INDICATION COMPLÉMENTAIRE DES DIVERS MODES OPÉRATOIRES
Impression directe sur le véhicule définitif.
Dans le Chapitre qui précède, nous avons parlé d’une manière générale du développement des images au charbon, soit sur un véhicule définitif immédiat, soit sur un véhicule provisoire. Mais ces indications d’ensemble seraient insuffisantes si nous ne les complétions par des indications plus spécialement précises au sujet des impressions soit directes, soit indirectes.
Comme véhicule définitif immédiat, nous avons indiqué :
1° Le papier à albumine coagulée ;
2° Le papier gélatiné et aluné ;
3° Le papier enduit de gomme laque ;
4° Le verre poli ou dépoli;
5° Toute surface plane et imperméable à T air.
Parmi ces différents véhicules, on a à choisir suivant les applications que l’on veut faire du procédé au charbon, et aussi suivant les ressources dont on dispose.
Le papier albuminé, quoique très-solide, ne nous
paraît pas devoir convenir pour des œuvres de durée, à cause de la propriété de jaunir qu’a cette substance; nous lui préférons de beaucoup le papier aluno-gélatiné ou le papier à la gomme laque.
Le développement de l’image sur ces papiers convenablement préparés s’effectue ainsi qu’il a été dit plus haut. Le point important à atteindre, c’est de boucher autant que possible les pores du papier, soit par un gélatinage suffisant, soit par une proportion convenable de gomme laque. Nous recommandons les formules suivantes :
Le papier gélatiné sera recouvert sur la face la moins grenue (côté où l’on ne voit pas la trame) d’une dissolution de gélatine dans de l’eau à 10 0/0; puis, quand cette couche aura fait prise, on immergera la feuille gélatinée dans un bain d alun à saturation, et on l’y laissera durant environ dix minutes.
Au sortir de ce bain, la feuille sera passée à deux eaux de lavage et mise à sécher.
On peut , de la sorte , préparer à l’avance telle quantité de papier que l’on voudra.
Pour des reproductions de dessins au crayon, pour des paysages, on peut choisir des papiers teintés et même grenus pour en faire le support définitif.
Développement sur papier stéariné et transfert.
Le développement des épreuves sur papier stéariné a lieu comme si l’on opérait sur un support définitif; seulement, quand il est terminé, c’est-àdire après immersion dans l’alun et lavage, il faut verser de la gélatine à 10 0/0 à la surface de l’image,
puis mettre à sécher dans un endroit frais et plutôt humide que sec.
Cette précaution est commandée par la tendance qu’a la pellicule constituant l’image au charbon à abandonner spontanément le papier stéariné quand il est trop sec.
Dans cet état, il serait impossible de le couper, de le manier même sans provoquer cette séparation, et le travail se trouverait compromis, sinon perdu. Il est donc très-important de ne pas laisser s’avancer la dessiccation des épreuves sur papier stéariné jusqu’à la limite extrême.
Le transfert s’effectue comme d’habitude, en introduisant dans de l’eau fdtrée et alunée les deux surfaces à juxtaposer; on les en retire après s’être assuré qu’aucune bulle d’air ne s’est glissée entre elles ; puis, les appliquant sur une glace, on chasse l'excès de liquide avec une raclette, on suspend enfin par le bord supérieur. Quand le tout est sec, on n’a plus qu’à retirer le papier stéariné, qui se détache trèsfacilement , abandonnant sur le support définitif l’image qu’il portait.
Quand on a à placer des épreuves dans des cadres tracés d’avance, il suffit, tandis que l’image sur papier stéariné est encore un peu humide, de la couper de dimension et de l’appliquer exactement à la place voulue.
Il n’est pas essentiel que le support définitif soit préalablement gélatiné quand sa surface est suffisamment unie et que c’est du papier collé, mais un gélatinage spécial vaut mieux ; on le fait au pinceau bien également.
Développement sur papier végétal à la gomme laque et transfert.
L’emploi du papier végétal à la gomme laque est quelquefois préférable à celui du papier stéariné, le papier végétal constituant un support plus transparent et permettant d’obtenir des images qui ne pourront se détériorer par une dessiccation trop complète, comme cela arrive pour ie papier stéariné.
La gomme laque sert d’abord à boucher les pores du papier végétal, qui lui-même est déjà très-serré, et elle forme à sa surface un vernis insoluble dans l’eau chaude et sur lequel l’image au charbon adhère parfaitement. On termine le développement comme d’habitude; on gélatine, et cette opération peut se faire à l’avance, sur tel nombre d’épreuves que l'on voudra, sans qu’il y ait à craindre de les voir se détériorer avant le deuxième transfert.
Pour opérer ce deuxième transfert, on juxtapose dans l’eau alunée les deux surfaces, toujours en évitant les bulles d’air ; on les fait bien adhérer l’une contre l’autre, en les pressant sous du buvard avec une raclette, puis on laisse sécher complètement.
