INANITION PAR MANQUE DE NOURRITURE
S 1. Généralîtés.
Il y a peu d*ob8er?ations connues sur ce genre de mort. Des cen- ÉMS d'hommes périrent dans des prisons, dans des naufrages, l'iotras furent enfouis sous un éboulement, ils sont morts certaine'^ Mt par manque de nourriture. Mais qui les a observés? Lorsque Il auteurs anciens parlent d'exemples d'abstinence d'hommes sains, faut duré plusieurs semaines, ou plusieurs mois, ils se trompent a ib veulent nous tromper. Les rapports épars que l'on trouve sur la maladies et autopsies de gens morts par manque de nourriture, léritent peu de confiance, parce qu'ils datent d'une époque où les viptAmes purement cadavériques n'étaient pas connus, et parce l'Os viennent souvent d'observateurs ordinairement inexacts. Aussi nous devons douter de la valeur scientifique de certaines Ates que des hommes même aussi célèbres qu'Orfila ont mises en rcolaiion, par exemple celle qui consiste à admettre que les femmes eurent par abstinence plus tard que les hommes ; que le froid et kwnidité permettent une abstinence plus longue que la chaleur et la ieheresse. En effet, il faudrait pour prouver de telles théories, ire de nombreuses observations comparatives, et où sont ces baervatîons ? Mon expérience quoique longue est très pauvre sur ce ^itl, et si je communique le peu que.j*Jri vu, je suis loin d'en voulir tirer des règles générales.
n est certain et généralement connu qu'il y a deux manières de Mffir de faim : la mort aiguë et la mort chronique. La mort chrorifM arrivQ peu à peu par diminution successive de la nourriture, fri donne lieu à des maladies de toutes espèces, surtout la phthisie € ]m atrophies, et enfin à la mort par appauvrissement de l'orga* (vej . diap. I). La mort aiguë arrive par une privation subite de On eemprend que comme les observations sont très rares.
256 PARTIE THANATOLOGIQlfE.
les opinions varient sur la question : combien de temps Tabstine&ee peut-elle durer chez un homme avant que la mort arrive? On trouve chez les auteurs les réponses à celte question les plus diverses, depuis trois jours jusqu'à soixante !
Je renvoie ici à une observation que j*ai suivie exactement et avec le plus vif intérêt; elle prouve qu'un homme bien portant et sain ne succombe à une abstinence complète de nourriture ordinairemaU qu'après quinze jours, de sorte que vice versa si la mort a eu liesptf abstinence, on pourra conclure qu'un tel laps de temps s*est écooK.
Un homme sain, N..., âgé de trente-six ans, fut condamné pour faux à plus de sept ans de travaux forcés. Après une innée de prison, il prit la résolution de se laisser mourir de faim. Il commença b 17 février à ne pas manger son déjeuner, il prit cependant un peadi dîner qui, pour les prisonniers, consiste en légumes. Le 18 au matii il prit un potage, et à partir de ce moment, il s'obstina à refuser tonte espèce de nourriture. Malheureusement je ne sus ce qui se paaut que le 23, lorsqu'on vint demander mes conseils; les deux médecins de la prison avaient observé avec soinN... et s'étaient convaincus di rauthenticité de l'abstinence. J'approuvai d'abord la mesure que l'on avait prise : on avait mis dans la même salle deux hommes asseï instruits qui n'étaient condamnés qu'à quelques semaines d'emprisonnement et qui devaient essayer d'empêcher le suicide du prisonnier. Je le trouvai le 23 couché sur sa paille, il n'avait absolument rien pris depuis cinq fois vingt-quatre heures. Il était pâle, mais pas plus que les autres prisonniers enfermés depuis aussi longtemps que lui; il avait les traits un peu tirés, le regard un peu terne, la température de la peau tout à fait normale, la langue blanche, et lorsqu'il pariait on entendait un certain claquement dans sa bouche provenant d'an mucus visqueux. La voix n'était pas caverneuse, il n'y avait pas de mauvaise odeur de la bouche, les gencives étaient pâles, la respiration normale, le pouls avait quatre-vingt-huit pulsations, très régulier, encore assez plein, le ventre affaissé et très gaxeux. La tête était complètement libre. Il m'avoua qu'il avait des hallucinations