‹ Traité pratique de médecine légale v. 2Chapitre 93 sur 166 · EMPOISONNEMENTS · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENTS

LiciSLATiON. — Code pénal Prussien, § 197. Celui qui aurt administré volontairement du poison ou d'autres substances qui sont capables d'altérer la santé, sera pani des travaux foreés jusqu'à dis ans. S'H eu est résulté une maladie ou blessure grave, le coupable sera puni des travaux forcés à perpétuité.

Cas dipoaitioBt ne concernent pas le cas où le coupable a eu rinteutimi de tuer.

AW. I 304. Celui qoi aura empoisonné volo'itairement des puits ou des réservoirs ^tti MTvent à l'usage d'autrui, ou destinés à la consommation publique, ou qui aura ajouté des substances dont il connaît la propriété vénéneuse ou qui vendra ou exposera en vente de telles substances empoisonnées en cachant leurs proprièlda, sera poni des travaux forcés de cinq à quinze ans. Si, par suite de cette aeâioo, ua homme a perdu la vie, la peine de mort aura eours ; s'il n'y a en que négligence, le coupable sera puni d'emprisonnement jusqu'à six mois s'il y a eu dommage; et si par suite de cette action un homme a perdu la vie, on appliquera la peine de l'emprisonnement de deux mois à deux ans.

KM. I S45. Seront punis d'une amende jusqu'à cinquante écus ou d'emprisonné-

■ani jusqu'à six semaines: i* S* celui qui, sans permission, préparera*

vendra ou donnera des poisons ou des médicaments; 8*.. é* celui qui

ne suivra pas les instructions données pour la conservation ou le transport des poisons ou pour la préparation et l'exposition en vente de ces substances.

Coie de procédure criminelle^ f 167. S'il y a eu soupçon que le décédé a péri par empoisonnement, les restes de la substance que l'on croit être le poison, et les substances suspectes trouvées dans l'estomae et les intestins doivent être soumis à l'analyse chimique Le juge aura soin que les substances solides ou liquides qui doivent être examinées ne soient pas changées afin que l'identité soit hors de doute. Peur cela si l'expertise ne peut pas se faire immédiatement en présence du juge, les substances seront cachetées et le juge le notera au proeès-verbai en les remettant aux experts qui devront plys tard les rendre en remplit* sant les mêmes formalités.

ment du 15 novembre lë58,§ 15. S'il y a soupçon d'empoisonnement, on

bit une double ligature à la partie inférieure de l'œsophage et au milieu du

duodénum, puis on coupe l'œsophage et le duodénum entre les deux ligatu*

tes. On retire i'estomao aveo la partie supérieure du duodénum, on examine sa

surface externe et interne ainsi que ce qu'il contient, puis on met tout dans un

vase que l'on donne au juge, afln qu'il en fasse faire l'examen chimique. Dans

ee mémo vase on doit mettre l'oBsophage après l'avoir lié à la partie supériaore,

faveir eenpé au dessus de la ligature et l'avoir examiné anatomiqoement. Enfin,

2tfA PARTIE TUANATOLOGIQCE.

on doit mettre également à part d'autres substances, telles que du sang, del'urifle, des portions de foie, de la rate, etc., si Ton croit, que Ton pourra y troaver des traces de poison.

$1.— BéSoîtioo.

La science des empoisonnements , malgré les grands progrès de la chimie et de la physiologie, est encore le côté faible de la médecine légale, aussi bien sous le rapport de la théorie que sous celui de la pratique.

Sous le rapport théorique , le législateur prussien a écarté d'une manière très simple et très heureuse la difficulté de la définition dn mot € poison > en matière criminelle. Que la substance se reproduise dans le corps ou non, qu'elle ait été administrée clandestinement on non, qu'elle soit quelquefois employée comme médicament sans cependant pouvoir être rayée de la série des poisons, que dans un cas on puisse prouver que la substance n'a pas été un poison ; tout cela n*est plus à considérer s'il est avéré que la substance dont il s'agit est c capable d'altérer la santé de l'homme. » Or c'est là le critérium qai est commun à tout ce que l'on appelle c poison > et qui appartient à l'eau-de-vie aussi bien qu'à l'arsenic, au pavot aussi bien qn'aa phosphore.

