DESCRIPTION GÉNÉRALE LU PROCÉDÉ AU CHARBON
Papier mixtionné.
Pour ne pas entrer dans des détails qui nous entraîneraient au delà de la description pure et simple de l’opération des tirages au charbon, nous renvoyons à un Chapitre spécial tout ce qui est relatif à la fabrication des papiers mixtionnés. Nous nous bornerons à admettre ici qu’il existe dans le commerce des papiers mixtionnés de très-bonne qualité, remplissant les conditions requises en vue de l’application des tirages positifs au charbon.
Ces papiers sont de tons divers, et il importe de choisir les tons qui conviennent le mieux aux sujets à reproduire. C’est là une question de goût, et nous n’avons aucun conseil a donner à cet égard.
11 est pourtant, sans fixer de règles précises au choix des tons à employer , bien naturel de choisir, pour des reproductions de gravures par exemple, le ton noir, qui s’adapte le mieux à ce genre d’impression, et il en est de même pour les autres genres de reproduction.
Étant donné le papier mixtionné, convenable soit comme ton, soit comme valeur au point de vue de la proportion de matière colorante qu’il contient ( voir au Chap. VI), on a soin de le débiter à raison des besoins du tirage. Le mieux est, quand on opère sur des quantités assez grandes d’épreuves, de sensibiliser le papier mixtionné par feuilles entières, mais il est bon de le diviser en fragments de dimensions convenables quand on n’a à imprimer qu’un nombre de clichés restreint ; ce morcellement une fois fait, on procède à la sensibilisation.
Sensibilisation.
Pour sensibiliser les papiers mixtionnés, on les immerge dans une dissolution de bichromate de potasse pur. On les y laisse durant environ deux à trois minutes, puis on les met à sécher en les suspendant par les deux angles supérieurs dans une pièce obscure et suffisamment aérée.
Tel est l’ensemble de l’opération de la sensibilisation ; mais il est nécessaire d'entrer dans quelques détails pour compléter les instructions que nous avons à donner au sujet de cette partie essentielle du procédé qui nous occupe.
Le bain de bichromate de potasse peut varier en
richesse depuis 2 jusqu’à 6 grammes de bichromate de potasse pour 100 grammes d’eau.
Pour une même durée de l’immersion dans le bain sensibilisateur et pour un même degré de température au moment de la sensibilisation, la sensibilité du papier mixtionné et la douceur de l’épreuve sont d’autant plus grandes que le bain est plus riche en bichromate. Il y a donc lieu, pour des épreuves a tirer de clichés durs, d’avoir des mixtions sensibilisées dans un bain riche et de n’employer que des bains d’un titre peu élevé quand on opère sur des clichés très-doux.
Il faut aussi tenir compte de la température au moment où l’on fait les tirages : selon qu’elle est plus ou moins élevée, les papiers mixtionnés exigent un titre plus ou moins fort et d’autant moins riche que la température est plus chaude.
Nous aurons lieu de revenir avec plus de détails, dans le Chapitre IV, sur les relations qui doivent exister entrela richesse dubainde bichromate, la température, la nature delà mixtion et l’état des clichés
Quoi qu’il en soit, toutes les notions préliminaires étant connues, voici comment on procède :
Le bain de bichromate au titre voulu, soigneusement filtré, est versé dans une cuvette parfait ement propre, soit en porcelaine, soit jen zinc, soit en émail, soit en verre, soit enfin en gutta-percha. Sa température doit être inférieure ou au plus égale à -h 10°C., à moins que la mixtion ne soit faite avec une gélatine susceptible de supporter sans couler une température plus élevée.
En été, il est urgent de rafraîchir le bain de bi-
chromate en immergeant le flacon qui le contient dans une eau très-froide, avant de procéder à la sensibilisation. — Si la température dépasse +10°, il arrive que les mixtions se dissolvent, abandonnent le papier de support et laissent à sa surface des tramées de coulures d’où résultent, lors du développement, des taches irrémédiables.
