REPRODUCTIONS EN COULEURS AVEC DES PIGMENTS COLORÉS SOLIDES
Cette méthode constitue un moyen d'impression d'épreuves trichromes sur papier, visibles par réflexion.
Dès le début de la publication de ses suggestions, M. Ducos du Hauron avait créé des spécimens dénommés héliochromie transparente et dont on trouvait des exemplaires chez M. Marion.
C'étaient des épreuves au charbon imprimées sur trois feuilles de mica, Tune jaune, l'autre bleue et l'autre pourpre, superposées, le tout enfermé entre deux lames de verre.
Nous eûmes alors en main plusieurs de ces épreuves, et l'idée nous vint de les imprimer sur papier ; dans ce but, nous écrivîmes à M. Ducos du Hauron pour qu'il voulût bien nous conQer trois de ses négatifs sélectionnés; il eut l'obligeance de nous envoyer des clichés sur papier ciré.
Quelques jours après, nous lui fîmes l'envoi
d'une épreuve formée de trois monochromes reportés avec repérage sur la même feuille de papier.
Ce fut, pensons-nous, la première épreuve de ce genre visible par réflexion, produite en France par la méthode de la photographie trichrome.
Les mixtions de gélatine colorée par des pigments jaunes, rouges et bleus étaient alors préparées par la maison Marion, mais dans un tout autre but.
Depuis, cette même méthode, avec des mixtions de même sorte, a été employée par divers opérateurs. C'est celle qui permet de faire des impressions trichromes présentant les plus grandes dimensions.
Malheureusement les mixtions à pigments colorés solides (ou autrement dit matières pulvérulentes, mélangées à la gélatine) ne possèdent pas la transparence de la gélatine colorée par voie de teinture; aussi ne peut-on, par cette méthode, réaliser des effets aussi complets. Pourtant on obtient quand même d'assez bons résultats.
L'opération demeure à peu près semblable à celle qui a été décrite dans le Chapitre VIII, mais avec cette différence que chacun des trois monochromes, étant développé sur un support rigide, le verre talqué, est reporté, avec un repérage aussi parfait que possible, sur la feuille de papier blanc destinée à recevoir successivement les trois
monochromes dans Tordre suivant : jaune, bleu et rouge.
Les papiers mixtionnés doivent toujours être employés dans le même sens pour les trois monochromes d'un même chromogramw.e, c'est-à-dire tous les trois pris sur la longueur ou sur la largeur.
Afin d'éviter les erreurs de sens qui auraient pour conséquence l'impossibilité absolue d'un repérage exact, on doit, au préalable, rayer le dos du papier dans l'un ou l'autre des deux sens, par exemple toujours sur la longueur.
On aura donc soin, le papier une fois débité, d'appliquer toujours sous les négatifs le papier ayant les lignes dans la même direction par rapport au négatif, soit en long, soit en travers du prototype.
Le développement, le séchage, doivent également s'opérer dans des conditions identiques, autant que possible.
Chaque monochrome, une fois terminé à la surface de la plaque de verre talqué qui lui sert de support provisoire, est recouvert d'une couche de gélatine bien filtrée maintenue bien fluide à la température constante d'environ 30° à 35'' (solution à 12 pour 100) ; on se borne à la faire couler sur la plaque, comme quand on coUodionne.
La feuille de papier qui doit porter l'épreuve richrome est également gélatinée de la même
façon ; on laisse sécher, et le transfert peut alors être commencé. Le papier gélatine et le monochrome du jaune sont mis dans de Teau filtrée et sortis Tun contre l'autre, gélatine contre gélatine, puis passés à la racle sur 4n buvard. Il faut éviter absolument les bulles d'air.
On laisse sécher, puis on sépare le papier du support, qu'il abandonne en retenant Tépreuve jaune.
On passe sur cette épreuve une couche de gélatine comme précédemment, puis on opère le transfert du monochrome bleu, et enfin celui du rouge.
