‹ Traité pratique de peinture à l'huileChapitre 19 sur 23 · TERRAINS · texte numérisé non relu

TERRAINS

ANS entrer dans la composition des tons de tous les objets que comporte un terrain, je peux cependant vous indiquer quelques principes d’exécution. Ainsi, par exemple, pour de la terre proprement dite vous pouvez ébaucher avec un mélange de terre de Sienne brûlée et d’ocre jaune; pour les verts vigoureux vous ajouterez du bleu minéral. Mais ceci n’est qu’une préparation solide, et comme fini d’exécution il est bien difficile d’entrer dans de plus amples détails, parce que cette exécution varie trop, suivant la nature où vous travaillez ou la

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manière de l’artiste dont vous copiez les œuvres . Attachez-vous à diminuer l’intensité de vos tons à mesure que les plans s’éloignent ; dans les premiers plans, au contraire, ayez une certaine hardiesse, et, si vous avez difîerents objets, comme pierres, toudes d’herbes, etc., ne craignez pas de les rehausser d’une bonne vigueur, si vous voulez qu’ils ressortent bien. Dans vos études d après nature, vous éprouverez d’autant plus de difficultés que le travail est ingrat et ne présente point grand charme ; mais lorsque vous en aurez fait un certain nombre, et qu’après les avoir rendues avec simplicité vous chercherez la finesse du ton avec exactitude, ces études deviendront d’autant plus intéressantes que vous progresserez davantage.

DES ARBRES

DES ARBRES

E ne crois pas, quoi qu’on en ait dit, que ce soit positivement par la tonalité qu’on reconnaît l’essence d’un arbre, puisque dans la nature cette tonalité varie peu, et que, au contraire, chaque artiste la rend avec un œil, un esprit différents. Aussi abandonnerai-je un peu ici ma méthode d’indication de mélange des couleurs pour donner quelques notions générales sur la manière d’interpréter les différentes espèces d’arbres. Et, d’abord, c’est par le dessin que cette différence doit se sentir.

Chaque arbre, suivant la construction de ses bran-

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elles, porte en lui son caractère propre : on doit donc s’attacher à construire le tronc d’une manière précise, un peu sèche même^, dans l’ébauche, sauf à en arrondir les angles dans l’exécution finale. Puis, sur cette charpente, on masse le feuillé en observant bien l’esprit général du modèle ou de la nature. Ce n’est pas, en effet, par la feuille qu’on distinguera telle ou telle essence d’arbre, c’est par l’ensemble de ses feuilles ou par l’ensemble général des masses. On doit donc rejeter bien loin cette vieille méthode qui consistait à apprendre la forme de la feuille du chêne, du tremble, du peuplier, etc., pour les grouper et former des ensembles qui, parleur simple contour, leur aspect général plus ou moins compacte, clairsemé, vigoureux ou gris, donnent immédiatement au spectateur l’idée de l’arbre qu’on a voulu représenter.

On doit observer, dans l’étude d’arbre, que presque toujours les masses du feuillé diminuent d’intensité ou de valeur de ton à mesure quelles s’éloignent du tronc et quelles se silhouettent sur le ciel ou sur d’autres plans : or, en supposant

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même que ces plans soient formés de tons gris ou que le ciel soit vigoureux, il faut toujours que le contour de la masse du feuillé soit peint avec un ton plus léger, plus doux que le reste de l’arbre ; autrement vous tomberiez aisément dans la sé- ‘Cheresse. Cette touche plus grise s’obtient tout naturellement si vous peignez en pâte, c’est-à-dire si les tons environnants sont encore frais ; alors ils ■s’enveloppent d’eux-mêmes et se fondent sans brusquerie. Il en est ainsi dans la nature, où les objets, sauf en premier plan, se fondent en coloration, et s’harmonisent à mesure qu’ils s’éloignent.

On peut ébaucher les arbres, suivant leur nature, de deux manières différentes : en pleine pâte ceux dont le feuillage est compacte, comme le chêne, le châtaignier; en frottis légers ceux dont les masses sont plutôt apparentes que réelles, •comme le saule, le bouleau, etc., mais en observant toujours ce que nous venons de dire que le ton doit toujours être plus faible aux extrémités*

Quand un arbre est dépouillé de ses feuilles, il est encore plus urgent de le peindre avant que le

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fond soit sec, car on n aura plus la ressource du feuillé pour en atténuer la sécheresse, et ce n’est qu’après l’exécution complète du paysage qu’on pourra reprendre par places certaines parties, afin d’avoir des accents vigoureux ou des lumières voulues. L

Je conseillerai tout particulièrement à l’amateur de faire des études d’arbres détachées, et même des morceaux séparément: c’est en disséquant ainsi la nature qu’on peut arriver à un résultat vraiment sérieux et intéressant pour le public, mais plus encore pour soi-même ; or l’expérience nous a démontré que lorsque l’artiste éprouve un sérieux plaisir à exécuter le morceau, et qu’il pousse cette étude aussi loin que possible, c’est alors, dis-je, qu’il commence à posséder son art et à acquérir un véritable talent.

DE LA POCHADE

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DE LA POCHADE

N appelle pochade une étude d’ensemble prise simplement au point de vue de la justesse des valeurs et de l’impression suivie d’un motif auquel on s’est arrêté. C’est dire que la pochade sera nécessairement une étude incomplète et qu’il ne faudra faire qu’à l’état d’exception, soit pour obtenir au premier coup un effet passager, soit pour avoir une silhouette heureuse. Beaucoup d’artistes et surtout d’amateurs se contentent de faire des pochades et non des études, et c’est un bien grand tort, car, si la pochade est utile en bien des cas.

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elle habitue l’artiste à se contenter de peu, et c’est à cet abus qu’on doit l’école dite des impressionnistes. D’ailleurs, une pochade, pour être intéressante, doit être juste de ton, et, puisqu’on n’arrive à ce résultat qu’après un certain nombre d’études sérieuses, il est bien évident que ce n’est point par là qu’on doit commencer. Je crois même qu’il est excellent pour un peintre de ne faire des pochades qu’au bout de trois années d’études, et l’on s’en rendra compte, si l’on pense à quelle sûreté d’exécution il faut être arrivé pour rendre en une séance rapide l’impression que peut donner un paysage et n’avoir la justesse des tons et des valeurs pour ainsi dire que par des taches.

J’ai dit plus haut que je n’étais point partisan de la copie des maîtres anciens; mais cependant, comme rien n’est absolu, je pense qu’il est bon, pour s’exercer à exécuter facilement des pochades, d’étudier d’abord ce genre de travail dans nos musées d’après les maîtres anciens ou modernes ; au Louvre, d’après SalvatorRosa, surtout ; au musée du Luxembourg, d’après Daubigny.

D’après nature, à mesure que vous devenez plus

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fort, la pochade vous deviendra plus nécessaire pour enlever l’effet du premier coup. Elle devient même un auxiliaire puissant si vous voulez vous servir de plusieurs études de morceaux prises dans un même point de vue pour composer ou mieux exécuter un tableau à l’atelier ; elle en devient à la fois la base et le complément: la base, puisque c’est d’après votre pochade que vous établirez l’ensemble des valeurs ; le complément^ puisqu’elle vous aide à maintenir toujours l’effet dans le cours de l’exécution.

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