Le papier mixtionné, après avoir été épousseté avec un blaireau, est introduit dans le bain de manière à y être immergé d’une façon continue, la mixtion en dessus. Quand elle est en entier recouverte de liquide, et qu’on s’est assuré qu’aucune bulle d’air n’est restée à sa surface, on la retourne par un mouvement lent de manière à poser la mixtion en dessous, et on la laisse séjourner dans le bain jusqu’au moment précis où la feuille présente un état de planimétrie parfaite ; il ne faudrait pas l’y laisser au delà de ce moment sans s’exposer à la voir s’enrouler sur elle-même par suite du gonflement continu de la gélatine. On la sort alors en la saisissant par les deux coins du bord supérieur, et on la pique à l’aide de deux épingles contre un liteau recouvert de liège, ou bien encore on la suspend par les deux mêmes coins à une corde tendue en la pinçant avec des épingles américaines.
Il est bien entendu que la pièce affectée à cette opération doit être maintenue dans une complète obscurité. La sensibilisation peut s’effectuer en pleine lumière; mais les mixtions une fois sèches se voilent sous l’action d’une lumière même très-faible .
Le séchoir où sont placées les feuilles de papier mixtionné doit être sec, aéré et chauffé même en
hiver, afin que la dessiccation s’opère d’une façon rapide et complète.
Il faut donc éviter de placer un très-grand nombre de feuilles sensibilisées dans un espace trop restreint d’où l’humidité ne pourrait s’échapper aisément : on n’arriverait ainsi qu’à une dessiccation très-lente et à l’obtention de feuilles mixtionnées impropres à un tirage régulier et finement modelé.
Ces feuilles, se trouvant, par le fait de l’humidité qui sature l’atmosphère au sein de laquelle elles sont suspendues, placées comme dans un bain de vapeur d’eau, conservent leur humidité pendant dix à douze heures, et alors, si le bain de sensibilisation avec lequel on les a préparées contient 2 à 3 grammes pour 100 de bichromate de potasse, il se forme à la surface de ces feuilles une masse de petits cristaux de bichromate de potasse, cristaux dont la dissolution au moment de l’application sur le support produit une véritable ébullition à la surface de l’image.
D’ailleurs la sensibilité des papiers mixtionnés est d’autant plus régulière et leur impression est d’autant plus nette, qu’ils se sont séchés plus rapidement après leur immersion dans le bain de bichromate de potasse.
Une mixtion qui se sèche très-lentement s’insolubilise promptement, et elle ne peut être conservée longtemps, tandis que la mixtion séchée rapidement peut être bonne pour l’impression pendant trois à quatre jours en été et pendant huit à dix jours en hiver.
Quand les feuilles mixtionnées sont complètement
séchées, on les roule les unes sur les autres de manière à les redresser parfaitement et à les avoir au moment de s’en servir dans un état de planimétrie absolue. 11 est bon, après les avoir laissées enroulées pendant quelques instants, de les placer étendues dans un châssis-presse où on les maintient sous pression entre deux buvards jusqu’au moment de les employer.
Si l’on devait faire une provision de feuilles mixtionnées sensibilisées pour plusieurs jours, le mieux serait, aprèsles avoir enroulées les unes sur les autres, de les introduire dans un bocal àlarge ouverture, bouché à l’émeri et dans l’intérieur duquel se trouverait du chlorure de calcium. Dans cet état, on peutconserverle papier sensible assez longtemps, en ayant soin de le tenir dans un endroit absolument obscur et aussi frais que possible. Un lavage rapide à l’eau pure et filtrée, après la sortie du bain sensibilisateur, assure pour plus longtemps encore la conservation des mixtions sensibles, en les débarrassant de l’excès du liquide bichromaté.
Il ne faut pas oublier que le bichromate de potasse a la propriété d’agir sur la gélatine, même spontanément, en la rendant insoluble, et que cette action se produit d’autant plus vite que le degré du bain de bichromate est plus élevé et eue la température est plus chaude.
Quand on a son papier mixtionné sensibilisé, on n’a plus qu’à procéder à l’insolation au travers des clichés à imprimer.