L'application des deux derniers monochromes exige la plus grande attention pour que le repérage soit aussi exact que possible.
L'épreuve ainsi montée peut être terminée par une couche de vernis à tableau passée à sa surface, et elle peut ensuite être appliquée sur un support plus solide, comme de la carte ou de la toile à tableau.
C'est là un procédé propre à la production d'un nombre restreint d'exemplaires d'un même sujet. Il est d'ailleurs assez difficile de les obtenir tous bien égaux entre eux ; il est donc plutôt réservé à la production de l'épreuve unique qu'à des copies multiples.
Nous ne saurions indiquer les maisons produisant les mixtions colorées ad hoc. Il peut y en
avoir; mais, à défaut de Texistence d'une production industrielle de cette sorte, on peut préparer soi-même avec les matières colorantes les plus convenables les feuilles dont on a besoin.
Le point important est d'user d'une gélatine très soluble à chaud et de matières colorantes inertes à l'égard de la gélatine en présence du bichromate.
Il faudra donc se livrer à des essais préalables avant d'entreprendre cette préparation.
Parmi les couleurs moites à l'eau que Ton fabrique actuellement, on trouvera facilement les trois couleurs voulues, jaune, bleu et rouge.
Bien qu'il soit possible d'arriver par ce moyen à produire des œuvres intéressantes, nous estimons que l'absence de transparence des mixtions employées sera toujours un obstacle à un succès complet; il faut donc s'attachera produire des mixtions aussi transparentes que possible, c'està-dire rivalisant avec la translucidité propre aux teintures.
C'est plutôt œuvre de patience et môme d'habileté; quelques amateurs peuvent trouver là un moyen de passer leur temps en vue de produire des œuvres uniques auxquelles ils pourront donner un cachet personnel. Peut-être, au point de vue industriel, y a-t-il quelque chose à faire dans cette voie, en se consacrant à des œuvres uniques dont la majeure partie aura été obtenue
par ces opérations et que l'on finira avec une retouche plus ou moins importante.
Encore faudrait-il procéder avec un sentiment artistique assez développé, et bien se garder de faire exécuter par la photographie plus que ce qu'elle est apte à produire de cette façon.
En fait, ces résultats devraient constituer des œuvres artistiques obtenues avec le concours de la photographie plutôt que des résultats industriels.
Quelques affaires ont été organisées pour l'exploitation d'un procédé de ce genre ; nous ne croyons pas qu'elles aient réussi ou qu'elles puissent avoir le succès espéré (*).
Pour réaliser une véritable application industrielle, il ne faut compter que sur les impressions photomécaniques qui vont faire l'objet du Chapitre suivant.
(*) A moins d'employer Tôlectricité en vue de la plus grande régularité quant à l'impression.
APPLICATION DES PROCÉDÉS PHOTOMÉCANIQUES A L IMPRESSION DES ÉPREUVES EN COULEURS.
Les procédés photomécaniques qui peuvent servir à Timpression des épreuves polychromes sont la PhotocoUographie^ la Photogravure en creux et la Photogravure en relief ou Phototypographie,
Nous allons passer en revue chacun de ces moyens successivement.
La Photocollographie, qui constitue un merveilleux procédé d'impression des sujets à modelés continus, peut bien être appliquée au tirage de sujets polychromes en procédant comme d'habitude pour Timpression des épreuves monochromes.
En principe, rien n'est à modifier au procédé usuel, sauf l'adjonction de pinces avec aiguilles à repérer aux presses de tirage et l'emploi des couleurs diverses propres à la formation de chacun des monochromes.
11 semblerait, de prime abord, que ce moyen
d'impression devrait produire d'excellents résultats; mais en fait les polychromies ainsi obtenues laissent généralement beaucoup à désirer; la couleur y est d'aspect boueux, lourd, les transparences font défaut. Cela tient sans doute à ce que l'épaisseur de l'encre déposée sur le papier est trop forte, et il n'est guère possible d'arriver à des impressions d'une vigueur suffisante avec des couches de couleur plus minces, plus légères.
