INANITION PAR MANQUE DE NOURRITURE
de la \'ue) mais de Touîe, et qu*il entendait des sifDements dans » oreilles ; il disait qu'il dormait bien et beaucoup; depuis le 18 il 'naît plus eu de selles. Il ne se plaignit de souffrir ni de faim ni de trif. Il expulsait peu d'urines. Tous les conseils et exhortations le liaaèrent inébranlable dans sa résolution , il ne >roulut prendre ni méicamenl ni nourriture. Le 24, l'état était le même. Le médecin de I prison lui avait fait prendre quelques gouttes d'élher. Le 25, pas • selle : c'était un dimanche, le prélre lui offrit la communion qu'il Biosa. Il me dit qu'il avait fait serment à Dieu de ne plus rien mansr dans la prison. Quand je lui demandai s'il mangerait étant en èerté, il répondit aussitôt: c Mais certainement». A côté de li se trouvait le repas du dimanche, consistant en soupe aux NMUiies de terre et en viande. N... était plus pâle et avait visiblelenl maigri. Il essaya de lire la Bible, il ne put pas le faire long* mps parce qu'il avait des éblouissements, mais ce qui l'impor*» it surtout c'était le bourdonnement des oreilles. La langue était au milieu et complètement sèche ; au bord elle était couverte bflUicas très visqueux, qui claquait quand il parlait encore plus jB'iuparavant. L'haleine devint sensiblement fétide, le ventre préseniil une sensation pâteuse comme celui des cholériques. La peau ivait ses sécrétions normales, elle était chaude, il n'y avait pas eu farine lâchée depuis vingt-quatre heures, aucune selle. Le pouls l'était pas changé, les facultés mentales étaient intactes; l'abstilence durait depuis sept jours!
Le 26, N... lâcha un peu d'urine, nais ne put marcher seul et dat être porté. Sa voix prit le son très caverneux que l'on entend si mveot dans les maladies chroniques de l'abdomen. Le pouls était â M pulsations, la langue devint plus humide; autrement l'état était conme la veille. Comme il n'y avait pas encore de phénomènes pives, on pouvait admettre que s'il persistait â refuser la nourrilire, N... vivrait encore certainement huit jours.
Le 27, N... n'avait plus faim du tout (on l'observait continuelle* Boit), il éprouvait seulement le besoin d'humecter sa bouche sèche et nsqaeuse, ce qu'il fit le matin avec de l'eau très froide, sans
li. 17
268 PARTIE THAMATOLOOIQnS.
boire. Le ventre était très affaissé, sans le moindre besoin d'alkràb selle, ni nausées, ni vomissements, ni douleurs. La tète loi paniani lourde, surtout quand ii remuait; l'odeur de la bouche était fhi fétide*
Le 28 il se passa des phénomènes curieui. Le posb B*aml ftt 76 pulsations et était très petit. Le matin N... s'était plaint d'aiiir la vue double et de sentir des crampes d*estoroac qui étaient sialigées psr une forte pression. La veille au soir et le matin, ptaiié par un besoin irrésistible, il avait pris de temps en temps im peud'en sucrée, à peu près 185 grammes. Il disait n*avoir pas faim, suis i racontait que tout lui semblait avoir l'odeur du lait, et dans h sait du 28 au 29 la faim le prit subitement et triompha de lui ; il nMOfii da pain qui était devant aon lit, le lendemain on lai apporta m quart de litre de lait qu'il but. Je le vis le 20 an malûa et je hi ordonnai un potage au lait qu'il prit avec avidité, et à partir ds ci moment il flt ses repas régulièrement. Deux mois plat tard, ja le vis complètement sain et frais ; il m'assura n'avoir ea faim q«s ém les trois premiers jours, et qu'après on lui aurait offert les pinsbssw morceaux il n'aurait pas eu envie de les manger.
Dans tous les cas on a observé que c'est, en effet, dans les prtmiers jours que l'on a seulement faim. L'appétit qui clies notra individu revint le premier fut celui de l'odorat et qui avait pour okje( le lait, la première nourriture de l'Iiomme.
