‹ Traite pratique de photographie au charbonChapitre 2 sur 34 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Historiqixe.

Ce petit volume, ayant un but essentiellement pratique, ne doit point contenir un historique complet du procédé au charbon : Cet historique, d'ailleurs, a été publié antérieurement par nous.

C'est à Poitevin (^) que Ton doit le procédé dit au charbon ou aux poudres indélébiles. Cet inventeur recouvre une feuille de papier d'une couche de gélatine mélangée d'une petite quantité de bichromate de potasse et d'une poudre colorante. Il soumet cette feuille à la lumière derrière un cliché négatif, jusqu'à ce qu'il en juge l'action suffisante, et plonge alors le papier dans de l'eau tiède qui dissout et enlève la gélatine et la matière

(I) Brevets de 1895, aujourd'hui tombés dans le domaine public.

colorante partout où la lumière n'a pas agi. Il suffit de laver le papier supportant Timage dans l'eau froide pour la fixer.

Pour obtenir de cette manière une bonne image, il faut que la proportion de la matière colorante à la quantité de gélatine soit très-faible, car V action de la lumière a lieu à la surface même de la couche. Aussi les demi-teintes sont-elles fréquemment enlevées par l'eau chaude, et le procédé Poitevin n'a-t-il jamais pu servir qu'à la reproduction de dessins au trait, pour lesquels l'obtention des demi-teintes n'est pas nécessaire.

Pour bien faire comprendre le procédé au charbon, il nous faut expliquer ici ce qui se passe dans l'action de la lumière sur le bichromate de potasse et la gélatine. Une feuille de papier, immergée dans une solution de bichromate de potasse et séchée dans l'obscurité par suspension, est d'une couleur jaune qui passe au jaune verdâtre sous l'influence de la lumière. La matière organique du papier (ou plutôt l'encollage) réduit le bichromate à l'état d'un sel de sesquioxyde de chrome qui rend la gélatine insoluble, et celle-ci enferme la matière colorante dans une espèce de filet.

La lumière agit donc sur une couche de gélatine bichromatée en insolubilisant la gélatine. Si une matière colorante, telle que le noir de fumée (en poudre impalpable) est mélangée intimement avec la gélatine bichromatée, elle est retenue par la gélatine insolubilisée et constitue l'image.

L'inaltérabilité de cette image dépend donc uniquement de la matière colorante employée. Aussi faut-il faire usage de noir de fumée, ou mieux, d'encre de Chine dont on corrige un peu le ton par l'addition d'oxides métalliques rouges et pourpres.

Nous avons dit plus haut que l'obtention des demi-teintes par le procédé de Poitevin est difficile, sinon impossible, parce que l'action de la lumière a lieu à la surface de la couche. Ceci est, en effet, très-facile à comprendre si l'on examine avec attention une

feuille de papier au charbon. La surface en est noire et impénétrable à la lumière. Dès lors l'image se trouve à la surface du papier, et la couche sousjacente reste soluble dans l'eau chaude. Les demi-teintes sont donc enlevées, et il ne reste de l'image que les parties les plus noires, les plus saillantes.

L'abbé Laborde est le premier auteur qui expliqua ainsi (et très rationnellement) l'insuccès de Poitevin ; et ce fut Fargier, un autre auteur français, qui eut l'ingénieuse idée de transporter l'image sur un second support. C'est cette découverte qui sert de base à tous les procédés actuels.

M. Fargier verse sur une glace posée horizontalement un mélange de gélatine, d'encre de Chine et de bichromate de potasse, de manière à obtenir une couche de 1 millimètre d'épaisseur, qu'il laisse sécher à l'abri de la lumière. On l'expose derrière un négatif, puis on la recouvre de collodion et on immerge l'ensemble dans reau froide, de manière à dégraisser le collodion et à saturer la gélatine d'eau. La glace est alors immergée dans l'eau chaude.

Aussitôt la couche s'enlève du verre, mais l'image toute entière avec ses demi-teintes reste adhérente à la pellicule de collodion. Quand la matière colorante inutile est enlevée, il reste l'image que l'on transporte alors avec précaution sur une feuille de papier, à laquelle elle adhère.

M. Fargier attaque donc la couche par derrière, la surface du papier au charbon, surface qui porte l'image latente, étant en contact avec le support provisoire; puis, après le développement, il la transporte sur papier.

Nous ne faisons pas autre chose aujourd'hui, mais nous le faisons avec des moyens plus perfectionnés.

M. Swan, en 1864, perfectionne le procédé Fargier en couvrant préalablement la glace de collodion, puis de gélatine bichromatée et colorée. Il sèche, et détache la double couche du verre. Elle est insolée sous le négatif et montée sur un support avant le déve-

loppement pour éviter les difiicultés pratiques du procédé Fargier.

M. Swan ne s'en est point tenu à ce perfectionnement. Il a trouvé que Ton peut supprimer le collodion dans le procédé précédent, et attacher la couche à du papier, pourvu que cette couche soit assez épaisse. Après l'insolation, il colle le papier au charbon, immergé, préalablement dans l'eau, à un autre papier revêtu de caoutchouc et développe alors l'image à l'eau chaude. Mais l'image est renversée. Pour la redresser, M. Swan colle un papier sur l'image, et, après dessiccation, ramollit le caoutchouc du support provisoire à l'aide de benzine. Dès lors, l'image se détache du premier support et reste adhérente au second, qui est définitif. L'image est maintenant redressée.

Plusieurs perfectionnements de détail ont rendu le procédé au charbon entièrement pratique. Ainsi, en 1864, M. Davies rend certaine l'adhérence du papier au charbon à son support provisoire en le plongeant seulement un temps tres-courl dans l'eau.

M. Despaquis, et après lui M. Johnson, utilisent celte méthode d'opérer en se servant du verre comme transport provisoire : ce qui permet d'obtenir des épreuves brillantes. Ces auteurs, par leurs publications et leurs recherches, ont aidé à la vulgarisation du procédé au charbon.

Citons encore MM. Garnier, Salmon, Marion, Jeanrenaud, Vidal, Biaise, qui ont introduit plusieurs perfectionnements de détail. Entre tous les noms que nous venons de citer, celui de Poitevin, comme inventeur du procédé, et ceux de Fargier et Swan comme praticiens, doivent être retenus par nos lecteurs, car ce sont ceux d'hommes éminents à qui nous devons un procédé de photographie inaltérable rempli d'avenir.

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