Rien ne s'oppose à ce que, dans certains cas, et surtout pour la reproduction de sujets offrant un aspect velouté, comme des pastels, par exemple, ou des œuvres dont les originaux sont ternes, on ne recoure à la coUographie qui, mieux que la typographie, peut rendre ce velouté.
En tout cas, tout en nous abstenant de recommander, quant à une application exclusive, ce procédé spécial, nous devons le mentionner parmi ceux qu'il peut convenir d'utiliser au moins dans des circonstances particulières.
Il y a seulement à se méfier, en ce cas, de certaines matières colorantes ayant la propriété de teindre la gélatine et pouvant laisser sur le papier, lors de l'impression, un léger voile de la couleur employée.
Certains ateliers emploient cette méthode ; mais ce que nous avons vu de leurs résultats ne parait pas de nature à encourager cette application.
Sans nous étendre davantage sur ce procédé,
passons à un autre qui présente avec lui, quant aux résultats au moins, quelque analogie.
Nous voulons parler de la Photogravure en creux ou aquatinte photographique.
Ce procédé de photogravure, qui conduit à l'obtention de si belles épreuves monochromes, semble ne pas convenir à la trichromie pour un motif semblable à celui qui nous fait critiquer la coUographie. L'impression étant le fait des parties plus ou moins creuses de la planche, il en résulte une épaisseur de couleur trop grande dans les couches intenses, et cet effet a pour conséquence de nuire à la transparence, surtout dans les parties de l'image où elle serait le plus nécessaire.
L'aquatinte photographique ne saurait donc convenir, et il faut la réserver pour des cas absolument spéciaux où Tidentité la plus rapprochée possible de celle de Toriginal n'est pas en question.
On sait que, pour créer les planches d'aquatinte photographique, il faut faire usage de clichés positifs ; on aura donc, pour cette application spéciale, à passerpar cette nécessité, soit à tirer, par un des moyens connus, des contre-épreuves positives des prototypes originaux [négatifs].
Pour tout le reste des opérations, il n'y a rien à changer à la pratique habituelle de ce procédé, sauf l'addition des points de repère pour arriver à une exacte superposition des monochromes et
remploi de couleurs ad hoc aussi vitreuses que possible.
Phototypographie. — Parmi tous les procédés d'impression dont on a tenté Tessai à Tillustralion du livre et à la création d'images trichromes d'après des négatifs sélectionnés, il n'en est aucun qui semble l'emporter sur la méthode de phototypographie à trame ou similigravure.
De prime abord, il aurait pu paraître téméraire d'attendre beaucoup de cet enchevêtrement de points ou de lignes résultant du mélange des trois monochromes tramés. L'effet obtenu n'en est pas moins celui qui, jusqu'ici, donne les plus grandes satisfactions.
Déjà, bien avant l'application de la typographie à l'impression des trichromies, on savait qu'aucun moyen ne donnait des teintes aussi fraîches, précisément à cause du minimum réalisable de l'épaisseur des couches colorées fournies par la surface des clichés typographiques et de la possibilité d'y employer des encres très transparentes.
Nous étions frappés de ce fait en parcourant le catalogue de l'exposition de juin 1880, publié par le Cercle de la Librairie. Ce charmant volume est illustré avec des vignettes à teintes plates en couleurs d'une grande légèreté et telles qu'on aurait de la peine à les obtenir par d'autres moyens d'impression.
232 CHAPITRE XÏI.
Les premiers essais de rapplication de la typographie aux impressions phototrichromes en couleurs ne remontent guère qu'à 1880. Nous possédons la reproduction d'un Tableau de Manet ainsi obtenue d'après des négatifs de Gros en 1882, mais nous ignorons par qui.