De là, naturellement, on doit déGnir Vempoisonnetnenl^ l'action par laquelle c une telle substance a été administrée volontairement à autrui > aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur.

Souvent une autre difficulté s'offre au médecin légiste, lorsqu'il n'y a eu que tentative d'empoisonnement, après laquelle la mort n'a pas eu lieu ; c'est là une circonstance d'un haut intérêt pénal et qui rend Texpertise médicale nécessaire; nous voulons parler de l'appréciation de la quantité du poison qui a été ingéré, appréciation qui souvent accompagne la question difficile à juger de la forme dans laquelle le poison a été donné.

Il se présente par exemple, beaucoup de cas ou l'acide sulforique a été ajouté à des boissons ou à des mets liquides. Jamais on n'a contesté que l'acide sulfurique fût un poison. Hais pour ioas les poisons il y a des limites de doses au-dessous desquelles ils cessent

BMPOISOMIfBMBNTS. tôb

d'être € poifont » pour le médecin. Dans an litre d*eaa, ri on a ajouté quelques gouttes d*acide salfurique, on a fait une tentative d'empoisonnement , et cependant le médecin ne pourra pas appeler ce mélange faiblement acide, un poison; car il sait qu'il ne peut avoir aucune propriété vénéneuse. Si dans un autre cas la même substance a été donnée en dilution dans une proportion telle que le médecin reconnaît l'effet de cet acide et sa saveur particulière, alors pour lui il y aura empoisonnement.

Quant à la justice, elle envisage la question sous un autre point de vue. N.. était accusé d'avoir versé à la femme J... dans un pot de café de l'acide sulfurique concentré. Le café pesait 600 grammes et l'ana* 'lyse montra qu'il y avait 17 grammes d'acide sulfurique concentré. Ce qui représente une dilution de ^ à peu près. Nous déclarâmes qu'un tel mélange est encore très acide et que, avalé d'un seul trait, il ne tuerait pas, mais serait c apte à altérer la santé, > car il pourrait causer une inflammation de la muqueuse de l'estomac. Il est évident que quiconque a ses sens ne peut avaler un mélange de 500 grammes de café et de 17 grammes d'acide sulfurique, car outre (pie cette boisson est très considérable , le goût très acide serait trop répugnant pour permettre la déglutition. Dans ce sens nous déclarâmes que le mélange analysé ne pouvait être considéré comme poison ou c comme substance capable d'altérer la santé. > A l'audience, le oDinistère public prétendit que j'avais à déclarer simplement ri l'acide sulfurique concentré est un poison sans tenir compte de la dilution, ce à quoi naturellement il fallait répondre oui. Le défenseur répondit que l'opinion du procureur royal était fausse, car l'accusé n'avait pas administré de l'acide sulfurique, mais un mélange de café. Des cas semblables se sont présentés à nous pour les substances aborthres (voy. i. I, p. 17S).

L'opinion du ministère public dans le cas que nous venons de citer

eal aussi celle de notre cour de cassation. L'accusée L... administra

à trcns reprises différentes et volontairement à son mari une petite

quantité de semence de stramonium en décoction.

La santé du mari n*en fut pas altérée, néanmoins la femme L. .. Ait

260 PAUTIK THAMATOLOGIlHil!^*

condamnée « à cause de lésion volontaire produite paruBêaubiliice vénéneuse. » En seconde instance, le défenseur prétendait «pe b qualité seule d*une substance nm doit pas être prise en conaidintiM pour juger si cette substance est un poison ou non, maia qa'il ImI aussi considérer si la quanlUé jàimiuisiTée est suffisante pour ahtar la santé. Le tribunal refusa de casser le jugeaient et décida qm cette opinion était contraire à ta signification du mot c poîsoo, > c'est-à-dire une matière qui, par sa qualité seule, est capable d'altérer ou de détruire la santé; d'après cela, l'administration rf'tinf quantité quelconque de poison et par conséquent d'une substance qui en elle-même est capable de détruire et d'altérer la santé constitue le crime du § 197.