Insolation.
Avant deprocédera l'insolation des papiers mixtionnés sensibilisés, il convient de s’assurer qu’ils sont parfaitement secs et dans un état suffisant de planimétrie. Les clichés destinés à être imprimés au charbon doivent être cernés d’une bande mince de papier noir ou jaune ou bien encore de lames de papier d’étain. Quand de grands noirs doivent se trouver sur les bords de l’image à développer, il vaut mieux cerner le cliché avec un papier demi-translucide, pour obtenir sous ce papier une demi-teinte susceptible de garantir l’épreuve contre tout soulèvement. Ces clichés doivent être solidement vernis, si l’on veut éviter de les altérer par le frottement des feuilles de papier mixtionné. Dans tous les cas, il est essentiel de n’appliquer le papier sensible à leur surface qu’avec un grand soin et de veiller à ce que les contours extérieurs de ces feuilles tombent exactement sur les bandes de papier qui cernent les clichés.
Sur le verso de la feuille sensible, on doit mettre de trois à quatre feuilles de papier buvard, et sur ces feuilles une glace mince, puis encore un coussin de buvard et le couvercle articulé du châssispresse.
La glace interposée a pour effet, sous l’influence de la pression, d’assurer la juxtaposition aussi immédiate que possible de la mixtion sur le cliché. Sans cette précaution, on est exposé à voir souvent se produire sur les épreuves des manques de netteté
partiels, par suite de l’adhérence incomplète de la couche mixtionnée.
L’exposition à la lumière diffuse ou directe a lieu durant un temps plus ou moins long suivant la nature du cliché, et l’on ne peut conduire cette opération qu’à l’aide d’un photomètre, vu l’impossibilité de voir directement l’action produite par la lumière sur les surfaces mixtionnées. Nous renvoyons au Chapitre spécial à la photométrie pour toutes les indications relatives soit au dosage des clichés , soit à l’essai photométrique qu’il convient d’en faire, soit enfin au moyen d’user du photomètre et de s’assurer qu’un cliché a posé le temps nécessaire, quelles que soient la température et l’intensité de la lumière au moment de l’exposition.
Une mixtion légèrement insolée sur toute sa surface (durant deux secondes à la lumière diffuse), avant d’être mise sous le cliché, acquiert une sensibilité plus grande d’un bon tiers que celle qui n’a pas reçu d’insolation préalable.
Dès que l’insolation est suffisante, on transporte le châssis -presse dans une chambre obscure ou éclairée par un verre jaune, et l’on enlève la mixtion insolée, laquelle peut être développée soit immédiatement, soit quelques heures après. Il ne faut pas oublier que lesrésultats seront d’au tant plus constants que le développement s’effectuera à un moment plus rapproché de celui de l’insolation.
Développement.
Le développement de l’image formée à la surface de la mixtion par l’action de la lumière sur la gélatine bichromatée peut s’effectuer de plusieurs manières : il peut avoir lieu soit sur un support définitif, soit sur un support provisoire.
Dans le premier cas, l’image se trouvera renversée r si l’on n’a eu soin d’user d’un cliché renversé lui-même; dans le deuxième cas, on aura, grâce à la possibilité d’un second transfert, la faculté de redresser l’image.
L’opération étant la même pour tous les cas, nous allons la décrire d’abord, nous réservant d’indiquer ultérieurement les divers procédés de développement sur des supports rigides ou souples, définitifs ou provisoires.
La feuille insolée est immergée dans un bain d’eau ordinaire bien filtrée dans laquelle on a introduit préalablement la feuille de papier ou la lame de verre qui doit la supporter. La mixtion, au moment de son immersion, présente une surface concave, etcettecourbure ne disparaît qu’après que la gélatine a absorbé assez d’eau pour se distendre. Elle arrive alors à un état de planimétrie complet ; mais, en se gonflant de plus en plus, elle finirait par s’enrouler dans le sens contraire si l’immersion se prolongeait trop. C’est donc au moment précis où la feuille de mixtion se présente à l’état d’une surface plane qu’il faut la retirer de l’eau en superposant le côté gélatiné contre la surface du support. Les deux sont enlevées de l'eau en
même temps et de manière à ne pas entraîner de bulles d’air. Un coup de raclette, instrument décrit au Chapitre relatif au matériel propre aux impressions au charbon ( fig . 5), suffit pour enlever soit l’excès du liquide retenu entre les deux surfaces, soit les bulles d’air qui ont pu y séjourner.