Depuis, des applications de plus en plus fréquentes sont faites, en France et à l'étranger, de la phototypographie en couleurs.
En Autriche, la maison Angerer et Gôscbl y excelle ; en Belgique, les établissements Malvaux en tirent un parti remarquable. En Suisse, en Angleterre, aux États-Unis d'Amérique, il en est fait un emploi de plus en plusheureux.(Foi>àrAppendice.)
En France, la maison Hemmerlé, de Lyon, est celle qui fait dans cette voie les travaux les plus complets et les mieux réussis.
Dans la voie des impressions trichromes industrielles, la typographie occupe la place la plus importante, et elle est appelée à y jouer un rôle encore plus considérable le jour où le problème des impressions simultanées des couleurs et du texte sera convenablement résolu. On est près d'y arriver (*). Nous savons qu'on exécute en ce moment en Angleterre une presse qui imprimera d'un seul coup les trois monochromes superposés et le texte.
(M Machine Lambert, p. 248.
Si cet outil répond à ce que l'on en attend, on conçoit quel immense progrès aura été réalisé dans le sens de l'illustration des livres en couleurs.
Nous n'avons pas à revenir ici sur ce qui a été dit précédemment de la nature des écrans colorés à employer, ni delà façon de procéder à la sélection des couleurs, soit par une reproduction simultanée, soit par trois poses sucessives.
Quand on a les négatifs, on en tire des positifs soit transparents, soit sur papier.
L'impression sur papier exige des précautions minutieuses pour maintenir aux trois monochromes des dimensions absolument égales, ce qui est parfois fort chanceux.
De même que pour les papiers à mixtions colorées dont nous avons parlé (p. 224), il faut couper toujours le papier positif argent ique dans le même sens et traiter les épreuves dans des conditions identiques de durée d'immersion dans le bain et de température.
Quels que soient les soins pris dans ce sens, il peut arriver que le jeu de telle épreuve ne soit pas le môme que celui de telle autre, surtout quand il s'agit de dimensions assez grandes.
Il y a donc lieu de vérifier, après complète dessiccation, les dimensions respectives de chaque image à l'aide de quelques points de repère, puis sur du papier à calquer que l'on reporte sur les
deux autres. Si l'on remarque une différence dans les dimensions, il faut recommencer l'impression des épreuves défectueuses, mais toujours en tenant compte des mêmes conditions à observer durant l'opération.
Quand on le peut, mieux vaut renoncer aux impressions sur papier et produire des positifs sur verre par contact. De cette façon, il n'y a pas à redouter le jeu inégal des épreuves.
La pose et le développement doivent être exécutés avec les plus grands soins pour obtenir de bons diapositifs correspondant exactement aux prototypes, quant à la valeur de leurs modelés et de leurs contrastes.
Il faut éviter surtout les épreuves infra ou «rrfra-posées et se rappeler toujours que le résultat final dépendra de la nature de ces diapositifs, et qu'il ne saurait être bon si ces épreuves manquent des qualités requises.
D'ailleurs, si l'on remarque la nécessité de quelques retouches essentielles, ce qui .est un cas assez fréquent, on peut les exécuter soit sur les négatifs, soit sur les positifs dans les parties trop claires qu'il faut couvrir davantage.
La pratique permet de juger des valeurs respectives des épreuves, et d'ailleurs on fera toujours bien de recourir au chromoscope pour être plus certain de la nature du rendu, et exécuter les retouches reconnues nécessaires pour les réali-
ser dans les meilleures conditions d'exactitude.
Nous possédons maintenant les trois diapositifs (ou bien encore les trois épreuves sur papier); il s'agit d'en tirer des clichés tramés pour arriver ensuite à Texécution des clichés de typogravure.
Voici comment on opère :
Un des diapositifs est placé dans un châssis rotatif disposé en avant de la chambre noire, de façon à être convenablement éclairé, et est reproduit à la chambre noire à travers un réseau ou trame.
