‹ Traité pratique de médecine légale v. 2Chapitre 96 sur 166 · EMPOISONNEMENTS. — PHOSPHORE · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENTS. — PHOSPHORE

3^ Phosphore. La nécrose des maiillaires des ouvriers qui fabri- |iient les allumettes produite par l'influence du phosphore, est une ivestion d'hygiène et non de médecine légale, mais il peut y avoir las empoisonnements aigus par le phosphore des allumettes, ce ont alors des questions qui sont du domaine du médecin légiste, [Daod on suppose que l'empoisonnement est le résultat d*un crime* !m affaires deviennent de plus en plus fréquentes depuis Fusage iréquent de la pftte de phosphore pour empoisonner les rats. Cette nbslance terriblement vénéneuse, puisque 1 ou 2 grains suffisent loar empoisonner, est devenue d'un usage familier pour le public.

Les effets de cette intoxication sont : bralûre violente à l'estomac Bt au ventre, ructus fréquents de gaz ayant unp odeur alliacée, vomisnAients de matières ayant la môme odeur, qui, ainsi que les fèces liquides sont quelquefois lumineuses dans l'obscurité ; grande angoisse et inquiétude, pouls petit, à peine sensible, sueur froide, plus tard prostration particulière, chez les hommes quelquefois du pria* pisme; enfin, la mort arrive au bout de peu de temps, quelquefois die envahit insensiblement le malade, d'autres fois elle succède à de grandes convulsions.

A l'autopsie on trouve : expression du visage complètement sereine, eieoriation légère de la bouche et de l'arrière-bouche, odeur de phosphore dans la bouche, émanations de vapeurs de phosphore par 'e vagin et par l'anus, qui pendant le jour ont l'aspect d'une mince ilmée et le soir sont lumineuses (206^ obs.); quelquefois on voit un ^ântbème pétéchial qui alors devait être visible dans les derniers lomenta de la vie, le péritoine enflammé, l'estomac quelquefois dis- ^du par des gaz sentant l'ail et contenant dans les plis de la munease intestinale, des grains de phosphore qui s'enflamment (1) ^uand, a|M^ les avoir fait sécher, on les frotte.

(I) Voir la mélhode nouvelle et la meilleure pour découvrir le phosphore, par lilscherlich, dans ma ^VierUljahrsschrifl^t vol. VIII, p. 6. Une grande quanUté le cas d'empoisonnements volontaires ou accidenlek, qui sont arrivés pour la pluliarteQ France, ont été compUés par Henry et Chevallier. Voir Études chimiques et ^féékaUs sw le pho^hore dans les Annales d'hygiène pub. 1857. Avril, p. 414.

282 PARTIE THANATOUmiQUK.

Tout le contenu de l'eslomac est ordinairement lunûnciia dans l'obscurité, surtout s*il est chauffé; la muqueuse derestomaeeiici et la tachée en gris cendré ou en rouge pourpre ; on voit ausii to ulcères profonds du tissu pénétrant jusqu'à la coocbe moseidsaN; les mêmes anomalies existent dans le duodénum et les parties pro* fondes des intestins ; le pancréas et les reins sont plus foncés, lii veines de Tabdomen sont pleines de sang foncé et un peu épais, limi que les poumons. Le ccsur flasque, veines coronaires et le cobot droit bypérémiques, la muqueuse de l'œsophage fortement rougie» érodie çà et là ; on ne voit rien de particulier dans la tète.

Comme les autres empoisonnements par des sobttaneaa inorganiques, ceux qui ont lieu par le phosphore peuvent présenter à l'autopsie des résultats plus . ou moins négatifs, comme on le verra dans les obs. 205 et 206, La mort a lieu alors et plus souvent qn'on ne Ta cru jusqu'à présent d'une manière dynamique, parce que le sang est privé de ses propriétés vitales. Dans les cas que nous avons observés, les globulei du sang étaient privés de leur eoloratim rouge j et étaient transparents $$ implores; le pigment rouge était dissous dans le plasma non coagulé^ de sorte que le sang repré* sentait un liquide analogue au sirop rouge cerise et transparent. De telles altérations enlèvent au sang sa vitabilité et sa propriété nutritive (1).

h^ Colchique et colehicine. Il m'est arrivé, ce qui esl aaseï rare, de faire l'autopsie de quatre personnes qui avaient été empoiaotnées par la même préparation de colchique (teinture de semenoê de ed* chique y Ph. prussienne). Ces cas ont donné lieu aux recherches les plus minutieuses de la part des savants les plus distingués de Berlin, et ont amené à la découverte d'une méthode nouvelle pour retrouver la colchicine (2); ils ont démontré en même temps que la colchicine est un des poisons les plus violents, plus vénéneux encore

(1) Comparez la destruction des globules de sang par empoisonnement avec le nitrate de soude (21 5« obs. ), par asphyxie produite par acide carbonique et par le gaz hydrogène sulfuré (261* obs.).

