.
à** La direction de la balle est souvent la seule base du jugement Qu'on se rappelle les difficultés que nous avons exposées à cet égan page 197. D'un autre côté on sait que des assassins, afln de cache leur crime et faire croire à un suicide, choisissent les endroits et k directions qui sont propres aux suicidés, tels que la bouche, la ri gion temporale, le cœur. Cependant il se présente des cas ou la di rection de la balle peut prouver l'impossibilité absolue du suicide Par exemple lorsque la balle a cheminé d'arrière en avant ou de hn en bas. Ces cas sont rares.
Si l'ouverture d'entrée se trouve au fond du gosier (obs. 131] si on trouve la bouche pleine de poudre brûlée (obs. 138), o n'hésitera pas à admettre qu'il y a eu suicide. Mais un jugeroei aussi hors de doute est rarement possible. Là, comme ailleurs, il fin se garder d'un scepticisme outré, sans quoi sur 100 observations o laissera 99 fois la justice dans le doute, et le bon sens se révolt< contre une telle manière d'agir.
Tous les jours on se suicide , tandis que les assassinats sont rela tivement rares. La statistique démontre que le suicide par arme i feu est le plus fréquent en Prusse, après le suicide par pendaison D'un autre côté, des accidents chez des soldats, des chasseurs, etc. sont très fréquents ; ainsi à priori la vraisemblance est pour le sui cide. Dans les cas douteux le médecin légiste devra s'efforcer de rédiger son rapport de manière à ne pas arrêter les recherches de h justice; par exemple, il devra dire que l'autopsie parle pour V suicide avec ( plus ou moins grande) vraisemblance, ou bien que le résultats de l'autopsie ne s'opposent pas à ce que l'on admette qn le décédé est mort par suite d'un suicide ; ce qui vaut mieux qiK de déclarer son incompétence.
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Ois. 127. — Homicide par arme à feu. Blessure de la veine jugulaire thoracique
et du poumon.
Le coupable avait tiré deux coups de pistolet chargé avec de gros grains de poudre Mtr sa maitresse qui l'avait répudié. L'un des coups avait blessé les téguments de l'abdomen et l'autre était entré dans la poitrine. L'hémorrbagie fut de peu d'importance, comme je pus le voir moi-même une demi-heure après le fait. La blessée ne sMorul que cinq jours après. Quoique le coup eût été tiré de très près, la plaie da la poitrine qui était située à la partie supérieure du sternum, avait un centiinètre et demi de diamètre, les bords étaient noirs, brûlés, mais pas ecchymoses. Néanmoins, la grande proximité de l'arme était prouvée par de nombreuses taches ^poudre sur la joue gauche. La paroi antérieure de la veine jugulaire thoracique droite était déchirée. A la pointe du lobe supérieur du poumon droit, il y avait deux pbiei de la grandeur des grains de plomb qui avaient traversé tout le poumon et avaient divergé, de sorte- qu'à la partie la plus postérieure ils étaient écartés de 2 centimètres. Sur le côté droit du diaphragme on trouva les deux petites balles. La plèvre droite était remplie de 100 grammes de sang liquide et foncé. ToQslet autres organes étaient intacts et anémiques. Le cas était facile. L'accusé hl condamné.
Obs. 128. — Suicide par un coup de feu dans le poumon gauche,
Cn Jeune étudiant en médecine, depuis longtemps mélancolique, résolut de se iiicider. Il attacha un pistolet à deux coups au pied d'une table, lia un morceau ^'éponge à la partie inférieure d'une canne, s'assit sur un canapé, alluma l'éponge *1 l'approcha de la poudre qui prit feu. 11 avait eu soin de se courber en avant aûn ise le coup le frappât au cœur. Les balles ne touchèrent pas le cœur, mais déchif^t le poumon gauche, elles sortirent du dos en directions divergentes et resté* fcot dans le canapé. Le malheureux vécut encore cinq heures et raconta exacte- ■mt comment il avait procédé. Il est évident que dans ce cas la main ne pouvait ^ ni trace de poudre ni blessure.
Ou. 129. — Suicide douteux. Coup par arme à feu dans le diaphragme et wous
la rate.
Dq homme de quarante-huit ans fut trouvé, au mois de janvier, mort dans une ■are. Son paletot et sa redingote étaient boutonnés jusqu'au cou, son habit et sa cbegiiie étaient Intacts. On croyait avoir trouvé un nuyé, mais en le déshabillant •B vit dans le côté une plaie par arme à feu.
Kons trouvâmes à l'autopsie que le projectile avait percé le diaphragme ol la rate ^^ resté dans les muscles de la colonne vertébrale. Les poumons étaient intacts ^ le contenaient pas de liquide épanché, la trachée-artère renfermait un peu d'é- <*Be sanguinolente, \t cœur droit était gorgé, le gauche vide. La plèvre gauche ^^^^nA 250 grammes de sang, la langue était entre les dents. Les veines et les
a h PAllTIE THANATOLOGIQUE.
sinus du crâne étaient congestionnés ; dans l'estomac il y avait 200 grammei d'eau d'un brun sale. Le corps était très obèse.