Nous basant sur ce jugement , nous avons toujours déclaré si b substance en elle-même était un c poison » , en laissant au juge le soin de considérer la circonstance de mélange ou de la quantité.

§ 2. — Division des poisons.

Il a toujours été difficile de donner une division satisfaisante des poisons. Pour la pratique, cette division a peu d'importance, puisque le médecin légiste ne doit envisager que le cas particulier, mais celte division est nécessaire dans la science.

Il faut avouer que nos connaissances sont encore trop reatreintes pour que nous puissions établir une division rigoureuse; les connaissances qui servent de bases sont les réactions sur le vivant et les résultats de l'autopsie. Ce n est pas qu'il n'y ait des observations nombreuses d'empoisonnés, les matériaux sont assez nombreux dans tous les livres, mais la qualité de ces matériaux ne permet pas de faire cette classification. Des milliers de cholériques ont été observés avec soin par les hommes de science dès le commencement de leur maladie, et pourtant cette maladie n'est pas bien connue. D'un autre côté, les empoisonnements sont souvent observés après la mort ou bien à la fia de la maladie, ou bien pendant toute la maladie, mais par des témoins étrangers à la médecine. Ajoutez que les symptômes de maladies sont différents selon que le poison a été donné en mélange liquide , ou

ENPOISONMBMBlfTS. — BIVI9I01I DES POISONS. 2<I7

rmfatBié ém «ne buaillie, o« bieii conemitré, oa \àm à jpatîttB éb^ set; ou tdon que Ton a administré des contre-poiaoïis.

On comprend alors la rareté d*oheervations pures comprenant le coure complet d'une maladie provenant d'un empoisonnement. Quant aux dissections, il faut considérer que le plus grand nombre ont été faites dans un temps où les phénomènes cadavériques n'étaient pas encore connus et appréciés, et que souvent on n'a pas asset pris en considération les symptômes individuels. De là provient h nnltitnde d'opinions contraires, et les différences que l'on trouve entre les rapports d'autopsie anciens et modernes sur des empoisonnements. On parle, par exemple, de taches rouges ou d'un rouge Mea sur le cadavre et qui sans doute étaient de simplea taches de mort; les compilateurs s'emparent de ce renseignement el le proclament comme le symptôme de tel ou tel empoisonnement I Dans un autre cas d'empoisonnement avec l'acide prussîque on a trouvé des rayons bleuâtres qui sillonnaient les parois de l'estomac et le rapport attribue une valeur à ce qui n'est qu'une t stase sanguine >, sans soupçonner que ce n*est qu'un symptôme de putréfaction des plus ordinaires. Dans d'autres cas, après une mort lente, après ai empoisonnement, on trouve le cœur affaissé, la raie grande, l'es- Undsc petit et contracté, et on prend ces phénomènes mi considération, tandis que probablement ils n'étaient que des phénomènes individuels et complètement indépendants de l'empoisonnement.

Il n'y a cependant que sur les effets pathologiques et anatomo* pathologiques que l'on puisse fonder une classification valable des poisons. Et là les difficultés sont très grandes, car les effets des poisons en enx*mémes sont presque inconnus. Ce n'est que dans les temps modernes que la toxicologie^ en découvrant que les poisons passaient dans le sang et en étudiant les effets chimiques sur les parties solides «i liquides de l'organisme, est montée au rang d'une véritable science. Uns les effets des poisons sont très différents d'après la dose, la pré* paratien, l'oiydation , et nécessairement un seul et mêm^ poison devrait seul figurer dsns plusieurs classes. Les exemples sont liMiss ^ donner. Les acides métalloïdes, par exemple Taeide sulfuriqne très