Les symptômes de maladie que nous avons observés dans cet exemple sont ceux que Ton a toujours décrits. Les urines deN..., au milieu de son abstinence, ont été analysées par mon célèbre cob' frère M. Mitscherlich. Je m'attendais à trouver moins d'urée, eepeii' dant l'urine n'a présenté aucune anomalie, ce qui confirme les obeet' vatiuns de Lassaigne qui, dans l'urine des abstinents, n'a pas trouvé une diminution d'urée. J'aurais bien voulu pouvoir examiner le unf de cet homme pendant son abstinence, afin de voir s'il y avait une diminution de globules et d'albumine, ce qui est vraisemblable et ce qui a été observé par MH. Andral, Gavarret et Simon.
WANinON FAR HAMQUfi DE NOURRITURE. 360
Sf. IKagnofUi*
Les expertises médico-légales ne devront pas être gênées parl'intiiîlade qui existe quant à l'époque où la mort doit arriver après abstinence prolongée. Pour constater que la mort a eu lieu par , on devra considérer les phénomènes qui se sont présentés MfUnt Tabstinence et les résultats de Tautopsie. Les phénomènes mdant la vie se sont montrés dans les cas connus, analogues à ceux [M nous avons vus, dans Tobservation que nous venons de rapporter. Minairementy contrairement à ce qui s'est passé chez notre malade, i iûn cède devant une soif très ardente. Les forces diminuent vite ft ofi Âoitun prompt amaigrissement. Il survient des évanouissements, lai hallucinations, des vertiges par suite de la lésion de l'innervatioa. use évtcuations sont retardées , il survient des nausées > des vomis nmentSy des mucosités , des vents, de la fétidité de la boucle, Il avec les signes de l'appauvrissement de l'organisme la mort arrive.
lies eadavres sont très amaigris , tout à fait anémiques, l'estomac BSl ^de (on parie aussi d'une corrosion qui aurait lieu dans l'esto- Mc, par les liquides de l'organe, la c self digestion > des Anglais, Mis ce n'est probablement qu'un sjmptômecadavérique), il est rétracté, les intestins sont rétrécis çà et là, tout à fait vides et contiennent tout au plus quelques fèces endurcies, les parois de l'intestin sont amincies jusqu'à la transparence, la vésicule bilieuse est remplie d'usé bile visqueuse et foncée. Il est évident que parmi tous les phénomènes de vie et de mort il n'y a pas un seul critérium spécifique, excepté peut-être l'amincissement de la paroi des intestins (1). U sera donc d'autant plus nécessaire de prouver l'absence de tout
utre gemre de mort, ce qui deviendra dans les cas douteux la base
d'une grande probabilité, comme on le verra parles exemples suivants.
(1) Ce signe a été observé pour la première fois par Donavan {DubL med. Press ^ iS48), pendant la famine qui a eu lieu en Irlande en 1847 ; Donavan lai attribue «e grande importance.
200 PARTIE THANATOLOGIOUS.
Obs. 178. — Véritable mort par mamque de nourrUmre,
11 y a 32 ans, nous eûmes à juger le cas rare d'une mort causée réellemealpir le manque de nourriture.
L'accusé condamné en première instance avait Mi appel. C'était m effieier de santé qui n'avait pas le droit de traiter les maladies internes ; il avait eepeaéiat traité une femme par les onguents mercuriels très en vogue à cette époque ; U malade avait été soignée avec tant de aéfligence et de légèreté que les deux maxillaires avaient contracté une adhérence complète et que la nalheureoie mourut d« faim!