L'éclairage peut être celui de la lumière solaire diffusée par un verre dépoli, mais, comme la lumière naturelle est sujette à de continuelles variations, mieux vaut user d'une lumière artificielle qu'il est facile d'avoir constante.
En ce cas, la source de lumière projette ses radiations à l'aide d'un réflecteur, sur une plaque de verre dépoli ou sur une feuille de papier blanc placés en arrière du diapositif et à une certaine distance de ce dernier.
De cette façon, le temps de pose peut être parfaitement réglé et être égal pour chacun des monochromes, s'ils ont une valeur d'intensité égale.
Le développement doit avoir lieu dans les mêmes conditions pour les trois épreuves.
On sait que les clichés au gélatino-bromure sont
loin de donner des images aussi pures que celles que donne le coUodion; il y aura donc à donner la préférence à ce dernier véhicule du produit argentique et à l'employer en combinaison avec l'albumine (procédé Taupenot) si l'on tient à opérer à sec.
Le châssis rotatif est, pour l'objet qui nous occupe, disposé de façon à permettre d'imprimer à
Fig. 82.
répreuve un mouvement de rotation pour modifier, pour chaque monochrome, Tangle de la ligne par rapport au sujet reproduit (flg. 82); les positions données dans la figure suppriment tout risque de moiré.
Si Ton exécutait les trois reproductions d'après la môme trame maintenue à la même place, on aurait des elfets de moiré fort disgracieux et qui altéreraient entièrement la valeur des résultats.
Il faut changer la place angulaire qu'occupe l'épreuve pour chacun des négatifs et la faire
Fig. 83.
tourner dans son châssis porteur d'environ 22 à 30 degrés chaque fois, ce qui a pour effet, non seulement d'éviter des superpositions qui tendraient à griser l'image, mais encore de supprimer complètement les effets de moiré. On pourrait également tourner le réseau en laissant les diapositifs dans la même position, mais il est plus
238 CHAPITRE xir.
simple de laisser la trame en place sans y toucher (^^. 83).
Il faut évidemment tenir compte des dimensions du réseau et de la plaque sensible pour qu'ils contiennent Timage à reproduire tout entière lorsqu'elle est dans une position oblique par rapport à leurs côtés.
Cela est à observer aussi pour le réseau et la plaque quand on procède par l'emploi d'un changement rotatif de la place du réseau.
Un autre moyen consiste dans remploi d'écrans rayés sous divers angles; on peut alors employer des écrans moins grands, mais il en faut au moins deux, vu qu'en retournant l'un des deux écrans on change le sens des lignes.
Quant aux diaphragmes à employer et à la distance correcte de l'écran par rapport à la plaque sensible, les règles sont les mêmes que dans la pratique ordinaire des clichés tramés. On trouve dans le commerce des diaphragmes spéciaux à ces procédés, tels que ceux que montrent les figures 84 et 85.
Nous avons vu des trichromies très réussies obtenues avec des écrans simplement lignés, d'autres avec une ligne croisée; quant au diaphragme, nous avons vu recommander la forme d'ouverture rectangulaire, ce qui donne aux points une forme elliptique variant avec l'éclat des diverses parties de l'image.
Ainsi, dans les grandes lumières du négatif, les
Fig. 84.
points, très petits, sont circulaires, et ils prennent
Fig. 85.
dans les demi- teintes une forme elliptique,
s'étendant ou disparaissant dans les ombres.
Il va sans dire que les négatifs ainsi reproduits doivent correspondre exactement aux valeurs des négatifs originaux.
Pour passer maintenant à la gravure, on se sert des négatifs tramés, comme il est d'usage de le faire pour la gravure monochrome; seulement, des retouches délicates deviennent nécessaires suivant le rendu de ces clichés, et il n*y faut procéder qu'après un premier essai qui sert de guide pour ce qu'il y a à faire.