268 PARTIE THANATOLOGtQUE.

étendu ne produit qu'une légère phlogose de la muqueuse stomacale; moins étendu , il produit des excoriations superficielles; enfin, coacentré y il détruit et gangrène tout te tissu de l'estomac. Ces phénomènes appartiennent seulement aux acides de cette espèce et pourraient en former une classe à part. Le bichlorure de mercure est pour les symptômes sur le vivant comme sur le cadavre tout différent des vapeurs de mercure qui également empoisonnent. L'acétate de plomb tout autre que les vapeurs de plomb ; l'oxyde de zinc toal autre que le chlorure de zinc ; les préparations de sulfure de morcure peuvent à peine être comptées parmi les poisons mercuriaux à cause de leurs effets tout particuliers.

Vu foutes ces difficultés y la division que nous donncma n*a pas la prétention d'être sans reproche, nous lui attribuons peu de valeur, puisque notre but en médecine légale est la pratique pour laquelle une classification est inutile ; c'est celle qui nous a paru la moins mauvaise :

l"* Poisons corrosifs irritants , enflammants. Ils produisent une irritation allant jusqu'à l'inflammation et toutes ses suites, ulcération, gangrène , désorganisation de la muqueuse ou de la peau aoit par contact, soit consécutivement; il y a probablement par l'empoisonne* ment du sang(dysémie) une irritation du système nerveux. Les poisons le plus fréquemment employés qui appartiennent à cette classe sont : les acides métalloïdes, les composés d'arsenic, de mercure (excepté les vapeurs de mercure et les sulfures de mercure) , les composés vénéneux de zinc et d'antimoine, l'acide oxalique, les alcalis, le chromure de potasse, le phosphore, les huiles éthériques, le colchicum, les coloquintes , Thuile de croton , les champignons vénéneux et la cantharide.

2"* Poisons hypérémisants. Ils tuent par congestion sanguine tantôt du cerveau, tantôt des poumons, tantôt du cœur, tantôt de la moelle épinière, ce que l'on peut très bien voir par les phénomènes sur le vi\fint et par le résultat de l'autopsie. Les poisons les plus employés qui appartiennent à cette classe sont : les opiacés , la belladone, la noix vomique, la strychnine, la vératrine, la brucine, la jus-

EMPOISOMMBIIENTS. — DIAGNOSTIC. 209

^iaiDe, la dglle» la digitale^ le stramoniuBi, la nicotine , la conicine et les alcaloïdes de ces plantes, les gaz irrespirables et l'alcool.

8* Poisom neuro^paralyBanls. Us tuent par paralysie du centre nerveux, par Tintermédiaire du sang empoisonné; de là la mort subite qui a lieu avec parai jsie et convulsions. On ne trouve alors rien à l'autopsie. Ce sont : l'acide prussique , le cyanure de potasse, l'huile d'amandes amères, le cyanure de zinc, le cyanure de plomb, le cyanure de cuivre, le cyanure d'argent, les cyanides de cobalt et de chrome^ le seigle ergoté et le chlorofortne.

A** Poisons tabifiques^ Ds ne procurent qu'un empoisonnement lent et cbrcNiique, ils altèrent lentement, mais gravement la digestion, d'où il résulte une nutrition incomplète, amaigrissement, consomption et mort. Ce sont : le sous-nitrate de bismuth, le carbonate de plomb, les vapeurs de plomb, de mercure, d'arsenic et probablement la plu« part des vapeurs métalliques.

5* Poisons septiquesj ou putréfiants. Ce sont les substances et des produits morbides qui empoisonnent le sang et amènent la mort. Ce sont : les matières vénéneuses des saucisses, du fromage, des poissons , et ainsi que les poisons contenus dans beaucoup d'aliments innocents qui se forment sans qu'on puisse se l'expliquer, et les produits morbides, la morve, le charbon et le pus.

