‹ Traite pratique de photographie au charbonChapitre 3 sur 34 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Fabrication du papier avx diarbon dit papier mixtionné.

La fabrication du papier mixlionné est extrêmement délicate et difficile. Elle exige des machines spéciales. Dès lors, jamais le photographe ne cherchera à préparer lui-même son papier mixtionné.

Toutefois, ce volume serait incomplet si nous n'indiquions, au moins d'une façon sommaire, comment se prépare le papier mixtionné.

Le Papier. — Le papier brut doit être acheté en rouleaux, satiné, et fort peu encollé. Il est même préférable qu'il ne soit pas collé du tout. La couche de gélatine prenant exactement l'empreinte de toutes les inégalités de la surface du papier, il est indispensable, si l'on veut obtenir des couches unies, de choisir un papier préparé à l'aide de chiffons purs, et d'une texture très-égale.

Le papier de M. Steinbach, à Malmedy, est excellent; celui de MM. Blanchet frères est encore meilleur.

La gélatine. — Le choix de la gélatine est bien plus difficile

que celui du papier. La gélatine commune donne du papier mixtionné qui se dépouille facilement à l'eau chaude, surtout si la couche est très-épaisse, mais les images qu'elle fournil manquent de vigueur. Elle donne des couches très-unies et très-brillantes, mais elle se ramollit et fond même à 20 degrés de température. De la l'impossibilité d'employer en été de tels papiers mixtionnés.

La gélatine extraite des peaux de poisson a une apparence mate, tenant le milieu entre la gélatine ordinaire et la colle de poisson. Le papier au charbon qu'elle fournit se dépouille beaucoup moins facilement à l'eau chaude et a toujours une apparence plus mate.

Cette gélatine est difficile à étendre en couches unies et le papier mixtionné qu'elle produit a une apparence moins belle, tant par réflexion que par transparence. Mais ce défaut, plus apparent que réel, est compensé par deux avantages considérables, à savoir : ce papier mixtionné fournit des images beaucoup plus vigoureuses, se rapprochant et surpassant même les plus belles épreuves sur papier alluminé, et elle est d'un usage beaucoup plus certain en été ou dans les climats chauds, la couche ne se ramollissant ni ne fondant pas au-dessous de 30« de température.

Pour les climats chauds, ou en prévision des fortes chaleurs de l'été, il est bon d'additionner cette gélatine de 10 à 20 pour cent de colle de poisson. On perd un peu en apparence, mais on gagne en vigueur d'images et en facilité de séchage.

Les gélatines doivent être conservées dans des salles extrêmement sèches. Si elles prennent l'humidité, elles subissent deux modifications curieuses : celle de donner, avec une même quantité d'eau, un liquide bien plus mince qu'auparavant et de fournir des couches solubles dans une eau beaucoup moins chaude. Les gélatines de fine qualité, si on les emmagasine mal, se transforment donc en gélatines communes.

Une bonne gélatine, propre au procédé au charbon, se reconnaît à son aspect mat; voici, de plus, un moyen de la reconnaître d'une manière certaine. Pesez-en une feuille et plongez-la, pendant 24 heures, dans une eau très-froide (5'').

Retirez la feuille de Teau, secouez-la et pesez-la de nouveau. Elle doit avoir absorbé de 12 à 18 fois son poids d'eau. La gélatine commune n'absorbe que de 6 à 8 fois son poids d'eau.

La plupart des gélatines contiennent des matières grasses, dont il faut absolument les débarrasser par la dyalise ou la soude, sinon il est impossible d'obtenir avec elles des couches unies. C'est là certainement une des plus grandes difficultés de la fabrication du papier mixtionné.

Les couleurs. — Il faut, autant que possible, choisir des couleurs inaltérables, telle que l'encre de Chine, le noir d'ivoire ou de fumée, le peroxyde de fer, l'alizarine de Provence, la purpurine de même provenance.

L'encre de Chine est un mélange de noir très-fin, de sucre, de charbon et d'une essence odorante huileuse. Il faut d'abord la pulvériser, la laisser séjourner un mois dans l'eau froide, et l'étendre en couche unie avec de la glycérine, sur une table de verre dépoli et la molette. Elle fournit des épreuves d'un ton noir jaune, trèsdésagréable à l'œil.

La purpurine, dissoute dans la soude, donne un ton rouge vif, et Valizarine, également dissoute dans la soude, donne un ton pourpre.

Le ferrocyanure de cuivre et le peroxyde de fer donnent des tons rouges clairs.

Il faut éviter l'emploi du carmin, des rouges cochenille, et, en général, de toutes les laques qui contiennent de l'alun et qui tendent à insolubiliser la couche de gélatine dès qu'elle est mélangée d'un bichromate.

L'addition du sucre ou de la glycérine rend le papier au charbon plus facile à manier. Sans ceue addition, par les temps très-secs, ce papier casse facilement, se recroqueville, etc. et se manie avec beaucoup de peine.

L'addition du savon agit comme le sucre et la glycérine.

Préparation de la mixtion colorée. — La gélatine est d'abord mise à macérer, pendant une heure, dans de l'eau trèsfroide et très-abondante. Les feuilles sont alors retirées une à une et abondonnées plusieurs jours dans un endroit frais. Sans cette précaution, il serait impossible d'obtenir des couches unies. Au bout de ce temps, chaque kilo de gélatine est amené au poids de 8 à 9 kilos par l'addition d'eau froide. On y ajoute 200 grammes de sucre et une quantité variable de glycérine et de savon. Chaque kilogramme de gélatine doit couvrir exactement 10 mètres carrés de papier mixtionné.

Les matières colorantes sont broyées à la machine, mélangées de gélatine fondue, et ajoutées au restant de la gélatine également fondue.

Par kilogramme de gélatine, il faut à peu près 100 grammes de matières colorantes sèches.

La gélatine et l'eau froide sont alors portées à 35° de température, on ajoute les matières colorantes, et l'on filtre à travers la flanelle. La mixtion colorée est alors prête.

La machine à recouvrir le papier de mixtion est assez compliquée. Elle consiste en un système de rouleaux qui entraînent la feuille à la surface de la mixtion maintenue à 35° par un bain-marie abondant. La feuille passe de là sur un grand rouleau creux de fonte, maintenu très-froid par un courant d'eau fraîche qui passe à travers l'axe. De là enfin, le papier passe sur une table horizontale, où on le coupe en feuilles d'une longueur déterminée. Celles-ci sont suspendues dans un séchoir où un ventilateur amène de

Tair sec en grande abondance. En été, pour éviter que la gélatine fondue ne coule des feuilles, Tair est pris dans un canal souterrain et chassé avec une vitesse très-grande dans le séchoir. L'évaporation rapide de Teau à la surface des feuilles en abaisse la température et, on évite ainsi la fusion de la gélatine.

Telle est, d'une manière sommaire, comment s'opère la fabrication du papier au charbon dans notre établissement de Gand, lequel peut fournir 1500 pieds carrés par jour d'une manière continue.

Page 1