Le genre d'impression, l'impression résultant de l'emploi de la trame sont de nature à modifier le résultat désiré, quelle que soit la valeur relative des négatifs sélectionnés.
Après essai, on doit donc revenir sur les clichés typographiques avec le grattoir et la roulette et y apporter telles modifications reconnues nécessaires.
C'est là une opération qui exige la plus grande attention et qui est indispensable, sous peine de n'arriver qu'à un rendu par trop incomplet.
Quant à l'impression des blocs, elle s'opère avec les couleurs positives déjà indiquées. Rouge pourpre, bleu et jaune, et en ayant soin de veiller à l'obtention du repérage le plus parfait possible.
Avec des rouleaux garnis convenablement des couleurs d'impression, le dépôt de chacune des
couleurs est très régulier; il va sans dire que ce sont toujours les trois couleurs à leur degré
Fig. 86.
MoDochrome jaune.
de saturation maxima qui doivent donner le noir pur.
L'intervalle de temps qui doit séparer l'impression de chaque couleur nouvelle est indiqué par la pratique.
Les méthodes de gravure sont celles usitées
dans la similigravure. Le procédé Émail, pour créer la réserve, est un de ceux que Ton doit pré-
Fig. 87.
Monochrome bleu.
férer. Voir, figures 86, 87, 88, l'ensemble d'un chromogramme tramé.
Pour des reproductions de tableaux, aquarelles ou autres sujets colorés sur surfaces planes, on pourrait éviter l'emploi d'une double opération et créer immédiatement les négatifs tramés d'après
l'original lui-même. Mais mieux vaut, à notre avis, ne recourir à cette simplification que pour des
Fig. 88.
Monochrome roujçe.
travaux où l'on se contente d'un à peu près. Nous croyons préférable, pour des travaux de précision, de passer par les deux phases ci-dessus indiquées, qui permettent à la retouche de s'exercer dans des conditions plus complètes et d'arriver à une approximation de la réalité bien plus parfaite.
Lorsqu'on a étudié le rendu des trois premiers négatifs, on sait ce qu'il reste à faire pour les corriger dans les parties où ils laissent à désirer, et cette correction, combinée avec celle que Ton prévoit par l'habitude des clichés typographiques, conduit à faire mieux et sans que Ton ait à retoucher les trois négatifs sur trames obtenus de seconde main.
Les divers spécimens contenus dans cet Ouvrage sont une preuve de la perfection à laquelle peut conduire l'emploi de cette méthode.
UTILITÉ D'UNE QUATRIÈME IMPRESSION ET CAS DIVERS JUSTIFIANT SON EMPLOI.
Il a été indiqué, dans les Chapitres précédents, que les superpositions de trois couleurs : jaune, bleu et rouge, employées pour les impressions trichromes positives, donnent du noir quand ces couleurs sont superposées à leur état d'intensité maxima.
On a donc, d'une part, le blanc du papier et, de l'autre, le noir résultant des trois couleurs principales superposées, d'où il résulte qu'on a également toute la gamme des gris, depuis le blanc jusqu'au noir; gris qui se forment aux divers degrés quand les trois couleurs sont superposées à l'état de valeurs égales ; c'est là un fait théorique incontestable et sur lequel il est bien permis de s'appuyer pour limiter à trois le nombre des couleurs ou d'un tirage dont les monochromes ont été obtenus avec l'aide d'une sélection photographique.
Il est pourtant des cas où, pratiquement, il peut être nécessaire de passer outre aux indications de
246 CHAPITRE xiir.
la théorie pure. Il faut bien se pénétrer de cette vérité que les impressions en couleurs industrielles constituent une œuvre complexe et pour laquelle il peut, bien souvent, être difficile d'atteindre à la perfection, soit à l'exactitude absolue du rendu, à l'identité complète entre le modèle et la copie.