S 3. — X>iagiiostîe de l'empoisonnement.

L'ancien code prussien demandait que l'on admit l'empoisonne** ment comme certain, si la mort était venue après l'ingestion du poison et si le poison avait été* la cause vraisemblable de cette mort ; en un mot, si le post hoc était constaté et le propter hoc vraisemblable, c'était une sage disposition pour ce temps, car elle facilitait l'ex* pertise et n'était pas en butte à toutes les possibilités et tous les doutes qui assiègent la justice. Car s'il était prouvé soit par l'instruction, soit par l'expert médical d'après les symptômes de la maladie ou les résultats de Fautopsie et de l'analyse chimique que réellement du poison a été administré , le médecin légiste avait le droit d'admettre

270 PARTXB THANâTOLOeiVDV.

fMDpoisoanement si tesrésQlliisderMtoptteraiidaieBtnwaririaHe ce genre de mort.

U en est autrement inamleiiaiit, qne le f 197 dans les ees d'empoisonnement ordonne de pronver qne la mort a en lien par snile de ringestîon du poison. Le jugement est plus difficile tfa'anparsfaii, car on demande une c certitude > là où antrefois une c nrâemUsacc) était suffisante. Cependant le médecin n'a plus besoin de tenir comfle de la possibilité d'une consenration de la ne qui aurait pu aroir liai grâce à des soins médicaux appropriés on i d'autres dreonatancei quelconques ; il a sentement à considérer si la aihstance X peut atoir en les suites qui se sont présentées. Que l'expert se rappelle le $ 186 qui a aboli les degrés de léthalité.

Pour répondre à cette question : A-t-on administré du pMon oi d'autres substances capables d'altérer la santé? U faut considérer ki critériums suivants :

1^ Les symptômes de la maladie produite par l'empoiaonBement; . 2* Les résultats de la dissection ;

3* Les résultats de l'analyse chimique;

A" La combinaison de toutes les circonstances ^térieares qui ont entouré la maladie et la mort du décédé.

|o SYMPTÔMES DE LA MALADIE.

Les symptômes de rempoisonnement pendant la vie ne peuvent donner que des indices très vagues, car on sait que souvent dans \e$ cas légaux les témoins n'ont pas même vu le malade pendant la vie, de sorte que l'on n'a que des renseignements à peu près insignifiants, si ce n'est tout à fait nuls. De plus, en général, presque tous les poisons, excepté ceux qui tuent subitement comme l'acide prussique, sulfurique, donnent lieu à des phénomènes vitaux presque analogueSi tels que vomissement, diarrhée, collapsus, dérangement de la circii» lation, lésion du système nerveux. Ensuite, il existe une série de ma» ladies qui ofiBrent tous les symptômes d'un empoisonnement, de aorte qu'une erreur est très facile. Enfin, comme dans le diagnostic d'

EMPOISONNKIIBIfTS. *^ STWTtnM GÉNÉRAUX. 291

oiakMiîe, il m faot pu Molomtni tenir oomple d*«ni Mal ou de qml- 4|B6S ey mptômes de la meladley mais de toat Teiiseinble ; on ae diagDOStiqae pas la rougeole par le seol exanthème ni par le catarrhe seul, pas plus qu'on ne diagnostique la grossesse par la groaseor da leolre y ou la mort par pendaison par la présence seule d'nm sillon alrangulatoire ; de même on ne devra pas diafnostiqaer Teonpoiemiaeuienl par ks seuls symptômes pathologiques.

Il ne serait cependant pas juste d'en conclure que seulement ior»*

qu'on trouve le poison» le diagnostic est infoillible, car de cette ma*

nîère on retrancherait toutes les circonstances accessoires et on

adopterait pour les empoisonnements une marche déclarée fausse

pour tout le resté de la médecine. Tandis que la médecine tend é

augmenter tous les jours les modes d'investigation qui peuvent aider

le diagnostic tels que le microscope, la physique, la chimie, on vw<^

drait réduire à un seul les signes diagnostiques de l'eropoisonne-

ment !