L'autopsie fut faite avec le plus grand soin et donna les résultats suivants : k cadavre très maigre présentait le maxillaire inférieur proéminent devant le maxillaire supérieur, ce maxillaire inférieur ne pouvait être abaissé même en emplofut une grande force. Lm plupart des dents étaient absentes; après avoir fiût nneindMS à chaque angle de la bouche jusqu'aux oreilles, on vit au maxillaire inferiear ux molaires, placées horizontaUment. Quatre de ces dents étaient si lâches qo'dlei se laissaient enlever avec les doigts ; au maxillaire supérieur il y avait qaslK dents dont trois étaient également très ébranlées. Dans la région de la troMàM dent molaire droite du maxillaire inférieur, le périoste et la muqueuse éUtteal noirs, et le bord supérieur de ce maxiUaire offrait au toucher une jmprsirifli de rugosité. Les deux maxillaires étaient liés è droite par une membrane aoorBlle très dure ; à gauche, la même adhérence existait mais avec moins d'^ L» langue était complètement adhérente aux parties soua-jacentes et ne avec elles qu'une seule masse, de sorte que l'on ne pouvait pas l'en séparer.
La partie antérieure de la langue élait dénudée de la muqueuse dans l'étendae de 2 centimètres, et laissait voir les muscles. Quant aux autres organes, l'esteDSC était contracté de sorte que son diamètre était égal à celui du côlon, du resta toui. à fait normal. Il contenait une cuillerée de liquide jaunâtre sans odeur particu^ Hère. Les intestins étaient également contractés de moitié, leur couleur était oor- — maie. Tout le canal intestinal était complètement vide, le foie était pâle, anémiqai^ et plus dur qu'à l'ordinaire. La vésicule bilieuse était remplie de bile foncée. L^ rate, petite, flasque, molle, anémique, adhérait en partie au péritoine. Lea autre "^ organes de l'abdomen étaient normaux, les organes du thorax et de la tète anéml " ques ; le peu de sang qui se trouvait dans le cœur était noir et épais, c'était doiw " une véritable mort par abstinence. On voit que les résultats de l'autopsie étaie^^ en harmonie avec ceux de» cas peu nombreux qui sont rapportés dans la litt turfî médicale.
Obs. 179. — Mort de faim douteuse.
Un tailleur de quarante-huit ans, était soupçonné être mort de faim. Le devint de suite le sujet des conversations et donna lieu à toutes les phrases hu
nitaire» de circonstance. Le cadavre était très amaigri, il y avait hypertrophie ^
INANITION PAR MANQUE DE NOURtUTURE. — OBSERVATIONS. 261
SMr et det parois de la vessie ; restomac était gorgé dû purée de pomme$ de terre, iSsos dûmes donc déclarer que le décédé était mort de maladie interne et non «s mort de faim.
Obs. 180. — Mort de faim douteuse d'un enfant, Kxhuinalion du cadavre
après douze jours,
Um fille naturelle de neuf mois mourut le 12 mai (Temp. -|* t2 à i3 degrés R) . Ail déterrée le 24 du même mois parce que le bruit courait que la femme à quelle elle avait «té confiée pour l'élever au biberon, Pavait laissée mourir de faim.
Le cadavre nous fut présenté dans un petit cercueil, il était enveloppé d*aiie iMBiae et d'un linceul de coton, l'autopsie eut lieu cinq jours après l'exbumatiou. la figure, les extrémités inférieures, lavant-bras droit étaient couverts de , les yeux avaient coulé hors de leurs orbites, l'odeur qu'exalait le cadam a'était pas encore caséeuse, elle était celle de la putréfoction dans ses premières triades. Tout le corps, excepté les membres inférieurs, était vert foncé. On voyait I nite qu'il y avait eu un très grand amaigrissement ; en séparant la peau on ne emwm nulle part la moindre trace de graisse. Aucune trace de blessure ni de vio- ■M. Les os crâniens et la dure-mère étaient très pâles et anémiques, une bypos- •• sanguine se trouvait sur la pie-mère. Le cerveau n'était plus qu'une bouillie iMyles veines étaient anémiques, les poumons également et du reste sains ; Tanémie Ml soins grande dans les grands vaisseaux, et le cœur droit contenait un peu inilf, le cœur ganche était vide. La trachée et rcesophage étaient également iH. L'estomac contenait plus de deux cuUlerées de lait caillé, (Je ne décris pas • fhénomènes de putréfaction.) Le foie, la rate, les reins, la veine cave étaient litt et vides sans ulcère et sans anomalie, ainsi que le mésentère, la vessie était in.