Dans la maison voisine do l'endroit où fut trouvé le cadavre, on avait entendu è( l^and matin les chiens aboyer, et Ton pouvait voir sur la neige des traces de pi allant jusqu'à la mare et venant d'une place peu éloignée. Le cas était asic difficile.
Nous rapportâmes que bien que le coup ait été mortel, la mort a pu ne pas èti
instantanée. Le blessé, disions-nous, a pu encore faire quelque pas jusqu'à la ma
où il s'est noyé, comme l'indiquent quelques signes de la mort par submersion, q
nous avons notés plus haut. Nous devons admettre qu'il y a eu, dans ce cas, suiek
car ce n'est qu'ainsi qu'on peut expliquer la circonstance curieuse des habits bo
tonn<&s, en acceptant que la vie a continué après le coup deféu. Un assassin, s'i
en avait eu un, aurait dû tirer sur le corps à nu, et alors comment expliquer'
habits boutonnés? Puis, comme l'autopsie prouve que la mort a été achevée pai
submersion, il est plus probable que cet homme n'ayant pu se tuer avec le pitli
et persistant dans l'intention de se donner la mort, se mit à boutonner son pah
comme le font souvent les gens qui prennent une résolution énergique, et eut
cours au second moyen de suicide qui se trouvait à sa disposition. On a trouvé
pistolet dans la poche de l'individu, mais cela ne prouve ni pour ni contre le i
cide. On reconnut plus tard quel était cet homme, et la justesse de notre jugem
fut constatée.
Obs. 130. ^ Suicide douteux. Coup de feu mortel dans la tête.
Un jeune homme de dix-neuf ans était mort par un coup de feu dans la tète, trouva la montre du jeune homme encore dans sa poche, mais l'arme ne ftit trouvée, et à cause de cette circonstance, une instruction judiciaire fut ouverte l'autopsie fut faite.
La balle était entrée par le milieu du front et elle avait déchiré les téguroenti forme d'un M. Au fond de la plaie il n'y avait pas de marque de poudre brûlée trouva à l'os occipital une plaie de sortie. La fracture de l'os frontal présentait ouverture d'un pouce de diamètre, tandis que l'ouverture de l'os occipital laii à peine passer la pointe de l'index. Toute la voûte du crâne était fracturée exc< à une petite place de 5 centimètres à l'arrière-tête. Toute la surface du cerv était couverte de sang, tout le cerveau était déchiré. Ces circonstances parlaient^ le suicide, nous déclarâmes que l'autopsie n'avait donné aucun résultat s'oppoi à l'admission d'un suicide.
Obs. 131. — Suicide douteux. Coup par arme à feu.
Un homme de trente-cinq ans fut trouvé tué par un coup de feu. Le corps ei avait l'aspect chair de poule. La direction du canal que s'était frayé la balle était remarquable. La balle était entrée au milieu de la voûte du palais, où l'on voyait ouverture nette et ronde ; à partir du pont de Varole on pouvait suivre le canal i la cerveau, car très peu de sang était épanché. Au milieu de l'os occipital,
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frapaent d'os de la grandeur d'une pièce de 5 francs avait été détaché, et derrière eefragmeot, entre l'os et la peau, on trouva deux demi-balles. Rien aux mains. Nianmoiui, vu l'endroit par lequel était entrée la balle, il y avait tout lieu d'adoetlre un suicide.
Obs. 132. — Balle pointue dans le cœur elle cerveau.
Do serrurier se fabriqua grossièrement deux balles pointues, et avec l'une d'elles il se donna la mort. On trouva l'autre dans sa poche avec un paquet de pondre.
Une fracture fraîche à l'index gauche indiquait qu*il avait tiré de la main gauche. Ulttlie était entrée dans la poitrine où elle avait fait une pls^'e à bords nets avec tto iDgIe aigu, comme cela se passe ordinairement pour les balles pointues. La plaie était longue de 8 millimètres, les bords étaient renversés en dedans, le pourtour était ecchymose et brillé. La balle avait pénétré à travers le péricarde, avait déchiré le ventricule et l'oreillette droite, avait blessé le bord droit du poumon favche, et était resté dans les téguments du dos. Il n'y avait qu'un léger épanchenentde sang dans le péricarde.
Obs. 133. — Balle pointue ayant traversé la rate et le cœur.