C'est ce que veulent les gens qui séparent la médecine légale de la médecine générale qui veulent en faire une c jurisprndentia medica » y qui ont voulu imposer la théorie des preuves inébranlables dont s'est débarrassé le droit pénal moderne dans une science qui s'est qu'une science de combinaison, et non une science mathématique. — Nous allons donner les symptômes généraux de maladie dans différentes classes de poisons.

1" Potfont cofTosifs. Ils produisent, en général, de la chaleur et vue sensation de brAlure dans la bouche et dans le gosier, une aensatîon de brûlure et une douleur vive dans l'estomac, dans tout le ventre, des nausées, des vomissements, soif vive, diarrhée, froideur é» la peau, sueur froide, pouls accéléré devenant petit, sensibilité des légaments abdominaux au toucher, diminution prompte des forces , moft.

2* Potions hypérémisants. Dilatation des pupilles, perte de connaissance, somnolence, respiration lente et irrégulière, vomissements, ebstraetion, collapsus, convulsions cloniques et toniques, paralysie,

BMIfl.

272 PARTIE THANATOLOGIQUE.

S* Poisons neuro-paralysants. Mort subite ou nausées, vosui* sements, pâleur du visage, sueur froide, pouls lent, dilatation on contraction des pupilles, convulsions tétaniques, écume à la bondie fk au nés, respiration difGcile, mort.

A* Poisons labifiques. Amaigrissement lent et progressif, aspect cachectique, pour Tempoisonnement par le plomb et le mercure, gencives livides, langue couverte, absence d'appétit, obstruction intestinale (colique de plomb ) , tremblement des membres, paralysie, mort avec les symptômes de la fièvre hectique*

5*" Poisons septiques. Affaissement et abattement général, nai' sées, vomissements, symptômes locaux d'une inflammation spécifique, signes généraux d'une fièvre putride, mort.

Pour les symptômes d'empoisonnement par les principaux prâsonft, voir plus bas«

2* RÉSULTATS OE L'aUTOPSIE.

Pris isolément les résultais de l'autopsie permettent plus facilement de faire une conclusion que les seuls symptômes de maladie. Il y a une série de poisons qui font sur le cadavre des altérations telles que celles-ci mettent Tenipoisonnement hors de doute et rendent l'analyse chimique inutile; je veux parler de l'empoisonnement par les métalloïdes tels que l'acide sulfurique. U n'y a pas d'autre genre (le mort qui offre ces destructions de tissus que l'on rencontre dans ces empoisonnements, et ils ne se produisent pas même de cette façon si l'on ingère de l'acide sulfurique dans Teslomac d'un cadavre comme nos expériences l'ont démontré.

Il y a encore d'autres résultats spéciaux qui permettent une grande sûreté de jugement, sans que l'on ait besoin d'avoir recours à une analyse chimique. Si Ton trouve dans l'estomac d'un cadavre des substances granuleuses blanchâtres qui, séchées et mises sur des charbons ardents, laissent exhaler une odeur d'ail sensible, ou bien si l'on trouve des grains amorphes, jaunâtres, qui pris dans l'estomac d'un cadavre, sont briUaata dans Tobacurité et brûlent quand on les firotle»

EMPOISONHEMENTS. — AUTOPSIE. 273

el si des vapears phosphorescentes s'exhalent des ouvertures exté* lieares du corps, on peut et on doit conclure qu'il y a eu dans le premier cas empoisonnement par l'arsenic, dans le second empoisonnement par le phosphore.

De même si l'on trouve dans l'estomac des grains de stramonium oo de belladone y on peut regarder l'empoisonnement comme certain, sans aller plus loin.