Cela fait, on met ces épreuves dans de l’alcool, lequel dissout le vernis à la gomme laque et détache ainsi de l’image son premier support.
Quand il s’agit d’une surface trop grande et d’une immersion difficile dans un bain d’alcool qu’il faudrait faire trop copieux, il suffit de placer sur le verso du véhicule provisoire deux ou trois morceaux de papier buvard blanc que l’on imbibe d’alcool et
que Ton recouvre ensuite d’une lame de verre. De la sorte, l’évaporation de ce liquide ne peut être rapide, et son action sur la gomme laque se produit néanmoins.
On s’aperçoit du moment où cette action dissolvante est complète quand, en soulevant un des coins du papier végétal, on le voit se détacher aisément; si l’on éprouve la moindre résistance, il vaut mieux le laisser séjourner quelques instants de plus au contact de l’alcool.
Ce mode de transfert est préférable à celui qui a lieu sur papier stéariné quand on a à découper des parties de l’image pour les transporter exactement à certaines places déterminées.
Les épreuves développées sur papier à la gomme laque, nous le répétons, peuvent se conserver indéfiniment sans se détacher de leur support provisoire, comme cela arrive pour les épreuves développées sur papier stéariné.
Diverses sortes de véhicules définitifs; leur préparation.
Ainsi que nous l'avons dit, on peut soit développer directement, soit transporter les images au charbon sur des véhicules de toute nature. Nous avons indiqué les papiers de diverses sortes; mais on peut y ajouter le verre poli ou dépoli, le bois, la pierre, les plaques de divers métaux, les tissus apprêtés..
Quand on veut se servir de verre comme support définitif, ou peut procéder par simple ou double transfert, comme pour le papier, et la seule précau-
tion à prendre consiste dans un nettoyage très-complet de la surface qui doit retenir l’image; il faut surtout la bien dégraisser à l’ammoniaque pour ôter tout corps gras qui , étant un corps isolant, amènerait le soulèvement de l’image.
Quand on veut avoir l’image directement, soit sur verre dépoli, soit sur verre poli, on agit comme on l’a décrit à prôpos du développement (page 9), et quand on veut la transporter sur verre après l’avoir déjà développée sur papier stéariné ou sur papier végétal à la gomme laque, on l’applique à l’endroit voulu, bien imprégnée d’eau, et on l’y fait adhérer en expulsant l’excès du liquide et les bulles d air. Quand le tout est sec, on n’a plus qu’à arracher le papier si c’est du papier stéariné, et à soumettie à un bain d’alcool si c’est du papier à la gomme laque.
On peut opérer de la même façon si 1 on veut transporter l’image sur des plaques de zinc ou de cuivre, sur du bois ou sur de la pierre.
Il est des opérateurs qui usent, pour le développement avant le transport définitif, de plaques de zinc grainées et sans avoir recours au moindre corps isolant.
Le zinc ne retient pas l’image, et il suffit de recouvrir l’image qu’il supporte d’un papier gélatiné pour l'en détacher après dessiccation.
Le cuivre, au contraire, adhère fortement à la gélatine, et l’on ne pourrait s’en servir comme support provisoire sans recourir à un isolant.
On fait aussi des lames de verre blanc ou doublées d’une couche de porcelaine. Ces supports, qu ils soient provisoires ou définitifs, offrent 1 avantage de
montrer l’image avec ses moindres demi-teintes, et c’est un moyen de savoir mieux à quoi s’en tenir au sujet de la valeur de l’image lors du développement.
Nous préférons, cependant, le verre poli ou dépoli, lequel permet mieux de voir si l’on enferme des bulles d’air entre les deux surfaces juxtaposées lors du transport définitif.
On supplée à l’absence de coloration blanche du verre par l’examen de l’épreuve posée au-dessus d’une cuvette en porcelaine blanche, ou simplement d’une feuille de papier blanc.
En général, les demi-teintes à peine visibles à l’œil se montrent très-marquées après le montage sur papier.
Quand on veut monter des épreuves sur des panneaux de bois, le mieux est d’user de papier stéariné comme support provisoire; on met l’image exactement à la place qui lui est destinée, après l’avoir recouverte d’une légère couche de gélatine alunée. On arrache le papier de transport après dessiccation, et l’image, plaquée sur bois, est alors susceptible de recevoir un vernis solide au pinceau ou au tampon, et elle offre autant de solidité qu’une incrustation ; on peut, de la sorte, décorer des meubles d’une manière fort artistique.
Les transports définitifs sur verre servent surtout pour orner des carreaux de vitres, pour des écrans, pour des verres à projection ou à lanterne magique, pour des vues stéréoscopiques, etc.; ils servent aussi pour faire des clichés positifs ou négatifs, dont l’emploi est maintenant fréquemment utilisé dans les tirages par amplification.