U cadavre d'un homme de trente ans présentait à 4 centimètres du mamelon gauche neooverture ronde d'un centimètre de diamètre, à bords nets, qui n'étaient renversés Bîefl dehors ni en dedans, lisses, secs, foncés dans une étendue de 6 centimètres. Li plaie était parcheminée et non ecchymosée. Les doigts étaient fléchis et roides. U première phalange de l'index gauche était fracturée ; en outre, il y avait une plaie HBglante de la grandeur d'un petit pois à la surface palmaire du même doigt, audessous de la fracture. La surface palmaire de la main était couverte de sang sec. Les deoxpains étaient sales, d'un noir gris, mais la couleur disparut par le lavage. Le décédé était ferblantier. Dans la région de la neuvième vertèbre dorsale, a gauche, Seettimètres plus bas que la plaie antérieure, il y avait une plaie semi-lunaire d'ia eeotimètre de diamètre, à bords nets, non ecchymoses, et qui n'étaient reu- «wiés ni en dehors ni en dedans, une plaie enfin ayant tous les caractères distinctifc de celles qui sont produites par des balles pointues. Cette plaie était absolu - ■nt anaîogne à celle que Ton aurait pu faire sur un cadavre avec un couteau trucbant.
b disséquant, nous trouvâmes la cinquième côte cassée, tout le pourtour était isAltré de sang coagulé, une déchirure se trouvait au ventricule gauche du cœur, ce^ dcTaii fiiire admettre que la mort avait été subite. Dans ce ventricule il y «niteneore un peu de sang coagulé. Le cœur droit et les grands vaisseaux étaient iitaetset vides. Toute la plèvre gauche était remplie de sang moitié liquide, moitié Mifvlé. Les deux poumons étaient intaets. La balle, après avoir frappe le péricarde A le cour, était entrée par le diaphragme dans la cavité abdominale et avait
Me$sè le bord supérieur de la rate ; donc le décédé avait tiré avec la main gauche,
^ la balle avait traversé le corps de haut en bas et d'avant en arrière.
216 PARTIE THàNATOLOGIQUE.
Obs. 134. — Suicide par coup de feu dans la tête sans balle.
Le cadavre d'un homme de vingt-cinq ans présentait une plaiedela grandeur d'une pièce de 5 francs, ronde, dans la région temporale droite, mais pas de plaie desortie. Les téguments mous étaient déchirés et sanglants. Les deux os temporaux étaient fracturés, il y avait des fissures à la base du crâne, le canal traversait le cenreaa horizontalement. A la partie interne du temporal gauche, on trouva une boule de papier de la grosseur d'une noix et qui avait été le projectile. La main et le brat droits étaient tachés de sang, et des marques de poudre brûlée se trouvaient au doigt, ce qui mettait le suicide hors de doute. La poudre brûlée s'expliquait par la maladresse du suicidé, car il avait pris un vieux pistolet en mauvais état, qu'il avait tellement chargé que le canon avait éclate. Dans ce cas aussi il y avait chair de poule.
Obs. 1 35. — Suicide douteuse. Coup de feu dans le cœur et le poumon.
Un homme de cinquante-deux ans, aveugle, fut trouvé tué par une arme à feu, assis contre le poêle de sa chambre.
La balle était entrée dans la poitrine, du côté gauche, la plaie extérieure était longue de 8 centimètres et large de 3 centimètres. Elle avait des bords déchirés. La partie supérieure était brûlée dans l'étendue d'un centimètre. La balle était entrée entre la sixième et la septième côte, avait déchiré et traversé le poumon gauche et le cœur, de sorte que l'on pouvait à peine retrouver un morceau du ventricule droit. Dans la plèvre gauche il y avait 250 grammes de sang liquide et foncé, le poumon droit était anémique ainsi que tout le cadavre, excepté les veines de la pie-mère. Le dos était couvert de lividités cadavériques. Le décédé était tout à fait aveugle, il y avait cataracte sur les deux yeux.
Sa famille ne pouvait s'expliquer quel avait été le motif de son suicide, ^le ne soupçonnait pas où et comment il avait pu se procurer le pistolet que roii trouva à côté de lui. On ne trouva dans sa chambre aucun sac de poudre et rien de ce qu'il faut pour charger une armé. On savait seulement que depuis quelque temps il s'exaltait pour la politique (été 1848) et se faisait conduire tous les soirs dans les clubs. Il est évident que ces données n'étaient pas suffisantes pour conclure qu'il y avait eu assassinat, et la direction de la plaie ne pouvait en rien influencer le jugement, pas plus que l'examen des mains ; elles étaient fléchies et d'un gris bleu, mais les deux étaient absolument dans le même état. Sa chemise et sa robe de chambre avaient été écartées, de sorte qu'elles étaient intactes. Cette dernière circonstance parlait plutôt pour une mort volontaire, et pourtant n'était-il pas possible de tuer de cette manière cet hommu aveugle et peut-être endormi sur une chaise près de son poêle ? et cette précaution d'écarter les vêtements si facile à exécuter, n'at-elle pas pu avoir pour but d'écarter l'idée d'un crime ! Notre conclusion fut que Tautopsie ne présentait pas de résultats s'opposant à l'admission d'un suicide. Des recherches ultérieures constatèrent plus tard qu'il y avait eu suicide.