La gélatine, continuant à se gonfler, absorbe tout le liquide qui peut exister entre sa surface et celle du support; le vide s’opère, et c’est par le fait delà pression atmosphérique qu’a lieu l'adhérence de la mixtion contre son support. On comprend dès lors qu’il y ait opportunité à n’employer comme support que des substances rendues imperméables à l’air : on s’exposerait, sans cela, à voir l’image se soulever dans tous les points où de l’air pourrait s’introduire au travers des pores du support. Il faut surtout veiller à ce que les bords de la mixtion ne restent pas mouillés par de l’eau en excès ; on verrait des soulèvements se produire dans les parties non adhérentes.
Dès que l’adhérence sur le support est suffisante, fait qui se produit en quelques minutes, on met le tout dans de l’eau chaude et dont la température peut être plus ou moins élevée suivant la nature des mixtions employées.
Cette température peut varier en moyenne depuis 35 degrés jusqu’à 70.
Supposons que nous opérions sur un support rigide, tel qu’une plaque de verre.
Quelques instants après l’immersion dans l’eau chaude, on voit la matière colorante, entraînée par la gélatine fondue, former un bourrelet tout autour du
papier mixtionné ; on soulève alors un des coins du papier, et, s'il cède sans résistance, on l’enlève d’un mouvement continu. Il ne faudrait pas tenter cet enlèvement si l’on sentait la moindre résistance, ce qui prouverait que l’action de l’eau chaude n’a pas encore été suffisante, à moins que cette résistance ne provînt d’un excès de pose.
Après l’enlèvement du papier, il reste sur le verre non-seulement l’image, mais encore une assez grande quantité de matière colorante en excès. Le séjour dans le bain d’eau chaude, maintenue à une température aussi égale que possible, doit être prolongé jusqu’au moment où l’on ne voit plus s’échapper de la plaque de l’eau entraînant la moindre parcelle de matière colorante. Quand le développement paraît être terminé, on rince la plaque dans une eau propre, mais chaude encore, de manière à voir avec certitude si toute la matière colorante en excès a bien été enlevée, puis on l’immerge dans un bain d’eau froide et, après, dans une dissolution filtrée d’alun à 2 0/0, où on la laisse séjourner durant environ dix minutes.
Tous ces mouvements des glaces dans de l’eau doivent s’opérer sans frôler trop vivement l’épreuve contre l’eau, dont le poids suffit pour amener des raies, des duretés et des taches irrégulières.
Après l’avoir sortie de l’alun, on la lave bien, et immédiatement on verse à sa surface, sur l’image même, de la gélatine à 10 0/0; apiès quoi, la glace est placée sur un chevalet, et fon passe à une autre.
Nous avons jusqu’ici admis n’importe quel sup-
port, définitif ou provisoire, tout prêt, sans indiquer la nature de ces supports, sans mentionner le moyen de les rendre définitifs ou provisoires.
Supports définitifs et provisoires.
Si l’on veut opérer à l’aide d’un support définitif, on peut employer :
1° Du papier albuminé et dont l’albumine a etc coagulée par l’alcool ou par une température élevée, -h 80° environ ; c’est le côté albuminé qui doit être
mis au contact de la mixtion;
2° Du papier gélatine dans un bain de gélatine a 10 0/0 et dont la gélatine a été insolubilisée par immersion dans une dissolution concentiée d alun , ce papier peut être de n’importe quelle couleur, opaque ou transparent ;
3o Des lames de verre ou de métal , polies ou non polies, dont la surface a été bien nettoyée et dégraissée avec de l’ammoniaque ;
4° De l’ivoire en feuille finement doucie,
5° Des tissus recouverts d un apprêt imperméable.
