ANALYSE CHIMIQUE
Quand par l'analyse chimique on trouve dans un cadavre des traces de poison, il est évident qu'il y a grande probabilité pour que le crime d'empoisonnement ait été commis, cependant celte présence du poison ne constitue pas une preuve infaillible. Car, sans parler de Il possibilité d'introduire des substances vénéneuses dans l'estomac après la mort, ce qui serait très difficile et se reconnaîtrait bien vite, il arrive souvent que des poisons réels sont trouvés dans le cadavre au moyen de réactions chimiques sans qu'il y ait eu le moins du monde empoisonnement , soit parce que le poison a été ingéré en forme et dose de médicament, et ici le témoignage négatif du médecin traitant est de peu d'importance, car on sait combien il arrive Souvent que les malades prennent de leur propre autorité des pilules ou des médicaments de toutes sortes, soit parce que les substances alimentaires contenaient du poison.
Wackenroder (1) a trouvé des quantités assez considérables de cuivre et de plomb dans le sang des hommes et des animaux , ces corps ne peuvent provenir que des aliments. Il nous est souvent arrivé de trouver, outre le poison que nous soupçonnions, des traces de métaux de toutes sortes qui avaient pénétré dans le sang avec des aliments ou des médicaments.
Ainsi c'est seulement la quantité du poison trouvé chimiquement
(pd peut faire conclure qu'il y a eu empoisonnement. Des quantités
très minimes de substances vénéneuses trouvées dans l'estomac, dans
le sang, etc., ne sont plus ce que l'on appelle des poisons. On sait,
d'an antre cAté, que la quantité d'arsenic, de stramonium, que l'on
trouve par l'analyse chimique, n'est pas exactement la quantité qui a
ité ingérée ; car la moitié a pu déjà être évacuée pendant la vie.'
Dins cartaias cas tout le poison est évacué et l'examen chimique n'a
tticuQ résultat. Ce sont les cas assez fréquents qui s'expliquent par les
{\) Anhiv, fUr Phannacie, 1853, octobre, p. 11.
276 PARTIE THAKATOLOGIQUE.
théories de la chimie moderne: l'absorption par le foie, UnU,U sang, l'urine, mémo les muscles et les os; on a Irouvé de celle minière l'acide arsénieux dans le fuie ; Orfila a trouvé égalemcot dn cuivre ; Stas de la nicotine dans le foie et les poumons dans l'aSûre du comte de Bocarmé ; Scbackt et Hoppe de l'acide prussîque dut le sang (203° et 20A' obs.), Schiirer (1) de l'antimoine dans l'uriDe, et il est à piévoir presque avec cerlilude que l'on Irouiera de celle manière encore une grande quantité d'autres poisocs.
L'analyse chimique devient Irès incertaine si les effets du poisao ont été combattus par un contre-poison ou si les tissus ont été entaliis par la potréfaction. L'nctdehydrocyanique, assez facile à trouver diDs les cadavres frais, surtout dans l'estomac, ne se trouve ordinairement plus quelques jours après la mort, car il se décompose Irés nie avec les matières organiques. Le phosphore, qui g'oxjde si raciiemeai, est très difficile à retrouver dans le cadavre, si le décédé a (écK quelque temps après l'ingestion de cette substance. Puis remarquooi que la chimie, quoique très avancée, a encore beaucoup à faire pour devenir infaillible, il y a beaucoup de poisons que l'on ne peut pat trouver par la chimie, tels que les alcaloïdes vénéneux, enfin, li chimie reste tout à fait impuissante lorsque le poison a été ^iell^ menl assimile, ce dont on trouvera un exemple â la '221« obs.
Pour combattre l'opinion générale qui attribue une trop grande ■ valeur â l'analyse cljimiqup, je dois encore faire une autre critique: l'étude des livres de chimie montre combien les opinions sont différentes sur les méthodes les plus convenables.
Quiconque a l'habitude de la médecine légale et fréquente les chi' s célèbres sait combien ces différences d'opinions se présentent nuvent, combien souvent unemOihodc e^tvantéeparlesuas et répudiée |Br les autres etc. Toutes ces cousidiiralions doivent faire réfléchir le
( WkfterZeitichrifl, n««c Folge, 1858, t. X Ctici un malade injlÉ avec du
D itlbii, trois licurei et demiB aprèi l'ingeslion du premifr gniti on paanil
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KMPOISONNEMENTS. — ACIDE ARSÉMEUX. 277
médecin légiste qui devra rester à moitié laïque dans cette matière et ce sont ces considérations qui m'ont donné l'idée d'ajouter aux trois critériums que nous venons d'apprécier, la combinaison de toutes les circonstances extérieures qui accompagnent la maladie et la iDortda décédé dont nous parlerons plus bas.
Puisque les procédés de chimie légale appartiennent aux experts chimistes, ils doivent être abandonnés aux traités de chimie, quant lox effets spéciaux des poisons ils appartiennent aux toxicologistes; aussi nous nous bornerons à indiquer seulement les effets généraux des poisons les plus ordinairement employés, et les plus importants pour la pratique.