Hdus déclarâmes que l'enfant n'était pas mort de faim, mais d'une maladie interne, se rem pouvait cependant admettre que la maladie avait eu lieu par suite de pri- Mien de soins et de nourriture. Je dois ajouter que l'enfant était très petit et qu'il avait qu'une seule dent incisive qui commençiit à paraître. Le point d'ossification me le eondjle du fémur n'avait qu'un centimètre, ce qui prouve un grand retard ) la nutrition. Ce retard était dû d'autant plus probablement à des défauts de int qu'il n'y avait aucune trace de fièvre lente. Notre rapport fut confirmé plus rd par des recherches au moyen desquels on eut la preuve qu'un médecin déjà un BÎa avant la mort de l'enfant avait conseillé de le retirer des mains de cette nour- », parte qu'elle ne lui donnait qu'un demi-litre de lait par jour.
Obs. 181. — Mort de faim douteuse.
Une fille de cinq mois qui fut mise par sa mère en nourrice pour être élevée au iberon mourut après avoir été un certain temps malade et chétive. Cn médecin qu'elle avait eu une diarrhée chronique, la nourrice était accusée d'avoir renfiint mourir de faim.
26S PARTIS THANATOtOGIQQE.
Le petit çadtrre était très maigre, et il y aTait des eiehares de déenMlindim la région do tacram. Les membranes du cerveaa étaient très hypéréniqaei et dans l'hémisphère gauche il y avait une extravasation de sang de la graadevr d'sn haricot. Les ventricules contenaient beaucoup d'eau, le cerveau et le cenelet étaient hypéréroiques, les sinus étaient remplis de sang foncé et liquide, les poumons et le cœur étaient anémiques ainsi que la rate et le foie. La vésicule biliaire contenait de la bile claire et épaisse, l'estomac présentait un ramollissemeot gélatineux, se déchirait facilement et laissait écouler 60 grammes de chyme laiteux. Les intestins étaient rides. Les reins et les veines abdominales anémiques.
Nous déclarftoSes qu'une maladie interne et non pas Tabstinence, avait cause la mort de l'enfant.
Obs. 182. •— Mort de faim lenU.
Dans ce cas, un enfant de trois mois mourut réellement par fj^uie de soin et de nourriture. Le cadavre était sale et maigre, la peau des membres était plinèe par suite de l'absence de graisse, les fesses et les cuisses étaient rouges à la partie postérieure et en partie érodées. Anémie générale ; les poumons sans tubercules, l'estomac vide et normal ; les glandes du mésentère son scrofuleuses, le gros intestin tout à fait vide avait un diamètre très petit, le point d'ossificstioa du condyle du fémur était de 3 lignes et demie.
Ainsi l'enfant était mort par suite de Tarrét de nutrition qui n'avait eu ponir origine aucune maladie organique. La saleté de la peau, les excoriationa et inlammations des fesses prouvaient que l'enfant n'avait pas été bien nettoyé.
L'accusée disait qu'elle avait donné tous les jours à l'enfant trois quarts de litia de bon lait et deux fois par jour du biscuit, mais cette déclaration n'était passa harmonie avec ce que nous avions trouvé à l'autopsie, puisque cette quantité de nourriture aurait été sufllsanle pour un enfant de trois mois et n'aurait pas pu le mettre dans l'état où il était. Ajoutons le rétrécissement des parois de l'intestin qui, comme on le sait, est un signe d'inanition par manque de nourriture.
Nous déclarâmes donc que l'enfant était mort de marasme produit par manque de soins et de nourriture.
KMPOlSONlfBMBMTfl. HM