On opère sur chacune de ces surfaces différentes ainsi qu’il vient d’être dit ; mais 1 opération est complète après le deuxième lavage qui suit l'immersion dans l’alun, et sans qu’il soit nécessaire de recouvrir l’image d’une couche de gélatine. Cette dernière opération est indispensable, au contraire, dans les cas où l’on procède par double transfert.
Comme véhicule provisoire, on peut employer .
1° Du papier albuminé (dont l’albumine a étépréa-
lablement coagulée) recouvert, au tampon de coton, d’une légère couche de stéarine.
On procède ainsi :
Le papier albuminé est d’abord tendu sur une table à l’aide de punaises ; on recouvre sa surface, avec un tampon de coton, d’une dissolution saturée de stéarine dans de l’alcool et maintenue tiède. On a soin d’y revenir deux fois, en croix, puis, quand l’alcool s’est évaporé, on polit la surface avec un tampon de ouate sèche.
La stéarine est le corps isolant ; pour qu’elle adhère bien au papier albuminé, il convient d’ajouter à l’alcool environ 2 grammes pour 100 de résine de pin.
On peut longtemps à l’avance préparer du papier stéariné.
Après le développement, qui a lieu absolument comme il vient d’être dit plus haut, il convient de ne pas laisser les images fixées sur ce support provisoire se sécher dans un endroit trop sec ou trop aéré : elles se sépareraient d’elles-mêmes de leur support. Le transport définitif a lieu en immergeant ensemble dans de l’eau filtrée l’image fixée sur le papier stéariné et le papier qui doit la recevoir définitivement. On les sort juxtaposés et sans bulles d’aii interposées. Le liquide en excès est chassé, et 1 on n’a plus qu’à attendre l’instant de la dessiccation complète pour enlever le support provisoire, lequel abandonne trèsfacilement l’image qu’il portait-
2° Du papier végétal enduit de gomme laque.
Ce papier se prépare facilement. On choisit du vrai papier végétal , c’est-à-dire du papier transparent formé avec des fibres de lin, et on l’immerge dans
un bain d’alcool contenant en dissolution environ 10 grammes pour 100 de gomme laque rouge.
La durée de l’immersion doit être d’environ cinq minutes, et l’on peut, en raison de l’importance du bain, opérer en même temps sur un grand nombre de feuilles. On les sort l’une après l’autre, et on les met à sécher, piquées par un ou deux angles; après quoi, ce papier est bon à être employé comme support provisoire.
Il est transparent et souple en même temps, et c’est là ce qui, dans certains cas, rend son usage préférable à celui d’un support rigide.
L’image ne peut s’en détacher, pour demeurer sur le support définitif, qu’ après un séjour dans de l’alcool, lequel dissout la gomme laque et permet l’isolement du papier végétal.
3° Du verre douci stéariné.
Du verre douci, étant bien nettoyé, est recouvert au coton d’une dissolution à 5 pour J 00 de stéarine dans de l’alcool. On obtient ainsi une surface isolante, que l’on doit s’efforcer de rendre aussi nette et aussi mince que possible.
4° Des verres ou des glaces cirés ou talqués et collodionnés.
La cire et le talc, dans ce cas, forment la surface isolante. Par ce moyen, on arrive à obtenir des images émaillées, dès qu’elles ont été transférées sur leur support définitif.
5° Du papier recouvert d’une dissolution de caoutchouc dans de l’essence de pétrole ou de la benzine. L’adhérence a lieu en ce cas par pression, et l’image, une fois transférée sur son support définitif, est dé-
barrassée du support caoutchouté à l’aide d’un tampon de ouate imprégné de benzine (procédé Swan).
Transfert sur le support définitif.
L’opération du second transfert vient d’être à peu près décrite; mais il est bon d’entrer à cet égard dans quelques détails essentiels.