Il y a encore les cas où lors de la dissection on perçoit très distinctement dans le eerreau, la poitrine, l'estomac, une odeur d'amandes amères qui, dans la plus grande majorité des cas, indique un empoisonnement par une substance qui contient de l'acide prussique. Car il n'y a qu'une seule autre substance qui, ingérée dans l'estomac d'un cadavre, le pénètre et lui donne l'odeur de ce poison violent ; je veux parler de la nitro-benzine employée par les parfumeurs pour la Tabrication des savons d'amandes amères et imprégnant le cadavre de cette odeur d'après nos expériences sur les animaux.

Je cite ces exemples pour prouver que l'on a eu grand tort de négliger dans la question des empoisonnements les résultats de la dissec* tionet d'attribuer une valeur exclusive à l'analyse chimique. Cependant, ajoutons-le, les résultats de la dissection, dans la majorité des cas, ne peuvent avoir une valeur complètement décisive. Car des inflammations locales dans l'arrière-bouche, l'œsophage, l'estomac, etc., analogues à celles qui sont produites par les poisons corrosifs, peuvent avoir une autre origine. De même pour les bypérémies qui se trouvent si souvent produites par d'autres causes. De plus, la plupart des poisons donnent des produits si variables et ont été observés en si petit nombre qu'il serait très hardi d'attribuer une valeur décisive aux observations pathologiques en elles-mêmes. Enfin, la putréfaction peut masquer complètement les critériums, car, d'un côté, les poisons favo* riseot souvent la putréfaction, ce qui masque les résultats de l'autopsie, nèoie lorsqu'on la fait de bonne heure; d'un autre côté, la nature dandesliDe du fait donne lieu à une instruction ordinairement très iarfifo qnin'a lieu quelquefois qu'après l'inhumation du cadavre ; et dqiMii k cadavre déterré après plusieurs semaines et plusieurs mois n. 18

27A PARTIE THANATOLOGIQUB.

est présenté à Tautopsie» les tissas sont déji tellement détroits qne Texamen exact n'est plus possible^ le sang est altéré, les hjpéréDiet sont effacées. Néanmoins» nous le répétons » en général Tantopùe jointe aux phénomènes de la maladie a une très grande talenr» itelb ne mérite pas le discrédit dont on l'entoure ordinairement.

Il ne faut pas perdre de vue, dans les cas d'empoisonnement doiteux, que les résultats négatifs peuvent ôter tous lei doutes, h mm parler des cas fréquents dans lesquels la mort ayant en lieu d'nne manière surprenante après l'ingestion de oirtiines substances^ m soupçonne un empoisonnement, ou bien lorsqu'au hoaime est mort au milieu de circonstances suspectes et que sa mort a été anatt* geuse i son entourage. Le cas devient très simple lorsque l'on trovn une hernie étranglée ou un ulcère perforant l'estomac. Noos en citerons des exemples plus bas (222% 22S* obs.). Pour ce qui concerne les différentes classes de poisons, on trouve en général :

l^" Pour les poisons corrosifs, très souvent inflammation ou brA* lure des surfaces mises en contact , l'ossophage plissé et tanné, érosions, ulcérations, gangrène, perforations, épaississement, gonflement de la muqueuse stomacale qui se séptre Cicilement, des tracas d'inflammation consécutive dans les poumons, le cœur et sartout les parties inférieures des intestins.

2« Pour les poisons hypérémisants, on trouve quelquefois dans l'estomac des restes sensibles du poison qui se reconnaissent i Te* dorât, la forme, les signes botaniques ; des hypérémies considérables dans le cerveau, dans les poumons, dans le cœur, la moelle épinière, les grandes veines, des hjpérémies partielles en forme de taches d'un rouge noir sur la muqueuse de l'estomac et des intestins.

Nous reviendrons spécialement, plus bas, p. 277, sur les désordres que produisent les principaux poisons appartenant ft ces divisions. Quant aux poisons des autres classes, leurs effets sont peu connus et incertains, et on doit dans les cas qui se présenteront, chercher des analogies* Dans ce but nous communiquerons des observations aussi nombreuses que possible.

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