(î) Voir ma Vierteljahrstchrifty 1855, p. 1.

EUPOISOMNEXKNTS. -^ COLCHIQUE . 288

qae le phosphore. Car nos qaatres victimes (211 à 21 &, ohi.) étaient des hommes de quinze à quarante ans, ils avaient pris chacun tout au plus de 2 cinquièmes à un demi-grain de colchieine en une ■eole fois, et cette dose fut suffisante pour amener une mort rapide.

Les effets du poison sont, d'après nos observations et le peu de cas connus : angoisses et oppressions, brûlure dans la bouche etTarrièrebouche, douleurs violentes dans Tabdomen qui ne s'augmentent pas toujours par la pression, vomissements torrentiels et continuels de matières verdâtres ou jaunâtres, selles copieuses de mômes ma* tières, soif très vive, coUapsus, faciès pâle, pupilles normales, peau humide et visqueuse, pouls petit, de 80 è 90 pulsations, absence d*urine et mort très rapide par inanition.

A l'autopsie, dans nos quatre observations, nous vîmes : pntré* (action ordinaire, réaction acide des liquides de l'estomac et des urinas, sang épais d'un rouge cerise foncé comme dans les empoisonne* meuts avec l'acide sulfurique (1), hypérémie très prononcée de la veine cave, des reins, la vessie plue ou moins remplie, hypérémie du eoMir droit, du cerveau, et hypérémie médiocre . des poumons.

Quelques résultats se rencontraient isolément chez un ou plusieurs de ces quatre empoisonnés. C'était surtout dans l'estomac. Chez l'un, k It surface extérieure de l'estomac, on apercevait les vaisseaux en forme de filet, et à l'intérieur, la muqueuse uniformément rouge <carlate; ainsi une véritable inflammation. Chez l'autre, les vaisseaux de là petite courbure étaient i la partie extérieure gorgés de sang, et cependant la muqueuse à l'intérieur était pâle et ne présentait une •eebymose qu'à la partie postérieure. Les deux autres cadavres avaient leur estomac tout â fait normal. Dans les cas d'empoisonnement par cette substance que l'on trouve décrits dans les auteurs, on voit que quelquefois l'estomac et les intestins ont été trouvés sans aucune trace d'inflammation, et dans deux cas le corps n'a présenté absolument jiucune anomalie.

(1) Le professeur SchrofT a trouvé tout à fait le même état du sang dans six expériences dites sur des lapins empoisonnés avec 0,5 grammes de colchieine. Il dit que le sang était épais et foneé. Voir OEsterreich. Zeitêchrifi^ 1856, n*« SS^Sé.

28i PARTIE THANATOLOGIQUE.

6** Champignofiê vénéneux. Le Agarictis phalloïdes j mtiiearivi; integer et le Boletus luridus sont les champignons les plus irénéneai. Ils produisent : picotements dans le cou, nausées, malaises, vomissements, vertiges, affaissements, coliques, diarrhée avec ténesme, soit violente, respiration difficile, convulsions, mort.

Les autopsies sont trop peu nombreuses pour permettre de poser des bases certaines de diagnostic. On a trouvé des inflammations de l'estomac et des intestins, le sang foncé et très liquide remplissant le cœur droit, et Thypérémie des poumons.

6"* Acide oxalique et sels oxaliques. Je ne puis pas déclarer par mon expérience, si ce poison trës' violent qui amène la mort ordinairement par suite d*un accident, est une substance employée sonvent par les suicidés et s*il est employé surtout par les ouvriers des fabriques de coton comme on Ta prétendu. Car je n'ai pas vu un seul cas d'empoisonnement par l'acide oxalique, quoique Berlin possède les plus grandes fabriques de toute l'Allemagne ; les statistiques prouvent également qu'en Prusse, les empoisonnements afVec les acides oxaliques sont très rares, tandis qu'en Angleterre on les dit assez fréquents. Les rapports sur les effets de ces poisons s'accordent : sensation de brûlure, nausées, constriction du cou, vomissement fréquent et acide, coliques violentes, diarrhées, prostration rapide, convulsions, mort Iris rapide,

A l'autopsie on trouve : La muqueuse de l'arrière-bouche et de l'oesophage blanchâtre, celle de l'estomac et du duodénum pâle ou seulement rouge claire, en partie gangrenée et soulevée par des plis si la mort n'est pas survenue très vite, mais le plus ordinairement elle est blanche et facile à déchirer, le sang foncé et épais, hypérémie dans le cerveau, les poumons, le cœur droit et les gros vaisseaux de la poitrine et de l'abdomen. Ce poison administré en dissolution aux animaux a produit du tétanos et une paralysie du cœur.

7* Sublimé corrosif. Il ne se présente presque jamais dans la pratique, des empoisonnements par le sublimé corrosif. Il produit : un goût désagréable, métallique, brûlure violente dans l'arrièreboucl|a, inflammation et érosion au palais et aux amygdales, des

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