L’une des principales précautions à prendre consiste dans l’expulsion de toutes les bulles d’air qui pourraient exister entre lesdeux surfaces à juxtaposer. Quand les deux surfaces ou l’une des deux sont fraîchement gélatinées, il est indispensable d’y passer, après entière immersion , un pinceau doux pour chasser les bulles d’air en nombre infini qui se forment au contact d’une couche de gélatine non encore sèche.
Très-fréquemment, il arrive que l’on procède au second transfert presque aussitôt après avoir terminé le développement de l’image, et la couche de gélatine dont on l’a recouverte ne peut alors être sèche. D’autres fois, on est appelé à user d’un papier de support définitif qui vient d’être gélatiné à peine, et alors il faut employer la précaution qui vient d’être indiquée. Il vaut mieux en général laisser sécher les épreuves avant de les transporter, sans quoi l’on s’expose à perdre de la netteté dans les finesses de l’image.
Pour assurer la durabilité des images, c’est-à-dire pour être certain qu’elles adhéreront parfaitement sur leur support, il faut opérer leur transfert dans
traité de photographie
une eau contenant de l’alun à 2 pour 100, et laisser l’immersion du papier et de 1 image se prolonger durant deux minutes environ, afin de laisser à 1 alun le temps nécessaire à son action sur la gélatine étendue sur les deux surfaces à juxtaposer.
L’alun amène l’insolubilisation des couches de gélatine superposées, et les épreuves ainsi traitées offrent toutes les conditions possibles de stabilité.
Quand on veut obtenir une surface mate, il faut choisir comme support provisoire des verres plus ou moins dépolis, et si, au contraire, il s’agit d’avoir des surfaces glacées, le mieux est de retoucher les épreu\ es avec de la couleur à l’albumine sur leur support provisoire et de coaguler la retouche à l’alcool. Dans ce cas, ainsi qu’il a été dit plus haut, le support provisoire doit être une glace bien polie, cirée ou talquée et recouverte d’une couche de collodion normal à 2 pour 100 de pyroxyline.
C’est sur ce collodion qu’on développe les épreuves et qu’on les retouche ensuite avant de les transférei sur papier. La surface ainsi obtenue est glacée, tout comme le sont les épreuves émaillées que 1 on exécute par un procédé analogue.
Quand on reporte sur papier une image fraîchement développée, il est essentiel de ne pas trop comprimer les deux surfaces juxtaposées. La gélatine de l’épreuve est gonflée encore, et l’image a moins de finesse qu’elle n’en aura une fois sèche. Le papier de transfert gélatiné doit donc être appliqué sur l’épreuve et y adhérer pour ainsi dire par son propre poids. On doit se borner à chasser avec la raclette le liquide en excès.
Après cette application, on doit poser les glaces, verres, papiers, recouverts des papiers de transport, dans un lieu sec, mais exempt de courants d’air, pour que la dessiccation s’effectue lentement, et régulièrement.
Une dessiccation trop rapide amène quelquefois des cassures dans les images, la partie du papier qui est déjà séchée tendant à se resserrer et entraînant trop tôt la partie voisine, non encore suffisamment sèche.
Quand l’ensemble est bien sec, ce dont il est facile de s’assurer, on procède à la séparation des deux véhicules, opération des plus simples; il suffit, pour y arriver, de soulever un des bords avec une pointe et d’arracher immédiatement la feuille d’un mouvement continu.
Si l’on éprouve de la résistance, il convient de ne pas aller plus loin ; cela tient soit à ce que le degré de siccité n’est pas suffisant encore, soit à ce que le support provisoire n’a pas été également recouvert de la matière isolante.
Dans le premier cas, il n’y a qu’à attendre une plus complète dessiccation. Dans le deuxième cas, il est souvent difficile d’éviter une déchirure dans la partie de l’image adhérente au véhicule provisoire, même en usant, pour en détacher cette partie, des plus grandes précautions.