C'est pourquoi l'on est en droit de rechercher quels sont les moyens d'arriver assez près de la réalité, tout en usant de méthodes plus sûrement pratiques et, par suite, plus industrielles.
Un travail trichrome très soigné peut se suffire, mais, si la sélection a laissé quelque peu à désirer ou si le résultat, nonobstant le soin apporté à la sélection, a une apparence quelque peu confuse dans les détails, il sera utile et souvent même indispensable de recourir à une quatrième couleur ; le plus souvent, ce sera une teinte neutre destinée à emprisonner l'ensemble des trois couleurs et surtout à accentuer davantage les vigueurs et les détails.
Ce quatrième cliché pourra être obtenu à la chambre noire avec un écran donnant toutes les valeurs, mais il pourra être nécessaire de faire intervenir une retouche intelligente pour supprimer tout ce qui semble inutile, de façon à ne laisser agir cet auxiliaire que dans les parties de l'image où il sera indispensable.
Autant que possible, il faudra éviter l'emploi
UTILITÉ d'une quatrième IMPRESSION. 247
du noir pur. Nous avons vu des œuvres exécutées par des maisons importantes, renommées même pour leurs beaux travaux en général, où la quatrième couleur était du noir. 11 en résulte un aspect nuisible à la fraîcheur du coloris. L'ensemble ressemble trop à une gravure en noir coloriée. Il n'y a pas fusion complète du noir dans les couleurs, et c'est là un défaut qu'il convient d'éviter.
Cette quatrième couleur doit donc être une teinte neutre, susceptible de s'harmoniser avec l'effet général de l'image; elle peut être brune ou bleuâtre suivant les cas. Il ne saurait y avoir à cet égard d'autre règle que celle qui s'inspire du goût et de la valeur de l'original, dont ou doit chercher à se rapprocher le plus possible.
Pour des travaux courants, où il s'agit d'un rappel des couleurs de l'original plutôt que d'une copie absolument exacte de ses nuances, Tintervention d'une quatrième couleur est de nature à rendre de grands services, surtout quand il s'agit de l'illustration de livres ou de publications périodiques.
Si, par exemple, on a à représenter des costumes, il sera d'un intérêt vraiment très secondaire que les images aient une sérieuse valeur pictoriale. Le point important sera de rappeler les couleurs de chacune des parties des costumes : pantalons rouges, fracs bleus, etc., et, en ce cas,
le coloriage est vraiment fort admissible, La teinte neutre n'aura, pour ainsi dire, qu'à emprisonner, bien à leur place, chacune des couleurs locales.
C'est ainsi qu'il convient d'envisager la question en se rendant parfaitement compte à la fois, et des possibilités théoriques et des nécessités pratiques ou industrielles.
On a exécuté de fort ingénieux outils à l'aide desquels on imprime successivement les quatre couleurs. La feuille margée blanche sort de la presse avec ses quatre impressions.
Ces presses, dues à MM. Ed. Lambert et C", vont rendre les impressions polychromes typographiques très pratiques et très rapides, puisque la superposition des quatre couleurs est immédiate sans perte de temps pour laisser sécher les couleurs entre chaque impression.
La quatrième couleur peut, en ce cas, servir à l'impression du texte, car, sans être noire, elle peut être assez soutenue comme ton pour fournir un texte bien lisible.
Nous donnons ici un spécimen d'un tirage de cette sorte dû à l'extrême obligeance de MM. Lambert. Les clichés ont été fournis par la Maison Hemmerlé, et nous les avons choisis avec la quatrième couleur de manière à bien montrer l'utile concours qu'elle peut apporter aux tirages photopolychromes.
Vidal, Photochromie.
Pl. X.
Imprimé en un seul tirage sur la machine à quatre couleurs de MM. Lambert et C'.
Clichés de la Société Lyonnaise de Photochromogravure.
Vidal, Photochromie.
Pl. XI.
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Vidal, Photochromie,