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L’ÉTUDE D’APRÈS NATURE

E me suis assez étendu, dans ce petit volume, sur le côté matériel et pratique de la peinture à l’huile pour pouvoir entrer dans quelques considérations artistiques qui ont, à mon avis, bien jdus d’importance, puisqu’elles pourront mener l’amateur à devenir véritablement artiste lorsque, après ses études, il possédera bien l’exécution. Sans vouloir abaisser le mérite des gens habiles, je pense — et la jeune école moderne me paraît suivre la même opinion — que l’habileté d’exécution ne doit tenir en art qu’une place tout à fait secondaire. On a dit avec

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raison que l’exécution n’est rien, que l’effet rendu est tout : donc, plus l’exécution sera simple, plus l’effet sera puissant.

La recherche de l'exécution habile est un défaut qui n’est point né chez nous ; il nous vient de l’école italienne, qui a obtenu ces dernières années un succès fort contestable et contre lequel le public réagit singulièrement aujourd’hui. C’était, croyons-nous, une question de vogue (qui, d’ailleurs. semble se reporter sur l’école espagnole en ce moment), vogue fondée précisément sur l’habileté d’exécution, qui étonne et séduit à première vue, mais sans pouvoir supporter un sérieux examen.

Le fondateur de notre école paysagiste française, Corot, était loin d’être un habile praticien de la palette, car cette science de rendre à l’aide d’un ton presque monochrome les colorations infinies de la nature ne saurait être prise pour de l’habileté. Cette simplicité, cette sobriété de détails et de couleur est, à mon avis, la véritable manifestation de l’art en tant qu’interprétation de la nature.

Aujourd’hui que les peintres, les littérateurs, les

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sculpteurs même ne voient que la reproduction fidèle et absolue de la nature, on est tenté de croire que la sincérité est à l’ordre du jour et le seul mobile de toute œuvre d’art. Eli bien, non : tel sculpteur assemble deux ou trois modèles pour prendre à chacun une partie de son être que la nature a faite belle ; tel peintre, en reproduisant la nature, ne rend que ce qu’il voit, et non toujours ce qui est; tel romancier enfin, en voulant être vrai, nous peint des scènes immondes qui nous navrent et nous écœurent. D’où il ressort que ni les uns ni les autres ne sont sincères, puisqu’ils cherchent un résultat élevé de l’art par des moyens qu’ils ne veulent point reconnaître ni avouer.

Donc l’art est, à proprement parler, l’interprétation de la nature^ étant donné un résultat voulu. Aussi croyons -nous que ce serait véritablement se tromper que de s’en tenir à une copie fidèle de la nature en essayant de la reproduire telle qu’on la voit. Et, d’ailleurs, que d’erreurs découleraient de ce système ! Sans parler de la nature de l’homme, toute physique et toute matérielle, et qui varie autant que les individus eux-mêmes, ce serait

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faire de l’art une machine inintelligente, un procédé vulgaire, qui ne saurait même approcher des résultats delà photographie.

Lors donc que Corot avait coutume de dire : « Soyez sincère, soyez naïf, » il n’entendait nullement exclure la pensée du travail du peintre pour l’obliger à rendre ce que son œil perçoit. Il voulait dire : Soyez simple comme la nature lest dans son ensemble, soyez naïf parce qu’elle n’a rien de surnaturel. Serait-il possible, du reste, de rendre la nature telle qu’elle est ou même telle que nous la voyons ? Assurément non, pas plus qu’on ne peut rendre l’éclat du soleil ou la profondeur de la nuit. Eh bien, puisque les moyens sont impuissants à rendre la nature, le paysagiste devra donc, pour obtenir son ehet, recourir à l’interprétation, et c’est sur cette interprétation de la nature que nous nous arrêterons quelque peu. Dans vos premières études, je l’ai dit, vous devrez avant tout chercher des sujets simples^ soit en vous renfermant dans les tons généraux des différents plans^ si vous avez un sujet d’ensemble, soit en restreignant votre sujet à l’étude du morceau, et par consé-

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