Les épreuves, une fois arrachées de leurs supports provisoires, doivent être débarrassées par un lavage à la benzine ou à l’alcool du corps isolant qui est l'esté à la surface (c’est de la stéarine ou de la résine), et qui se trouve entraîné et forme un voile sur les
jg traité de photographie
images ; un premier tampon de coton bien imprégné du dissolvant est d’abord passé sur toute la surface, puis on termime l’opération avec un deuxième tampon de coton sec et propre.
Montage,
Les épreuves imprimées directement sur un support définitif, ou transportées, peuvent être montées tout comme on le fait pour les épreuves ordinaires au chlorure d’argent.
11 n’est, à cet égard, aucune indication spéciale à donner ; nous croyons cependant devoir recommander de les poser sur des cartes plus résistantes que celles que l’on emploie d’ordinaire pour ces sortes de montage. La gélatine qui est à la surface des épreuves au charbon a une tendance à se contracter beaucoup par l’effet de la chaleur ; cela fait godei les images, quand elles ne sont pas collées sur un support suffisamment rigide ; c’est pourquoi nous conseillons du bristol assez nerveux.
La surface des images peut être, quand elle est mate, recouverte d’un vernis, encaustiquée ou collo-
dionnée. .
Le vernis qui sèche le mieux est celui que l’on fait avec de la résine de pin fondue dans de l’alcool; il faut le décolorer pour ne pas l’employer trop jaune, ce qui altérerait vite les blancs des images.
On doit éviter d’en faire une dissolution trop concentrée. Pour user de ce vernis, il faut employer un pinceau plat et bien doux, assez large si les épreuves à vernir présentent une certaine surface, ne passer
le vernis qu’après avoir débarrassé le pinceau de la majeure partie du liquide, éviter de revenir sur les endroits où il a déjà passé, et opérer dans un milieu exempt de courants d’air, d’humidité et même porté à une température moyenne d’environ 2b degrés C.
Au contact d’une atmosphère froide ou humide, ce vernis (connu dans le commerce sous le nom de vernis à étiquette ) blanchit et recouvre les images d’un voile blanc.
En présence d’un accident de ce genre, il faudrait, avec du coton imprégné d’alcool, enlever tout le vernis déposé à la surface de l’image et recommencer dans des conditions plus convenables.
On peut, quand on craint d’avoir une surface trop brillante, encaustiquer les épreuves avec de la cire en dissolution dans de l’essence de lavande, ou bien encore verser à leur surface du collodion normal.
Le vernis que l’on obtient ainsi est d’un mat fort agréable, et de plus on est certain de ne pas jaunir les blancs de l’image. Seulement le collodion normal est un produit d’un prix élevé et d’autre part il n’offre pas une surface très-résistante; elle se raye facilement, et souvent même elle se soulève en pellicule légère en abandonnant l’image.
Pour des épreuves de choix destinées à n’être maniées qu’avec soin, il convient d’employer ce vernissage, dont l’effet est de donner une grande transparence aux noirs intenses sans obliger à avoir des images par trop brillantes.
Un glaçage à l’albumine est encore praticable ; mais l’albumine jaunit avec le temps, et l’on s’expose ainsi à voir les images se défraîchir bien vite, mais
sans que leurs conditionsde durabilité soient le moins du monde atteintes, hâtons-nous de le dire.
Ce vernissage à h albumine doit avoir lieu avec de l’albumine bien battue et filtrée, étendue d’un tiers de son poids d’eau filtrée. Les images sont recouvertes de cette dissolution, puis abandonnées à une dessiccation spontanée, et, quand elles sont sèches, on les plonge dans de l’alcool pour coaguler l’albumine.
De la gélatine à 15 degrés versée aussi froide que possible à la surface des épreuves forme un bon vernis difficile à rayer, mais facilement altérable par l’humidité.
Les opérateurs choisiront, parmi ces divers genres de vernissage, celui qui, suivant les cas, pourra le mieux répondre à leurs besoins.
Quand on reproduit des dessins au crayon, des statues, des tableaux même, il est souvent inutile de recouvrir les épreuves d’un vernis quelconque : il suffit de les bien nettoyer avec du coton et au besoin de les satiner au cylindre.