LE MIROIR NOIR
I je ne craignais de compliquer votre bagage, je vous conseillerais, surtout dans vos jDremiers essais, l’emploi de chambre claire, non point précisément pour dessiner machinalement votre sujet, car je pense que tout ce qui est procédé ou ficelle doit être rejeté, mais pour vous servir de professeur et vous donner des indications de mise en place . L’emploi de la chambre claire demande, du reste, une étude assez longue pour en bien posséder la pratique.
L’instrument, vacillant avec facilité au moindre
TRAITÉ DE PEINTURE
mouvement, ne doit, en réalité, servir que pour établir des points de repère qu’on relie ensuite par le dessin.
Je vous engage plutôt à vous servir d’un miroir noir, qui, réfléchissant les objets dans un cadre restreint, en accuse davantage l’eflet. De plus, on voit dans le miroir noir une image parfaitement nette de son motif, ce qui permet d’en indiquer l’esquisse avec sûreté et de se rendre compte de ce que sera le tableau. Des miroirs disposés pour la poche rendent ce procédé facile. Pourtant il faut, quand on se sert de ces instruments, ne les prendre que comme auxiliaires ou comme conseils .
En effet, pour que le miroir noir vous soit un aide utile, vous devez le consulter d’abord, puis exécuter votre mise en place et mettre à l’effet : après quoi, reprenant votre miroir, vous vérifiez si vous n’avez commis quelque faute, perspective ou autre : l’erreur vous sautera aux yeux, et, sans autre recherche, vous saurez ce qu’il faut rectifier pour devenir exact.
CHOIX DU MOTIF
CHOIX DU MOTIF
E même que pour vos études de dessin d’après nature, je vous ai conseillé (^) les motifs les plus simples, je vous engagerai ici à vous contenter pour vos premières études principalement, de silhouettes se détachant nettement sur un ciel. Voyez le motif de loin, du plus loin possible. De cette façon les tons s’éteignent et vous commencez vos études par travailler les gris des lointains et la transparence lumineuse du ciel. Vos études de premiers
(q Le Fusain sans maître, Paris, 1875.
TRAITÉ DE PEINTURE
plans viendront ensuite, l’important c’est de mettre votre paysage bien en valeur. Une fois votre ton local adopté, cherchez l’harmonie de vos trois valeurs principales, c’est-à-dire ce qui dans votre tableau doit être les fonds, le second et le premier plan, et surtout votre ciel. Et à ce propos je vous dirai que ce qui désespère bien des commençants c’est le ciel par lequel ils commencent, voulant le peindre au premier coup, et qui aux premières touches du paysage semble cru et mauvais. Je ne saurai trop vous recommander de peindre .votre ciel léger, le plus léger possible, sauf à le mettre en pâte suffisante pour obtenir le ton tranchement lumineux une fois le paysage ébauché en valeur et dans le ton adopté. Ce n’est que par cette méthode que vous pourrez avoir la relation exacte des tons entre eux et conserver toute la valeur lumineuse au ciel.
De même lorsque vous commencerez l’étude du morceau, arbres ou terrains, prenez le motif le plus simple et ne cherchez pas à avoir au premier coup les valeurs lumineuses, réservez votre pâte lorsque votre toile est entièrement ébauchée. Pour
CHOIX DU MOTIF
votre misQ en place clignez fortement les yeux afin d’éteindre tous détails, ce qui ne laisse pas que d’être très difficile dans l’étude des premiers plans ou du morceau.
Le choix du motif est laissé à l’initiative et au goût de chacnn, car en peinture, l’aspect de Vérité et la fraîcheur du ton suffisent à rendre un tableau intéressant. Ce n’est point comme en un dessin ou la forme est essentielle, et l’aspect décoratif ou délicat nécessaire au succès de l’œuvre. Ce n’est que lorsque vous serez assez fort et posséderez bien à fond un métier qui vous soit propre, que vous pourrez alors chercher un motif qui fasse véritablement tableau, dont les silhouettes se balancent dans une heureuse harmonie pour arriver à l’effet d’une œuvre composée.